‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 613 sur 613 · LE BAPTÊME · texte numérisé non relu

LE BAPTÊME

votre cuirasse *. » Ainsi le baptême est à ses yeux le signe de la foi, de Tamour et de la patience ; il est le symbole des vertus chrétiennes, il ne se conçoit pas sans elles. Il n'a donc aucune valeur intrinsèque et ne communique pas la grâce, à moins qu'on ne prétende que la foi, l'espérance et la charité coulent dans l'âme avec l'eau qui arrose le corps. Si le baptême représente l'armure chrétienne, il ne doit être donné au combattant qu'au moment où il entre dans la lice. Il n'appartient qu'à celui qui peut croire, espérer et aimer. Ce texte est plutôt contraire au baptême des enfants qu'il ne lui est favorable. Pourtant déjà, à la fin de cette période, l'idée sacramentelle commence à envahir l'Eglise. Elle n'est pas définie exactement, , mais elle y pénètre comme une influence subtile. On donne une importance exagérée au symbole. Dans le Pasteur d'Hermasj l'Eglise est représentée comme une tour fondée sur l'eau, c'est-à-dire sur le baptême, « parce que la vie du chrétien est sauvée par l'eau -. » Le baptême est aussi désigné comme le sceau divin de la rédemption. « L'eau, est-il dit, dans laquelle descendent les hommes condamnés à la mort, cette eau est le signe du Fils de Dieu^. « Il y a dans ces mots une dangereuse réminiscence de la circoncision juive. Le Pasteur d'Hermas nous prouve cependant, d'une manière irréfragable, que le

r, 0!.^(d7:T^ o)ç ccpu, q br^o^Kùr)] w; 7:avc7:A(a. (Ignat., Ad Polyc, c. m.)

2 « Vita vestra pej- aquani salva facta est. » [Pastor Hermas, Visio III, 3.)

3 « Illud autem sigillum aqua est, in quain descendunt homines raorti assignati. » [Pastor Hermas, Sirnil. IX, 16.)

baptême des adultes était encore la règle des Eglises. « Quand nous descendons dans l'eau, dit-il, et que nous recevons la rémission des péchés, nous promettons, par notre repentance, de ne plus vivre dans le péché *. » Un tel baptême ne peut concerner les enfants. Quant à la forme de ce sacrement, ces citations du Pasteur d'Hermas nous apprennent qu'il était administré par immersion. On se bornait à la formule abrégée : on le donnait au nom du Seigneur^, et le néophyte faisait profession de renoncer au péché.

Nous avons terminé l'histoire du premier siècle et celle de la période de transition qui précède et prépare la formation du catholicisme. A la grande époque apostolique, nous avons vu succéder une époque grande encore par la foi, par le zèle, par le martyre, mais pauvre en connaissances, incapable de saisir l'enseignement du Maître, embarrassée d'un trop riche héritage, qu'elle lègue à ses successeurs amoindri ou mélangé d'éléments étrangers. Des hommes plus puissants vont paraître sur la scène; quelques-uns d'entre eux, surtout ceux qui seront fils de l'Orient et de la culture grecque, remonteront par delà les Pères apostoliques aux Pères véritables de la religion chrétienne, aux grands témoins du premier siècle, et arrêteront l'Eglise sur la pente du judéo-christianisme. 3Iais d'autres, fils de l'Occident, nourris du lait de la louve romaine,

1 « Alla pœtiitentia non est, nisi illa, cum in aquam descendimus et accipimus remissionem peccatorum nostrorum ulterius non peccare, sed in castitate permanere. » (Mandat. IV, 3.)

2 « Baptizare in nomine Domini. » (Visio III, 7.)

esprits plus énergiques qu'étendus, plus ardents qu'intelligents, eux aussi héros de la foi et martyrs, continueront l'œuvre des Ignace et des Hermas. Les grands hérétiques vont aussi paraître, et, sans le savoir, ils seront les meilleurs auxiliaires de la réaction romaine contre l'Orient, car celle-ci profitera de tout l'effroi qu'ils inspireront.

Les questions déjà soulevées vont être reprises, mais dans un cadre élargi, avec des moyens plus efiBcaces et des combattants plus énergiques. L'âge de transition n'a été qu'un prologue; le drame commence; mais tous les fils de l'action se retrouvent dans l'époque dont nous avons tracé le tableau. Nous pouvons désormais en suivre d'un regard assuré les émouvantes péripéties ; tous les champions qui sont en présence nous sont connus : depuis l'empereur armé du décret de Trajan qui déclare illicite la religion du Christ, jusqu'au gnostique en possession d'un dualisme perfectionné ; depuis le docteur oriental qui sait maintenant qu'il peut puiser ses preuves dans le trésor de la culture antique, jusqu'au chrétien de Rome qui profite de la lassitude de l'Eglise pour s'asseoir sur la chaire épiscopale. L'époque des Origène et des TertuUien, des Valentin et des Irénée, l'époque des grandes persécutions nous est tout entière expliquée par l'époque antérieure; nous n'avons plus qu'à en retracer l'histoire. Au travers de toutes les fluctuations de la pensée chrétienne nous reconnaîtrons l'unité du plan divin qui veut que l'Eglise reconquière par l'expérience la vérité qu'elle possède comme révélation. Si Dieu permet les écarts et les défaillances de la liberté,

c'est à la condition de relever son peuple de toutes ses chutes et de le ramener au droit chemin après chaque détour, mûri par ses fautes, parce qu'il sait ce qu'elles lui ont coûté. C'est ainsi qu'il réunit pour lui les bienfaits de la grâce et les bénédictions du travail.

Note A. — Sur ta prétendue deuxième captivité de Paul.

Un grand nombre d'écrivains, soit anciens, soit modernes, ont admis une seconde captivité de l'apôtre Paul. Eusèbe* et Jérôme' lui donnent l'appui de leur témoignage. Parmi les modernes, Néander (Pflanz., I, 538) partage leur opinion. Nous ne saurions l'admettre, et nous adoptons à cet égard les vues de M. Reuss ^ et de Wieseler *. Nous nous attacherons à la réfutation de Néander, qui a présenté avec une grande habileté fous les arguments en faveur de la seconde captivité de Paul. Le savant historien n'accorde pas beaucoup d'importance au témoignage d'Eusèbe ainsi conçu : Tots [j.sv ouv àr^o- XoY'r,cra[ji.£VOV auOiç im r}]V tou '/,ripû-(i).'X-oq âiay.ovtav \ô'(oç 'iyzi OTeîXaaOat tov dcTtéaioXov, Ssùxspov §' km^à^na t^ aùi^ ■jïoAst, tû xa-:' a'jxbv TsXeiwOY^vat [j.apTup((o. 'Ev w oBaij.oXq èyopivoç tïjv T^pbç Ti[j.. âsuTÉpav £7:wtoXy)v cuviâxTet. « Le bruit court qu'après avoir présenté sa défense, l'Apôtre partit pour continuer sa mission apostolique, qu'il revint une seconde fois à Rome pour y subir le martyre. Il aurait écrit alors, étant dans les liens, sa seconde lettre à Timothée. » Eusèbe, comme on le voit, n'est point afïirmatif. Il se borne à dire : Le bruit court. Il n'est que l'écho d'une tradition dont il n'assume pas la responsabilité. Celte tradition se rattache évidemment au fameux passage de Clément de Rome, dans son épître aux Corinthiens. Il est ainsi conçu : IlauXoç oty.atocûv/jv Stâa^aç 5Xov xbv y.6aiJ.ov xal iii\ xo Tép[j.a t'^ç ouaew; èXOtov y,ai [;.ap- Tupi^aai; irl tôv YJYOUi^ivwv o'jtwç àT^r^ùd^Q lou y.éqxou. « Paul

1 Eusèbe, H. E., II, 21. — 2 Hieronyra., In Esaiam, XI, 14.

3 Geschichte der HeUig. Schr. N. T., p. 125. Revue de Théologie, 2' vol., 3' livraisou, p. 130.

* Wieseler, ChronoL des ap, Zeit., p. .'>21.

ayant prêché la justice dans !e monde entier et étant venu au terme de l'Occident et ayant subi le martyre sous les empereurs, est ainsi sorti de ce monde ^ » Ce passage paraît concluant à Néander. Il insiste fortement sur l'expression : le terme de l'Occident. Elle lui paraît désigner l'Espagne, où Paul déclarait vouloir annoncer l'Evangile d'après Rom. XV, 24. Cette dernière déclaration ne paraît pas à Néander une preuve irrécusable, car il admet comme nous que Paul, quoique apôtre, pouvait former un projet et se voir empêché de le réaliser. Mais en la combinant avec le témoignage de Clément, il en tire la conclusion qu'effectivement Paul put réaliser son dessein. Mais il s'agit de savoir si vraiment le passage de Clément a la signification qu'on lui prête. Wieseler a très-bien montré que le texte porte des traces d'interpolations évidentes et qu'on ne peut s'y fier avec une entière sécurité. Ensuite le ton de Clément dans cette portion de sa première lettre aux Corinthiens, n'est pas celui de l'historien, mais celui de l'orateur qui parle par hyperboles. Quand il dit que Paul a annoncé l'Evangile dans le monde entier, il n'a pas la prétention d'être pris à la lettre et d'affirmer que Paul a été en Gaule et en Bretagne. Clément est non moins hyperbolique en parlant du tenne de l'Occident. Rome n'étaitelle pas la métropole du monde occidental? Annoncer l'Evangile à Rome, n'était-ce pas l'annoncer à tout l'Occident? L'expression vague d'Eusèbe déjà citée, b \ô-(oq ïyet., prouve que de son temps on ne se croyait pas permis de prendre littéralement le passage de Clément. Il ne nous semble pas nécessaire de recourir à l'explication trop ingénieuse, selon nous, de M. Reuss, qui voit dans ce passage une image hardie et poétique, une comparaison de la carrière apostolique de Paul à la carrière du soleil \ L'autre preuve invoquée par Néander est empruntée à l'exégèse.

1 Clément, Ep. ad, Corinth., c. V.

2 On invoque encore un fragment du canon de Muratori, ainsi conçu : » Sed profectionem Paul! ab urbe ad Spaniam proGciscentis. » (Bunsen, Analecta anienicœna, I' 139.) Mais il n'est pas possible de tirer des conclusions un peu certaines d'un texte si mutilé. Ou n'en peut inférer qu'une chose, c'est qu'à une époque déjà reculée, la tradition d'un voyage de Paul en Espagne circulait dans l'Eglise. Elle se fondait évidemment sur le passage Rom. W, 24. Le passage de Denys de Corinthe, cité par Eusèbe {H. E., II, 21), qui porte que Pierre et Paul ont fondé l'Eglise de Corinthe, puis sont venus à Rome ensemble (ô/zoîca;) n'a évidemment aucune valeur historique.

NOTES ET ÉGLAIRCrSSEMENTS. 477

Il s'appuie sur la seconde lettre à Timothée, où Paul semble parler de sa délivrance (2 Tim. IV, 16). Rien ne nous contraint d'admettre cette explication, puisque la délivrance dont parle l'Apôtre peut trèsbien s'entendre du bon effet produit par sa première comparution devant le tribunal impérial. Néander prétend que la manière dont Paul signale les hérésies d'Ephèse, suppose un récent voyage (2 Tira. II, 17). Mais on sait combien dans les commencements de sa captivité il lui était facile d'avoir des informations exactes et fréquentes sur l'état des Eglises. La raison la plus plausible invoquée par Néander, est tirée de quelques traits embarrassants de l'épître, qui semblent indiquer un voyage récent de l'Apôtre en Asie Mineure. Ainsi il demande son manteau et ses papiers oubliés chez Carpus à Troas (2 Tim. IV, 13). Mais ce trait peut se rapporter au voyage de Troas dont parlent les Actes (Actes XX, 3). Les papiers pouvaient être nécessaires à Paul pour son procès, et il n'avait peut-être pas eu d'occasion jusqu'alors de les faire venir. Quand il dit qu'il a laissé Trophime malade à Milet (2 Tim. IV, 20), cela n'indique pas nécessairement qu'il y ait passé lui-même. Ne peut-on pas supposer avec Wieseler que Trophime accompagnait Paul dans son voyage d'Asie Mineure à Rome, et que quand les voyageurs s'arrêtèrent à Myre, en Lycie (Actes XXVII, 5), ville très-voisine de Milet, Trophime fut contraint par la maladie de s'arrêter et se rendit à Milet? Si Paul en parle dans sa deuxième lettre à Timothée, c'est probablement qu'il avait besoin de son témoignage pour l'instruction de son procès; c'est par la même raison qu'il parle d'Eraste demeuré à Corinthe (2 Tim. IV, 20), car celui-ci, qui d'après Rom. XVI, 23, était l'un des économes des biens de la ville, pouvait lui rendre dans ce procès de précieux services. Quant aux raisons tirées par Néander de la date de la première épître à Timothée, et de celle de la lettre à Tite, nous les avons écartées d'avance en justifiant l'hypothèse d'un voyage de Paul en Europe, pendant son séjour à Ephèse. Nous avons également écarté l'objection tirée du développement des hérésies d'Asie Mineure, en prouvant l'ancienneté de ces hérésies par le discours d'adieu de Paul à Milet. Ainsi, aucune des raisons en faveur d'une seconde captivité de Paul, n'est décisive. Nous avons deux motifs sérieux pour rejeter cette hypothèse : 1° la difficulté d'admettre que Paul ait pu obtenir un jugement régulier de Néron, après l'effroyable persécution rapportée par Tacite; 2° le peu de

probabilité que les faits principaux de la première captivité, comme l'appel à César, se soient répétés d'une manière identique dans la seconde.

