L'INCRÉDULITÉ NAIT DU PÉCHÉ
plus cette SQCcession de la mort et de la résurrection ; nous nous retrouverons tels que nous sommes pour ne plus changer; les adorateurs de Dieu seront toujours avec lui revêtus de la substance propre de Téternité, les impies et tous ceux qui ne seront pas irréprochables seront condamnés à des flammes immortelles, qui auront reçu de la nature divine je ne sais quelle incorruptibilité. » TertuUien couronne cette •• description du châtiment de l'éternité par une magnifique image. Tel on voit la montagne qui recèle le feu intérieur des volcans , durer et vaincre les siècles, bien qu'elle soit en proie à un incendie intérieur qui la dévore mais ne la consume pas, telle Tâme du profane durera en brûlant dans l'abîme \ « Ces dogmes vous ne les flétrissez comme des préjugés que chez nous; chez les poètes et les philosophes ce sont de sublimes connaissances. Pour eux, ce sont des sages; pour nous, nous ne sommes que des insensés; à eux l'honneur, à nous la honte et le châtiment^. » En tout cas, préjugés ou non, ces dogmes sont le soutien de la société, qui s'écroulerait sans cette crainte salutaire des jugements de Dieu.
Si ces grandes vérités qui ont pour elles la philosophÎB aussi bien que la religion ne sont pas généraletnent admises , cela tient à la perversité du cœur liumain, à ce que TertuUien appelle si bien « cet endurcissement d'une erreur volontaire qui a émoussé la
* « Montes uruntur et durant. Quid nocentes et Dei hostes. » {Apol.^ :XLyilï.)
* «Illi prudentes, nos inepti. » (/</., XLÏX.)
délicatesse de la conscience ^ » L'apologiste ne demande qu'une chose à l'adversaire du christianisme, c'est qu'il se purifie, car une fois qu'il aura renoncé à sa corruption, il aura un cœur pur pour voir Dieu, il le reconnaîtra dans la religion qu'il maudit, et de persécuteur il se fera chrétien. En apprenant à connaître cette religion qu'il maudissait, il ne la maudira plus, il ne l'accusera plus ; il l'acceptera pour lui-même^. Comment en serait-il autrement puisque l'àme humaifie ef^t naturellement chrétienne? Qu'on la délivre du péché qui la corrompt, qu'on efface les interpolations introduites dans ce texte divin et son témoignage s'élèvera en faveur du christianisme. Il suflBt d'ailleurs de voir mourir les chrétiens sur les bûchers et dans les cirques pour reconnaître qu'ils ont Dieu et la vérité pour eux. On sait quel développement sublime TertuUien a donné à cette pensée. Sa défense du christianisme se termine par cet hymne triomphal du martyre que nous avons reproduit déjà et qui mieux que tous les raisonnements montrait de quel côté était la puissance et l'avenir dans ces temps de lassitude et de scepticisme.
Après cet exposé de l'apologie de l'illustre docteur africain, nous pouvons en apprécier la valeur et le^ défauts. Elle nous présente un enchaînement de pensées très remarquable; ses principaux arguments sa soutiennent et se fortifient mutuellement; on ne pei
^ « Teneritas conscinntise obduratur in callositatem Toluntarii errons {Ad nationesj 11,1.)
* « Emendate vosmet ipsos priiis, ut christianos puniatis; nisi que emendavcritis, non punietis, imo eritis christiani. Discite quod in nà accusetis, et non accusabitis. » (/rf., 1, 19.)
leur reprocher de se détruire ou de se contredire comme cela arrive toutes les fois que Tapologiste est plus préoccupé d'accumuler les preuves que de les peser, et fait en quelque sorte flèche de tout bois. Tertullien a commencé par produire l'immortelle lettre de crédit du christianisme, qui n'est autre que la conscience ; il a dégagé son témoignage de tout ce qui l'altère ou l'obscurcit. Ce n'est qu'après avoir fait parler ce témoin universellement reconnu qu'il a invoqué l'Ecriture ; son grand mérite a été de combiner admirablement la preuve scripturaire avec la preuve morale; il n'a demandé à la première que ce qu'elle peut légitimement donner dans la controverse avec l'homme non encore croyant, c'est-à-dire l'impression immédiate et souveraine du divin résultant de la beauté et de la majesté du livre sacré; il s'est bien gardé d'invoquer les livres sacrés comme une autorité purement extérieure qui coupe court à la discussion, avant que la conviction ait pu être formée. Ce qu'il a surtout cherché dans la Parole écrite, c'est la Parole vivante, c'est la personne même du Christ, et il s'est attaché à mettre en lumière sa figure idéale, en négligeant trop, il est vrai, le trait miséricordieux, la douce auréole de la charité qui en est l'attrait le plus irrésistible. Les effets moraux du christianisme et sa puissance pour réformer la vie lui ont fourni un quatrième argument sur lequel il a insisté à bon droit. Le courage des apôtres et celui des confesseurs appose selon lui un sceau sanglant mais ineffaçable à la doctrine qu'ils ont prêchée.