ILS REPRODUISENT LA DOCTRINE DE SAINT PAUL
trône à la droite de Dieu; toutes les choses terrestres et célestes lui sont assujetties, tout ce qui respire le sert, il viendra juger les vivants et les morts '. Il parle de rincaruatiou dans les mêmes termes que saint Jean, et il répète après son maître que « quiconque ne reconnaît pas que Jésus-Christ est venu en chair, est un antechrist ■. »
Nous avons du reste plus que quelques déclarations en faveur de la divinité de Jésus-Christ, chez Clément, Ignace et Polv carpe. On sent à chaque page de leurs écrits qu'ils l'adorent, qu'ils vivent pour lui et en lui, et qu'ils ont avec lui cette relation mystique qui ne se 4 concevrait pas, s'il n'était leur Seigneur et leur Dieu. Le type doctrinal de saint Paul s'est donc reproduit chez eux dans ses traits principaux. On remarque toutefois, dans leurs écrits, une certaine impuissance à en saisir la profondeur. Les éléments si divers de sa riche synthèse ne sont plus unis par le lien de sa forte dialectique. Ils sont plutôt juxtaposés qu'ils ne se pénètrent intimement. Il n'y a point là calcul comme le prétend l'école de Tubingue ; c'est le résultat de leur faiblesse intellectuelle. Ils appartiennent à une génération qui se contente, à l'exemple de Polycarpe, de recueillir toutes les traditions de l'âge précédent, et dont la mission est bien plutôt de conserver la croyance que de la formuler.
On sait avec quelle netteté Paul avait tracé la ligne de démarcation entre l'ancienne et la nouvelle alliance.
1 Polyc.j Ad Phil., I. — 2 Id., c. VII.
INVASION DU LEGALISME. 405
Si l'obligation de la sainteté est d'après lui d'autant plus impérieuse que l'amour de Dieu s'est manifesté d'une manière plus éclatante, elle ne doit plus revêtir pour le chrétien un caractère légal ; elle ne doit plus 86 formuler comme un code dont les ordonnances multipliées à l'infini ont pour sanction la terreur des châtiments divins. Fondée sur l'amour rédempteur, la loi nouvelle se résume dans le commandement de la charité. La sainteté évangélique trouve dans l'amour gratuit de Dieu son mobile et sa récompense ; elle y puise aussi la force qui lui est nécessaire, car ce même amour est répandu dans le cœur du chrétien. Les Pères apostoliques n'ont pu se maintenir à cette hauteur. Clément ne conserve pas à la loi nouvelle ce caractère d'unité et de simplicité qui la distingue de la loi des préceptes. Le christianisme est présenté par lui plutôt comme un code plus parfait que comme l'économie de la grâce *. Le salut est aussi bien rattaché à la pratique des bonnes œuvres qu'à la foi -. La foi devient ellemême la première des bonnes œuvres, le premier anneau de la série. Elle n'a plus le sens profond que lui donnaient les apôtres, elle n'est plus essentiellement l'union avec Jésus- Christ et la conformité à sa mort et à sa vie. Pour Clément il s'agit plutôt de faire sa volonté, d'accomplir sa loi que de devenir un avec
1 Le christianisme est désigné par Clément comme )a lég-islation de Jésus-Christ : 'EvTOA'r) -/.a: T.3Lpy.'C^(i\\ici.ia XptîToO. {Ep. ad Corinth., XIII, 49.)
2 rt Nous serons heureux si nous faisons les commandements de Dieu. » Ma7.7.p'.o( £C[;,£V s? 'x T>po':-iy\).xxx toj Osoj £-otou(;-îv. {Id., 50.)