FORME EXTÉRIEURE DE LA PRIÈRE PUBUQUE
peur, dit Tertollien, que Tange de la prière, qui se tient encore près de nous, ne Toie dans notre trop prompte lassitude une injure envers Dien^ »
Les hommes priaient, la tète déconTerte, rompant ainsi avec les coutumes du judaïsme, qui aurait m dans une telle liberté un manque de respect envers le Dieu saint et redoutable, dont Finvisible présence rem-' plissait le sanctuaire comme une nuée sainte. L^anden Orient tremblait aussi devant la divinité ; voilà pourquoi ses prêtres se couvraient la tète d*une tiare à l'henie du sacrifice. Le Grec, au contraire, plus rapprodié de ses dieux, dans lesquels il reconnaissait ses pareils, ne se croyait pas tenu à ces marques d'an respect timoré. Le chrétien, en se découvrant la tète, montre sa filiale confiance dans le Dieu auprès duquel il a trouvé un libre accès. Les femmes, au contraire , avaient h tète couverte, d'abord pour marquer leur dépendance vis-à-vis de leurs maris, et ensuite pour ne pas attirer les regards^. Les vierges devaient être voilées*. Les chrétiens levaient leurs mains en priant, pour marquer que leur âme tendait vers Dieu, et ils les étendaient en souvenir des mains étendues du crucifié^. Enfin ils courbaient la tête pour recevoir la bénédiction de Févèque '.
Si de la forme extérieure de la prière publique nous passons à ses caractères intrinsèques, elle nous frappera d'abord par sa grande simplicité. Les fragments nom-
* TertuU., De orat., 12.
« 1 Cor. XI, 4.
' TertuU., De virgin. veland., î.
* Tertull., De ora/., 11.
* KXCvate yuxi 6ÔXoY6t<j06. {Const. apost.f VIÏI, 6.)
SniPUCITÉ ET ABONDANCE DES PRIÈRES PUBLIQUES. df4
breax qui nous ont été conservés ne portent ancnne trace de déTcIoppements oratoires; h rhétoriqne en est absente. » La pompe du discours, djsait Amobe, et Fordonnance savante de la parole conviennent aux assemblées politiques, aux tribunaux, au forum ; il £aat les réserver à ceux qui mettent tout leur goût à l'éclat do langage. Quand il s'agit des réalités qui n^ont rien à faire avec Tostentation, on n'a qu*à se préoccuper de ce qa*on doit dire et non de la manière agréable de le dire. C^est d*un esprit amolli de chercher le plaisir dans les choses sérieuses et de penser à Tharmonie des sons en face de malades à guérir, dont les blessures réclament des remèdes salutaires ^ >
C'est surtout à la prière que s'appliquent ces règles austères. Aussi évite-t-elle tout ce qui ressemble ^ à Tart, bien qu'elle conserve sa grande beauté. Le flOu£Se de la sainte Ecriture, les grandes images de la prophétie et la douceur du miel évangéliqué la pénètrent. La parole divine la porte vers le ciel, comme Taigle porte Taiglon dans l'espace, sur ses puissantes ailes, pour employer une des métaphores les pins sublimes et les plus touchantes de la Bible. La prière de Fancienne Eglise est, en effet, nourrie des Mintes lettres ; les textes sacrés en forment la trame constante, soit qu'elle les reproduise littéralement, soit qu'elle les rappelle par allusions. La simplicité en écarte les longues périodes, sans qu'elle tombe dans une concision pleine de sécheresse. Les répétitions sont
> Arnobe, Disput. advers, Gent,, l, 58,59.