ENDURCISSEMENT DES JUIFS D'ANTIOCHE
vangile avec empressement. Aussi Paul et Baruabas sont remplis ci' une sainte indignation; la résistance des Juifs leur arrache cette parole, dont la portée est incalculable : « Voici, nous nous tournons vers les Gentils! « C'est une ère nouvelle qui s'ouvre pour l'Eglise. Les païens reconnaissants se pressent en foule autour des apôtres, les conversions se multiplient; mais aussi la persécution excitée par les Juifs éclate avec fureur, et Paul et Barnabas doivent quitter cette contrée, où ils laissent de nombreux néophytes. En partant, ils secouent la poussière de leurs pieds, et cet acte symbolique est une preuve nouvelle que la rupture entre l'Eglise et la synagogue est accomplie.
A Iconie, ville voisine, les mômes scènes se renouvellent. L'Evangile est prêché avec succès aux païens, mais les Juifs exaspérés se liguent avec quelques fanatiques', et les apôtres n'échappent à la mort que par la fuite. Ils ne poursuivent pas plus loin leur voyage en Asie Mineure ; mais ils prennent le chemin du retour en passant par les villes de Lycaonie, Derbe et Lystre, bâties non loin des montagnes d'Isaurie.
Le peuple de ces contrées était inculte et grossier; il avait conservé le paganisme antique avec toutes ses fables. Il était connu par son fanatisme; il portait dans ses idées religieuses la même passion sauvage que le peuple l'hrygien dont il était le plus proche voisin. Le culte de Jupiter et de Mercure était en faveur dans ces contrées. On sait que la fable de Philéraon et Baucis fait
1 Actes XIV, 3.
PAl'F> ET RARNABAS A r,Y>TRE. 453
apparaître ces deux divinités en Plirygie. Un temple de Jupiter avait été bâti aux portes de Lystre'. Un tel peuple devait aimer passionnément le merveilleux : aussi la guérison miraculeuse d'un impotent opérée par Paul excita le plus vif enthousiasme. On s'écria de toutes parts : Les dieux sont descendus vers nous, et on donna à Paul et à son compagnon les noms vénérés de Mercure et de Jupiter. ]\e possédant pas la langue du pays^, les apôtres ne se doutèrent de ces hommages idolâtres que quand ils virent le prêtre des faux dieux s'approcher d'eux avec les couronnes sacrées et les taureaux des sacrifices. Rien n'égala leur douleur et leur indignation. Déchirant leurs vêtements, selon la mode juive, ils repoussent avec énergie ces hommes impies. « Nous ne sommes que des hommes, s'écrient-ils, des hommes sujets aux mêmes infirmités que vous^. » Ils pressent leurs auditeurs de croire au vrai Dieu. Nous retrouvons déjà dans les paroles de Paul cette belle pensée, souvent développée par lui, qu'avant Jésus-Christ Dieu ne s'est pas seulement occupé des Juifs, mais qu'il a aussi donné aux païens, dans les bienfaits de sa providence, une révélation qui avait sa valeur préparatoire \ Il était désormais facile aux Juifs des villes voi-
1 Actes XIV, 13.
* Le peuple parle devant Paul et Barnabas en lanp-ue lycaonienne (Actes XIV, M). Ils appellent dans cette même langue Barnabas Jupiter et Paul Mercure. Et pourtant Barnabas et Paul ne se doutent de la chose que bien plus tard : il faut qu'on leur apprenne les sentiments du peuple (Actes XIV, 14). Il est évident qu'ils ne comprenaient pas la langue. C'était plutôt un patois grec qu'une langue; il est probable que le peuple connaissait la langue hellénique, puisque le discours de Paul est immédiatement compris.
î Actes XiV, 15. — * Actes XIV, 17, 18.