Note B. — Des épitres de saint Paul.

Nous admettons la pleine authenticité de toutes les épîtres mises sous le nom de Paul, à l'exception de l'épître aux Hébreux, que nous attribuons à ApoUos. Il en est d'abord qui ne font question pour personne ; les épîtres aux Galates et aux Romains, comme celles aux Corinthiens, sont à l'abri du doute. Baur lui-même en reconnaît lauthenticilé. Les deux épîtres aux Thessaloniciens ont été l'objet de quelques attaques. On leur reproche d'être insignifiantes, de manquer d'un intérêt spécial, et d'exposer sans motif des vues prophétiques détaillées K Nous avons déjà répondu à la seconde objection en montrant que l'exaltation maladive de quelques chrétiens de Thessalonique, qui, sous prétexte d'attendre le retour de Jésus-Christ, se livraient à la paresse, réclamait de Paul des développements étendus sur la prophétie. Il s'agissait, pour lui, de prévenir l'un des abus de sa doctrine les plus graves. Quant à l'objection tirée du manque d'intérêt et d'originalité de cette épître, — objection présentée par Baur d'une manière générale pour toutes les petites épîtres de l'Apùtre, — nous la repoussons absolument. On ne peut discuter une impression. Nous invoquons le témoignage de la conscience chrétienne. L'épître aux Ephésiens est rejetée par le même critique, à cause de sa ressemblance avec l'épître aux Colossiens-. 3Iais M. Reuss a établi parfaitement que cette ressemblance n'est pas si complète qu'on veut bien le supposer (Geschichte H. Schr. N. T., p. 102). Il n'estpas étonnant que l'Apôtre, écrivant à des Eglises placées dans des circonstances analogues, leur ait adressé les mêmes conseils. Baur invoque contre l'authenticité de ces é(iîtres une certaine tendance gnostique qu'il croit reconnaître chez l'auteur ^ Il qualifie ainsi les développements métaphysiques de la doctrine sur la personne de Jésus-Christ ; il lire un grand parti du mol 7:Ar;pco;j.a (Col. I, 20). Mais le fond de la doctrine exposée dans ces lettres est tout ce qu'il y a de plus opposé au dualisme gnostique et à l'émanatisme ; Jésus-Christ n'est pas la première

1 Baur, Pauia$, p. 2o2-io9. — î Baur, Paulus, p. 481. — 3 Baur, Paului, 423, 424.

émanation de la Divinité ; il la pûsstde dans sa plénitude. Baur fait à répître aux Colossiens la même objection qu'aux épîtres pastorales^; il prétend que les liérésies signalées par fauteur de ces lettres ne se retrouvent qu'au deuxième siècle. Remarquons d'abord que le savant criti(}ue voit dans ces épîtres ce qui n'y est pas. Il y trouve une caractéristique complète du gnosticisme, tandis que l'auteur se borne à des traits tout à fait généraux, tels qu'ils conviennent à une hérésie naissante. La découverte des Philo sophoumena est venuejeter une vive lumière sur ce point si controversé, et le tableau que nous avons présenté des Eglises fondées par saint Paul est la meilleure réponse que nous puissions opposer aux attaques de l'école de Tubingue. On ne saurait trop médiler la partie de YHistoire du Nouveau Testament, de M. Reuss, qui concerne cette question délicate. C'est, à notre sens, un chef-d'œuvre de critique sage et savante. (Voir Gesch. der H. Schr. N. T., p. 113.)

Les objections produites contre les épîtres de Paul sont tirées, comme on le voit, de la preuve interne. Tout le monde convient que leur authenlicité est unanimement reconnue dès le troisième siècle. En nous plaçant sur le terrain de nos adversaires, il nous est impossible de découvrir dans les épîtres contestées un seul point qui soit en désaccord avec le caractère de l'Apôtre et l'histoire de sa vie. Que penser des excès d'une critique qui va jusqu'à dire que la comparaison de Paul entre le chrétien et le soldat (2 Tim. 11, 3j, étant surtout du goût des écrivains du second siècle sous la plume desquels elle se retrouve fréquemment, ne saurait appartenir au premier? On est étonné de voir un homme aussi sagace que DeWette accuser d'orgueil la tin sublime de la deuxième épîire à Timothée De ^^ ette, Commentaire sur 2 Tim. IV, 8).

NoTK C. — Des épures de Jacques et de Jude.

Les épîtres de Jacques et de Jude ont été rangées parmi les Antilegoumena ou les écrits contestés, par Eusèbe (//. E.. III, 23). Mais nous ne trouvons aucune raison suffisante pour justifier cette assertion, et la preuve externe est tout à fait en leur faveur. Les doutes ont dû naître plus lard de raisons dogmatiques, probablement

1 Baur, yaului, p. 493.

pour Jacques, d'une prétendue opposition entre sa doctrine et celle de Paul, el pour Jude, de la citation qu'il a tirée du livre apocryphe d'Enoch. L'Eglise de Syrie avait admis dans son canon l'épître du premier. Clément de Rome semble y faire allusion {EpUre aux Corinth.^c X). Origène la cite (Commentar. in Joannem, tome XIX, IV, 406), Clément d'Alexandrie cite l'épître de Jude {Stromat., III, 43<); Pœdagog., 111,239; Orig., Commentar. in Matth., lll., 463). (Voir, pour la lettre de Jude^ le Commentaire si complet de M. Arnaud.)

Note D. — Sur la deuxième épître de Pierre.

Nous n'avons parlé que d'une seule épître de Pierre, parce qu'il nous paraît impossible d'admettre avec quelque certitude l'authenticilé de la seconde. Il est notoire qu'elle n'est mentionnée pour la première fois que par Clément d'Alexandrie, et encore la citation n'est-elle pas directe (Eusèbe, H. £., VI, 24). Origène, qui la cite {Comm. in Joannem, IV, 133), est le premier et le seul des Pères du troisième siècle qui invoque nettement son autorité. L'Eglise de Syrie, dont le témoignage a luie grande valeur, ne reconnaissait pas celte épître, et Eusèbe (//. E., III, 55) la cite parmi les Aiitilegoumena. Le doute subsistait encore au quatrième siècle, témoin Jérôme : Scripsit Petrus duas epistolas, qux catholicae nominantm\ quarum secunda a plerisque ejus esse negatur propter stijli cum priore dissonantiam. {De Firis itlustribus, c. I.)

Au contraire, la première épître de Pierre a pour elle les témoignages les plus imposants (Eus., H. E., III, 39 ; IV, 14; Irénée, Contr. Hxres., IV, 2, 9; Clément d'Alexandrie, Stromat.^ III, 73; TertuU., C. Scorp., I, 2.)

Si nous passons à l'examen des preuves internes, elles sont trèsdéfavorables à l'authenticité de la seconde épître de Pierre: \° Le style n'a presque aucun rapport avec celui de la première épître. 2° La dépendance vis-à-vis de la lettre de Jude est notoire ; l'auteur développe sans cesse le texte de Jude comme un thème à traiter (voir la confrontation des deux textes dans le Commentaire de M. Arnaud sur Jude). 3° Il insiste sur sa qualité apostolique avec une affectation étrange, qui rappelle les écrits apocryphes (I, 13-18). 4° Il cite la collection des lettres de Paul comme faisant partie d'un

canon du Nouveau Testament qui n'existait pas à cette époque (2 Pierre III, 16); il parle, en l'an 64 ou 03, de ces épîtres comme étant du nombre des Ecritures canoniques : c'est commettre le plus étrange anachronisme.

La prétention de l'auteur inconnu à se faire passer pour saint Pierre n'a rien d'incroyable. Toute la littérature apocryphe du second et du troisième siècle est remplie d'écrits supposés, et Pierre a été précisément l'apôtre dont le nom a été le plus exploité. Ne pourrait-on pas admettre qu'un chrétien orthodoxe de la tin du deuxième siècle, indigné de voir invoquer dans les Clémentines une prétendue opposition entre Pierre et Paul, a composé cet écrit pour mettre en lumière leur profond accord, en protitant peutêtre de (}uelques fragments de la prédication de Pierre, qui auraient été conservés par la tradition, comme le beau commencement de l'épître ? Calvin, dans son langage embarrassé sur cette lettre, laisse percer un doute qu'il ne parvient à dissiper ni dans son esprit, ni dans celui de ses lecteurs: Cxtermn, dit-il dans son argument, de auctore non constat, nunc Pétri nunc apostoli nomine promiscue mihi permittam. « Comme on n'est pas d'accord sur l'auteur, je me permettrai de dire indifféremment Pierre ou l'apôtre. » Remarquons qu'il n'y a rien dans cette épitre qui soit contraire aux autres écrits canoniques. Elle ne renft:!rme aucune révélation spéciale ou nouvelle. 11 vaut mieux exprimer franchement un douie sur son autheniicilé que de laisser croire que la foi chrétienne est liée absolument au canon traditionnel fixé par l'Eglise du quatrième siècle.

Note E. — Sur l'auteur de l'épitre aux Hébreux.

Il n'est contesté par personne que, tandis que toute l'Eglise d'Occident nie pendant près de trois siècles que Paul soit l'auteur de l'épître aux Hébreux, les docteurs de l'Eglise d'Alexandrie sont à peu près unanimes pour la lui attribuer. .Mais l'opinion de l'Occident, et en particulier de Rome, a un grand poids dans la question, puisque cette Eglise devait être informée de première main de tout ce qui concernait l'apôtre Paul, et surtout de ce qui concernait le temps de sa captivité. Clément de Rome fait de perpétuelles allusions à l'épître aux Hébreux. Comment seraii-il possible qu'il n'eût pas II 31

482 NOTES Eï ÉCLAIRCISSEMENTS.

noninic son aiiieur s'il l'eût connu et s'il eût su que tel auteur était Paul ? On comprend très-bien que l'Eglise d'Alexandrie soit arrivée par une combinaison scientifique naturelle à son génie à attribuer àPaul un écrit où l'on retrouve l'empreinte de sa pensée. Quant aux preuves internes qui donnent raison à l'Eglise d'Occident, elles sont admirablement exposées dans le Commentaire de Blecli. Voici les principales : \° La différence frappante du style: les divergences de vues sur ce point nous semblent inexplicables. 2° L'auteur se met dans un rapport de dépendance vis-à-vis des témoins immédiats de Jésus-Cbrisl (Hébr. II, 3). Or, jamais Paul n'eût pris cette position, l'un des grands objets de sa polémique contre ses adversaires étant toujours d'établir qu'il est sur le même rang que les premiers apôtres. 3° Si les idées de l'auteur ont beaucoup de rapport avec celles de Paul, elles n'en portent pas moins dans le détail de l'exposition l'empreinte d'une individualité dilïérente. On invoque en faveur de l'hypotbèse qui attribue à Paul l'épître aux Hébreux, les deux passages suivants : 'I . rivw(;y.£TS tov àosXsbv r{^.m Tii^-oOsov àitoXzX'ojji,évov. (Hébreux XHI, t^.) On infère des rapports étroits de Paul et de Timothée que c'est le premier qui a écrit ces mots. Mais il est impossible de baser sur un détail aussi minime toute une argumentation. Car Paul n'était pas seul en relation avec Timothée. Un des autres disciples de Paul pouvait parfaitement s'exprimer aii^si. Le sens donné au mol àTroXeXuijivov importe très-peu; soit qu'il signifie que Timothée est absent, soit qu'on y trouve l'idée qu'il vient d'être délivré, cette différence d'interprétation n'a aucune influence sur la solution de la question. 2. Le second passage est HébreiixXUl, 24. On se fonde sur l'expression les frères d'Italie, pour établir que l'épître a été écrite à Rome ; mais ces mots ne semblent-ils pas, au contraire, donner à croire que l'auteur n'est pas en Italie, puisqu'il voit dans la qualification : oc x7:o r?);; 'haA-laç, une désignation spéciale ?

L'hypothèse qui attribue à Apoiios l'épître aux Hébreux est la plus plausible. 1! était entièrement gagné aux princii)es de Paul, très-verse dans les Ecritures ; il était d'Alexandrie, où prédominait le genre typique et allégorique. C'était un homme éloquent et instruit. Tous ces divers traits se rapportent parfaitement à l'épître aux Hébreux.

Note F. — f'ues diverses sur la théologie du siècle apostolique.

Nous avons présenté le système de l'école de Tubingue sous sa forme la plus modérée, tel qu'il esL exposé dans le dernier livre de Baur: Das Christenthum der drei ersten Jahrhunderte (Tubingen, 1853; p. 43 à IS'I).

