LOYAUTÉ ET HARDIESSE DES PREMIERS APOLOGISTES
pas de s'appuyer préjudiciellement sur elle pour supprimer le débat. Il doit se placer sous le régime du droit commun , et repousser tout ce qui ressemblerait à un privilège comme un acte de faiblesse équivalant à une défaite anticipée. La puissance de l'apologiste se mesure à sa hardiesse. 11 n'est donc pas étbmiaiit que l'époque qui a enfanté les martyrs ait produit les plus grands apologistes. Ceux-ci n'ont cherché ni détours ni pieux subterfuges pour se dispenser de répondre sérieusement à leurs adversaires; ils n'ont pas abusé du recours à la divine simplicité de l'Evangile ,ou à la folie de la croix; ils ne se sont pas fait de leurs souilranjoes un bouclier contre toutes les attaques, et ils n'ont pas cru les avoir suffisamment réfutées en montrant les glorieuses blessures de l'Eglise persécutée. Les représentants de la religion nouvelle n'ont pas laissé tomber à terre une seule accusation, une seule objection; ils ont vaincu la philosophie païenne avec ses propres armes. La supériorité intellectuelle du christianisme n'a pas été moins admirable que sa supériorité morale. Ne nous en étonnons pas; les liens qui unissent l'àme et l'esprit sont trop intimes pour que ce qui relève la vie morale ne relève pas en définitive la vie de la pensée. Bien qu'il' aiiJ eu pour premiers témoins des pêcheurs des lacs de' la Galilée, le christianisme était en lui-môme la pltrs: grande philosophie du monde. Dès que TEglise eutle loisir d'ajouter la haute culture à la foi, dès que, stàt mulée par ses ennemis, elle fut contrainte de pllBri^r m cause devant le tribunal de la science , ses défen-
TROIS ÉCOLES B^APCftXKÏISTES, 463
seurs se placèreirt à ta tête du mouTement intellectuel de leur temps. C'est une grande erreur que de s'imahginer que renoncer au yain orgueil die la raison c'est renoncer à la supériorité de la pensée; Tapologie des Pères est une preuve éclatante du contraire.
NoHS ayons distingué dans les écrits consacrés à la défense du christianisme ceux que Ton peut considérer comme des pétitions aux empereurs, comme de simples plaidoyers, des écrits qui présentent une apologie raîsonnée et approfondie de la vérité évangélique. No«s n'avons plus à nous occuper maintenant que de ce genre de défense de la religion nouvelle. Nous suivrons moins Tordre des temps que Tordre des idées; nous rangerons les apologistes des trois premiers siècles, en consultant plutôt leurs tendances que la date de leurs ouvrages. Aussi bien Tordre chronologique et Tordre philosophique coïncident-ils presque toujours. Nous distinguons trois écoles principales d'apologistes; chacune d'elles est caractérisée par la solution qu'elle donne à la grande question des rapports naturels entre le christianisme et Thumanilé ; c'est évidemment le problème essentiel de Tapologie, puisque celle-ci a pour première mission de servir de médiatrice entre la vérité et Tâme humaine. La méthode et les arguments varieront selon Tidée que Tapologiste se sera formée des relations qui existent entre l'homme et la révélation. Nous rencontrons dans TEglise des premiers siècles, comme au reste à toutes les ëpoqaes de Thistoire du christianisme, trois solntkws différentes de cette question vitale. Nous avons