‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 243 sur 277 · VANITÉ DE LEURS SYSTÈMES · texte numérisé non relu

VANITÉ DE LEURS SYSTÈMES

bourreaux * . Si Ton objecte que tous les chrétiens ne pratiquent pas ces vertus, TertuUien répond en invoquant la sévère discipline de l'Eglise cpii ne permet pas que le nom du Christ soit profané et qui élimine de son sein tous les membres indignes ; elle n'a pas rindulgence de la philosophie païenne qui couvrait de son manteau Thomme le plus perverti. Ce parallèle se termine par cette vive conclusion : « Quelle ressemblance y a-t-il entre le philosophe et le chrétien, entre le disciple de la Grèce et celui du ciel, entre le poursuivant de la gloire et le poursuivant du salut, entre Tartisan de parole et Thomme d'action, entre celui qui construit et celui qui détruit, entre l'introducteur de l'erreur et le restaurateur de la vérité, entre son larron et son gardien^? » Le philosophe est accusé de larcin, parce que, selon l'idée de TertuUien, il n'a fait que piller et gaspiller les trésors du plus ancien des livres, qui est la Bible. Que fait-il alors de ce livre plus ancien encore, écrit du doigt de Dieu même, qui a précédé la loi et les prophètes, dont les caractères sacrés sont identiques sous les glaces du pôle et sous l'ardent soleil d'Orient, ce livre qu'il avait si bien appelé l'âme naturellement chrétienne?

De la conduite des philosophes TertuUien passe à l'examen de leurs systèmes. La philosophie païenne lui semble personnijBée dans ce Thaïes qui , en promenant

* Apol.y XLVI.

* « Quid adeo simiie philosophas et christianus^ Graeciae discipulus et coéli... Interpolator erroris et integrator veritatis^ furator ejus et custos. »

i64 LEURS CONTRADICTIONS.

ses yeux dans le ciel immense, tomba dans un puits. « Tu ne vois pas, lui dit-on avec raison, ce qui se passe à tes pieds, et tu veux savoir ce qui se passe là-haut. Ainsi s'agitent dans le vide ces hommes qui étudient tout dans la nature, excepté son auteur ^ » Et d'ailleurs, quelque profondes que soient leurs recherches, ils n'échappent pas à une poignante incertitude, il n'en est pas un qui ne demande comme ce même Thaïes des délais infinis avant de répondre aux questions les plus simples. Tandis que Platon, le roi de la philosophie antique, déclare qu'il n'est pas facile d'apprendre à connaître le créateur de l'univers et qu'il est difiBcile pour tous de le définir quand on l'a connu , le dernier des artisans chrétiens connaît son Dieu, le fait connaître aux hommes, et possède une solution satisfaisante des plus grands problèmes concernant la divinité^.

Que de contradictions d'ailleurs entre tous les savants docteurs du monde ! Auquel croire? Faut-il penser avec les platoniciens que Dieu n'a point de corps, ou bien avec les stoïciens qu'il est corporel? Est-il un composé d'atomes ou un composé de nombres? Qui a raison, d'Epicure ou de Pythagore? Devons-nous, avec le premier, le vouer à l'immobilité par-delà les cieux, ou bien supposer, comme les stoïciens, qu'il meut le monde comme le potier meut sa roue, ou en faire, à l'exemple de Platon, le pilote de l'univers? Ce monde est-il éternel, ou bien a-t-il commencé et doit-il finir?

* Ad nationes, IV.

* « Deum quilibet opifex christianus et invenit et ostendit et exinde totum quod in Deo quaeritur re quoque assignat. » {Apol.j XLVI.)

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