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LE- ASPIRATIONS PURIFIÉES DANS I.E JUDAÏSME

empêché de rendre témoignage, par ses institutions religieuses les plus caractéristiques, aux immortelles vérités gravées dans la conscience humaine. L'idée d'une impureté native qui éloigne l'homme de la Divinité et s'oppose à ce qu'il communique avec elle, librement et sans intermédiaires, est à la base de tous les cultes, et, bien qu'altérée et faussée à plusieurs égards, elle s'en dégage avec force par intervalles, comme une flamme qui jaillit d'un foyercouvert de cendres. Union effective avec la Divinité, réconciliation avec elle par le moyeu d'une réparation, voilà bien le fond des croyances et des aspirations de l'ancien monde. jXous le retrouvons, dans la philosophie platonicienne , agrandi et épuré, mais encore mélangé d'éléments hétérogènes.

C'est en Judée que ce fond de croyances et d'aspirations est complètement mis à l'abri d'influences corruptrices. Il est enrichi par Dieu lui-même et se développe dans une succession de révélations positives. Lejudaïsme est tout d'abord une énergique réaction contre les religions delà nature; il creuse profondément l'abîme entre la créature elle Créateur par son monothéisme rigide. Il révèle avant toute chose la sainteté redoutable de Jéhovah, et il fait ressortir, par le contraste, la corruption de l'homme; il la peint en traits de feu; il lui fait comprendre que la réconciliation ne peut avoir lieu sans un ynmd acte de réparation. Il répand ainsila lumière sur le côté qui était resté dans l'ombre au sein du paganisme. Ce n'est pas toutefois que l'idée de l'union avec la Divinité lui soit étrangère. Mais, au point de vue judaïque, cette union ne peut être immédiate et directe.

Une médiation est nécessaire, et cette médiation sera l'œuvre du Messie. Cette espérance s'éclaire de clartés de plus en plus vives, et quand bien même les prophéties, même les plus magnifiques, sont dépassées par l'événement qui les accomplit, elles ne l'ont pas moins fait pressentir dans ce qu'il a d'essentiel. Un Sauveur, venu du ciel, accomplissant l'œuvre de réparation dans la souffrance et la mort, tel est bien l'espoir de la race perdue, sous sa forme divine et inspirée *.

C'est cet espoir que le divin Rédempteur a réalisé. Il a uni dans sa personne l'Iiumanité et la Divinité, nonseulement dans un sens moral mais dans un sens absolu, par l'incarnation. Le Verbe est devenu chair. Le Fils unique du Père, celui qui par sa parole a créé le monde, est devenu semblable à l'un de nous, excepté le péché. Il s'est abaissé jusque dans notre poussière; il a revêtu notre nature. 11 a été le Fils de l'Homme et le Fils de Dieu, l'Homme-Dieu, et par là môme l'homme par excellence, l'homme idéal, car la destinée d'un être créé à l'image de Dieu et appelé à s'unir étroitement à lui n'est vraiment consommée qu'en Dieu. Cette gloire accordée à l'humanité, tout extraordinaire qu'elle fût, n'en était pas moins l'objet de son universelle aspiration, et c'est la dégrader que de l'en déclarer incapable.

Nous n'entrons pas ici dans toutes les subtilités métaphysiques que le cours du temps et les disputes des écoles ont accumulées sur la personne du Christ. Nous ne relevons ni ne discutons toutes les distinctions sco-

» Esaïe IX, 5 ; LUI, 8.

