DIFFEHF.NCE DU PLATONISME ET DU CHRISTIANISME
lisme conduit à rauéantissement de l'individualité; de l'autre, le spiritualisme triomphant consacre l'individualité humaine et la prend pour la pierre angulaire de l'édifice. Platon, comme l'Evangile, dit à l'homme que son devoir est de ressembler à Dieu; mais tandis que le dieu de Platon n'est qu'une idée sublime, un être de raison qui n'entre pas en communication directe avec les hommes, le Dieu des chrétiens est le Dieu vivant, le très-saint et le très-bon, le Dieu révélé par Jésus-Christ, dont le nom est amour. De là la richesse et la fécondité de la morale évangélique.
Si nous relevons ces imperfections du platonisme, ce n'est pas dans une pensée de dénigrement; bien au contraire, c'est afin de lui conserver sa vraie mission. Si nous considérons cette philosophie sublime comme une préparation au christianisme, au lieu d'y chercher un équivalent de l'Evangile, nous n'aurons pas besoin de la grandir outre mesure pour l'admirer *. Il a porté le coup de mort au polythéisme; il n'a cessé de diriger contre lui une vigoureuse polémique. Platon, le poëte philosophe, a sacrifié Homère lui-même au monothéisme, et la grandeur du sacrifice révèle l'énergie de la conviction. