LA KABBALE
nues; elles sont eu tout point semblables à ces notions dualistes qui étaieut partout répandues, vaste réservoir enrichi par les religions et les philosophies de l'Orient, où venaient puiser alors tous ceux qui laissaient prédominer en eux les besoins spéculatifs sur les besoins religieux. L'une des sectes juives que nous décrirons plus tard révèle en Palestine même ce dualisme, qui sembla un moment devoir conquérir le monde entier. Si nous cherchons à distinguer dans la kabbale la forme variable du fond des idées, qui a son cachet de haute antiquité, nous y reconnaîtrons un système d'émanation mis d'accord tant bien que mal par des interprétations forcées avec la lettre de l'Ancien Testament. Dieu est la substance absolue, invisible, manifestée par ses attributs; aucun ne l'épuisé et de leur ensemble résulte le Yerbe, prototype de l'homme. Toutes choses sortent de Dieu par voie d'émanation et rentrent en lui. Notre monde est la représentation du monde des attributs divins, et l'homme en est l'image la plus élevée. Il a existé avant sa naissance terrestre et il est destiné à passer par les purifications de la métempsycose. « La mort est un baiser de Dieu. » Ce baiser est l'union de l'âme avec la substance dont elle tire son origine'. Ainsi le monde n'a aucune existence réelle, il n'est qu'une forme changeante de la pensée divine. L'union avec l'absolu, par la perte de l'individualité, est le dernier terme de la perfection. Qui ne reconnaît, dans de telles théories, la trace de cette religion indienne,
» Franck, In Kabbale, p. 251.
LES JUIFS TVALKXANDRIF,. 299
qui u'a d'autre aspiration que l'anéantissement dans CrahniQ? L'ascétisme devait nécessairement résulter de ce système. Il est probable qu'il se sera de bonne lieure associé à la magie, si répandue alors en Orient. On doit peut-être lui attribuer ces livres mystérieux, que les juifs magiciens d'Eplicse jetèrent dans les flammes après avoir entendu saint Paul *.
Si d'Asie nous passons en Egypte, nous retrouvons au sein du judaïsme des doctrines analogues, mais développées avec un art dialectique bien supérieur et recouvertes du brillant manteau de la philosophie hellénique. L'émigration juive à Alexandrie avait été considérable; constamment favorisée par les Ptolémées, elle avait fini par constituer comme une nation dans la nation. Mais ce n'était pas impunément qu'elle s'était établie dans ce somptueux carrefour de toutes les idées du temps, où l'Occident et l'Orient se rencontraient et s'amalgamaient. Enrichie par le commerce, respectée et recherchée, la coloniejuiveavaitbientôt abaissé d'elle-mèmela barrière religieuse qui aurait dû la séparer du monde païen. Elle abandonna promptement la langue de ses pères, sans toutefois jamais parler correctement cette langue grecque, dont l'agencement si souple et si délicat ne pouvait se prêter à la syntaxe élémentaire de la race sémitique. Toutefois, les mots nouveaux amenaient avec eux les idées nouvelles; l'esprit hellénique, déjà largement modifié par l'influence orientale, s'infiltra dans la synagogue d'Alexandrie, et grâce au système perfec-
1 Actes XIX, 19.