lastiqucs sur les deux, natures, sur leur rapport et sur leur pénétration. Nous nous bornons à ces déclarations simples et grandes de l'Ecriture : « Le Verbe a été fait chair. — En lui toute la plénitude de la Divinité a habité corporellement. » L'humble chrétien, qui, se fondant sur ses promesses et recevant tous les jours les gages précieux de leur accomplissement, s'altacliealuicomme le sarment au cep, se nourrit de sa substance et reçoit de lui la sève, la vie, la flamme du cœur, a en lui-même une invincible démonstration de la divinité du Christ. Il reconnaît cette divinité sous le voile d'humiliation dont elle s'est volontairement couverte sur la terre. Cet abaissement du Sauveur répond à ce profond besoin de réparation qui tourmente la conscience. Il lui apprend que Jésus-Christ n'est pas venu seulement lui apporter un témoignage éclatant de l'amour divin, mais encore qu'il a voulu entrer dans la communion des souffrances de l'humanité, afin de la représenter devant Dieu et d'offrir en son nom le sacrifice réparateur. Il n'est pas possible, en effet, que la race déchue et coupable rentre dans ses privilèges le front levé, l'orgueii et la révolte dans le cœur. L'amour de Dieu, tout grand qu'il soit, ne saurait sauver un être qui n'y répond pas et qui même le repousse avec dédain. N'oublions pas que Tamour est un autre nom de la sainteté, puisqu'il nous présente le bien sous sa forme la plus élevée. Il esta la fois la bénédiction suprême et la loi par excellence. Il réclame la réciprocité ; aussi longtemps qu'elle lui est refusée, il ne peut exercer son influence bienfaisante. Les cœurs qu'il n'a pu ni réchauffer ni féconder sont

dévorés par lui comme par un feu cousuraant. Tant que l'humanité n'a pas abjuré sa rébellion, tant qu'elle n'a pas répondu à l'amour par l'amour, par un amour saint et désintéressé, elle est sous le coup de la colère de Dieu, qui n'est que la face sévère de sa sainteté. Corrompue dans sa moelle, flétrie par la terreur, la race déchue peut bien désirer la réconciliation; elle ne saurait l'effectuer, car il faudrait pour cela qu'au sein même de la condamnation qui l'écrase, dans la douleur et dans la mort, elle accomplît un acte d'adoration et de suprême obéissance qui effaçât l'acte de révolte et d'orgueil par lequel elle a déchaîné la puissance du mal. Ce devrait être un acte parfait, sans mélange d'égoïsme, un acte digue de l'amour divin, un retour complet à Dieu, par un libre sacrifice. Il est évident qu'elle ne saurait l'accomplir. Celui-là seul l'a pu qui, venu du ciel dans le monde de la chute, a chargé volontairement le fardeau de tous nos malheurs et les a tous acceptés. Il a fait d'une vie de souffrances, fidèle image de la destinée humaine depuis le jour de la condamnation, une sainte offrande à Dieu, etil a réhabilité, par sa douloureuse obéissance, la race qu'il représentait. La condamnation ainsi supportée n'est plus la condamnation sans remède. Le Christ, en la traversant, l'a transformée ; car, chez lui, l'extrême souffrance a été en même temps la parfaite obéissance, et, par conséquent, la condition même de la réconciliation. Une solidarité mystérieuse, mais réelle, l'unissait à l'humanité. Le désiré des nations était bien le Fils de l'Homme. C'est donc le cœur de l'homme qu'il rapporte à Dieu, qui n'attendait que

cette répoDse à son amour pour en faire découler tous les bienfaits sur nous. Ainsi s'est opéré le salut dans une sainte immolation qui comprend toute la vie du Christ, et se termine par sa mort sanglante. La justice et l'amour sont satisfaits; la conscience, qui porte inscrit le droit de Dieu, l'est également.