Le livre de Schwegler, souvent cité pnr nous : Das nachapostollsche Zeltalter (Tubingcn, 1846), est bien plus arbitraire dans son emploi de la preuve interne. Sa pensée fondamentale est que le dogme chrétien du troisième Riècle a été formé par des transformations successives de l'ébionitisme. Un autre disciple de Baur, Ritschl, dans son livre intitulé : Enislehung der altkatholischen Kirche (Bonn, 1830), part d'une hypothèse opposée à celle de Schwegler. D'après lui, le dogme du troisième siècle n'a pas été formé par l'ébionitisme, mais bien par le paulinisme, développement normal de la doctrine de Jésus-Christ. Le judéo-christianisme au contraire aurait été frappé d'une vraie stérilité dogmatique, et ceux de ses adhérents qui ne se seraient pas rattachés au paulinisme auraient formé l'ébionifisme, secte retardataire et non pas noyau de l'Eglise. Une seconde édition de ce savant ouvrage vient de paraître, modifiant assez sensiblement le premier point de vue de l'auteur, mais plus spécialement pour ce qui concerne renseignement de Jésus- Christ. Personne ne rangera sous le drapeau de l'école de Tubingue le savant ouvrage de M. Reuss : l'Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique (2 vol. Strasbourg, '1832;. L'auteur, dont nous avons déjà mentionné souvent les consciencieux travaux, nous paraît avoir fait trop de concessions au système qui admet toute une politique ecclésiastique et dogmatique au premier siècle. Il a exagéré la différence entre le judéo-christianisme et le paulinisme. Le grand reproche que nous ferons à l'ouvrage de M. Reuss, c'est de méconnaître le caractère unique, exceptionnel et créateur de la théologie apostolique. Nous avons essayé de montrer comment on peut l'admettre avec l'Eglise de tous les temps, sans tomber dans la tbéopneuslie mécanique. L'ouvrage de Schmid: Blblische Théologie des N. T. .'Stuttgart, 1853), nous a été d'un utile secours ainsi que le Siècle apostolique de INéander (2 vol. 4"^ édition), La partie du livre de Schaffqui concerne la doctrine aposîolique (p. G06 à 638) n'est qu'un extrait de Néander.

i84 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

Note G. — Dit baptême des enfants.

Nulle question n'a été plus controversée que celle du baptême des petits enfants. Actuellement les historiens les plus distingués de l'Eglise, reconnaissent que cette coutume ne remonte pas à l'âge apostolique. Néander (Pflanz., I, 277} et Bunsen (flippoL, II, 127), s'expriment très- nettement à cet égard. En efifet, si l'on ne s'attache pas à de faibles indices, si l'on consulte le vaste contexte du Nouveau Testament, on reconnaîtra que le baplême des adultes est seul conforme à l'esprit des Eglises qui ont rejeté la circoncision. Quant aux Eglises de Palestine, elles ont continué à pratiquer tous les rites de la religion mosaïque, et en parliculier la circoncision des enfants: on ne peut donc parler du baptême des nouveau-nés dans leur sein. Schaff a présenté dans son Histoire du premier siècle une habile défense du pédobaptisme (voir p. 566 et suivantes). Nous réfuterons ses principaux arguments, qui sont les meilleurs qu'on puisse fournir à l'appui de sa thèse. Il s'appuie d'abord sur ce que le christianisme, comme économie de la grâce, embrasse tous les âges et toutes les positions et par conséquent donne le sceau du salut aux enfants. Il cite le fameux passage d'Irénée {Âdv. Hœres., III, c. ii) où ce Père dit que le Sauveur sest fait enfant pour les enfants. — Infantibus infans factus. — Mais la seule conclusion à tirer de ce passage, dont nous adoptons pleinement l'idée, est que le petit enfant est placé au bénéfice de la rédemption. De même que sans ratitication personnelle, il a été enveloppé dans la condamnation de sa race, ainsi sans ratification personnelle, il est enveloppé dans le salut. Ce salut lui appartient. Dire que sans le baptême il n'y a aucune part, c'est admettre la régénération baptismale. C'est faire insulte à l'amour de Dieu. Il s'agit de savoir si le baptême représente la grâce objective ou la grâce reçue et assimilée. 11 nous paraît évident qu'il se rapporte, non au salut en soi, mais à l'appropriation du salut. S'il en est ainsi, il ne convient pas de le conférer à ceux qui sont incapables de se convertir. C'est en vain que l'on cite à l'appui du baptême des enfants le commandement de Jésus-Christ : « Faites disciples toutes les nations de la terre, les baptisant-; » MaÔTiTsucaie T,Tn7. -rà iÔv-/], [îazTÎ'Covceç aù-:o6:. (iMatth. XXVllI, 19.) On en infère tout à fait à tort que le baptême doit être donné à tous ceux

NOTES ET ECLAIUCISSEMENTS. 485

que l'on considère comme candidats de la grâce, à tous ceux que l'on veut instruire dans l'Evangile. Le mot [xaOri-eÛGaxs signifie rendre disciple, c'est-à-dire produire la foi dans le cœur. Toute l'ancienne Eglise a ainsi compris cet ordre divin ; car comme nous l'avons déjà remarqué, bien loin de baptiser d'emblée les catéchumènes, elle leur faisait subir le plus sérieux examen. Au quatrième siècle, Constantin retardait encore le moment de son baptême jusqu'à son lit de mort. L'invocation du passage Matth. XIX, '1 4 : Laisse::, venir à moi les petits enfants, n'a aucun trait au baptême. La déclaration de Pierre : « La promesse a été faite à vous et à vos enfants » (Actes II, 39), signifie simplement que la grâce depuis Jésus-Christ appartient en droit à toutes les générations des hommes. Le passage 4 Cor. VU, '14 : « Vos enfants sont saints, » ne contient aucune allusion quelconque au baptême. Il dissipe un scrupule particulier. Un païen converti dont la femme était encore païenne, aurait pu croire que ses enfants étaient rejetés de Dieu ; l'Apôtre écarte ce scrupule en disant aux chrétiens qui sont dans une telle situation : Vos enfants sont saints par le fait que vous les avez consacrés à Dieu par vos prières. Prendre le mot de saint dans une autre acception, c'est retomber dans la régénération baptismale. Ce passage prouve surabondamment que le baptême des enfants n'existait pas à Corinthe, car alors la question soulevée ne se serait pas même posée. On essaye de fonder le pédobaptisme sur les témoignages des Pères du deuxième et du troisième siècle (Bingham, Origines, IV, p. 183 ; Schaff, p. 575}, Nous verrons qu'au second siècle, le baptême des enfants était l'exception. Au troisième, malgré la protestation de TertuUien, il fait des progrès rapides. Nous ne récusons point le témoignage de Cyprien (ép. LIX, ad Fidum) ni celui d'Origène {Homel. in Levit., VIII). Quand nous retracerons l'histoire du troisième siècle, nous étudierons de près ces témoignages, mais il y a déjà une forte présomption contre l'origine évangélique du baptême des enfants dans le fait qu'il commence à prédominer précisément à l'époque où l'idée d'Eglise s'altère profondément. Il n'a dû son triomphe définitif qu'à la notion de la régénération baptismale devenue partie intégrante de l'orthodoxie du quatrième siècle sous l'influence de saint Augustin. Toute justification du baptême des enfants qui n'est pas présentée à ce point de vue est illogique et boiteuse: mais on sait de quel prix on paye la loi^iijUH dans cetti'

question, et jusqu'où doit aller le sacrifice de la spiritualité chrétienne.

Note H. — Sur l'authenticité de la date de l'Apocalypse.

Malgré l'habile et savante discussion à laquelle Lucke a soumis les textes des Pères qui appuient l'anlhenlicité de l'Apocalypse, ces textes nous paraissent concluants. Ou bien il faut refuser toute valeur à la preuve cxierne, ou bien il faut admettre que dans ce cas elle est décisive. Laissant de côté les traits qui rappellent l'Apocalypse d'une manière toute générale dans les Pères apostoliques(par exemple le chapitre VI deVEpître aux PhiUppiens de Polycarpe, où il est parlé des prophètes qui ont annoncé la venue de Jésus-Christ), il est évident pour nous que Papias y cherchait un point d'appui pour ses idées millénaires. Andréas, écrivain du cinquième siècle, citait une explication de lui sur Apocalypse XH, 7 (Andréas, Prœf ad Comment, in Jpoc). .lastin Martyr, qui écrivait vers l'an 139, la cite positivement comme de Jean (Dial. cum Tnjphone, p. 179). D'après Eusèbe H. E.,IU, 26), 3iéliton aurait écrit un coramenlaire sur l'Apocalypse. Les allusions à ce livre sont évidentes dans la lettre de l'Eglise de Lyon aux Eglises de l'Asie Mineure (Eusèbe, //. £., V, Vj. Le témoignage d'Irénée {Contr. Hxres., IV, 20), de Clément d'Alexandrie {Stromat.,y\, 66), de Tertullien [Adv. Marc, III, Li), et d'Origène (voir Eusèbe, H. jE., VI, 25), est sans aucune espèce d'équivoque, en faveur de l'authenticité de l'Apocalypse.

Les premiers doutes à ce sujet ont été exprimés par la secte des Aloges, qui niaient la divijiité de Jésus-Christ. Ils ont été développés par Caïus, et entin par Denys d'Alexandrie (Eusèbe, VII, 2o), et plus ou moins confirmés par Eusèbe. Mais on n'a qu'à étudier de près les motifs développés par Denys, pour se convaincre qu'il se fonde uniquem.ent sur des raisons à priori^ et que c'est la peur des chiiiastes, ou millénaires, qui l'amène à révoquer en doute l'authenticité du livre des révélations.

Est-il vrai que la preuve interne lui soit aussi défavorable qu'on le prétend? Nous ne le pensons pas. Nous reconnaissons qu'il y a de grandes différences pour la forme et pour le fond entre l'évangile de Jean et l'Apocalypse, mais il y a aussi des analogies frap-

pantes. Ces différences nous semblent avoir été exagérées par Luclie et Reuss*, comme par l'école de Tubingue, qui triomphe du prétendu judaïsme de saint Jean pour lui contester la composition du quatrième évangile. Banr va jusqu'à y voir une espèce de libelle judaïsant contre saint Paul-. Hengstenberg tombe dans l'extrême opposé^.

On insiste d'abord sur la différence du style et sur la couleur hébraïque de l'Apocalypse. Celte différence est réelle; elle s'explique en partie par le fait que le livre des révélations est, par sa nature même, beaucoup plus dépendant de la prophétie de l'Ancien Testament, dont il reproduit sans cesse les vives images. Toutefois, cette explication n'est pas absolument suffisante, et il demeure établi pour nous que l'Apocalypse n'a pas pu être écrite à la même date que l'évangile et lesépîtrcs.

On insiste surtout sur trois points pour prouver la différence entre l'Apocalypse et les autres écrits de Jean : l"» La prophétie proprement dite, ou la vue de l'avenir, diffère. D'un côté, dit-on, tout est matérialisé: résurrection, jugement, triomphe, condamnation, antichristianisme, tout pour l'auteur de l'Apocalypse est extérieur et terrestre, tandis que pour l'évangélisle, tout est spirituel. La résurrection, dans le quatrième évangile, équivaut à la conversion; le jugement est la séparation des ténèbres et de la lumière; l'anlichristianisme n'est pas personnifié dans un homme. Il est à l'état de tendance '\ Lucke Uii-mème n'admet pas cette opposition tianchée. Il reconnaît qu'il y a dans l'évangile un élément correspondant à la prophétie apocalyptique. Il pense avec raison que l'évangélisle, lui aussi, admet une résurrcciion, un jugement au sens réel, qui sera le dénotiment effectif de l'histoire religieuse de l'humanité^ (Jean V, %\; VI, 39; XI, îï,. Seulement dans l'évangile et les épîtres, ce dénoùraent n'est pas immédiatement extérieur, comme dans l'Apocalypse, il est tout d'abord spirituel; le juge-

1 Lucke, OU'enbarung Juannes. p. 707-744; Reuss, Théoloyie du siècle apunloiique, 1 , p. 303.

2 Baur, Dus Christenlliuvi der drei ersL Jahrh,, p. 75; Schwegler, ouvrage cité, II, p. 247.

3 Hengslenberg, Offenbarung des heiii<jen Johannes. Berlin, 1849.

4 Cette opinion est défendue par II. Réville, Kevue de Ihc'ologie, année 1853, p. 361, 36-2.

5 Lucke, Ojlenbar., p. 718.

ment monil précède le juf;emeiu liiial. Nous avons là un progrès dans la révélation, mais nous nions qu'il y ait là contradiction.

2° On prétend que l'évangile est antijudaïque, tandis que l'Apocalypse serait profondément judaïsante.

L'antijudaïsme de l'évangile ne doit pas être exagéré. N'y lisonsnous pas ces mots : Le salut vient des Juif s ? (iean IV, 22.)N'a-r-on pas souvent remarqué avec quel soin minutieux le quatrième évangile s'eft'orce de montrer l'harmonie de la prophétie de l'Ancien Testament avec les faits qu'il rapporte? Il rivalise presque avec Matthieu. On a beaucoup trop oublié en parlant du judaïsme de l'Apocalypse, que le symbolisme d'un prophète du premier siècle devait être nécessairement emprunté à l'Ancien Testament. Les couleurs dont il pouvait se servir étaient comme broyées d'avance. D'ailleurs, l'auteur de l'Apocalypse admet très-positivement l'universalisme chrétien, et n'était-ce pas là le point essentiel? Les douze tribus dont il est p?r)é(c. VII, v. 5-9) ne sauraient représenter exclusivement le peuple de Dieu, puisque la foule qui entoure le trône de l'Agneau appartient à toute tribu, à toute langue et à toute nation (VII, 9). Paul avait déjà désigné l'Eglise comme l'Israël de Dieu * (Gai. VI, 16).

3«>0n prétend que la doctrine de l'auteur de l'Apocalypse est totalement différente de celle de l'auteur de l'évangile. Et d'abord Jésus- Christ ne serait pis présenté comme le Verbe de Dieu, mais seulement comme le révélateur par excellence; mais que l'ait-on des cantiques à l'Agneau, qui le confondent dans une même adoration avec Dieu .o(V, 13; XVI, 3, 4.)

