L'INCARNATION
plénitude de la lumière; elle le rétablit dans sou état normal; car, créé par le Verbe et pour le Verbe, dans la lumière et pour la lumière , il était destiné à posséder celle-ci tout entière. L'incarnation est le véritable achèvement de la , création , en même temps qu elle est la seule réparation effective de la chute. On sait avec quelle énergie saint Jean insiste sur sa réalité contre les hérésies de son temps, qui, par un faux spiritualisme, faisaient du corps du Sauveur une sorte d'apparence fantastique. « Tout esprit, dit-il, qui confesse J ésus-Ghrist venu en chair est de Dieu. Mais tout esprit qui ne confesse pas Jésus-Christ venu en chair, n'est pas de Dieu ^ . » Ecrivant son évangile et ses épîtres en présence de ces tendances dualistes qui identifient au mal l'élément corporel, il est appelé par là même à relever le côté glorieux de l'incarnation. Il n'insiste pas sur l'abaissement du Christ, comme saint Paul, mais il n'y a aucune contradiction sur ce point entre les deux apôtres ^. Si la gloire du Fils unique, venu du Père, apparaît à Jean sous le voile d'une chair mortelle, cette gloire n'a pourtant pas pour lui tout l'éclat dont elle resplendit dans le ciel. Il nous montre Jésus-Christ soumis aux conditions et aux misères de la vie humaine : il est fatigué, il souffre, il verso des larmes, il meurt. Cette mort, sans doute, à un point de vue spirituel, est une élévation ' ;
1 Ilav zvîj'^-a b b[jSKo^(iX 'ItjSojv Xpis-csv âv capy.l £A'/;AuOéTa, VA -yj ()£0J èGX'!. (l Jean IV, 2.)
> iNous ne saurions partager l'idée de M. Reuss à cet égard. 11 prétend qu'au poiiit de vue de sai .t Jean l'abaissement du Verbe ne se conçoit pas.
» 'rd/ouaOa-.. (Jean 111, 14.)
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il importait de le prouver en face d'un Cérinthe, qui n'y \0}ait (pi'une mort illusoire; saint Jean rappelle qu'elle esta la fois glorieuse et réelle ; le Fils de Dieu est venu avec le sang. Mais la mort est toujours la mort, c'està-dire le comble de l'humiliation. Le Sauveur, dans le quatrième évangile, prie avant d'accomplir ses miracles ' ; il n'est donc pas en possession de la toute-puissance sur la terre comme dans le ciel. Il s'y est soumis à un certain abaissement. Seulement, il s'y est soumis volontairement; c'est un acte de sa liberté divine. Le Fils est libre de donner sa vie et libre de la reprendre ^; aussi, par un côté, cet abaissement est-il encore glorieux. D'ailleurs, pour l'apôtre de l'amour, la meilleure gloire est celle qui vient de la charité. Pour lui, encore plus que pour Pascal, c'est là qu'est l'ordre de grandeur par excellence. A ce point de vue, quelle gloire a égalé la gloire de celui qui a mis sa vie pour ses frères sur le bois maudit ?
Saint Jean n'entre dans aucun développement sur Tincarnation elle-même. 11 n'y a pas trace chez lui des théories de l'école. Il ne distingue point formellement deux natures en Jésus-Christ. Il se contente d'affirmer que le Verbe est devenu chair, et de montrer en lui une pénétration profonde de la nature humaine et de la nature divine. A ses yeux d'ailleurs la nature humaine a une capacité et comme une virtualité divine. Est capax divinitatis. Jésus-Christ se distingue de tout autre homme
» Jean XI, 41, 42.
cfZ-zii^. (Jean X, 18.)