‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 67 sur 236 · CORNEILLE EST NOMMÉ ÉYÊQDB DE ROME · texte numérisé non relu

CORNEILLE EST NOMMÉ ÉYÊQDB DE ROME

de r£glise qai était inclinée à Tindalgence. Il ressort évidemment de cette lettre que si les deux tendances sont encore unies, c'est par un lien bien frêle, et que la tendance rigoriste se réserve de pousser à des mesures sévères après la nomination de l'évèque. Au reste, Novatien nous apparaît dans cet important document comme un homme pieux, éloquent et habile, qui est digne de parler au nom de son Eglise.

Peu de temps après (251) ses espérances furent déçues. Corneille qui appartenait à la tendance contraire remporta sur lui. Ce fut le signal de la rupture. Les partisans de Noyatien ne purent se résigner à se Toir frustrés dans leurs espérances. Ils ayaient cru L toucher au moment du triomphe et trouver la revanche £ d*Hippoljte en faisant asseoir sur le siège de Rome k un éyéque qui fût Théritier véritable de son esprit, k Qa*on se représente la déception qu'auraient éprouvée i les Jansénistes au dix-septième siècle s'ils avaient eu ^. la chance de placer à la tète de FEglise un des leurs r et qu'ils eussent été soudain battus ! On ne peut s'imaginer ce qui s'allume en secret de passions ardentes c au sein des minorités religieuses obligées de ronger 9» leur frein dans une apparente soumission! s. Aussitôt après l'élection de Corneille, la guerre lûtesek tiiie éclata. Novatien, au premier abord, paraît avoir ■ifc- résisté an désir de ses partisans qui voulaient le nommer m éréqne sans délai C'est du moins ce qu'il écrivit à w^ Benjs d'Alexandrie *. Mais un homme se trouvait à

«L 1 Al' 5pxci)v 9o6ep(ov tivûv TCiaTo6|jLevo<; to (jliqS' SXcoç imoxo^ç ^"feoOat. (Easèbe, H. B., VI, «3. BpUtola Conulu ad FMum,)

480 NOVATIEN DEVANT L'ËVÈQUE DU SCHBME.

Rome pour souffler la discorde et pousser an décisions Tiolentes. G*était Novatas, le schismatique de Carthage, qui depuis longtemps n^éprouTait aucao scrupule à troubler la paix de l'Eglise. Il fat rame de la résistance et déploya à son service sa bonillante ardeur ^ Novatien céda à son influence; il fit le pas décisif et se laissa nommer évèque. Trois obsenn évêques dltalîe vinrent le consacrer. L'un d'eux, qvi l'abandonna promptement, prétendit qu'il avait préparé la consécration par une scène d'orgie et en cborchant à enivrer ceux dont il voulait faire ses complices ^ Cette grossière calomnie ne mérite pas la moindre créance. L'évéque qai s'était laissé prendre un moment au schisme voulait faire sa paix à tout prix, et il savait que le meilleur moyen d'être agréé c'était de charger le dangereux adversaire de Corneille. Comment supposer que le chef des rigoristes aurait déshonoré et ruiné son parti par un acte qui était en contradiction flagrante avec toutes ses prétentions? Denys d'Alexandrie n'aurait pas écrit à un homme ainsi taré sur le ton de la fraternité et de l'estime comme il le fit, quand il essaya de le ramener.

La lutte entre les deux tendances s'annonçait comme devant être sérieuse. Le premier résultat de la mpture fut de permettre à Novatien et à son parti de renoncer à tous les ménagements qu'ils avaient gardés jusqn^alors* Tout d'abord ils se prononcèrent pour la sévérité b plus rigide dans la question disciplinaire ; ila reprirent

* Cyprien, Ep,, 64, i.

« Ëusèbe, H. E., \l, 48.

