‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 185 sur 613 · SECTES JUIVES. LES ESSÉNIENS · texte numérisé non relu

SECTES JUIVES. LES ESSÉNIENS

donnant leurs biens, cherchant la solitude, ils se réser- ■vaient dans leur demeure un sanctuaire caché qu'ils appelaient monastère, où ils accomplissaient leurs dé- \otions loin de tous les yeux. La prière, la méditation des livres sacrés, interprétés allégorîquement, et d'autres écrits appartenant à la secte occupaient leurs pensées. Ils regardaient la tempérance « comme le rempart de Fâme, » et se soumettaient à des jeûnes prolongés ; le jour du sabbat, ils se réunissaient et écoutaient l'explication de leur doctrine faite par le plus ancien d'entre eux. La chasteté absolue était en honneur chez eux *. Evidemment, les thérapeutes ne faisaient que reproduire l'ascétisme indien; des théories analogues produisaient une pratique semblable.

En Judée même , on distingue à cette époque trois sectes principales : les Esséniens , les Pharisiens et les Sadducéens. A vrai dire, la première seule fut constituée ; les deux autres furent plutrjt des partis que des sectes. Les esséniens ou les pieux étaient les thérapeutes de la Judée, imbus également de la théosophie orientale, mais plus préoccupés de la pratique que de la spéculation , comme il convenait à des Juifs de la Palestine. Eux aussi recherchaient la solitude et fondaient de vrais couvents, sans cependant interdire le séjour des villes à ceux d'entre eux qui cultivaient les arts manuels -. Les biens étaient communs '' : « Les biens de chacun, dit Josèphe, étant mêlés à ceux des autres,

' Voir Philon, De vita contemplaliv., l, 889-901.

» Josèphe, Bell, jurl., Il, s, 4.

3 0a'j[Ji.â5iiv r.xp' àjTS'.ç 'h y.y:nirrr-.\/.vi . Jiell. jud., II, 8, 3.

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il n'y avait (lu uiio seule propriété qui appartenait a tous comme à des frères. » « Ils méprisent le mariage, ajoute le même auteur; ils reçoivent les enfants des autres et les forment à leur genre de vie '. » Les esséniens proclamèrent avec force l'immortalité de l'âme, déclarant que le corps n'est qu'une prison dans laquelle l'âme est retenue par un charme qui doit se rompre à la mort -. Ou reconnaît a ce trait le dualisme oriental ; il n'est pas moins sensible dans la coutume des adhérents de la secte de faire des prières au soleil au moment où il se lève \ Ils voyaient en lui le brillant symbole du côté lumineux de la Divinité. Philon ne nous laisse aucun doute à cet égard, car il dit que les thérapeutes, en tout point semblables aux esséniens , demandaient au lever du jour que leur esprit fût revêtu de la lumière céleste. Des repas, qui bien certainement avaient une valeur religieuse, réunissaient les esséniens autour de la même table, après qu'ils s'étaient purifiés par des lustrations nombreuses et qu'ils s'étaient parés de blancs vêtements''. Ces repas rappelaient le repas pascal, la commémoration de la sortie d'Egypte ; seulement l'Egypte ici signifiait, suivant la typologie dualiste, le corps dont l'âme est appelée à secouer le joug humiliant ^. Les esséniens avaient ainsi trouvé le moyeu de rattacher un spiritualisme outré aux usages

* Td[i.ou [xàv UTZcpotl^ia ^ap' aÙTOÎç. Josèphe, Bell.jud., II, 8,2. « Josèphe, Bell, jud., II, 8, 11.

3 E'!ç aÙTOV îùy^âç. Jos. Bell, jud., {\, 8, 5.

* ios., Bell, jud., Il, 8, 3.

s Â'Y'J-TOV -bv GO)lJi.axiy.bv oiy.ov. Philon, De migratione Abrahaini, § 5.

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