‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 66 sur 236 · ACCUSATIONS CONTRE LUI · texte numérisé non relu

ACCUSATIONS CONTRE LUI

ma péril et an deyoir pendant les joars de la perséention en s*obstinant à demeurer dans la retraite ^ malgré les supplications des diacres de TEglise '« Cyprien nous donne peut-être le Trai sens de cette accusation en lui reprochant d^avoir été un stoïcien chrétien ^, ce qui donne à supposer qu'il Tiyait en ascète et presque en ermite après les rudes secousses de sa yie morale qui rayaient fait passer pour possédé. Peut-être aussi ayait-il déjà des scrupules sur U ficilité ayec laquelle on accordait la communion aux mourants, et ne youlait-U pas les encourager comme prêtre de l'Eglise, sans pourtant être disposé à rompre ouyertement ayec elle. On ne peut guère se fier à ces portraits des grands schismatiques tracés par leurs ennemis, et le mot fameux reyient à Fesprit en les lisant : « Si les lions sayaient peindre. » Le portrait de Corneille par Noyatien ne serait probablement pas beaucoup plus fidèle.

Ce qui est hors de doute, c*est que Noyatien était un homme éminent par Tintelligence, éloquent et sayaiit, et qu*il ayait acquis une grande influence sur TEglise de Bome '. La meilleure preuye en est qu'il fut chargé par elle d'être son organe auprès de Cyprien poor lui enyoyer son adhésion aux décisions discipli- Baires qu*il ayait soumises à son approbation frater-

^ IlapaxaXo6(i£voç &icb t(&v dtoexévcov fy' iÇeXOoyv tou otxCorou

èv Ô xaOeipÇev dicéox^ tou izei^amirpai toTç Siax^voiç. (Easèbe^ B. M., VI, 48.)

* Cyprien, Ep,^ 56, la.

* « Jactet se licet et philosophiam yd eloquentiam suam superbis Yoci- I>iis prsdieet > [Id., 55, tO.) -

476 SA LETTBE A GTPRIEN PENDANT LINTÉBUL

nelle * . Grâce è sa lettre nous poayons juger Hotatiei par lur-méme à cette époque de sa yie. On s'apevpiît promptement que toat en approuyant Cyprien il le dépasse, et que déjà il penche yers one séyéiité plof grande. Après a^oir rappelé d'nne manière trës-laige rindépendance des diverses EgUses Tis-è-yis les nnei des autres, il pose les principes qui doiyent dominer toutes les règles de la discipline : « Qu^y a-t-il, dit-il, de plus conforme à Tétat de paix dans FEglise et de plus nécessaire dans la guerre de la persécution que de maintenir la juste sévérité de la discipline diyine ' ? > C^est cette discipline qui est le gouTernail da navire de TEglise seul capable de le préserrer de recueil. BUe n'est point une innovation; non, la sévérité lui partie de Tantique tradition et de la foi des premien temps ^. C'est le dépôt sacré qu'il faut conserver à tout prix, car il est infiniment pire de déchoir du haut rang que Ton a occupé, que de n'y être jamais parvenu.

Novatien rappelle la juste rigueur des mesures prises contre ceux qui, non-seulement avaient eux-m^nei sacrifié aux idoles, mais encore s'étaient couverts de certificats menteurs procurés à prix d'argent ; peu importe qu'ils les eussent ou non présentés eux-mêmes. On dirait que l'auteur de la lettre déjà a quelqae crainte de voir se relâcher cette discipline salutaire. « Loin, bien loin de l'Eglise de fiome, dit-il, tout essai d'énerver

^ a Noyatiano tanc scribente. » (Cyprien, Bp,, 55, 4.)

* Id., 80, 2.

* a Antiqoa hsc apad nos aereritas. » (/d.)

LETTRE DE NOVATIEN A CTPRIEN. 477

8a Tigaeur par one facilité profane et de détendre le nerf de sa discipline en renversant la majesté de la foi M » Ce serait le plus sûr moyen d^enYenimer les plaies que Ton prétendrait guérir de cette manière. NoTatien s'applaudit de ce que les confesseurs de fiome ont été fidèles à ces règles saintes, et ont compris qae lenrs glorieuses souffrances leur font un devoir sacré de ne pas affaiblir Tautorité de TEvangile. Il ne peut que féliciter Gyprien de Tappui qu'il a donné i la bonne cause, et de ce qu'il a provoqué les déclarations des martyrs romains. Il n'entre pas dans le détail des mesures disciplinaires de Gyprien qu'il n'eût sans doute pas acceptées sans réserve, mais sor l'ensemble il ne pouvait comme chef du parti rigoriste qu'applaudir à sa fermeté. Novatien ajoute qae toute cette grave question de la discipline est remise pour une solution décisive au temps où le non* vel évéqne qui doit succéder à Fabien sera nommé. Ce n'est qu'à cette époque que l'Eglise tout entière pourra donner aux décisions prises l'autorité d'une délibération compétente arrêtée par tous ses représen* tenta.

Novatien ne s'engageait pas beaucoup par ces décla-» tations, car il avait alors le ferme espoir de diriger luimême les délibérations comme évéque. Le fait d'avoir été ciioisi pour être l'organe de son Eglise auprès du ^lus grand évéque de l'époque, était la preuve de l'as* ^lendant de son parti et un présage de son élection. Du

1 « Abflit ab ecclesia romana vigorem soam tam profana fociliute dimittere. » (Gyprien, Ep.^ 80, 8.)

478 Sk MODÉRATION RELATIVE.

reste, la conclusion de la lettre donne clairement à entendre que c*est vers la séyérité qu^indinera son auteur. ^ Contemple, dit-il à Gyprien, le monde entier ravagé par l'apostasie ; vois partout les ruines éparses de ces chutes innombrables. Le parti à prendre doit être proportionné à retendue du mal, le remède ne peut être moindre que la blessure. 11 s*agit de savoir si ce qui a amené la chute n*est pas la fausse témérité inspirée aux chrétiens tombés *. » Novatien leur laisse une espérance, il ne veut pas les désespérer; il ne peut d^ailleurs oublier qu'il doit représenter une opî> nion moyenne s'il ne veut pas faire éclater one lutte prématurée dans TEglise dont il est Torgane à cette heure. Il résume ainsi sa pensée à Tégard des renégats : « Qu'ils poussent les portes de T Eglise, mais qu'ils ne les enfoncent pas ^. Que leurs larmes plaident pour eui. » Novatien rappelle en finissant que Diea n'est pas seulement miséricordieux, mais juste, et que Jésus-Christ a dit : « Je renierai devant mon Père ceux qui m'auront renié devant les hommes; s'il prépare le ciel, il prépare aussi l'enfer. »

En résumé, l'Eglise de Rome, de concert avec les évêques des Eglises voisines, a ajourué la décisioii finale au moment où elle aura un nouvel évéque. En attendant, une exception sera faite en faveur des chré* tiens tombés qui, étant en danger de mort, manifesteront un repentir sincère. Evidemment il y avait là une concession momentanée de Novatien à la portion

1 « Non sit minor medicina quam yulnus. » (Gyprien, Ep,, 80, 9.) s « Puisent sane fores, sed non utique confiringanU » {Id., 7.)

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