‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 184 sur 613 · PHILON · texte numérisé non relu

PHILON

ombre. » C'est de lui-même qu'il faut recevoir la révélation sur lui-même, comme il l'a révélé ù Moïse '. Ce Dieu absolu, ineffable, n"a pas créé la matière ; elle existait de toute éternité. 11 l'a ordonnée, mais non directement; '< car il n'est pas permis au Dieu bienheureux d'entrer en contact avec la matière- ; « il l'a organisée par l'intermédiaire du monde des idées qui est personnifié dans le Verbe. Philon présente le Verbe tantôt comme l'image de Dieu, tantôt comme étant multiple et abstrait ; ce qui révèle toute l'incohérence de ses idées sur un point où on a voulu reconnaître en lui l'inspirateur du christianisme primitif. Philon nous ôte toute espèce de doute à cet égard, quand il déclare que « le Verbe n'est rien d'autre que le monde intelligible et que Dieu est le lieu rempli de verbes incorporels^. » Dieu crée, c'est-à-dire ordonne la matière d'une manière continue, de même que le feu répand nécessairement la chaleur et que la neige répand le froid '. Cette matière non créée de Dieu est l'élément nécessaire qui se môle à tout. La morale ascétique découlait nécessairement d'une telle métaphysique. L'homme ne peut vraiment, en tant que créature mortelle, s'unir à Dieu, « car il n'est pas permis au mortel d'habiter avec l'immortel \ » Mais si par nature il a rillumination supérieure qui fait le prêtre et le prophète, il peut, par la contemplation, arriver à se perdre

' Exode XXXIII, 13. Leg. alleg., III, 3-2.

' 'O'J Y5^? "O''' ^^H"-'? ^^^■'1? ^3C'j£tv TOV iJ.ay.âp'.cv. De sacrifie, XIII. 3 OjO£v £-£pov TGV vOTiTOV /,ô(j[J.ov •r^ OîGU AÔy^v. De opif. mundi, 1. De somn., 1,21.

* Philon, Leg. alleg., \, 3.

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M)i LES TUÉHAPEUTES.

en Dieu. Ainsi le rôle fait à la liberté est bien niestjuin ; le bien est un don de nature, ceux qui ne Font pas reçu à leur naissance ne peuvent eu approcher que par l'ascétisrae. Le plus haut idéal, en définitive, consiste à se fuir soi-même pour « s'élever de Tesprit individuel à l'esprit universel, refuge suprême de l'âme'. » Sans avoir complètement formule la doctrine de l'émanation, Philon en a développé les dernières conséquences; il a dépassé Platon dans son entraînement vers l'Orient, et comme l'Inde, il a mis le salut dans l'anéantissement et l'ascétisme. C'est en vain qu'il essaye de relever la religion de son peuple en le proclamant le peuple des prophètes et des inspirés, et en faisant du grand prêtre le sacrificateur universel qui immole des victimes pour l'humanité et la création entière". Il n'en a pas moins, malgré tous ces éloges, sapé la base du mosaïsme ^ ; il l'anéantit en le transfigurant, et jusque dans les hommages dont il le comble , on reconnaît ses tendances spéculatives qui transforment en système cosraogonique des institutions profondément religieuses *.

ÎS'ous avons dans l'existence des thérapeutes en Egypte une preuve frappante de l'influence exercée par les idées orientales à cette époque. D'après Philon, qui, par ses vues ascétiques, devait éprouver pour eux une vive sympathie, les thérapeutes, comme leur nom l'indique, prétendaient guérir les maux de l'âme. Aban-

' Ley. allerj., III, 9. - 2 De Abrah., S 19. — 3 De vita Moys., III, § U.

'• Voir sur Philon l'exposé si lucide de Dorner, I, 27, 58, et le chapitre déjà cité de mon livre sur Jésus-Christ, son temps, set vie, son œuvre. — Ritter, Histoire de la philosophie ancienne, trad. Tissot, t. IV, c. VI.

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