‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 537 sur 613 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES HOMMES DE LA TRANSITION; LEUR VIE; LEURS ÉCRITS ET LEUR DOCTRINE. CARACTÈRE GÉNÉRAL DE CETTE PÉRIODE.

La période qui suit immédiatement l'âge apostolique, bien qu'elle s'en distingue assez difficilement par la chronologie, oflFre le plus frappant contraste avec lui. De saint Jean à Clément, à Ignafce et à Polvcarpe, la distance est considérable, et on peut même dire que la chute est grande. Au lieu d'une langue énergique, concise, pleine d'originalité et vraiment créatrice, nous avons un style ou diffus comme dans la lettre de Clément, ou dur et heurté comme dans les épîtres authentiques d'Ignace, souvent aussi terne et décousu. Leur doctrine n'est plus que l'écho affaibli de l'enseignement apostolique; elle n'en a pas la profondeur; elle en reproduit les formules sans en pénétrer le sens intime. Les personnalités n'ont pas un grand relief, à part une seule. Nous avons en tout une image pâlie de l'âge précédent. Le travail d'assimilation puissante n'a j as

■ Malgré la distance infinie qui sépare les Pères apostoliques de saint Jean, nous les comprenons dans le même livre, parce que, chronologiquement, ils appartiennent à la même période.

368 LE JUDEO-CUrilSTlANISiME TEND A REPARAITRE.

encore commencé; la grande époque que l'on vient de traverser couvre tout de son ombre. Il faudra la vivacité des luttes du second siècle pour provoquer de nouveau l'activité de la pensée chrétienne. Les ennemis du christianisme lui rendront le service émiuent de le contraindre à se replier incessamment sur lui-même. Au lendemain du siècle apostolique, l'Eglise semble une armée victorieuse qui dort sur le champ de bataille. De nouvelles attaques l'amèneront à recommencer la lutte, seule manière pour elle de garder la victoire.

A la mort du dernier des apôtres, le judéo -christianisme est décidément vaincu. Il n'est pas un seul des Pères apostoliques qui ne soit de l'école de saint Paul. Tous reproduisent sa pensée en l'altérant plus ou moins. Les tempéraments qu'ils y apportent tiennent non pas à quelque divergence de vues, mais à cet affaissement intellectuel qui succède à une grande époque. Y voir l'habileté consommée d'hommes rusés qui cherchent à ménager un rapprochement entre deux partis hostiles, c'est méconnaître la simplicité assez pauvre qui caractérise leurs écrits, c'est oublier qu'ils sont en présence d'un adversaire vaincu qui n'a plus lieu de les inquiéter. L'Eglise de Rome ne lui appartient pas davantage qu'aucune autre, et les quelques fanatiques qui pactisent avec la synagogue sur les ruines de Jérusalem n'ont pas assez d'influence pour amener le parti vainqueur, qui n'est pas un parti mais bien l'Eglise dans son ensemble, à atténuer ses principes.

Nous ne nions pas que l'on ne retrouve beaucoup d'élémeutsjudaïques chez les Pères apostoliques. Ce fait

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