La croix n'est donc pas seulement un gage du pardon ; elle en réalise la condition essentielle. Elle opère la réparation nécessaire, mais elle l'opère d'une manière digne de Dieu. La grandeur de l'amour subsiste à ce moment suprême de notre histoire religieuse. « Dieu est à la croix, réconciliant le monde avec soi. » C'est un père qui ouvre ses bras à l'enfant qui revient à lui par un grand sacrifice. Au-dessus de tous les nuages accumulés par la théologie scolastique depuis Anselme, sa miséricorde brille de son pur éclat, étroitement unie à sa justice. La résurrection du nouvel Adam, « prémices de ceux qui dorment, » est la preuve éclatante que la réparation a été jugée complète, et que l'humanité est relevée de sa coulpe. Son ascension et l'envoi du Saint- Esprit démontrent que son action rédemptrice se continuera au travers des âges jusqu'au plein triomphe de la vérité. Désormais quiconque, par une foi vivante et personnelle, s'unira à la sainte victimedu Calvaire, quiconque acceptera son sacrifice en recevra le bénéfice; et tous ceux (jui mourront avec lui, en crucifiant la chair et ses convoitises, ressusciteront aussi avec lui pour la sainteté et la gloire. « Celui qui croit en lui ne mourra point. Il a la vie éternelle. »

Ce n'est pas sans regret que, par des distinctions et

des définitions pourtant nécessaires, on refroidit l'impression que la simple vue du Christ produit sur le cœur et sur la conscience. Le même attrait qui se faisait sentir au temps de son passage sur la terre, à tous ceux dont le cœur n'était pas fermé par l'orgueil, il l'exerce encore au milieu de nous. Ce n'était pas après un long raisonnement sur sa personne, sur sa nature divine et humaine, que Marie Magdeleine, que la pécheresse qui arrosa ses pieds d'un vase de parfums, et la troupe nombreuse des affligés toujours empressés autour de lui, s'attachèrent à ses pas pour le suivre. Il leur suffit de l'avoir vu et entendu pour subir cette attraction irrésistible. Il y avait en lui tant de douceur et de pureté, tant d'autorité et de force régnaient dans ses discours ; quelque chose de si consolant et de si céleste était répandu sur toute sa personne, que les cœurs bien disposés éprouvaient immédiatement pour lui une sympathie mêlée de tendresse et d'adoration qui les pénétrait tout entiers. Une vertu divine émanait de tout son être. On le sentait aussi puissant qu'ilétait miséricordieux. On était bientôtconvaincu qu'il savait délivrer comme il savait compatir, et, au travers de tous ses miracles, on en pressentait un plus grand , celui que tous les autres annonçaient et préfiguraient, le relèvement par l'amour de la race déchue. Si tout d'abord on accourait à lui pour être consolé des maux du corps, il était une autre douleur, plus noble, plus profonde, celle causée parle péché, dont on lui demandait la guérison.On lisait le pardon de Dieu sur ses traits avant de l'avoir entendu sortir de sa bouche. L'amour infini ceignait sa tète comme une auréole, et la conscience, à

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son contact, frémissait d'une joie sublime, car elle trouvait en lui la réalisation parfaite de son idéal. Quand il disait ces simples mots: «Venez à moi, vous tous qui êtes travaillés et chargés, » il portait la lumière et la paix, dans le fond des cœurs, par suite de cette correspondance intime entre sa personne et les besoins de l'âme. Il n'était pas une seule des nobles aspirations du cœur humain (|ui n'aboutît à lui. De là cet élan rapide vers lui, cette prompte obéissance à ses appels de la part de tous les hommes de bonne volonté, qui n'étaient infatués ni d'eux-mêmes, ni de leur gloire nationale. Le Christ n'eut pas besoin de démontrer ses droits à leur confiance. Il n'eut qu'à se montrer pour les voir tomber à ses pieds. Et sous quels traits augustes l'idéal chrétien n'est-il pas apparu sur le bois maudit et sanglant? Rien dans le monde n'est aussi beau que ce spectacle d'indicibles souffrances et d'indicible humiliation ! La vue de ce crucifié, couronné d'épines, abreuvé de fiel, raillé par ses bourreaux au moment même où il prie pour eux, est une révélation si haute, si inattendue, si immense de l'amour, qu'il faut en détourner les yeux ou adorer. Il suffit d arrêter un regard pénétré sur cette croix pour être courbé devant elle, vaincu en même temps que convaincu. Et cette impression n'est pas une mystique extase qui ne serait que le triomphe de l'imagination sur la raison affaiblie. Non, c'est une conviction raisonnée, mais qui s'appuie sur ces raisons du dedans, bien supérieures au raisonnement dialectique, parce qu'elles impliquent l'accord de l'être entier avec la vérité, et non pas seulement d'une de ses parties, je veux dire la partie