LE SCHISME SANCTIONNE LE RIGOBÎSME MONTANISTE. 484

Fancienne tradition de T Eglise telle qu'elle avait été formulée par saint Hippoljte. La possibilité de la réha* bîlitation ecclésiastique fut écartée pour tous ceox qui, à an degré quelconque, soit par eox-mémes, soit par intermédiaires, ayaient renié la foi dans la persécution. Ils étaient remis à la miséricorde de Dieu, leur repentance pouvait se faire accepter du juge qui sonde les eœors, mais TEglise n'abaissait plus jamais sa barrière devant eux \

Non contents de cette exclusion, ils Téteudirent à la façon des montanistes à tous les péchés graves qu'ils appelaient aussi péchés mortels, s'étayant de la puis* santé polémique de Tertullien. Ils allaient plus loin, ear cette discipline implacable tenait à leur notion de FEglise. Bs ne voulaient pas que celle-ci fût une société mélangée; elle devait demeurer préservée de tout con* tact coupable et conserver un caractère immaculé ^. Toilà pourquoi ils s'appelaient eux-mêmes les purs. Pour montrer à quel point ils repoussaient l'ancienne organisation ecclésiastique, ils soumettaient leurs adhérents à un second baptême.

C'est ainsi que nous retrouvons dans le novatianisme

1 Eosèbe, YI, 43. Taîç «avrax^^ èxxXr^aUiç i-^pa^e \k^ âêX^cÔai xwç èicixeôux^Taç dq là [i^on^pta, àXkà. icporpéiceiv auToùç dç lierovotoy, rf^v te ou^x^P^^J^v è-rcitpé'rceiv 6e$ t(J Suvajjiivq) raX iÇouoiav IxovTt Q\)^(ji>pçX^ à\LaLpzi^\»a.'za. (Socrate^Ht^^Ecc/., IV^iaJk

s Padanas de Barcelone^ qui vivait à la fin du quatrième ne ainsi résumé l'idée des novatiens sur l'Eglise : « Qnod mortale pe<^ «odeiria dare non possit , immo quod ipsa pereat recipiendo peoc9 {Contra novat, Epist. UI.) Akesius, évéqoe novaUen. refusait an ût Nicée^ la réhabilitatiou, non-seulenieiit ttis à t

qni avaient commis quelqne péché mortel. t», I^ ii

i ^^ PREMIERS SUCCÈS DU SCHISME.

MUS une forme noaTelle les mêmes prineipes qm, trente ans auparavant, avaient soalevé de si yiolents * orages à Borne et subi une si éclatante défaite. Ils n^aTaicnt jamais eu tant de chances de remporter. Les adhérents du schisme étaient nombreux. Les chefs I étaient habiles et ardents ; ils se livrèrent de suite à une active propagande en envoyant dans tontes les Eglises des émissaires * , et provoquant l'élection d'éfèques imbus de leur doctrine partout où ils avaient formé un noyau d'adhérents. A Bome même les novatiens avaient pour eux les confesseurs qui étaient inclinés à la rigidité. Ceux-ci paraissent au début da mouvement s'y être franchement rattachés. Un moment Novatien put espérer obtenir quelque faveur auprès de Gyprien. On se souvient qu'il lui avait écrit au nom de l'Eglise de Bome une lettre d'approbation. Les martyrs qui le soutenaient avaient apporté le plus utile appui à l'évêque de Garthage dans sa lutte avec les confesseurs d'Afrique lorsque ceux-ci exagéraient l'indulgence. Corneille ne lui était pas encore connu; des calomnies graves circulaient contre lui. On l'accusait d'avoir été un libellaticus, c'est-à-dire d'avoir assuré sa sécurité par un certificat mensonger d'apostasie. Gyprien fut troublé un moment par les faux rapports qui lui étaient parvenus. Une délégation d'évêquesfut envojée d'Afrique à Bome pour se renseigner exactement sur l'élection de Corneille ^.

Un évêque d'Afrique, Antonianus, avait été entière

< « Per plarimas cîvitates doyos apostolos , saos mittat. » (Cypriefl, £/>.,65, ÎO.)— « W., «4,1.

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