EXIL A BABYLONE
par l'emporter sur celui des faux dieux, sans jamais retrouver sa pureté primitive. Lu haine entre les Samaritains et les Juifs, manifestée avec éclat lors de la reconstruction du temple, s'envenima de plus en plus. Nous verrons (jue le temps ne l'avait point usée aux premiers jours du christianisme.
Le royaume de Juda parut un moment bien près de subir la destinée du royaume d'Israël. Après avoir porté ([uelques années le joug de l'Egypte, par suite de la bataille perdue contre Pharaon Nécho (609 ans av. J.-C.'), il fut ravagé à plusieurs reprises par les armées assyriennes, en châtiment de ses retours constants à l'idolâtrie, jusqu'à ce qu'enfin une grande partie de la nation fut emmenée par Kabuchodonosor dans sa capitale. La foi au vrai Dieu se raffermit sur la terre étrangère; les exilés n'avaient pas suspendu leurs lyres aux bords des lleuves de Eabylone seulement pour y pleurer la patrie perdue, mais aussi pour y célébrer le Dieu de leurs pères. Le patriotisme, exalté par le malheur, les ramena au monothéisme. Aussi, quand par suite de la grande révolution accomplie a Eabylone par la conquête des Perses, ils revinrent dans leur pavs sous la conduite d'Esdras et de Néhéniie, ils y rapportèrent une inviolable fidélité à Jéhovah (458 à 434 av. J.-C). Mais ils ne retrouvèrent jamais d'une manière constante leur indépendance nationale. La Judée, après la conquête d'Alexandre, fut ballottée, avec l'Asie dont elle faisait partie, de domination en
' 2 Rois XXllI, 37.
MO LA JUDEE REUNIE A L'EMPIHE HOMAIN.
domination ; elle passa des mains des Ptolcmées à celles des Séleucides pour revenir sous le sceptre de l'Egypte. Le joug d'Antioclius Epiphane s'appesantit sur elle avec une dureté extraordinaire (171 av. J.-C). Sa tyrannie excite la rébellion; Tépée héroïque des Macchabées procure à la nation une indépendance dont le glorieux souvenir lui coûta bien cher, car elle devait y trouver une éternelle tentation de rébellion contre des dominateurs trop puissants pour laisser échapper ce qu'ils avaient une fois conquis. L'aigle de Rome s'abattit avec Pompée sur la ville sainte; l'étranger était appelé par l'un des partis qui se disputaient le pouvoir, indignes successeurs des illustres défenseurs de l'indépendance nationale (an 63 av. J.-C). La famille de l'Iduméen Autipater, mêlée aux intrigues et aux luttes intestines des derniers descendants des Macchabées, acheta, par un dévouement à toute épreuve, la protection des Romains. Hérode le Grand, fils d'Antipater, s'éleva sur le trône de la Judée, agrandie pour lui, grâce au secours de ses invincibles alliés; il s'y maintint par la bassesse et par le crime, aussi habile à iîatter ses protecteurs successifs qu'à épouvanter ses sujets et à se débarrasser de ses rivaux (37 av. J.-C). A sa mort, son royaume fut un instant partagé entre ses trois fils. Archélaûs, qui régnait à Jérusalem, excita par sa cruauté les plaintes des Juifs. Il fut destitué et exilé, et la Judée, rattachée à la province de Syrie, reçut un procurateur chargé d'y faire respecter le pouvoir de Rome. Hérode Agrippa II, neveu d'Hérode le Grand, réussit, par la faveur de Claude, à réunir sous son
CONSTITUTION DE LA JLOlil-: SOUS LES HOMAINS. 2*1 1
sceptre l'héritage entier des fondateurs de la d}nustic (41 ap. J.-C). 3lais à sa mort, arrivée trois ans après, la Judée fut de nouveau régie par des procurateurs romains. Cette sujétion entretint au sein du peuple un ferment de rébellion toujours prêt à se manifester par réiucute. Les esprits étaient en proie à une agitation continuelle qui contribua à donner aux espérances nationales un caractère terrestre et grossier.
On connaît Thabile politique de Rome, souvent compromise par l'ambition vénale de ses proconsuls. Elle consistait à ménager, autant que possible, les croyances religieuses et les coutumes des peuples vaincus. Si tout ce qui concernait Ja politique proprement dite fut abandonné aux procurateurs mis complètement en lieu et place des rois, l'administration religieuse fut laissée intégralement aux Juifs. Le sanhédrin ou grand conseil de la nation, composé de 70 membres, prêtres, anciens des synagogues et scribes, présidés par le grand prêtre, réglait tout ce qui concernait le culte et formait le tribunal suprême, •appelé à juger des délits les plus graves, comme l'imposture ou le blasphème. Depuis le temps de la domination romaine, le droit de prononcer la peine capitale, exercé autrefois parle sanhédrin, était réservé au représentant de la puissance impériale. La charge de grand prêtre, autrefois inamovible, était devenue, depuis les Hérodes, la proie disputée des partis; elle avait perdu son antique dignité et était ravalée au rang d'une magistrature obtenue parla brigue el la flatterie.
Pour achever de décrire à grands traits la constitution du judaïsme à cette époque, nous devons encore
•2dt LES SYNAGOGUES.
parler d'ime institution qui remonte au retour de Texil et qui joue un grand rôle dans toute l'économie religieuse de ces temps : c'est l'institution des synagogues * . Les synagogues, ou maisons d'assemblées et de prières, étaient des édifices consacrés au culte ou du moins à la portion du service religieux qui ne réclamait pas l'intervention des sacrificateurs. La dispersion du peuple avait rendu nécessaires ces lieux de réunion, qui ne remplaçaient pas le temple, mais qui servaient à entretenir la piété et la connaissance des saintes Ecritures chez les Juifs dans les pays les plus éloignés de Jérusalem. Rien de plus simple que la disposition de ces édifices, uniquement destinés à la lecture de la loi et des prophètes et à la prière. On s'y réunissait les jours de sabbat et les jours de fête. On ne se contentait pas de lire les livres sacrés, on les commentait en langue vulgaire". A la tête de la synagogue était un collège d'anciens, auquel étaient confiés la présidence du culte, le soin des pauvres et la discipline. JNous étudierons de plus près l'organisation de la synagogue quand nous esquisserons les premières institutions de l'Eglise chrétienne. C'était également ce collège d'anciens qui recevait les nombreux prosélytes que les besoins religieux du temps poussaient dans le judaïsme. On distinguait deux classes de prosélytes; les prosélytes de la porte, qui n'étaient soumis qu'à certaines prescriptions générales marquant leur rupture avec l'idolâtrie, et les prosélytes de la justice, qui devaient pratiquer toutes les observances lé-
' Voir pour les détails le grand ouvrage de Vitriiiga^ De Sijnaij. velere. 2 Luc IV, 20.