Ceux mêmes qui prétendent voir dans l'Apocalypse la notion du salut par les œuvres opposées à la vraie notion chrétienne, sont forcés do reconnaître qu'il est peu de livres du Nouveau Testament où la rédemption par le sang du Christ soit plus nettement enseignée (Apoc. I, 5; VII, H). Comment est-il possible de concilier de pareilles déclarations avec l'idée d'une simple rémunération des bonnes œuvres ? On trouve surtout le caractère jiida'ique de l'Apocalypse dans la partie du livre où les martyrs nous sont représentés comme demandant vengeance à Dieu pour leur sang répandu (VI, 10; XIII, 10; XIV, 12). Comment concilier, dit-on, cette

1 r.iif-ko, Olfenhar., p. "M.

idée de vengeance avec la notion d'amour si admirablement mise en lumière dans l'évangile et les épîtres? Qu'on n'oul)Iie pas que l'amour implique la sainteté, et que s'il est la loi de l'univers, c'est une loi qui a sa sanction et ne se laisse pas impunément violer. 11 est parlé de condamnation presque à chaque page de l'évangile, eton se souvient des mystérieuses paroles de la première épître sur le péché irrémissible (4 Jean V, 46, M). J'avoue que cette idéede justice est exprimée dans l'Apocalypse sous l'ancienne forme prophétique ; mais elle n'en répond pas moins à une immortelle vérité, sans toutefois lui donner son expression la plus haute et la plus complète. C'est une des raisons qui nous font penser que l'Apocalypse n'a pu être écrite à la même époque que l'évangile. Quant à ce qui concerne la prompte attente du retour du Seigneur (I, 3, XII, 13; XXII, 10), elle ne dépasse point ce que nous avons reconnu chez saint Paul et chez tous les chrétiens du premier siècle. Il n'y a donc pas contradiction entre Jean l'évangéliste et, l'auteur de l'Apocalypse, et nous échappons au dilemme formulé par M. Reuss, que si saint Jean a écrit l'un des livres, il ne saurait avoir écrit l'autre {Gesch. Schr. N. T., p. 1 47). Il y a au contraire des rapports frappants entre l'un et l'autre livre; on retrouve dans tous les deux ce ton tendre et pathétique, souvent mélancolique, qui rend les écrits de Jean si touchants, le même amour pour la personne de Jésus-Christ et la même haine de l'hérésie. Le fils du tonnerre, l'adversaire indigné de Cérinthe ne se reconnaît-il pas à chaque page du livre des révélations ?

Si nous concluons dans le sens de l'authenticité de l'Apocalypse, nous ne pouvons (cependant admettre pour sa composition la date traditionnelle. Nous avons déjà indiqué plusieurs des raisons qui nous y contraignent au point de vue doctrinal. Nous n'y reviendrons pas. Ce n'est pas, on l'a vu, que nous accusions l'auteur de l'Apocalypse d'un judaïsme grossier, comme on l'a fait*. Non, nous y reconnaissons une révélation divine, pleine de beauté et de richesse. N'oublions pas toutefois que les révélations de Dieu ont été progressives, même dans la nouvelle alliance. Il est évident, par exemple, qu'au point de vue de la richesse dogmatique la dis-

1 C'est l'opiDiou de M. Révillc, qui, planant la composition de l'Apocalypse avant la ruine de Jérusalem, met les illusions les i)liis étranges du judéo-christianisnie sur le compte de saint Jean.

tance est grande entre la lettre de Jacques et celle de saint Paul aux Epliésiens. Dieu tiejit toujours compte de la réceptivité humaine. Il n'y a donc pas lieu d'être étonné si les révélations accordées au même homme, à deux époques différentes de sa vie, manifestent une certaine progression de lumière tout en reposant sur un fonds identique de vérité. Toutefois, nous en convenons sans peine, si les témoignages de l'histoire nous contraignaient de placer l'Apocalypse sous Domitien, nous n'hésiterions pas à admettre la date traditionnelle en nous défiant de notre appréciation personnelle. Mais il n'en est rien : le seul témoignage du deuxième siècle qui soit en faveur de celte hypothèse est celui d'Irénée. «La vision de l'Apocalypse, dit-il, n'a pas eu lieu longtemps avant nous, mais peu de temps avant notre génération, sous Domitien '. » Clément d'Alexandrie se borne à parler d'un tyran quelconque sous lequel Jean aurait été envoyé en exil à Patmos^. Origène l'appelle le roi des Romains ^ Eusèbe et saint Jérôme se font les échos d'Irénée*. Epiphane, le premier, donne un autre nom qu'Irénée au tyran ou roi persécuteur de saint Jean. D'après lui, ce serait Claude qui aurait exilé Tapùlreà Patmos^TertuUien place l'exil de Jean sous le règne de Néron, qui après l'avoir fait plonger dans un bain d'huile bouillante, l'aurait envoyé à Patmos *. Ces deux derniers écrivains sont évidemment mal informés, mais ils nous prouvent que la tradition sur la date de l'exil de Jean n'était pas généralement acceptée par l'Eglise de leur temps. Elle ne l'était pas davantage plusieurs siècles après ; i;ar Andréas, dans son commentaire sur le thap. YI de l'Apocalypse, v. 12, rapporte que plusieurs interprètes voyaient dans ce passage une prophétie de la destruction de Jérusalem. Hengslenberg, pour établir que l'Apocalypse a été écrite sous Domitien, s'appuie surtout sur l'état intérieur des sept Eglises; on ne saurait, d'après lui, avant la fin de l'âge apostolique, admettre un tel développement des héré-

i Oùoà yàp TZpô 7ro//OJ -/povoj k'jtpuBr,, TTio; tw zk'/.u T/j, Ao//=tikvoj à.p-/rii> (n-énée, C. Hœres., V, 30.)

2 ETîiôvi '/àu T9Û r:jpy:J->o-J rî).c.jTr,-:y.-^70i. {Clément d'Alex., Quis dives, §42.)

3 Orig., Opéra, III, p. 719,

*Eusebe, //. E., III, 18, 20, 23; Saiiii Jérôme, De viris Uluilr., IX. 5 Mcrà T/;v «vtov ktto tvïs I1!/.t//oj kâxvooov t»]v èttI KAkuoiou 7£vo//.évvjv KaîffKfo;. (Epiphane, Adv, Ilœres., LI, 12.) t> « In insulam relegatus. » (Tertullien, De Prœscript., XXXVI.)

sies (1, 13). Mais que fait-il alors des épîtres pastorales, ei comment ne voit-il pas qu'il prête ainsi des armes contre celles-ci à la critique négative ?

Il nous semble résuUer de l'élude de la question, que l'on ne peut déterminer avec exactitude, parle moyen de la preuve externe, la date de la composition de l'Apocalypse. Nous sommes donc obligé de donner ù la preuve interne tout son poids. Nous avons déjà reconnu que le caractère dogm;iiique du livre n'éiait pas en faveur de sa date traditionnelle. Si maintenant nous recut^illons les renseignements historiques qu'il contient, nous trouverons qu'il renferme quelques indications sur l'époque de sa composition. Lucke et Reuss voient une de ces indications dans le chapitre XI, où l'écrivain sacré est invité à mesurer le temple ^ D'après eux, ce passage devrait être pris à la lettre, et impliquerait que Jérusalem n'aurait pas encore été détruite; d'où il résulterait que le livre aurait été écrit avant l'année 70. Mais il nous est impossible de nous arrêter au sens littéral. Nous pensons, avec Tliiersch -, qu'on ne saurait admettre que Jean se soit mis en si flagrante contradiction avec les prophéties du Sauveur qui annonçaient la destruction de Jérusalem et du temple (Mattli. XXIV, 1, 2). Puis Lucke lui-même n'a-t-il pas reconnu que pour Jean l'Eglise est l'Israël de Dieu.^ Le temple alors ne ligure-t-il pas l'Eglise elle-m.ème dans sa constitution extérieure"? Que le temple ait cette valeur symbolique, c'est ce qui ressort d'Apoc. I, 13, où les sept chandeliers du sanctuaire de Jérusalem figurent les sept Eglises auxquelles s'adresse Jésus- Christ. Ce n'est donc pas dans le chapitre XI de l'Apocalypse qu'il faut chercher la date de l'Apocalypse, c'est bien plutôt dans la couleur générale du livre.

Il est évident pour nous que l'apôtre a écrit peu d'années après l'épouvantable persécution de Néron. On a beau faire : on ne pourra jamais assimiler les persécutions de Domitien à cette première explosion vraiment infernale de la haine du paganisme contre l'Eglise. Qu'on remarque en outre que l'écrivain sacré ne parle que de persécutions romaines; il a toujours en vue la ville aux sept collines. Or, n'est-ce pas sous Néron qu'au premier siècle l'impure Babylone s'enivra du sang des saints? Les chapitres XIII et XVII

1 Lucke, Offenbar., p. 827. — 2 Tliiersch, ouvr. cité, p. 239.

de l'Apocalypse nous transportent dans le monde romain. La bêle, dans ces deux chapitres, représente la puissance romaine, car elle est montée (XVII, 3) par la femme impudique qui est la grande prostituée du monde antique; et les sept têtes de la bête correspondent évidemment aux sept collines de Rome. On se trompe donc gravement, à notre avis, quand on voit dans ces sept têtes une succession de monarchies comme dans le livre de Daniel. On pourrait y voir plutôt la succession des diverses formes du gouvernement romain, mais ce serait encore une interprétation forcée. Les sept têies, après avoir représenté les sept collines, représentent sept rois, sept rois romains, c'est-à-dire sept empereurs. L'une de ces têles a une puissance particulière : au fond c'est la puissance antichrétienne par excellence, l'Antéchrist en personne. Or, cette tête qui a été blessée à mort ne peut être qu'un empereur qui a succombé à une mort violente. Il s'agit du cinquième empereur, de Néron. // a été et n'est plus. Blessée à mort, cette tête doit être pourtant guérie et reparaître avec plus de puissance qu'auparavant 'XIII, 3). Ce trait nous rappelle l'opinion si répandue dans l'empire romain et dans l'Eglise, que Néron n'était pas mort, mais qu'il devait reparaître. L'ancienne Eglise a longtemps vu en lui l'Antéchrist*. C'est un fait très-imporianl pour l'interprétation de l'Apocalypse. Cela signifie-t-il que l'écrivain sacré ait ainsi sanctionné une absurde légende sitôt démentie par l'événement? Non, certes; mais, comme le fait remarquer Thiersch -, il s'est emparé de ce qu'il y avait devrai et de fondé dans cette légende, qui était inspirée par une sorte d'instinct prophétique. L'antichrislianisme d'une époque est le type de l'antichristianisme d'une autre époque. Ce que l'Eglise a vu en Néron elle le reverra ;

1 Nero primus omnium persecutus Dei serves, dejectus ilaque fastigio imperii nusquam repente comparuit, ut ne sepulturae quidam locus ia terra tara raalœ bestise appareret. Unde illum quidam deliri credunt esse trauslatum ac \ivum reservatum, sjbilla dicente matricidum profugum a finibus esse veuturum, ut qui primus persecutus est idem etiam persequatur et Autichristi prœcedat adveutum. (Lactauce, Le morte penecul., c. II; Augustin, Civ. Dei, XX, 19; Jérôme, In Daniel., XI, 28; voir aussi le lY-^ livre des Oracles sybiUins, Y, lOC, et la vision d'Esaïe en éthiopien. Yictoriûus (deuxième siècle) et Commodieu (troisième siècle) pensent que Néron sera lui-même l'Antéchrist. Du reste, l'idée du retour de Néron est consignée dans les auteurs païens (Suetoue, Nero, 40, 57; Tacite, Ilisloria, 1, 2; Diou Cassius, LXIV, 9J. Yoir Reuss, Théoloyie du niêcle aposloii'jue, I, 324. Lucke, Offenbarung, p. 834.

- u lu der Volksage selhst liei;t eiiie NVarlieit. » iTliierbcii, ouvr. cité, p. 243.)

NOTES ET ECLAIRCISSE1VIENTS. 493

Néron, ou plutôt l'esprit de Néron, la haine brutale contre l'Evangile, reparaîtra. Le combat n'est pas fini, il ne fait que commencer, et l'Antéchrist du premier siècle est une pâle image du véritable Antéchrist. Qu'y a-t-il là d'indigne de la révélation? le symbole n'est-il pas admirablement choisi ? Ne sait-on pas que la prophétie a toujours un premier pian qui se reproduit agrandi dans ses seconds plans et ses grands lointains? Il est positif que l'idée de voir dans Néron l'Antéchrist a été très-répandue dans toute l'ancienne Eglise; l'attente de son retour s'est matérialisée, mais elle ne s'en rapportait pas moins dans l'origine à ce passage de l'Apocalypse. Il n'est pas plus surprenant de voir saint Jean dégager le sens vrai d'une légende que de voir Jude citer les apocryphes, et de voir Job parler du serpent traversant (XXVI, i.Sj. Ce qui importe ici, c'est de ne pas tomber dans un liltéralisme qui fasse de saint Jean le simple écho d'une superstition populaire. Peu importent les symboles dont se sert le prophète, pourvu que sa prophétie soit véritable! Les derniers prophètes de l'Ancien Testament ne se sont-ils pas servis sans scrupule de la symbolique chaldéenne, et n'ont-ils pas exprimé par son moyen de divines pensées? Nous avons maintenant sous les yeux, à Paris et à Londres, ces animaux gigantesques composés de formes bizarres, objet de superstitions absurdes à Babylone et types sublimes dans la prophétie juive.

