INTRODUCTION
On ne peut retracer le triomphe du christianisme dans les premiers siècles de son histoire, sans rappeler ce qu'était cet ancien monde qu'il venait détruire. S'il le trouvait armé de toutes pièces pour le combattre et disposé à tourner contre lui les vastes ressources d'une civilisation raffinée, sans négliger l'emploi de la force matérielle, ce dernier recours des croyances qui s'affaissent, les points de contact avec la société d'alors ne lui manquaient pourtant pas. La religion nouvelle ne se produisait pas comme un brusque événement, sans lien avec le passé; elle était en quelque sorte le dénoûment de toute l'histoire religieuse de l'humanité. Le christianisme était la réponse du ciel aux. aspirations de la terre. Il apportait au monde fatigué la solution qu'avaient cherchée ou entrevue les Zoroastre et les Platon. 11 était divin et humain à la fois, profondément humain précisément parce qu'il était divin, c'est-à-dire appro- I 1
î L'ANCIEN MONDE ET LE CHRISTIANLSME.
prié par Dieu lui-même aux vrais besoins de l'homme. Il ne suflit doue pas de contempler le ciel d'où il descend; il faut encore considérer la terre où il prend pied. On peut, sans rien sacrifier de la divinité de ses origines, reconnaître l'harmonie qui existe entre lui et la nature humaine. Il est fait pour elle, comme elle est faite pour lui, si bien que tout en le rejetant et le maudissant parfois, elle ne cesse de prouver par son agitation même qu'elle ne saurait se passer de lui. L'histoire des religions esquissée en traits rapides est la preuve la plus éclatante de cet accord entre la religion révélée et l'àme de l'homme; car, d'une part, chacun de ces cultes manifeste à sa manière les besoins de la conscience, sa soif constante de pardon et de relèvement, ou pour mieux dire sa soif de Dieu. D'une autre part, leur succession démontre leur insuffisance, et la nécessité dune forme religieuse supérieure qui les remplace et dans laquelle l'humanité se repose de tant de recherches. Ce serait donc se refuser à comprendre la nature du christianisme, et la portée de son triomphe, que de l'isoler complètement du passé; s'il n'est pas le produit des civilisations antérieures, comme on l'a prétendu, s'il n'est pas possible de voir dans l'Evangile un simple composé de l'élément grec et de l'élément oriental ' , il n'en est pas moins certain qu'il offre à l'esprit humain la satisfaction vainement cherchée par lui en Orient comme en Occident. Omnia subito n'est pas sa devise. C'est celle de l'hérésie gnostique. FI vaut mieux dire, avec les Clément d'A-
'• On sait que celte thèse a été soutenue avec beaucoup de science el de talent dans le livre de M. Vacherot sur l'Ecole d'A'exandrie.