LES GRAMMAIRIENS D'ALEXANDRIE
phùtique. L'ancien monde n'est pas encore assez humilié; il n'accroît plus ses richesses, mais il en fait l'inventaire. 11 éprouve une vive satisfaction à les compter, et cette satisfaction, qui n'est plus l'enthousiasme, est ce qu'il y a de plus contraire à la poésie. Si les poètes manquent, les grammairiens et les commentateurs abondent; ils fixent le canon de la littérature grecque, et déterminent avec soin les œuvres vraiment classiques, avouant ainsi que la grande époque littéraire est passée, et qu'eux et leurs successeurs en sont réduits à imiter les types immortels du beau sans essayer d'en créer de nouveaux. Zénodole, Aristophane de Byzance et Aristarque, occupent le premier rang parmi les critiques et les grammairiens; mais s'ils dissèquent habilement la grande poésie, ils n'ont pas le pouvoir de la ressusciter. L'histoire seule trouve son profit dans les circonstances nouvelles qui ont été faites à la littérature : son horizon s'est élargi; elle n'est plus exclusi\ement nationale; elle commence à rechercher avec Polybc, l'enchaînement profond des causes et des effets. L'éloquence, au contraire, dépérit de plus en plus : elle n'est plus la langue uer>euse et passionnée des débats publics au sein d'un peuple libre ; plus elle est vide et creuse, plus elle prend des formes amples et affecte une fausse majesté. Cicéron l'a caractérisée admirablement en l'appelant asiatique; c'était peindre d'un mot sa pompe frivole et sa bassesse. On put croire que l'art, depuis Alexandre, prendrait une extension nouvelle'. Le premier contact avec
' Voir OUfried }li\i\\QT , Arclueologie , p. 144-176.