LB CULTE N'EST PAS ENCORE DÉNATURÉ
transformer la commémoration de leurs noms en une intercession qui attribuait à la créature ce qui n*appar« tient qu'à Dieu. C'est ainsi que se préparait Fin vocation des saints qui ne fut en usage que beaucoup plus tard.
L'eucharistie, en se surchargeant d'idées superstitieuses, ne rappelait que bien imparfaitement le souper da Seigneur; elle devenait un véritable mystère, dont la valeur ne résultait pas simplement du fait moral et spirituel, figuré et fortifié par la cérémonie. Elle acquérait une vertu intrinsèque, une grâce sacramentelle proprement dite, qui subsistait même après que Facte commémoratif était accompli. Aussi la coutume d'envoyer le pain eucharistique aux absents s' était -elle généralisée; on le distribuait aux malades dans leur maison, au lieu de venir célébrer avec eux la Gène, comme dans les premiers temps.
U faut pourtant se garder d'exagérer la portée de ces altérations du rite. Bien des germes d'erreur, qui ne devaient éclore que plus tard, sont appréciables pour nous, par la raison que nous connaissons leur plein développement aux époques suivantes. Le culte est sans doute dans une direction funeste, mais il est bien loin encore du formalisme matérialiste qui doit l'envahir. U conserve son grand caractère, sa beauté simple et émouvante ; le soufQe fervent et pur de Tàge créateur n*est pas encore refroidi ; il anime lès prières et les chants, et le sentiment de l'universelle prêtrise, qui va bientôt disparaître, subsiste néanmoins dans les cœurs et relie encore étroitement le dimanche à la semaine, le culte public au culte privé et la vie religieuse à la vie morale.