‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 42 sur 236 · UNION MORALE DES EGLISES DANS LA FOI · texte numérisé non relu

UNION MORALE DES EGLISES DANS LA FOI

Tiyantes de Tédifice qui ne s*appuie sur aucun étai eKtérieur. Inorganisation ecclésiastique se retrouTe aTec ses traits essentiels dans toutes les communautés éparses dans Timmense emjHre romain. Elles ont le même symbole, tout ensemble large et précis, abritant bien des divergences secondaires, nées de la libre recherche , mais faisant flotter au- dessus d'elles la bannière du Christ; chaque néophyte, en sortant de Teau baptismale^ adhère au même Credo; qui retentit d'un bout du monde à Tautre. Irénée est fondé à dire qu'il est l'organe de toutes les Eglises répandues dans le monde entier, lorsqu'il exprime la foi chrétienne dans ses articles fondamentaux *. Il nt*écrit pas dons la dictée d'une autorité ecclésiastique individuelle on collective qui aurait fixé les termes d'une formule; non, selon sa belle expression, c'est de la largeur de son cœur que s'épanche cette confession chaude et populaire qui exprime les croyances dont vivent tous les chrétiens et pour laquelle ils meurent tous les jours. Cette unanimité se retrouve sons une forme négative quand il s'agit de repousser les erreurs qui portent atteinte aux vérités essentielles de la foi ; elle peut ne pas se former to^t de suite, parce que l'hérésie apparaît souvent enveloppée d'une forme subtile et trompeuse ; telle Eglise particn^ lière peut se laisser abuser par un novateur artificieux, mais il n'y a pas d^êxeihple qu^une portion importimtte de la chrétienté primitive ait persévéré dans un malèii'tendu grave. Totite doctrine compromettant vraiment

' Irénée, CofUra %xres,^ t, S.

NULLE CATHOLICITÉ VISIBLE ET EXTÉBIEimE. 93

TEvaDgile finit par être écartée, même avant qa*il 7 ait dea synodes officiels et sais décret fonnel, par la siiiH pie répulsion da sentiment chrétien. L*EgUse a un instinct de préservation qui la garde sûrement en dehors de toute formalité ^diciaire. C'est ainsi que la catholicité BK^rale s'affirme sans revêtir une forme arrêtée et hiérarchique.

On le voit, rien n'est changé au fond à l'état de choses antérieur. L'Eglise, prise dans son sens général comme épouse du Christ, ne s'enferme dans aucune organisation visible; elle plane au-dessus de tous les cadres extérieurs, elle est placée à la hauteur de l'idéal et se dégage des formes imparfaites et des particularités locales« Au-dessous de cette Eglise, qui est partout et n'est nulle part tout entière parce qu'elle est un grand fût moral perçu de Dieu seul, il n'y a que des Eglises, des communautés qui se régissent elles-mêmes, qui ont leur hiérarchie à elles, tout en se sentant unies par une même foi et un même amour. Elles participent ainsi, et dans la mesure où elles sont animées de l'esprit du Ghtist, à cette catholicité spirituelle qui n'est pas une chimère ni une abstraction, mais bien une réalité diTine qn'aueune organisation n'emprisonne ni ne limite. Q n'en sera plus de même lorsqu'on identifiera cette unité spirituelle à un vaste corps organisé qui s'appela kn le catholicisme et aura son centre, sa hiérarchie. Alors les Eglises dîsppiraitront dans l'Eglise mère, dont dles seront les subordonnées. On ne peut nier qulrénée ne pousse dans cette voie lorsqu'il fait de Tépiscopat une institution sacerdotale fondée aur. la saccession

94 LES ÈBUSES S'ENVOIENT DBS LETTRES.

apostolique, HaiSi encore ici| l'idée a devaneè le fait» La chrétienté det cette époque. n'est point .one yaste société constituée avec des pouvoirs définis, avec une autorité centrale qui s'impose aux Eglises locales*. Cellesci gardent leur liberté, et 1! unité qui les relie. les unes aux autres est toute morale; elle résulte de Taccord des idées et des sentiments; aussi ne porte-trelle que sur ressentiel, et ne les plie-t-elle. jamais au joug de r uniformité.

Cette unité, sans perdre son caractère, a des manifestations extérieures qui n'ont pas moins d'importance pour être toutes spontanées : c'est ainsi que les Eglises correspondent par lettres. Nous avons constaté que cette coutume, qui remonte aux temps apostoliques, était en plein exercice au temps dlgnace, de Poljcarpe et de Clément de Bome, sans que ces grands évèques prennent jamais le ton de l'autorité. Ce n'est point un chef ecclésiastique qui s'adresse à ses subordonnés, c'est un frère qui parle à ses frères, leur offre ses conseils et les exhorte à la fidélité dans le péril commun. On voit par le Pastor Hermas que l'ancienne Eglise atta^ chait une grande importance à ces communications, car, dans l'une de ses yisions, il reçoit l'ordre de faire parirenir ses révélations aux diverses Eglises pour leur édiGcation^ L'un des plus beaux documents du second siècle est la lettre des chrétiens de Lyon à leurs frères d'Asie Mineure, après la terrible persécution qui avait décimé leur Eglise. Elle n'a aucun caractère clérical; ce

i Paator Bermas, Visio H, 4.

