LES DONS ENTIÈREMENT VOLONTAIRES
tas de charges, entraînaient de fortes dépenses. Aucnne contrainte n'était exercée sor les membres de l'Eglise : « Personne n*est forcé, dit Tertollien, tout don doit être spontané ^ » Si, dans certaines Eglises, on snivait le conseil dlrénée, d*égaler au moins la générosité de Tancien Israël en apportant à Dieu les dîmes et les prémisses de ses biens, ce n*était point une loi générale '. On tenait surtout à conserver un caractère de gratuité à tous les actes religieux, à tous les bienfaits spiritaels, en se souvenant qu'ils procédaient d'une grâce qui se donne mais ne se vend pas : « Nous ne donnons pas le Sain^Esprit à prix d'argent, dit un ancien synode ; nous voulons écarter tout ce qui ressemblerait à un marché des sacrements '. » La coutume s'était établie de déposer les offrandes pour F Eglise sur la table eucharistique avant la célébration de la sainte cène. Quand on y apportait les prémisses de la moisson, l'évêque faisait une prière pour remercier Dieu de ses dons.
On se tromperait toutefois si l'on voyait dans cette coutume une ordonnance de l'Eglise. Plus tard, vers la fin du troisième siècle, au temps de Gyprien, nous voyons bien que des collecteurs recueillent , * dans les maisons, les dons pour les pauvres ^ ; mais jamais, avant le concile de Nicée^ il n'y a trace de subsides ré-
1 a Nemo compellitor sed sponte confert. » (TertolU, Apol,y c. 89.)
• Irénée, Contra hares,, IV, 34.
7cnù[Kaxoq (ii.eTaSié(0(ii.ev. [Concii. JVuli., II, c. 23.) De telles prescriptions s'appliquent à fortiori à Tépoqne antérieure. « Neqae prœtio alla res Dei constat. » CTertall.^ Apoi.f 89.)
* c( Sportolantium fratram. » (Gyprien, Ep., l, 1.)
POINT DE RÉMUNÉRATiœï RÉGULIËRE DU CLERGÉ. 79
guliers affectés aux éyêqaes et aux anciens. On recon^naît bien, en principe, qu'ils ont droit à être soutenus, mais seulement dans la mesure de leurs nécessités et sans qu'ils soient dispensés de se procurer leur subsiâ** tance par le travail. Une inscription de la catacombe de Saint-Galliste, nous apprend qu'un cer)Ain Denys, prêtre de l'Eglise de Borne, était en même temps médecin ^ «Les anciens, élus par l'Eglise, dit Tertullien, président au milieu de nous, après avoir conquis cet honneur, non à prix d'argent, mais par le bon témoignage de leurs frères, car nulle chose divine ne s'acquiert par l'argent. Chacun donne quand il peut. Ces libres offrandes de la piété ne se dépensent pas en festins, mais sont consacrées à nourrir les indigents, les orphelins^ les vieux esclaves ; à secourir les naufragés, les exilés dans les mines et les iles lointaines ^. » Ce n'est que bien plus tard, à une époque qa'il est difScile de déterminer, qu'une part proportionnelle pour l'entretien du clergé fut prélevée régulièrement sur les offrandes de l'Eglise ^.
On le voit, l'organisation de l'Eglise locale^ au commencement du troisième siècle, est en voie de transformation. Sur cette pente glissante où elle se laisse entraîner, il est très-di£Scile de marquer exactement chacun des pas qu'elle fait vers la hiérarchie. Celle-ci est dans l'air, en quelque sorte, dans les influences générales du temps, qui font peu à peu fléchir les insti-
A Ro6si^ Roma sotteranea, vol. I, p. Si. « Tertnll., ApoL^ 89.
s ConsU apost,\ni, 80.
«0 SIGNES PiUSOaRSEDRS DES nANSFOBiaTIONS PBOCH^^
tatioDs ; c^est ce qui rend impossible la fixation pré> dse des phases de cette é'volation, jnsqn'aa jour o4 elle sort, avec des formes arrêtées, de Vindétermination plus on moins flottante par kqnelle elle a commencé, comme le cristal se dégage dn liquide en ébnUition. Néanmoins les grands traits de Torganisation primitive de TEglise subsistent encore ; ce ne sera qa*après la défaite des illustres champions de ses libertés qne la charge ecclésiastique sera décidânent transformée en sacerdoce dans la réalité comme dans l'idée.