PREND LA LOI AU SÉRIEUX
Ips hommes par de vaines formes et qui s'imaginera avoir satisfait à la loi en pavant la dîme de la menthe et du cumin. Ce jeune Juif est un observateur zélé et scrupuleux de toutes les ordonnances du mosaïsme; it les prend au sérieux, il les pratique de la manière la plus exacte. C'est un pharisien sincère; écoutons-le parler lui-même : « Je faisais, nous dit-il, plus de progrès dans le judaïsme que plusieurs pharisiens de mon âge, étant le plus ardent zélateur des traditions de mes pères'. » Ailleurs il déclare qu'il était sans reproche à l'égard de la justice de la loi-. Ainsi Paul déclare qu'il avait surpassé tous ses contemporains par son zèle et par sa fidélité scrupuleuse à observer la loi. Qui ne reconnaîtrait dans cette ardeur extraordinaire l'inquiétude secrète, le malaise sourd et douloureux dont nous parlions? C'est qu'au fond Saul de Tarse demandait au judaïsme ce qu'il ne pouvait pas donner. Il lui demandait le salut, et le salut pour lui comme pour tout homme droit qui n'a pas vu briller la lumière du pardon sur son chemin, c'est la conformité parfaite à la volonté de Dieu. La loi n'avait de valeur à ses yeux que comme révélation de cette volonté, et il cherchait à la pratiquer sous le coup de cette parole terrible : " Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi pour les faire \ » De là sou agitation, son trouble et aussi son ardeur extraordinaire dans la pratique des observances légales.
« G:il. I, 14. - '- Phil. 111, (;. —'Gai. III, 10.
i34 SON TROUBLE.
Il nous semble reconnaître dans certaines portions (le ses épîtres comme les mémoires de sa vie première. Quand il parle de l'impuissance du légalisme, il ne s'arrête pas longtemps au développement doctrinal; la dissertation prend un tour dramatique et personnel. On sent qu'il touche aux plaies vives de son âme avant sa conversion. Le chapitre VIP de son épître aux Romains est plein de ces souvenirs douloureux. Quand il nous peint avec une admirable profondeur psychologique ce singulier effet de la loi de nous révéler le mal et de lui donner un charme maudit en le présentant comme le fruit défendu', ne se souvient-il pas du temps où, après avoir reconnu dans le commandement de Dieu l'idéal moral proposé à sa conscience, il s'était consumé en vains efforts pour le réaliser et n'en avait rapporté qu'une conviction plus désolante de l'incurable corruption de la nature humaine. Le mal l'a attiré précisément parce qu'il est une violation de la loi de Dieu.
N'est-ce pas encore Saul de Tarse qui s'écrie avec l'accent d'une douleur amère : « Je suis mort, de sorte qu'il s'est trouvé que le commandement qui devait me donner la vie m'a donné la mort'? » On le voit recommencer sans cesse une tentative incessamment infructueuse, désireux d'observer la loi et mesurant son impuissance à ses désirs, « ne faisant pas le bien qu'il voudrait faire et faisant le mal qu'il ne voudrait pa& faire. » Déchiré par cette latte intérieure, par cette
' Rom. VH, 8, 9. — 5! Rom. VU, 10.