Nous n'avons pas parlé jusqu'ici de l'ingénieuse hypothèse de M. Reuss sur le chiffre de la Bêle (666), dans lequel il lit : NÉpojv Ka(sap. Nous pensons avec Lucke ' et De AVette ^ qu'il est plus natu • rel de voir un nom grec qu'un nom hébreu dans un livre écrit en grec. L'ancienne hypothèse d'Irénée, qui y voyait : Latlnus, est très-satisfaisante; elle se justifie aussi par le rapport des chiffres aux lettres. Néron n'est pas uniquement considéré comme un individu, mais comme la personnification de la puissance romaine. L'esprit de Néron, qui est le vrai génie du paganisme et de Tempire romain, le huitième roi qui vient des sept, le Latinus par excellence, doit reparaître après eux, plus terrible encore. Cette prophétie a reçu une première réalisation dans les persécutions provoquées par les empereurs suivants ; elle en doit recevoir de plus terribles encore à la fin des temps. Jean ne s'est pas trompé.

1 Lucke, Offenh., p. 833. — 2 De Wettc, Commcntar. in Apoi.

Plusieurs commenlaircs sur l'Apocalypse ont paru en Allemagne ces derniers temps. Le plus important est celui d'Auberlin : Der Prophet Daniel und die Ojfenbarunq Johamns in ihrem gegenseitiqen rerhxltniss betrachtet, von Cari. Aug. Auberlin, 2. Aufl., Basel. 4857. L'auteur se rattache au s^slèmo prétériste, qui prétend trouver toute l'histoire moderne racontée d'avance dans l'Apocalypse. Il déploie beaucoup de science, de piété et de subtilité pour établir ses vues. La femme du chapitre XII est pour lui l'Eglise, entourée de la lumière divine figurée par le soleil, et ayant au-dessous d'elle, la lumière mondaine ligurée par la lune, qui reçoit la lumière sans la posséder. Cette Eglise, sous sa forme ancienne dans le judaïsme, a mis au monde le Christ, qui a chassé du ciel les démons ; ceux-ci jusqu'alors avaient habité l'une de ses régions. Elle étend son pouvoir dans le monde païen, qui est figuré par le désert (Apoc. XII, 6). Le diable provoque une aûreuse persécution (XII, 4 3) ; vaincu une première fois, il lance contre elle les flots de l'invasion barbare, semblable à un grand tleuve débordé (XII, 15). Mais la terre engloutit ce tleuve ; les peuples barbares rentrent dans le cadre de l'empire romain, et ils sont christianisés par l'Eglise.

La bête du chapitre Xlll est la puissance mondaine. Si l'Apocalypse lui donne sept tètes, c'est pour figurer sa tentaiive d'imiter la puissance divine dont le nombre 7 est le nombre symbolique. Mais elle échoue dans cette tentative, car au chapitre XIII, v. U, une huitième tête lui est ajoutée; cela suffit pour démontrer son incapacité de reproduire la puissance divine. Le nombre 666 annonce sa condamnation. En effet, le nombre 6 symbolise toujours les jugements de Dieu, car dans la scène des sept coupes, des sept trompettes et des sept tonnerres, le sixième chaînon introduit les plus terribles châtiments du ciel, qui assurent le triomphe de la vérité. De plus, le nombre 6 est la moitié de 12, nombre symbolique de l'Eglise, et il indique l'état morcelé de la puissance mondaine. Le nombre 666 en multipliant le nombre 6, prophétise un accroissement formidable de la condamnation du monde. L'auteur cherche dans les sept collines et les sept tètes la succession des monarchies. L'Eglise déchue est figurée par la prostituée du chapitre XIII. La bêle, image des puissances modernes, a semble vaincue, quand elle a été blessée- (XIII, 3). Cela indiquait un échec de la puissance mauvaise, et une christianisalion du monde. Mais sa guérison montre que le monde

NOTES ET ECLAIUCISSEMENTS. 495

niûdorne, comme le monde ancien, est retombé sous l'empire du diable. Un dernier combat sera livré à celte puissance diabolique (Xlil, 8), et le drame de l'histoire se terminera par le millénium pris au sens réel.

Un tel système nous semble se réfuter par lui-même; la symbolique des nombres, qui en est le pivot, pousse l'arbitraire au delà de toute limite. Avec un tel procédé, il est possible de voir toute chose et toute personne dans l'Apocalypse.

Ebrard, dans le commentaire qu'il a publié l'année dernière, soutient l'ancien point de vue protestant. La puissance romaine est peinte dans les chapitres XIH et XIV, et la Rome papale dans le chapitre XVII. Le système de MM. Eliot et Gaussen se retrouve au complet dans le commentaire de Gricbe sur l'Apocalypse {f'ersuch einer historischen Erklxrung der 0/fenbarung Johannes. Heidelberg, -ISoT).

Note I. — .iuthenticité de Vécangile et desépltrea.

Nous ne pouvons retracer ici toute la discussion qui s'est engagée sur l'auteur du quatrième évangile. Son authenticité fut attaquée avec une certaine mesure par Bretschneider dans ses Probabilia. Ce théologien prétendait qu'entre l'évangile de Jean et les synoptiques^ la différence était absolue, surtout pour ce qui concerne les discours du Seigneur. Strauss, dans sa rie de Jésus, s'attacha à mettre en lumière ces divergences, dans l'intérêt de son hypothèse d'une mythologie évangélique. Raur et son école se sont placés sur un autre terrain pour altaijuor l'auliienticilé du quatrième évangile. Il est à leurs yeux le dernier produit de la lutte entre le paulinisme et l'ébionitisme, et comme le traité de paix entre les deux tendances signé sur les hauteurs de la gnose alexandrine (Baur, Das Christ, der drci erst. JaJirh,, \ 33). Une pareille conciliation n'a pu avoir lieu que très-tardivement, après que la lutte a été épuisée, c'est-à-dire vers la fin du second siècle. Le travail le plus remarquable en faveur de l'authenticité, est rinlroduclion de Lucke à son commentaire sur l'évangile. Tout ce que M. Reuss a écrit sur ce sujet, soit dans son livre sur ViJistoIre des écrits du Nouveau Testatnent, soit dans son Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, soit dans une dissertation à part, est d'une haute valeur.

Quant à nous, aucun point de critique sacrée ne nous paraît mieux établi que l'authenticité du quatrième évangile. Déjà Lucke, dans son commentaire, avait fait ressortir combien la preuve externe lui est favorable (page 41 à 81). Il nous parait évident que Justin 3Iartyr contient de nombreuses allusions à des passages du quatrième évangile [Dial. cum Tri/ph., 88, 114, 108). Ses développements sur la doctrine du Perbe rappellent le prologue de l'évangile de Jean. Il va même jusqu'à appeler Jésus-Christ [xcvoysvyjç, fils unique (/d., 105. Comp. .apologie, I, 33). Une allusion non moins évidente se trouve dans Y Apologie d'Athénagore, écrite vers l'an 177. On n'a qu'à lire le chapitre X pour s'en convaincre. Les allusions sont encore nombreuses dans la lettre de l'Eglise de Lyon aux Eglises d'Asie Mineure (Eusèbe, H. £■., V, 1). La réjeclion de l'évangile de Jean par les Jloges était exclusivement fondée sur des raisons dogmatiques. Origène nous apprend que Celse, qui écrivait vers le milieu du deuxième siècle, cherchait des armes contre les chrétiens dans le quatrième évangile {Conir. Celsum, V, 52 ; I, 67 ; — allusion à Jean II, 18).

Le premier témoignage direct est celui de Théophile d'Antioche, qui vivait en l'an 168. Nous lisons dans son livre à Autolicus (II, 22) : OOîv c'.oâr/.OJS'.v r,i;,a; aY'.sc. YP^c^ai y.al Trâv-rc; cl 7:v£u;;.a- Toçcpo'., èç wv 'Iwavv/;ç Xé^sr 'Ev àpyr^ r,v b \6^oq- Le témoignage d Irénée n'est pas moins précis {Contr. Hxres., III, 1. Comp. Tertullien, Adv. Marcionem, IV, 2, 5). La mention de l'Apocalypse dans le canon de Muratori, nous prouve que l'évangile était reçu dans le canon de l'Eglise de Rome au commencement du troisième siècle. Dès lors, tous les Pères sans exception confirment l'origine apostolique du quatrième évangile. Origène, vers l'an 222, le commente. La version Peschito le traduit, et Eusèbe (//. E., III, 24, 25) le range sans hésiter parmi les Homologoumènes.

La preuve externe, empruntée aux témoignages de l'Eglise orthodoxe, est donc très-forte en faveur de l'aulhenlicité du quatrième évangile. Elle paraîtra décisive et irrétragable, si on tient compte des témoignages rendus par l'hérésie elle-même. La découverte des Philosophoumena a tranché la question. Saint Hippolyte nous fait connaître les premiers Ophites, qui sont comme les successeurs immédiats des hérétiques de l'âge apostolique et qui ont vécu dans le premier quart du second siècle Tous connaissent la doctrine du

f^erbe; elle joue un rôle considérable dans les grossières ébauches de leurs systèmes; tous citent positivement le quatrième évangile. Ainsi Hippolyte attribue aux Naasséniens, les plus anciens Ophites, des déclarations comme celle-ci: To -|'£Y^vv^[jivov Iv. x^ç cap/.bç, câpç icTt, 'Aoù TO Y£Yîvvr([jivov ïv. TOÎi 7:v£Ù[J.aT0ç xvsuiJ.â. {Philosoph., i06. Citation de Jean III, 6.) Les Ophites pérates faisaient lemême emploi de l'évangile de Jean. ïouxô ècxi, o'qcl, 10 ecpr^ijivov. Suit la citation de Jean III, 17 {Philos., p. 125). Basilidès, le fameux hérétique qui écrivait entre l'an \ 20 et l'an 1 30, cite positivement saint Jean dans le fragment reproduit par Hippolyte: ToDxo, ç'/jctv, è'cTi TO \z-'{6\}.zv!j'j £v xoXq ï.ua-^'^zldoiç' 'Hv to çwç to àX*/]Oivov. {Philos., p. 232. Voir sur ce point, Bunsen, ïlippolytus, I, 33-36.) Il nous est impossible de comprendre comment on peut affaiblir la portée de tels témoignages, et comment l'hypothèse de l'école de Tubingue peut leur résister *.

Passons à la preuve interne ; il nous paraît d'abord qu'il y a une analogie frappante entre ce que nous connaissons de saint Jean et le caractère du quatrième évangile. On sent que celui qui l'a écrit est Juif de naissance, car les allusions aux coutumes de sa nation sont nombreuses ; mais il connaît aussi la Grèce et sa haute culture. — La préoccupation des hérésies docéliques est évidente dès le début et se concilie avec ce que l'on sait de l'adversaire de Cérînlhe. Le quatrième évangile porte la marque d'une date postérieure aux trois premiers, et ceci encore nous reporte au séjour de Jean à Ephèse. Il brille par l'exactitude, et tout montre dans l'historien un témoin immédiat. Enfin, comment ne pas reconnaître à chaque page le disciple que Jésus-Christ aimait, l'apôtre de l'amour, qui, selon l'expression de Clément d'Alexandrie, aperçu le semblable p ai- le semblable, l'amour par l'amour? On objecte la différence des discours du Sauveur dans les synoptiques et dans le quatrième évangile. On va jusqu'à dire que Jean nous donne un

1 Si l'on admettait avec Lucke {Commenl., II, p. 826) et avec Reuss [GeschichleSchr. N. T., p. 227), que le ch. XXI du quatrième évangile n'est pas de Jean, mais remonte à la plus haute antiquité, puisqu'il est cité par Origène et Clément d'Alexandrie, l'évangile de Jean porterait avec lui, dans ses derniers versets, son certificat d'origine. La question nous semble insoluble pour l'ensemble des chapitres, mais nous pensons avec Olshausen que l'hyperbole des deux derniers versets est une glose. L'antiquité de cette glose en ferait un témoignage très-important en faveur de raulhenticité du quatrième évangile.

498 NOTES Eï ECLAIRCISSEMENTS.

autre Christ que les trois premiers évangiles. Nous reconnaissons qu'il le présente sous un autre point de vue, précisément à cause de son aifinité morale pour ce qu'il y a de transcendant dans le Maitre; mais c'est bien le même Christ. Nous avons déjà prouvé que les synoptiques ont vu aussi le Fils de Dieu dans le Fils de l'homme. II n'est pas juste de prétendre que l'élément parabolique soit complètement absent de l'évangile de Jean, témoin le ch. X et le ch. XV. Quant à l'uniformité des discours, elle est incontestable, elle tient au caracière plus métaphysique de l'évangile de Jean, Evidemment la parole a moins de variété quand elle porte sur les points les plus élevés de l'enseignement religieux. Nous reconnaissons que Jean a donné une certaine couleur identique aux paroles du Sauveur, la même couleur qu'on retrouve dans son épître ; mais il s'agit de savoir si c'est Jésus-Christ qui a formé saint Jean ou saint Jean qui aurait façonné après coup l'enseignement de Jésus- Christ. Entre les deux alternatives nous n'hésitons pas un instant. Si on admet la première, la part de la subjectivité de l'historien est considérablement réduite. Pour ce qui concerne les différences dans la narration des faits entre les trois premiers évangiles et le quatrième, cette différence, quoique réelle sur plus d'un point, ne s'élève pas à la hauteur d'une contradiction absolue pour l'ensemble du récit. Les synoptiques, qui s'attachent surtout à rapporter ce qui s'est passé en Galilée, font cependant des allusions évidentes à des voyages du Sauveur à Jérusalem (Luc X, 38, 42 ; Matth. XXIII, 37).

