SAUL PERSÉCUTEUR
gés et outragé à son point de vue le glorieux passé d'Israël. Saul de Tarse ne fut pas un persécuteur comme Caïpbc. Tl ne défendait ni son influence, ni ses intérêts. Tl croyait défendre son Dieu, et l'ébranlement produit sur lui par les discours d'Etienne enflammait d'autant plus sa colère qu'il confirmait le témoignage de sa conscience.
On peut considérer son contact avec Etienne comme révéncment capital de sa vie. A partir du jour où il l'a entendu, surtout du jour où il l'a vu mourir avec une douceur sublime, il est comme bors de lui. Il abandonne les calmes études d'un docteur de la loi, il lui est impossible de les poursuivre aussi longtemps qu'il n'aura pas imposé silence à cette voix importune qui en proclame l'inutilité. Il sent que si Etienne a dit vrai, tout l'écbafaudage de ses vertus légales et de sa science judaïque s'écroulera. Au fond il est plus troublé qu'il ne veut le paraître ; un doute secret le dévore et il essaye de s'en débarrasser en persécutant ceux qui l'ont fait naître en lui. De là ce redoublement de fureur qui dénote que la crise morale est arrivée chez lui à son point culminant. Il ne respirait, dit l'écrivain sacré, que menaces et que carnage*, persécutant l'Eglise jusqu'à la mort, liant et mettant dans les prisons tant les hommes que les femmes-, cherchant à les amener à l'apostasie par tous les moyens possibles : « Souvent même, dit-il, dans toutes les synagogues, je les contraignais de blasphémer en les punissant. » U croyait qu'en les contrai-
> Act"S IX, 1. — î Actes VIII, 3.
VOYAGE A DAMAS. i37
gnant à une rétractation éclatante, il obtiendrait une preuve irréfragable contre la religion nouvelle et raffermirait ses propres convictions. Mais rien ne l'apaisait, et sa fureur croissait avec ses doutes. Il y eut un moment où elle ne connut plus de bornes, car non content de persécuter l'Eglise à Jérusalem, il partit pour Damas avec des lettres du souverain sacrificateur qui l'accréditaient auprès des chefs de la synagogue, et lui conféraient le droit d'employer la violence contre les chrétiens. C'est à ce moment que Dieu l'attendait.
En admettant que la conversion de Paul a été préparée par une crise intérieure longue et douloureuse, nous ne diminuons en rien l'importance du miracle éclatant qui en fut la cause immédiate. Si certaines dispositions étaient déjà demandées par Jésus-Christ pour un miracle purement extérieur comme la guérison d'un malade ou d'un paralytique, combien ne sont-elles pas plus nécessaires pour un mirucle dont l'effet est tout spirituel! Celui-ci n'a toute sa signification que pour l'homme dont le cœur a été préparé par Dieu. Cette importante vérité ressort avec un haut degré d'évidence du récit de la conversion de l'Apôtre.
Comme il était en chemin et tout près d'arriver à Damas, une lumière venant du ciel, semblable à un éclair, resplendit devant lui, et une voix retentit avec l'éclat de la foudre. Les compagnons de l'Apôtre virent cette clarté éblouissante, mais sans apercevoir aucune image distincte; ils entendirent cette voix, mais sans
■i'?8 IL EST KF.NVERSÉ SUR LE CHEMIN.
entendre nncnnc parole'. Toutefois ils éprouvèrent un saisissement tel qu'ils furent renversés parterre-. Ils ne furent témoins que du miracle extérieur; mais celui-ci en enveloppait un second d'un ordre bien supérieur et qui ne fut perçu que par Saul, parce que seul il y était préparé. Dans cette lumière il vit apparaître Jésus- Christ, et dans ces sons confus il entendit sa voix qui lui adressait le plus solennel appeP. L'insistance avec laquelle l'Apôtre revient plus tard sur les événements de ce jour pour établir ses droits à l'apostolat, fondés sur la vue directe et positive de Jésus-Christ, écarte absolument l'idée d'une simple vision \ Paul a réellement vu et entendu Jésus-Christ, mais le fait qu'il a été seul à le voir et à l'entendre montre combien la disposition morale importe pour la perception d'un
1 Actes IX, 7. Comparez Actes XXII, 9. — s Acte? XXVI, 14.
* Baiir {Paulus, p. 70, 71) s'appuie sur les légères divergences que l'on peut signaler entre le récit fie Luc et ceux que saint Paul fait luimême de sa conversion pour conclure que ce récit n'est qu'un mythe. Mais ces divergences n'ont aucune importance, elles disparaissent même devant un examen attentif. Nous nous sommes efforcé de tenir compte des diverses versions de la conversion de Paul pour en présenter le tableau. Ces divergences supposées sont au nombre de trois. D'après Actes IX, 7, les compagnons de Paul entendent une voix, tandis que d'après Actes XXII, 9, ils n'entendent pas la voix de celui qui parlait. Nous avons concilié les deux récits en faisant remarquer que les compagnons de Paul entpndircnt des sons i:iarticalés, mais non une parole distincte [la voix de celui qui parlait). D'après Actes IX, 7, les mêmes hommes ne voient personne; d'après Actes XXII, 9, ils voient la lumière. Encore ici ils ne s'attachent qu'au côté extérieur du miracle. On peut voir une lumière sans voir une personne. Enfin d'après Actes IX, 7, les compagnons de Saul s'arrêtent épouvantés; d'après Actes XXVI, 14, ils tombent par terre. Il n'y a entre ces deux traits aucune contradiction. Nous n'avons pas même mentionné l'explication naturelle du miracle, d'après laquelle Saul de Tarse aurait été renversé par un orage. Elle est au-dessous de la discussion.
* Voir 1 Cor. XV, 8.