‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 321 sur 613 · ADIEU AUX ANCIENS D EPHÉSE A MILET · texte numérisé non relu

ADIEU AUX ANCIENS D EPHÉSE A MILET

compter sur lui, car « il ne les verra plus, » et il les adjure de veiller sur la jeune Eglise comme sur une plante délicate menacée de l'orage. On sent que Paul est pénétré de la diflBculté de la transition entre l'âge apostolique et la période où l'Eglise doit marcher sans la direction de ses fondateurs. Ce discours est plein de pressentiments prophétiques, qui n'ont été que trop justifiés par l'histoire. « Et maintenant, s'écrie-t-il en finissant, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce. Je n'ai désiré ni l'argent, ni l'or, ni les vêtements de personne. Et vous savez vous-mêmes que ces mains ont fourni à tout ce qui m'était nécessaire et à ceux qui étaient avec moi. Je vous ai montré en toutes choses que c'est ainsi qu'en travaillant il faut s'accommoder aux faibles, et se souvenir des paroles de Jésus- Christ, qui a dit lui-même qu'il y avait plus de bonheur à donner qu'à recevoir'. » Après ce discours, Paul se jeta a genoux et pria avec ardeur pour cette Eglise que menaçaient de si graves périls. Puis, il se sépara des anciens d'Ephèse comme inondé de leurs larmes: ils savaient maintenant que le vaisseau qui l'emportait de cette rive ne l'y ramènerait jamais, et qu'ils lui donnaient à cette heure la dernière marque sensible de leur affection dans les tristes embrassements d'un adieu définitif -.

i CiUe parole de Jésus-Christ n'est pas dans nos évangiles.

* Baurne voit dans ce discours qu'une pièce fabriquée au second siècle. Il s'appuie sur la mention des hérésies de l'Eglise d'Ephèse. Nous répondrons plus tard à cette objection en étudiant les hérésies de l'Eglise primitive. Les pressentiments de l'Apôtre lui semblent en contradiction avec d'autres déclarations, telle que celle renfermée Rom. XV, 32, comme si

PAUL A CÉSAREE. PHÉDICTION D'AGAOUS. 45

I.e voyage continua jusqu'à Jérusalem sans événements remarquables, si ce n'est qu'aux pressentiments de l'Apôtre sur sa prochaine captivité vinrent s'ajouter des prophéties positives. A Tyr, il rencontra quelques disciples qui, avertis par l'Esprit des dangers au-devant desquels courait Paul, le supplièrent de ne pas jioursuivre jusqu'à Jérusalem, A Césaréc, dans la maison de Philippe l'évangéliste, un prophète nommé Agabus lui annonça plus clairement encore sa captivité par une action symbolique qui rappelait la méthode des anciens prophètes ' . 11 eut à soutenir un nouvel assaut de {)rières et de supplications de la part de ses amis; mais il demeura inébranlable, prêt, disait-il, à mourir, s'il le fallait, pour le nom de Jésus-Christ. Ces pressentiments et CCS propliéties allaient recevoir une prompte confirmation.

L'Apôtre arriva à Jérusalem, entouré de ses compagnons les plus chers, appartenant aux diverses Eglises fondées par lui en Asie et en Grèce. Ils semblaient les représenter auprès de lui, et consacrer par leur présence le triomphe de l'universalisme chrétien. Ils étaient les prémices du nouvel Israël rassemblées des bouts de la terre. Paul fut reçu avec la plus grande affection jjar les anciens de l'Eglise. Toutefois il ne j)Ouvait se dissimuler (pie la masse des chrétiens judaisants ne fût encore prévenue contre lui. Dans une intention pacifique, il consentit sur l'avis de Jacques, non pas précisément à

son cœur ri'avditpu passer pnr les fluctuations de sentiments divers. -Voir J'aulw;, p. 177.) ' 1 Rois XXII, 11.

46 PAUL ARHIVE A JÉRUSALEM.

faire lui-môme un yœu de nazaréat, mais à payer l'offrande légale pour quatre chrétiens dorigine judaïque, qui devaient accomplir leur vœu dans le temple précisément au moment de son arrivée à Jérusalem ' . Cette démarche n'était pas de la part de Paul un calcul politique, un essai de conciliation diplomatique, comme on le lui a reproché. Il demeurait fidèle aux arrêtés du concile de Jérusalem ; car, Juif lui-même, il observait la pratique judaïque conformément au décret qui avait été rendu quelques années auparavant, avec sa participation ; il observait encore cette autre règle qu'il s'était librement imposée d'être Juif pour les Juifs, afin d'être tout à tous, et de ne pas substituer une révolution brusque à une transition sagement ménagée. Ce fut pourtant cette démarche, toute de conciliation, qui exaspéra le plus ses ennemis ; ils n'y virent qu'une insulte faite dans le temple même au mosaïsme. Comme l'Apôtre était dans le sanctuaire pour déclarer selon la coutume les jours auxquels la purification s'accomplirait, et le moment où l'offrande serait présentée pour les nazaréens, quelques Juifs d'Asie, arrivés à Jérusalem, pour la célébration de la Pentecôte, et qui sans doute avaient connu Paul à Ephèse, soulevèrent la multitude contre lui, sous le prétexte qu'il avait conduit des Grecs dans le temple.

1 Payer les frais des sacrifices désignés pour l'accomplissement du vœu du nazaréat était regardé comme un acte de haute piété (Josèphe,^n^, XX, 6, l.) Nous ne saurions admettre que Paul eût lui-même, dans ce cas, fait le vœu du nazaréat, car l'accomplissement de ce vœu réclamait un bien plus grand nombre de jours (Nomb. VI, 8, 9). Il devait du reste se purifier aussi bien pour faire un sacrifice dans le temple que pour l'accomplissement du vœu du nazaréat (1 Sam. XVI, 5). Voir Wieseler, Chronol. des ap. Ze>t., p. lOi et 105.

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