Quand l'école de Tubingue oppose à notre thèse le prétendu judaïsme de l'auteur de l'Apocalypse, nous pouvons réduire cette objection à sa juste valeur (voir la note précédente). On ne peut pas non plus tirer parti contre l'authenticité du quatrième évangile, du fait que saint Jean qui, dans l'Evangile, place au 43 de nisan le dernier repas de Jésus-Christ avec ses disciples, célébrait la Pàque le U de nisan ; car il pouvait penser que la mort du véritable Agneau de Dieu à cette date avait plus d'importance pour la fixation du repas pascal, que la célébration de ce même repas le 13 de nisan dans la chambre haute.

Quant aux épîtres de Jean, la première est évidemment écrite par l'auteur du quatrième évangile. — Jamais la preuve interne ne fut plus décisive. Ajoutons qu'elle a pour elle les témoignages les plus anciens (Papias dans Eusèbe, III, 39; Polycarp., Âd Philipp., 7.

NOTES ET ÉCr.AlRCISSEMENTS. 599

Comp. Irénée, C. Hxres., 16 ; Clément d'Alexandrie, Stromat., II, 389; Teitullien, Jdv. Praxeam, lo). Elle a toujours été rangée parmi les Homologoumènes. — On n'a aucune raison sérieuse de contester l'authenticité des deux autres petites lettres de Jean. Elles rappellent d'une manière frappante son style et sa manière. Elles ont aussi pour elles la preuve externe, bien qu'elles aient été l'objet de quelques doutes de la part d'Origène (Eusèbe, VI, 23, VII, 28). Denys d'Alexandrie en reconnaissait l'authenticité (Eusèbe, VI, 25); ainsi qu'Irénée [Contr. Hxres., I, 163), qui parle positivement de la seconde comme étant de Jean. (Voir sur ce sujet l'introduction du beau commentaire de M. Godet sur le quatrième Evangile et l'introduction de mon livre : Jésus-Christ, son temps^ sa vie, son œuvre. 3" édition.)

Note J. — Sur la lettre de Clément aux Corinthiens.

Hœfele [Prolegom., 38, 36) prétend que la lettre aux Corinthiens aurait été écrite aussitôt après la mort de Pierre et de Paul : 1° Il se fonde sur le passage suivant : "EX6a)[;.£v kr:\ toj; ï-rc.z-x Ysvo[j.évG'jç à^Xr^-y.:. {Ep. ad Corinth., c. V.) Mais il est impossible de déterminer exactement ce que Clément entend par b;\'iz-0L. Il est évident que, comparés aux saints de Tancienne alliance dont parie aussi Clément, les apôtres sont tout près de lui. 2° La description du culte judaïque (c. XLI et XL) fait supposer, d'après Hœfele, que le temple n'avait pas encore été détruit ; mais Clément pouvait parfaitement s'en référer au culte lévitiqne décrit dans les Ecritures sans qu'il fût nécessaire que celui-ci fût encore célébré. 3" La description de la persécution, d'après le même auteur, semble se rapporter à la persécution sous Néron. Mais Clément peut très-bien parler dans ce passage de toutes les persécutions du premier siècle et en rappeler succinctement le souvenir. (Voir Ritschl, JUcatholische Kirche, p. 286.)

Ainsi, les objections contre la date proposée par nous n'ont rien de décisif.

D'un autre côté, les raisons en faveur de cette date abondent dans la lettre elle-même. L'Eglise de Corinthe a déjà tout un passé (Ep. ad Cor., c. I). Plusieurs des anciens établis par les apôtres sont morts (c. XLIV). Les autres sont avancés en âge. Cependant la mort

oOO NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS.

des apôtres Pierre et Paul est placée dans celte génération, c'està-dire dans les trente dernières années. Tout ceci nous reporte bien à la fin de l'âge apostolique (Hilgenfeld, ApostoUsche rxter, 83).

Les témoignages des Pères en faveur de la haute antiquité de la lettre de Clément sont nombreux et irrécusables. — Nous nous bornerons à rappeler les principaux : Irénée, Adv. Ilssres., 111, 83; Clément d'Alexandrie, Stromat., I, 7; IV,, 17; Origène, De principiis. Il, 3; Eusèbe, H. E., III, 16. (Voir, dans Cotelier, les passages in extenso.)

Quant à la seconde lettre attribuée à Clément, son inauthenticité ne fait plus question. Eusèbe, qui en parle le premier, déclare que les anciens ne s'en sont pas servis : Ov. [j-rfil toùç àpyjxioDc, aùr/j y.zyji-qj.vfOjq ia[xîv. (//. E. III, 38.) Ni saint Jérôme, ni Photius ne la mentionnent.

Note K. — Sur les lettres d'Ignace.

Nul sujet n'a été plus débattu. 11 faudrait, pour le traiter à fond, un volume entier; nous ne pouvons que donner très-succinctement nos raisons en faveur de l'authenticité des trois lettres d'Ignace dans la traduction syriaque. Rappelons d'abord l'historique de la question. Au quinzième siècle, on possède d'abord onze, puis bientôt quinze prétendues lettres d'Ignace, en latin seulement*; bientôt les onze premières lettres paraissent en grec. L'évêque Usher découvrit, en 1644, deux manuscrits latins, dont l'un à Cambridge, qui renfermaient les sept lettres d'Ignace mentionnées par Eusèbe sous une forme beaucoup plus concise. Isaac Vossius, deux ans plus tard, retrouve le texte grec de cette même édition des lettres d'Ignace, à l'exception de l'épître aux Romains qui est lue par Ruinart, en 1698, dans un manuscrit de Paris renfermant les Actes du martyre d'Ignace. On fut donc en ^ésence de deux textes de ses épîtres ; l'un était long et diffus, l'autre, beaucoup plus court. Ce dernier ne parut pas à l'abri du doute, et l'illustre Daillé s'attacha

1 Voici les noms de ces épîtres : aux Tralliens, aux Magnésiens, à l'Eylise de Tarse, aux chréliens de Philippes, de Philadelphie, de Smyrne, d'Anlioche, d'Ephèsc et de Rome i les lettres à Polycarpe, à Héron, puis deux lettres à saint Jean, une épître à la Vierge, enfin la lettre o Maria Cassabolita achèvent la liste. On trouve toutes ces lettres dans le 2" volume de Cotelier.

à contester l'authenticité des sept lettres mentionnées par Kusèbe *. Son livre est un chef-d'œuvre de critique ; il y déploie un véritable génie, et il a découvert quelques-uns des procédés les plus habiles de la critique moderne. Il manie la preuve interne d'une manière tout à fait redoutable ; il s'attache au style, à l'histoire du dogme et des hérésies, comme aux sentiments de l'auteur, pour démontrer, avec autant de verve que de logique, l'impossibilité d'attribuer à Ignace les lettres mises sous son nom. Il a lui-même parfaitement déflni son critère : «Ne quid scriberet quod non ad christianam fidem constituendam et ad pietatem confirmandam utile conditum, etiam ut ea diceret quoe ad proprium Ignatii ingenium, mores, instituta, facta actaque quam proximeaccideret. » (P. 432.)

Daillé établit parfaitement qu'Ignace n'a pu combattre dès l'an 107 des hérésies qui n'ont été constituées qu'au milieu du second siècle, ni formuler la théorie de l'épiscopat monarchique à une époque oii il est notoire que l'identité de l'ancien et de l'évêque était encore maintenue. Le tort du savant critique est de n'avoir pas assez nettement distingué entre les deux textes attribués à Ignace. L'évêque Pearson lui a répondu dans un volumineux ouvrage intitulé : rindicise epistolarum sancti Ignafll -; il y déploie autant de science que de parti pris, en suivant pas à pas son adversaire. Après une discussion très-longue des témoignages des Pères, il en vient à la preuve interne; il fait des efforts incroyables pour reporter au commencement du deuxième siècle les hérésies et les idées épiscopales du troisième siècle. Depuis cette première discussion, les théologiens s'étaient partagés entre les deux camps. Tandis que Néander exprimait un doute prudent, Rothe mettait sa vaste science et son grand talent au service de la cause défendue par Pearson (voir, dans les Jnfxnge der chr, Kirche, le morceau consacré aux épîtres d'Ignace). L'école de Tubingue cherchait à démontrer l'inaulhenticité des lettres d'Ignace, dans l'intérêt de ses thèses favorites {ScMoeger ISachap. Zeitalt., II, 159). Toute la controverse a été renouvelée par la découverte faite eu 1839 par Tattam, dans un monastère du désert de Nitri, de trois manuscrits syriaques, renfermant

1 Johannis Dallaei de scriptis quœ sub Dyoninii areopagilœ et Ignatii nominibus eircumferunlur. Libri duo. Genève, 1666.

2 Edition d'Oiford, 1652, 2 vol. te même ouvrage est inséré dans le 2° volume de Cotelier.

l'épîlre à PolycarpL', celle aux Romains ot celle auxEi-hésiens, sous une forme très-brève. Un nouveau manuscrit syriaque, découvert en 1847, reproduit absolument le même texte. Ces découvertes, étudiées par Cureton, ont été publiées'. Bunsen a publié en grec les trois lettres de l'édition syriaque dans ses .intenicxna *. Tandis qu'Hœfole, au point de vue caibolique ', Baur * et Uilgenfeld', au point de vue de l'école de Tubingue, contestent l'auihentieité du texte syriaque, Bunsen *, Ritschl '' et Lepsius** la défendent par de très-solides arguments. Un jeune théologien genevois, M. Pierre Yaucher, a publié, en 1856, une thèse très-savante sur ce sujet, mais à laquelle nous reprocherons d'affaiblir singulièrement les arguments des partisans de l'authenlicilé du texte syriaque ^. Quant à nous, nous sommes pleinement convaincu que Cureton nous a donné le véritable Ignace. Voici nos raisons:

1° Remarquons d'abord qu'avant Eusèbe (//. E., III, 34), on ne peut invoquer aucun témoignage des Pères en faveur d'un seul passage de l'ancien texte grec d'Ignace. Irénée {Adv. Hxres., V, 28) cite un passage de l'épître aux Romains, qui se retrouve dans les deux éditions d'Ignace (If-fç £?[;.'. Osoù). Origène cite un passage de l'épîlre auxEphésiens, qui est dansle syriaque ("EXaGsTov à'pycvTa Tou aiôivc? y; zap6cv(a) Homelia VI, in Luc), et cet autre passage de l'épître aux Romains, également dans le syriaque : Meus autem nmor crucifixus est. {Prolog, in Cantic. cantic.) Quoi qu'en dise Pearson (I, 193), il paraîtra toujours très-étrange qu'Irénée, qui aime à se fortifier du témoignage de ses devanciers n'ait pas cité les passages où Ignace combat les mêmes hérétiques que lui, s'il les avait sous les yeux.

2° La comparaison du texte grec le plus court avecle texte syriaque, suffirait à elle seule pour démontrer l'antériorité du second . Bien loin que celui-ci ait le caractère incohérent d'un extrait inintelligent comme le prétend Hilgenfeld, il est plein de nerf, il respire

1 Corjiui Ignalinmim, W. Cureton., London, 1840. — 2 Anlenicœna, I, p. 43-53. 3 Patrum Apost. Opéra, 3" édit., p, 58.

* Die Irjnalianischen Briefe vnd ilire neueslen Kriliker. s Aposlototische Yœter, p. 274-279.

* IgnaUus von Anliockien uni, leinc Zcil, Bunsen. 1847. ' AUcalItolische Kirche, p. 418.

8 Zeilschrift filr die historische Théologie, 1856, 1. Aufl.

» Voir aussi les articles de M. Réville dans le journal le Lien (année 1856).

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. o03

une niAIe vigueur, et s'il n'est pas s;ins obscurité, il n'y a là aucun nioiifpour le f;iire rejeter. On peut voir (l;ins Lepsius une compnr.iison détaillée des deux textes, qui nous pnrait faire touclier du doigt le système de l'interpolatcur. Qu'on étudie dans Cotelier (II, \'i à 128) le texte grec le plus étendu; qu'on le compare au texte grec abrégé que Vossius a publié, et l'on reconnaîtra le même rapport entre eux que celui qui existe entre le grec de Vossius et le syriaque. Qu'on compare par exemple ré|)ître aux Epliésiens dans le texte de Vossius .'j cette même épître dans le syriaque. D'un côté, tout est simple, large, empreint d'une énergie contenue; de l'autre, tout est làclie et diffus. Ainsi dans le syriaque, Ignace se borne à exprimer sa gratitude aux Ephésiens de ce qu'ils lui ont envoyé leur évêque (c. I), tandis que dans le grec, nous avons cinq cliapilrcs pour exposer à cette occasion les théories épiscopales les plus monarchiques (c. 111 à Vlll). Le syriaque se contente ensuite de quelques exhortations sérieuses pleines à la fois de fermeté et de douceur. Tout cela est noyé dans le grec dans de violentes invectives contre les hérétiques (Vlll, IX) et des dissertations diffuses. Mais l'interpolation ajjparaît d'une manière évidente à la fin de l'épître. Le syriatjue se borne à parler de l'étoile qui a annoncé le règne du Sauveur. Le grec développe ce thème à la manière des évangiles apocryphes. «Une étoile, dit-il, a brillé dans le ciel, surpassant par sa splendeur toutes les autres étoiles; sa lumière était ineffable, et sa nouveauté a jeté les hommes dans la stupeur. Tous les autres astres, avec le soleil et la lune, ont formé un chœur à cette étoile ; elle-même a projeté sa lumière sur tout. » {Jd Eph., XIX.) Evidemment un tel passage a comme sa nianiue de fabrique attachée à lui. Nous arriverons au même résultat en comparant les deux autres lettres grecques au syriaque. Quant aux quatre lettres supposées, elles sont composées dans la donnée des interpolations des trois lettres authentiques, et montrent également la main du faussaire. (On peut en voir l'analyse : Bunsen, Ignattus und seine Zeil, p. 64.)