purement intellectuelle et logique. S'il est certain que l'humanité est faite pour Jésus-Christ, il n'y a rien d'étonnant qu'à sa simple apparition elle se prosterne à ses pieds, elle se sente apaisée et satisfaite, toutes les fois du moins qu'elle ne se détourne pas volontairement de lui. Le dénoùment de son histoire religieuse est à la croix, mais c'est un dénoùment qui a été longtemps préparé. Il l'a été non-seulement pour la race entière mais encore dans le cœur de chaque individu, où le doigt de Dieu a comme écrit un Ancien Testament intérieur, où du moins une œuvre lente de préparation a été poursuivie, où, sur les débris de bien des idoles, l'autel du Dieu inconnu s'est lentement élevé. Aussi, quand ce Dieu inconnu, mais attendu, paraît et ne rencontre pas d'opiniâtre résistance, il est acclamé soudain parce qu'il répond à tout le passé religieux de cette âme, comme il répondait, il y a dix-huit siècles, à tout le passé religieux de l'humanité. Voilà pourquoi de toutes les apologies la plus puissante est celle qui consiste à retracer la vie et la mort du Christ. Le récit évangélique le ressuscite en quelque sorte de nouveau pour nous, tant il nous le peint avec fidélité et naïveté. Il nous le montre après son enfance glorieuse et obscure à la fois, manifestant, dès ses premiers pas dans son ministère, cette élévation, ce calme, qui ne se puisent que dans un dévouement absolu. Un instant entouré de la faveur populaire pour quelques miracles éclatants, qui reflètent son compatissant amour, il ne peut bientôt compter que sur un petit nombre de disciples recrutés parmi les plus basses classes de la province la plus méprisée de la Judée. C'est pour eux qu'il

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prodigue ses plus sublimes enseignements; les foules labandounent du jour où il leur a révélé le côté austère de sa doctrine et où il s'est refusé a flatter leur patriotisme ambitieux. Aux principaux delà nation, quiluifont une guerre tantôt sourde, tantôt ouverte, mais toujours inspirée par les plus coupables motifs, il oppose une énergie d'autant plus indomptable qu'elle est plus paisible. Une fois cependant ils'élève jusqu'à l'indignation véhémente; il foudroie l'hypocrisie des pharisiens, et, sur leur sépulcre blanchi, il écrit pour tous les temps la sentence des misérables qui exploitent la religion et spéculent sur elle, marchands du temple qui ont pris l'autel lui-même pour la table de leur trafic. Du reste, soit qu'il lutte avec ses adversaires, soit qu'il annonce l'Evangile au peuple, soit qu'il explique ses paraboles à ses disciples, soit qu'il se retire au désert ou sur la montagne, il est toujours le juste par excellence, le saint des saints, que le mal n'a pas même effleuré; il est 1 amour divin personnifié. Dans la chambre haute, ou Ton dirait que lui aussi, avant de mourir, a voulu répandre son vase de parfums dans ces derniers discours où il a versé tout son cœur; à Gethsémané, au prétoire comme dans les angoisses de la mort, il ne se dément pas un instant. Que dire à ceux qu'un tel récit n'a pas touchés, sinon qu'ils n'ont ni le sens de l'idéal, ni le sens de leur propre misère? Il ne s'agit pas ici d'argumenter, mais de se taire et d'adorer en contemplant *.

» Voir les nombreuses Vies de Jésus publiées en Allemagne ; celle de Néander, 1843, traduction Goy, 1831; de Lange, 3 vol., 1844; Die Lehre von der Person C/iristi,àe Gess, 1836 (voir l'analyse qu'en a donnée M. Godet

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