‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 43 sur 613 · LES PELAGES · texte numérisé non relu

LES PELAGES

Ioniens et 4'* les Doriens. Ces deux dernières familles formèrent les deux grandes races grecques, distinctes par le génie national et le dialecte; la première, refoulée par quelques migrations inconnues, habita surtout les côtes de l'EIide et les îles de l'Archipel ; elle émigra en partie en Asie Mineure. Ce fut la race maritime, largement accessible à la civilisation, mais quelque peu amollie par le contact avec l'Orient. La seconde race, après avoir également porté ses colonies jusqu'en Asie, finit par se fixer dans le Pélopouèse et y contracta un esprit mâle et énergique '. Du reste, ces différences nationales ne s'accusèrent que plus tard et ne furent nettement tranchées qu'après que le caractère de chaque race eut été façonné et développé par les événements. Elles n'empêchèrent pas d'ailleurs la formation d'une nationalité commune.

11 est certain que dans la période des Pelages, les diverses tribus, malgré leur dispersion, avaient en substance la même religion. C'était celle qu'elles avaient apportée des plateaux de l'Iran et qui s'est exprimée avec une poésie si fraîche et si brillante dans les hymnes du Rig-Véda. Elle se diversifiait bien quelque peu en passant d'une peuplade à l'autre. Les divinités maritimes occupèrent chez les Ioniens le rang que les divinités solaires occupaient chez les Doriens, mais les uns et les autres professaient ce panthéisme naïf qui divinise et adore tout ce qui séduit l'imagination enfantine de l'humanité, au degré inférieur de son développement reli-

» Maury, t. [, p. 46-49.

git'ux. Le ciel profond, lumineux, la terre féconde, la mer tantôt bienfaisante tantôt terrible, les sources rafraîchissantes, les arbres couverts de feuillage, la lutte victorieuse du soleil contre les ténèbres, tels sont les objets de ce culte primitif, tels sont les aspects variés de cette ondojante divinité qui est encore trop confondue avec la vie de la nature pour que les types divers qui la personnifient se distinguent nettement les uns des autres. L'idée fondamentale de la Divinité chez les Pelages comme chez les Aryens de l'Indus est celle de lumière, de splendeur, comme l'indique le radical du mot dieu dans les deux langues '. Le dieu suprême dans l'ancienne religion pélagique, est le Zeus ou le Jupiter de Dodone, identique au Jupiter Lycéen d'Arcadie, le dieu brillant, lumineux. Il rappelle en tout point rindra du Rig-Véda ; comme lui, il lance le tonnerre et les éclairs, comme lui il séjourne dans l'air pur sur les monts, comme lui il rassemble la pluie et produit l'eau des sources dans les vallées de Dodone. Indra était le héros divin qui combattait contre les ténèbres et les nuages; Jupiter lutte de même contre les puissances malfaisantes du noir Tartare, ou les Titans, qui sont les esprits des ténèbres. Ce côté militant de la Divinité, si accusé dans le Rig-Véda^ reparaît avec une énergie singulière en Pallas, la vierge terrible, aux yeux d'azur. Elle combat au milieu de la tempête ; c'est elle qui a foudroyé Gorgo, le serpent effroyable, l'image de l'obscurité d'un ciel d'orage. Fille de Jupiter, elle

> Deva en sanscrit, Dew dans VAveda, Théos en grec.

est la déesse d'Athènes. T/Apolloii pélagique lui est en tout point semblable; lui aussi combat les ténèbres, figurées par le serpent Pvflion qu'il a traversé de sou dard \ictorieux. Ces ni} thés nous reportentaux hymnes •védiques, qui peignent le triomphe d'Indra sur le serpent Ahi, emblème du nuage qui s'allonge dans le ciel. « Il a frappé Ahi, lisons-nous dans le Eig-Véda, il a répandu les ondes sur la terre, il a déchaîné les torrents des montagnes célestes. Il a pris la foudre qu'il a lancée comme une flèche, et quand sa main a frappé, aussitôt les charmes du magicien sont détruits; aussitôt tu semblés donner naissance au soleil, au ciel, à l'aurore. L'ennemi a disparu devant toi '. » Indra, après avoir déchiré le nuage, verse la pluie fécondante et il déchaîne les torrents des montagnes. Apollon est également le dieu des Muses, qui personnifiaient d'abord les fontaines sacrées. Il est le dieu du Parnasse et de l'Hélicon, sources pures cachées dans le mont Olympe, où les poètes, ses favoris, viennent boire l'inspiration. Les iNymphes étaient une autre personnification des sources et jouaient le rôle de divinités secondaires. Les Dioscures, Castor et PoUux, fils de Zeus, héros sauveurs, divinités tutélaires des matelots, dissipant la tempête à leurs prières et apparaissant sur de blancs chevaux ou des chars d'or, sont des divinités lumineuses comme les précédentes. Ils sont identiques à ces deux premiers rayons de l'aurore, ado-