3° Au point de vue doctrinal, le syriaque présente le caractère d'une bien plus haute anti(iuité que le grec. Si Lepsius va trop loin en imputant au premier une sorte de patripassianisme, il n'en est pas moins certain que la manière dont il parle de .lésns-Christ porte à croire que l'auteur ignore les problèmes christologiques soulevés

r.ni NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENT?.

par la tlionlogie dès ie milieu du deuxième siècle sur la personne du Rédempteur. Le texte grec est infiniment plus précis, plus dogmatique. Ainsi, tandis que le syriaque se borne à dire {Ad Eph.^ 1) que eelui qui était invisible est devenu visible pour nous sauver, le grec entre dans des développements comme ceux-ci : « Il y a un seul médecin, revêtu d'une cliair humaine, et pourtant spirituel, fait et non fait (ycvstc; -/.al aYévîToç), Dieu existant dans l'homme, vie vériiable dans la mort, né de Marie et de Dieu, d'abord soumis à la souffrance, impassible maintenant, Jésus-Christ noire Seigneur {Àd Eph. VII, Comp. Ad TralL, XI ; AdSmyrn., I ; Jd Magnes., XI). Les hérésies signalées dans le syriaque d'une manière très-générale, sont caractérisées avec des détails minutieux dans le texte grec, qui les désigne sous les traits non méconnaissables du docétisme gnostique. Or, celui-ci n'a été aussi positivement formulé que bien plus tard. Cérinthe ne niait pas l'humanité de Jésus-Christ; il niait seulement qu'elle fût unie à la divinité. Au contraire, les docètes dont parle le grec, réduisent cette humanité à n'être qu'une vaine apparence^. Ajoutons que le ton du syriaque en parlant des hérétiques, est modéré, tandis que celui du grec est acerbe et violent. Le grec va jusqu'<i traiter les hérétiques de bêtes fauves dans la lettre aux Ephésiens (VII) ^; le syriaque parle un langage bien différent dans l'épître à Polycarpe : « Si lu n'aimes, dit-il, que les disciples bons, tu n'auras pas la grâce avec toi. Supporte avec douceur les plus mauvais^. »

4° Il y a une grande différence entre le syriaque et le grec au point de vue de l'organisation ecclésiastique, et nous retrouvons ici, mais en faveur du syriaque, ce que Daillé appelait \e palmarhim arcjumejitum, l'argument triomphant. En effet, il n'est pas nécessaire de prouver que le grec établit une différence complète entre l'ancien ef l'évêque, et formule complètement la théorie épiscopale. Il relève infiniment plus la charge que la personne. L'évêque, d'après le grec, est revêtu d'un caractère apostolique (èv à.izo'j'coX'.yM yjxpy.y.i-rtp'.., suscription de l'épître aux TraUiens). H est positivement le remplaçant de Dieu et de Jésus-Christ [Ad Magnes., III, IV). Obéir à

> Aéyouçtv TÔ ôo/.ii-J 7ïî7TOv6ïvKt aÙTOÙ. (Ad Smyrn,, II.) 3 Tous )oifj.OTipovi ÛTiT(XT»s, (Ad. Poly., c. I.)

NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS. oO-'l

l'évêque, c'est obéir à la pensée de Dieu [Kph., III, IV]. C'est lui qui dirige le culte {Ad Smyrn., VIII). Nous sommes en présence d'une organisation épiscopale achevée. Il est impossible de concilier un tel langage avec celui de Clément de Jio7ne, de Polycarpe et du Pasteur d'flermas. Dans le syriaque, rien de semblable n'apparait. Bunsen et Lepsius font remarquer avec raison que si une part plus large d'influence est accordée à l'évoque dans le texte syriaque que dans les autres écrits des Pères apostoliques, il ne s'agit pas tant de son autorité officielle que d'une influence essentiellement personnelle. On peut voir dans les deux premiers chapitres de l'épître à Polycarpe avec quelle insistance Ignace recommande à l'évêque la prati(iue de ses devoirs. Dans l'épître aux Romains (IV), on voit qu'Ignace écrit à un moment où la théorie épiscopale s'ébauche, où une certaine prépondérance est accordée à l'un des anciens ; mais il a dû se passer un long temps entre cette ébauche et la formule achevée que nous présente le grec.

D° Les interpolations du texte grec ressortent avec évidence des embellissements légendaires qu'il a ajoutés au syriaque sur le voyage d'Ignace et sur les sentiments du martyr. Le syriaque se borne à nous montrer l'évêque Onésime près d'Ignace [Ad Eph., I); puis quelques députés des Eglises (Rom. IX;. D'après le texte grec, il préside de véritables assemblées d'Eglise et des discussions en forme (Philadelphie, VII, VIII); les hérétiques frayent avec lui {Jd Smyrn., VIII). Le syriaque, à la fin de la lettre de Polycarpe, parle en termes très-simples d'un chrétien envoyé à Antioche, qui est probablement le successeur d'Ignace. Le grec (c. VII, VIII) imagine une série d'envoyés, nommés par les Eglises, pour communiquer les uns avec les autres. La personne même d'Ignace ne se présente pas à nous sous le même jour dans le syriaque et le grec. Le premier le montre unissant la douceur et la fermeté, le grec en fait un homme violent et fanatique ; il exagère son humilité, et lui fait dire dans sa lettre aux Romains, qu'il a honte d'être appelé chrétien [Rom., VII).

De cette comparaison du grec et du syriaque, l'antériorité du second ressort à nos yeux avec évidence.

Baur et Hilgenfeld prétendent retrouver dans les lettres d'Ignace, même dans le texte syriaque, l'empreinte du gnosticisme, et ils citent à l'appui de cette opinion la doctrine qui y est formulée sur les

anges. Ils invoquent l'expro^sion ipyr,v tou y.cqxcîî (^d Eph„ III), mais c'est une expression évidemment biblique (voir 2 Cor. IV, 4). Le mot 7:Xi,p(ii[i7. (suscription do l'épître aux Epbésiens) rappelle Coloss. I, 19. Le syriaque, sur tous les points, ne dépasse point répitre aux Epbésiens, dont nous avons démontré l'autbenticité.

Livre IF. Deuxième përiode de l'âf/e apo^folique. L'Eglise apostolique jusqu'à la mort de saint Paul. De Van 50 à l'an 63.

Pages.

Chap. I. Les missions de l'Eglise jusqu'à la captivité de saint Paul. 1

§ L — Deuxième voyage missionnaire de saint Paul 2

Paul, type du missionnaire 3

Il se sépare de Barnabas et s'adjoint Tiraothée. — Epaphras fonde

l'Eglise d'Ephèse. — L'Evangile porté aux Galates 5

Il passe d'Orient en Occident. — Fondation de l'Eglise de Philippes.

— Paul et Silas en prison. — Conversion du geôlier 8

Paul à Thessalonique. — Succès et persécutions 14

Paul à Athènes. — L'autel au Dieu inconnu. — Discours de l'Apôtre

;\ l'aréopage 17

Paul à Corinthe. — Corruption do cette ville. — Une Eglise y est fondée. — Paul y écrit les deux lettres aux Thessaloniciens. — Son

Il se rend à Ephèse. — Conversion d'Apollos 28

§ II. — Troisième voyage missionnaire de saint Paul 29

Séjour de Paul à Ephèse, devenue le centre des religions orientales.

— 11 y écrit la lettre aux Galates. — Il y rencontre des disciples de Jean-Baptiste et des Juifs magiciens. — Effets de sa prédication 30

Voyage de Paul en Crète et à Corinthe. — L'épître à Tite et la 1" épître i\ Timolhée écrites pendant ce voyage. — Retour à Ephèse. — 1" épître aux Corinthiens. — Emeute soulevée contre Paul 34

Nouveau voyage en Macédoine. — 2" épître aux Corinthiens. — Pressentiments de captivité et de mort 40

Voyage de retour à Jérusalem. — Paul à Troas. — Adieu à Milet aux anciens d'Ephèse. — Paul à Césarée. — Prédiction d'Agabus.

— Arrivée à Jérusalem. — Paul est arrêté dans le temple. — Son discours et son emprisonnement 43

508 TABLE DES MATrÈRES.

Pagef.

Chap. II. Lp? missions et les persécutions de l'Eglise, depuis la captivité de saint Paul jusqu'à sa mort et celle de saint Pierre. . . 49

§ I. — Diverses phases de la captivité de saint Paul 49

Paul devant le sanhédrin. — Il est transféré à Césarée. — Il comparaît devant Félix. — Douceur de sa captivité. — Il écrit les

épîtres aux Ephésiens, aux Colossiens et à Philémon 50

Festus remplace Félix, — Paul en appelle à l'empereur. — Il comparaît devant Festus et Agrippa 55

Arrivée de Paul à Rome. — 11 jouit d'une certaine liberté. — Il annonce l'Evangile aux Juifs et à ses gardiens. — Sa captivité se

resserre. — Il écrit la lettre aux Philippiens 58

Il comparaît devant Néron. — La 2« épître à Timothée est le testament de Paul C2

Caractère général des missions de l'apôtre des Gentils 64

§ II. — Missions des autres apôtres pendant cette période. ... 65

Jacques continue à résider à Jérusalem 66

Jude en Phrygie 67

Missions d'André, Philippe, Matthieu et Barlhélemi 68

Missions de Matthias, Simon Zélote, Judas Thaddée et Thomas . . 69 Pierre à Babylone. — Sa lettre aux chrétiens d'Asie Mineure. — Il se rend à Rome à la lin de sa carrière. — Il n'a jamais été

évêque 70

Marc fonde l'Eglise d'Alexandrie 76

§ III. — Mode de l'évangélisation primitive. — Origine des trois

premiers évangiles 77

L'Eglise primitive non préoccupée d'écrire des livres. — La parole

vivante préférée aux écrits 78

Pas d'évangile primitif officiel. — Le souvenir du Christ vivant dans l'Eglise. — Rôle de l'expérienee chrétienne dans la mémorisation des grands faits du salut. — Relations écrites 80

Les évangiles apocryphes et les synoptiques. — Supériorité des derniers. — Leur origine. — lis portent le sceau de l'inspiration. —

Caractère vivant de cette inspiration 84

§ IV. — De la première persécution romaine contre le christianisme. Persécution en Judée. — Mort de Jacques, frère du Seigneur 90

La constitution religieuse de l'ancienne société amenant fatalement la persécution. — Les anciennes religions étaient des religions

d'Etat 90

Circonstances spéciales qui rendent la persécution inévitable. — Les religions étrangères suspectes aux Césars. — L'Eglise confondue avec la synagogue. — La sainteté chrétienne odieuse aux païens. 92 Calomnies contre le christianisme. — Accroissement rapide de l'Eglise de Rome. — La persécution est populaire 95

Rôle de Néron dans cette persécution. — Martyre de saint Paul et de saint Pierre 99

TAULli DKS M.VTIKUES. 50D

Martyre de Jacques, l'rère du Seipneur, à Jérusalem 101

Chap. lU. Des diverses formes de la doctrine chrétienne à la seconde période do l'âge apostolique 103

t; I. — Unité fondamentale dans la diversité 103

Kéfutation du système de Caur, qui voit deux types de doctrine absolument opposés au siècle apostolique 104

L'unité domine la diversité. — Trois grands types de doctrine apparaissent ;\ cette période 107

§ II. — Doctrine de Jacques 112

Son trait caractéristique est la permanence de l'obligation morale sous la nouvelle alliance. — La foi unie aux œuvres. — L'arnour est l'œuvre par excellence. — La nature du pardon clairement exprimée. — L'histoire évangéli(iue partout supposée. — Sérieux tnoral de l'épitrc de Jacques llsJ

§ m. — Doctrine de Pierre. — Type doctrinal des deux premiers évangiles 118

L'Evangile est avant tout pour Pierre l'accomplissement de la prophétie. — Vue consolante ouverte sur le séjour des morts. ... 118

L'évangile de Marc rappelle le type de Pierre. — Celui de Matthieu rappelle la doctrine de Pierre et de Jacques 123

§ IV. — Doctrine de saint Paul 125

Caractère polémique de son enseignement 126

Le trait essentiel de la doctrine de Paul est l'accord de l'élément religieux et de l'élément moral. — L'idée première de sa théologie est l'idée de justice 127

La justice, principe de toute religion 128

La chute a été une violation, par la créature^ des lois de l'éternelle justice 129

Universalité de la condamnation. — Eléments divins dans l'homme tombé 130

Le corps n'est pas le principe du mal. — Le péché est une transgression 132

Le décret du salut, acte libre de la grâce. — Il n'est point la prédestination d'Augustin ou de Calvin. — Le chapitre IX de l'épître aux Romains 134

Préparation au salut. — Préparation dans le judaïsme. — L'époque patriarcale. — La loi. — Elle est un pédagogue pour amener à Christ. — Préparation dans le paganisme 139

La rédemption. — Nature du rédempteur. — Divinité et subordination du Fils de Dieu. — Son humanité. — Il est le second Adam. 143

Œuvre du Rédempteur. — La rédemption est avant tout un acte d'obéissance. — L'obéissance dans la souflrance. — La mort du Christ est un libre sacrifice. — La théorie d'Anselme n'est pas dans saint Paul 145

Jésus-Christ ressuscité envoie le Saint-Esprit 151

Assimilation du s;dut. — La loi. — Elle est une union réelle avec

')10 TABLE DliS MATlÉllES.