ELLES S'ENVOirarr SOtVENt DBS DÉLÉGUÉS. 95

ii*est point un éTéqae qui «^adresse à on antre éTëqne, on nn métropolitain qnî transmet ses directions on ses exhortations à nn subordonné, c*èst l'Eglise ellemême dans sa totalité qui tonte meurtrie et sanglante, et pourtant yictorieuse de la persécution, raconte sa lutte et sa victoire aux frères de la terre éloignée d*oci lui sont Tenus ses premiers missionnaires et auxquels elle se sent unie par un amour profond. Le début de la lettre peint ce qu*était la catholicité au second siècle bien mieux qne tous les développements. Elle commence ainsi : « Les serViteurs de Christ qui vivent à Vienne et à Lyon aux frères de TAsie et de la Phrygie qui ont la même foi et la même espérance de la rédemption que nous, la paix, la grâce et la gloire soient données par Dieu notre Père, par le Christ Jésus ^ »

On ne se contentait pas de lettres, on envoyait des délégués dans les circonstances importantes. Irénée, avant son élévation à Tépiscopat, fut chargé par TEglise de Lyon de se rendre à Bome pour conférer sur les troubles que suscitait Tagitation montaniste. L*évêque de Bome, Eleuthère, parait avoir hésité à cette époque dans son appréciation d'un mouvement qui avait un grand prestige d'austérité-^. Les chrétiens de la Gaule désiraient s'expliquer avec leurs frères d'Italie, les éclairer et maintenir Taccord avec eux. Des délégués furent aussi envoyés à la même occasion en Asie Mi- ,neare avec des lettres, qui étaient comme le testament

« Eosèbe, H. E., Y, 1.

* TertuU., Adv, Prax.f 1.

96 LIEN D£ LA GHARITB.

religieax de plasieorB confesaeors réceaunent mîa i mort. Le bat de cette amlMssade était Dettement dét^ miné : elle ayait pour misaîon principale de travailler à la paix des Eglises ^ On se contentait de ces libres communications de Tamour fratemeli sans recourir i des sommations impérieuses ou à des arrêtés de doctrine.

L*éléTatioii au siège de Lyon d*Irénée, le ferTent disciple de Polycarpe, évêque de Srayme, est aae preuve nouyelle des rapports étroits qui unissaient b chrétienté d'Occident à celle d'Orient. Quand le même Polycarpe Tint à Rome, Févéque Soter lui demanda de présider à Timposition des mains de plusieurs ancieifii pour lui montrer à quel point il se sentait uni à lui dans répiscopat ^. La communion était donnée sans difficulté aux frères étrangers '.

Ce n'était pas seulement des idées et des opinions que les Eglises des divers pays échangeaient entre elles. Le courant de la charité les rapprochait bien davantage; elles se donnaient des preuves nombreuses et effectives de leur amour fraternel. Le chrétien en voyage retreih vait un foyer partout où il rencontrait des frères. U. était comblé de dons et traité comme un fils même dans cette grande cité de Rome où il eût été si facilement perda comme dans un désert. Denys de Gorinthe loue Tévêque Soter de ce qu'il prodiguait ses consolations les plus

» Id., y, «4.

BfàfWKI DES P^TES^GLU^ES AY|;G.|J^ 6JILAIQ>E§- 97

tffUix^^ ,et Traioptent {rat^^eUes au^ .^.trangers * . .Ceuxci ^la^nt pi|mi3 â^ Jietti:es de leurs évêques qui \ds ^Cr çrédîtaiei^t;. On les appelait efistolw communicatorùe ^ parce qu*çUes attestaient .gu*Jils ét^^ie^t âanfi la comwuuojd 4e leur figlise et ppuyaien); .é^t^e reçus cpmme frères. ConiQi^qotéoieut aujLfg^aéreuses pratiques du p];e« nacXiQî^de^ ]^3 ;^glises .eayp,jai6n.t 4'abopdaptes ^umôucîssoit; aoiLrpomipunAutéd qui.étaieat dausla p^uvret^, 9Qit Açm .<M>i)|es^enra ^t ^^x chrétiens çoudamués ai^^ Wnes^.

rLes JBgUses.decafQpfigae^emblçint ayoir été dfins qae oertaiAe dépe^dw^ie idies Ç^Uses de yille puisque celles gni ne comptaient ,q|i'up trëa-pietit nombre ^e mcimbre^ d^yiiic^nt demander j pour Télection deleur éyéque Fasr wtimceide troia délégués Yen^6 des Egli36s voisines. La cjéTiémonie.de 1^ «(^msécration et ^es cas de discipline épiscQpalei7€^ndaient également nécessairele concoursdç c#8 figUses % .C^^t^inii que s^ébaochait sousiaipressipn 4ela.>Qié€ie^tié<unç orgfMilisfiUon dino^ssunefqHtjie devfiit i«QP4i^ iqm3il4n$ tord ;d|çs ^Eorane^s , arrêtées. Xes Eglises IpfM^f^ ts?APPj^}«iien^ d^^,p|E^^p|i,ss.es, c'^thMûre d*apràs l^'ôOiW^lçigP^ 4H;Pot., 'des ccdonies ou 4^3 1 stations \ de n^^^iPonr ^Pd^Uir Au^^iObrétâensqnei}^ TiereMgîpni^e fmi9nf(iimm^^yef^^^,wt*^ Quelqn^ JlgUses se 419tingWiltid^a^fil^Q^piir 9m wrt^ d^^wnauté jQprale :

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