1 Rig-Véda, sect. VI, leç. VI, hymne IV, 11, 2. (Voir les intéressantsdéveloppements donnés par M. Maury sur le mythe asiatique du serpent rapproché du mythe grec (p. 130-144).

rés au bord de rindiis SOUS le nom d'Açvins, montés, eux aussi, sur des chars plus rapides que le vent. Hèra ou Junon, Artliémis, Sélênè, sont les types féminins de la divinité lumineuse; ou dirait des variations du thème mythologique primitif.

Si le ciel était divinisé dans le Rig Véda, la terre Tétait également. « Ils forment le couple immortel ; ils sont les deux grands parents du monde '. » Le culte de la seconde divinité primordiale ou de la Terre est plus développé chez les Pelages que chez les Indiens; ils commencent ainsi à marquer d'une empreinte originale les croyances qu'ils ont apportées de l'Asie. En effet, dans un pays semblable à la Grèce, la terre, arrosée des sueurs de l'homme, fécondée par lui, lui tient de plus près que dans des contrées qui sont stériles comme le désert, ou tellement fertiles qu'elles ne réclament presque aucune culture. La terre était adorée par les Pelages sous le nom de Dêmêter, la mère nourricière. C'est une divinité vénérable, chaste matrone qui n'a rien de commun avec les déesses impures de l'Asie Mineure. Rhéa paraît avoir été la Dêmêter ou la Cérès Cretoise. Elle est l'épouse de Saturne qui est le type masculin de ces divinités telluriques. Hermès ou Mercure, souvent confondu avec Pan, Aristée ou Priape, était le dieu des troupeaux et de la fécondité animale. Son nom rappelle le dieu védique Sarameyas, qui est chargé de rassembler dans le ciel le troupeau des nuages fécondants, dispersés par le souffle des mauvais dé-

t Rig-Véda, VIII, 2-4.

mons '. Les Pelages l'ont mis sur la terre et en ont fait le dieu des bergers et le messager de Jupiter, La mer, qui entourait de toutes parts la Grèce et dont les aspects changeants attiraient constamment les regards des habitants des côtes, devait occuper une place bien plus importante dans les mjthologies des Pelages que dans les mythes indiens. Le dieu de la mer, Poseïdôn ou ISeptune, devient une sorte d'Indra maritime, plus terrible, moins secourable que l'autre, mais dont le pouvoir est irrésistible. Il soutient la terre et il l'ébranlé à son gré. Le fougueux Bacchus, dieu de la vigne et du vin écumant, nous rappelle le Soma, la divinité védique qui personnifiait les libations, et d'une manière générale l'élément liquide dans la nature. Agni, le dieu du feu, célébré avec tant d'enthousiasme dans le Rig-Véda, se retrouve tantôt dans Yulcain, tantôt dans Prométhée, tantôt dans Yesta, selon que l'on considère le feu volcanique, le feu industriel ou la flamme qui fond et fusionne les métaux , ou enfin le feu du foyer. Telles sont les principales divinités de l'ancienne religion pélagique, apportées, comme on le voit, du berceau asiatique de la race jusqu'en Grèce, puis modifiées par les aspects nouveaux du pays colonisé par les Hellènes. Les divinités telluriques et maritimes y obtiennent, sinon la prépondérance, au moins une place importante. Les vents ou Harpyes, les hautes montagnes, les âmes des morts étaient autant d'objets secondaires d'adoration que la religion pélagique admettait comme la religion védique.

» Dunker, t. III, p. 43.

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