Tagcs

Jésiis-Ciirist. — La jiislificatiou et la sanclificalion. — Rapi)ort

étroit de l'une et (le l'autre 152

1,'Eglise. — Le royaume du bien en face du royaume du mal. . . Jac Avenir du monde et de l'Eglise. — Le jugement, la résurrection. —

Soupir des créatures vers lo rétablissement 158

Rapport des deux alliances. — La loi de la Icltro et la loi de l'esprit. 161

Apologétique de saint Paul 163

Sa doctrine reproduit l'enseignement de Jésus-Christ 1G4

§ V. — L'évangile de Luc etl'épîtrc aux Hébreux 165

L'évangile de Luc reproduit le type doctrinal de Paul. — Il en est de même de l'épître aux Hébreux, qui y joint l'allégorisme alexandrin .165

Chap. IV. Etat des Eglises pendant celte période. — Premiers symptômes de rhérésie 171

§ L — La tendance judaisante dans les Eglises de Palestine, de Ga-

latie, de Macédoine, d'Achaie et d'Italie 173

Histoire de l'Eglise de Jérusalem. — Le judéo-christianisme y est d'abord modéré. — Il devient plus prononcé à la mort de Jacques. 173

Triste état des autres Eglises de Palestine 176

Réaction judaïque en Palestine. — De faux docteurs y combattent l'influence de Paul. — L'Egliîe de cette contrée revient à saint

Paul 178

Les faux docteurs à Philippes 181

Idées millénaires à Thesj.aloniquc , 182

L'Eglise de Rome. — Les païens convertis y sont en majorité. . . 1S3 L'Eglise deCorinlhe, — Les quatre partis. — Défaite du judéo-christianisme 184

§11. — Hérésies dualistes en Crète, à Colosses, à Ephèso .... 192 Hérésie de Simon le Magicien, d'après les. Philosophonmena . . . 193 Hérésies de Colosses, d'Ephèse et de l'île de Crète. — Dualisme ascétique. — Abus des Ecritures. — aiélange de judaïsme et d'orientalisme. — Fâcheuses conséquences de ces erreurs pour la vie

chrétienne 199

Chap. V. Constitution des Eglises pendant cette période £07

§ I. — Principes généraux de l'organisation ecclésiastique. . . . 207 Distinction de l'Eglise visible et de l'Eglise invisible. — Point d'Eglise mère. — Point d'assemblées représentatives. — Point de centre d'unité. — Unité toute morale entre les Eglises .... 20 L'Eglise est la société des chrétiens. — On y entre par l'adhésion individuelle 212

§ II. — Les dons et les charges 215

Des charismes. — Don des langues. — Don de prophétie, don de gué-

rison. — Don d'enseignement et de gouvernement 210

Le don d'enseignement exercé par tous les chrétiens. — Le pouvoir

des clefs leur appartient 220

Nulle consécration cléricale des sacrements. — Le sacerdoce universel. 222

TABLE DES MATIERES. ."il i

PagM.

Identité des anciens et des évoques. — Une seule catégorie d'anciens. — Le niinislcre de la Parole n'est pas mis ;\ part. — De l'entretien

des anciens 224

Les diacres. — Les diaconesses 231

L'élection est de règle pour toutes les charges. — L'imposition des mains n'est pas une ordination. — Les charges sont des ministères 233

Chap. VL Le culte et la vie chrétienne 239

§ L — Le culte chrétien pendant cette période 239

Spiritualisme du nouveau culte. — Point de sacerdoce. — Point de temples. — Point de jours sacrés. — Le dimanche n'est point le

sabbat 240

Actes de culte. — L'enseignement. — Le livre sacré est encore l'Ancien Testament. — Fidélité réclamée dans l'enseignement . . . 247

La prière. — L'action de grâce. — Le cantique 250

Les sacrements. — Nulle idée à'opus operatum. — Le baptême lié à la foi. — Il ne se rattache pas à la circoncision. — Il n'est pas

administré aux enfants 252

La communion rattachée h Tagape. — Mode de la célébration. —

De la discipline ecclésiastique 257

L'âge apostolique n'a pas connu d'autres sacrements que le baptême et la sainte cène. — L'onction d'huile. — L'ensevelissement des

morts 260

§ II. — La vie chrétienne 261

Le christianisme primitif ne peut agir directement dans tous les

domaines qu'il doit conquérir dans la suite des temps 261

Nulle opposition entre l'Eglise et 1 Etat. — Les deux institutions doivent être séparées 262

Nulle opposition entre le christianisme et l'art. — Création d'un

idéal nouveau par l'Evangile 263

Caractères de la piété individuelle. — Ennoblissement du travail

manuel. — L'ascétisme 266

La famille chrétienne 209

Le christianisme et l'esclavage. — Celui ci est moralement aboli. . 271

La charité est née sur la terre avec le christianisme 274

Rapport des chrétiens avec le monde 276

Puissance de la sainteté des premiers chrétiens 277

Livre III. Période de saint Jean. — Fin de l'âge apostolique et transition à l'âge suivant.

Chap. I. La ruine de Jérusalem et ses conséquences 279

§ I. — Destruction de la ville sainte 279

Tyrannie romaine en Judée. — Première révolte. — Commencement du siège. — Pressentiments du châtiment divin. — Les trois fac-

■Wi TABLE UliS MATIKKES.

Pages.

lions. — Horreur croissante du siège. — Prise de la ville. — Incendie du temple 280

§ 11. — Conséquences de la destruction du temple pour l'Eglise . . 287 Elargissement des vues prophétiques. — Besoin d'une organisation

iixe. — Pas de deuxième concile de Jérusalem 288

La synagogue excommunie formellement l'Eglise. — Origine de l'é-

bionitisme 292

Chap. II. Saint Jean apôtre et prophète 295

§ I. Vie de saint Jean 293

Influence tardive de saint Jean expliquée par la nature de ses dons

et de sa mission 29C

Développement et conversion de Jean. — Il mûrit dans l'obscurité. 297 Jean à Ephèse. — 11 écrit l'Apocalypse avant l'évangile. — Le quatrième évangile et les épîtres de Jean. — Dernières années de l'apôtre 304

§11.— Jean prophète delà nouvelle alliance. — L'Apocalypse . . 311 Une même doctrine dans l'évangile et l'Apocalypse. — Point de vue général du livre des révélations. — L'avenir peint par le moyen

de l'histoire contemporaine 312

Plan du livre. — Rhythme de l'Apocalypse. — On y retrouve le même plan que dans la prophétie de Jésus-Christ, au chap. XXIV

de saint Matthieu 315

Prédiction de la ruine de Rome 317

Lutte de l'Eglise contre l'hérésie 318

La chute de Rome figure la fin du monde 319

Néron symbole de l'antechrist 320

Dernier triomphe de l'Eglise. — La lin 320

La prophétie marche avec l'histoiro 321

Chap. m. La doctrine de saint Jean 325

§ 1. — Le Père, le Fils et le Saint-Esprit 326

Dieu est amour. — Le Fils, objet éternel de l'amour divin. — Subordination du Fils au Père 327

Le Saint-Esprit 330

§ II. — Le Verbe et le monde 330

Rôle du Verbe dans la création. — Rapport entre l'homme et le

Verbe , .... 331

La chute. — Le péché, violation de la loi. — - La chute n'est pas absolue 332

§ 111. — Le Verlje et la rédemption 334

L'œuvre préparatoire du Verbe. — L'attrait du Père 335

L'incarnation 337

La rédemption 340

Le Christ invisible 342

§ IV. — Le Verbe dans le chrétien et dans l'Eglise jusqu'à la fin des

temps 343

Appropriation du salut. — La grâce 343

TABLE DES MATIÈRKS. 51.3

Page».

La foi.— Elle est jnstifianto et sanctifiantp 344

L'avenir de l'Eglise 346

Chap. IV. Les Eglises du temps de saint Jean . 349

§ I. - Condition extérieure 349

Pçrsécution sous Domitien 330

§ IL — Etat intérieur des Eglises. — Les hérésies. — L'organisation. 353

Etat des Eglises. — Diminution de la piété 353

L'hérésie. — Commencement du docétisme. — Les nicnlaïtes. — Cé-

rinlhe 356

L'organisation ecclésiastique. — Jean n'a point fondé l'épiscopat. . 361 Le culte. — Célébration des fêtes. — Le dimanche. — La Pâque. —

Fin de l'âge apostolique 363

Chap. V. Les hommes de la transition. — *Leur vie, leurs écrits et

leur doctrine. — Caractère général de cette période 3t)7

§ I. — La persécution sous Trajan et Adi'icn. — La révolte de Bar-

choba 37U

La persécution est inévitable. — Progrès de l'Efflise. — Trajan persécuteur. — Lettre de Pline. — Réponse de Trajan. — Le christianisme déclaré religion illicite 371

.\drien suit la politique "ie Trajan 377

Révolte des Juifs. — Perst .nion provoquée par Barchoba .... 379 § II. — Les Pères apostoliqi '. — Leurs vies, leurs écrits et leurs

doctrines .., 380

Clément de Rome. — Sa lettre à l'Eglise de Corinthe. — Sa sérénité.

— Son amour pour Jésus-Christ 382

Ignace. — Il est envoyé au cirque de Rome. — Son voyage. — Ses

trois lettres. — Haute idée des devoirs du pasteur. — Son esprit de tolérance et de douceur. — Sa t-oif immodérée du martyre. —

Son humilité. — Sa piété profonde — Son supplice 387

Polycarpe, disciple de saint Jean. — Il est l'homme de la tradition.

— Sa lettre aux Philippiens. — Son martyre 397

Aristide et Quadratus 401

Type doctrinal des Pères apostoliques. — Ils reproduisent la doctrine de saint Paul, tout en inclinant au légalisme, — Ils ne sont

pas théologiens. — Caractère naïf et humain de leurs écrits. . . 403 De l'épître faussement attribuée à Barnabas. — Idéalisme excessif.

— Le mosaïsme spiritualisé et détruit. — L'Evangile n'est pas mieux compris. — Confusion du judaïsme ot du christianisme.

— Alléfforisme exagéré 409

Idées millénaires de Papias 415

Le Pastor Hermas. — Caractère symbolique du livre. — Plan du livre. 416

Les Visions 419

Les Commandements 420

Les Similitudes 421

Le Pastor n'est pas un écrit ébionite. — Toutefois, il ressuscite le

légalisme. — Il prépare le montanisme 423

Il 33

•j'14 TABLK UKS MATIKRKS.

Les Percs apostoliques oi le Nouveau Teslaioeut 429

Chap. VI. — Les Eglises de la transition 433

§ L — Les hérésies 433

Elaboration du gnosticisme 434

Premiers Ophites. — Les Naasséniens 437

Les Pénates 439

Les Séihiens 440

Secte de Justin 441

§ IL — Les Eglises de la transition 443

L'Orient et l'Occident 444

Eglises d'Asie Mineure. — Etat des Eglises d'Anlioche, de Simyrne

et d'Ephèse 445

Etat des Eglises d'Athènes et ^^a Corinthe. — Nouveaux schismes à

Corinthe 446

Etal de l'Eglise de Rome 448

La vie chrétienne à l'âge de transition 449

L'organisation ecclésiastique. — Tendances hiérarchiques — Causes

qui les favorisent 45i

Indépendance réciproque des Eglises. — Nulle primauté romaine . 455 Identité en droit de l'évèque et de l'ancien. —Elle tend à disparaître

en fait. — Rôle d'Ignace dans cette transforr ition 458

La tendance épiscopale à Rome .... le^. 461

Le culte à l'âge de transition. — 11 est cO. .- plus solennellement

le dimanche. — Les jours de station. — Deux services dififérents. 462

La sainte cène. — Elle commence à se détacher de l'agape. . . . 466

Le baptême. — Invasion d'idées superstitieuses 408

Fin de l'âge de transition 469

Notes et éc lircissements.

Note A. — Sur la prétendue deuxième captivité de saint Paul. . . 475

Note B. — Des épîtres de saint Paul 478

Note G. — Des épîtres de Jacques et de Jude 479

Note D. — Sur la deuxième épître de Pierre 4so

Note E. — Sur l'auteur de l'épitre aux Hébreux 481

Note F. — Vues diverses sur la théologie du siècle apostolique . . 483

Note G. — Du baptême des enfants 484

Note H. — Sur l'auihenticité et la date de l'Apocalypse 486

Note I. — Sur l'authenticité du 4' évangile et des épîtres de Jean. . 495

Note J. — Sur la lettre de Clément de Rome aux Corinthiens . . . 'i99

Note K. — Sur les lettres d'Itrnace 500

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