‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 245 sur 277 · ILS ONT ALTÉRÉ LA RÉVÉLATION · texte numérisé non relu

ILS ONT ALTÉRÉ LA RÉVÉLATION

seignemcnt; mais si les poètes et les philosophes érigent dans les enfers un tribunal où le genre humain doit comparaître, on les écoute avec respect. Le feu éternel dont l'Eglise menace les pécheurs endurcis provoque de longs éclats de rire ; mais si la fable fait couler un fleuve de feu dans le séjour des morts, elle ne rencontre que Tapprobation. Le paradis chrétien excite le mépris et les champs Elysées se sont emparé de tous les esprits ^ La métempsycose avec ses folies ne provoque pas même un sourire, du moment qu'elle s'abrite sous le grand nom de Pythagore. Les pythagoriciens peuvent à leur aise vous interdire de manger de la chair des animaux, parce que vous pourriez faire tomber sous votre dent la chair d'un de vos ancêtres. « Qu'un chrétien vous dise que Caïus renaîtra Gaïus, la populace fera pleuvoir sur lui les coups et même les pierres^. » Et cependant la raison doit éprouver bien moins de diflSculté à admettre la résurrection du corps que la métempsycose. La conscience comprend que le jugement définitif de la créature humaine est impossible si son identité ne se conserve pas et si les châtiments ou les récompenses ne sont pas décernés à celui-là même qui les a mérités, mais à un être entièrement nouveau. L'âme a mérité on démérité avec la chair à laquelle elle était unie, et cette chair doit par conséquent partager son sort. Tertullien applique an

1 Apol., XLVli.

* « At enina christiauus, si de homine hominem ipsumque de Gatio Gaium reducern repromiltat, lapidibus magis, nec saltem cœstibus, a populo exigetur.» (/</., XLVUi.)

LA RÉSURRECTION PROUVÉE PAR LA NATURE. 46t

dogme de la résurrection les principes générailx de son apologétique, et pour l'établir, il en appelle non pas à des textes dont Tautorité ne serait pas admise par ses adversaires, mais au témoignage de la nature, qui nous parle d'abord par le spectacle et les révolutions du monde, puis par là voix de là conscience. « Comment, dites-Yous, un corps se reformerait-il de cette matière dissoute? Considère-toi toi-même, ô homme, et tout te sera expliqué. Qu'étais-tu avant d'exister? tu n'étais rien, car si tù eusses été quelque chose tu t'en souviendrais. Tel tu étais avant d'exister, tel tu seras après la mort, c'est-à-dire que tu seras comme rien. Pourquoi celui qui a voulu que tu fusses quand tu n'étais rien ne pourrait-il pas te rendre la vie après que tu seras rentré dans ton néant? Que t'arriverat-il là de nouveau? Tu n'étais pas et tu as été créé; d'un nouveau néant sortira uiie nouvelle existence*. Explique-moi comment tu as été créé et tu pourras après demander comment tu ressusciteras? Douterais-tu de la puissance du Créateur qui a fait sortir ce corps immense du monde d'un néant aussi vide, aussi nu que la mort et qui lui a communiqué le soufiSe qui anime tous les êtres ^? » Tertulïien montre ensuite que la vie de la nature est une résurrection continuelle, car tout se conserve par sa propre destruction et se reproduit de sa propre mort ^. « 0 liomme,

1 « Quid novi tibi eveniet? Qui non eras, factus es; quum iterum non eris, fies. » {Apol,, XLVIII.)

2 Idem,

5 « Omnia pereundo servantur, omnia de interitu reformantur.» {Id.)

468 LE JUGEMENT DEIINIER.

toi dont la nature est si grande, si tu sais la comprendre, toi que Toracle de la Pythie proclamait le seigneur de ceux qui meurent et ressuscitent, serait-il possible que tu mourusses pour périr tout entier? Dans quelque point du monde que ton corps ait été dissous, quel que soit l'élément qui Ta détruit, englouti, consumé, anéanti, ta poussière se retrouvera. Le néant appartient à celui auquel appartient l'univers * . » Or, il a plu à la même sagesse qui a réuni tant de contrastes dans la nature de faire succéder à la période de la mort la période de l'immortalité. Entre ces deux périodes aura lieu le solennel jugement que la conscience humaine pressent dans ses secrètes épouvantes.

L'apologiste abandonne son rôle d'avocat du christianisme; il passe de la défense à l'attaque, il n'a plus devant lui que des coupables auxquels il apporte l'assignation du juge qui les attend. Il dresse devant leurs yeux épouvantés le tribunal du Très-Saint et du Tout- Puissant, à la barre duquel les philosophes et les proconsuls devront comparaître aussi bien que les ignorants et les pauvres. « Lorsque apparaîtra, dit-il, cette borne posée entre deux abîmes, lorsque la ûgure de ce monde disparaîtra; lorsque le temps, rideau d'uia jour jeté sur l'éternité ne sera plus, alors tout Le genre humain se relèvera pour recevoir le salaLice de ce qu'il aura fait en bien et en mal, et ce s^Ta pour l'éternité immense et sans fin. Alors il n'y au*.ra

^ « Ejus est nihilum ipsum cujus et totum. » (Apol,, XLVIIl.)

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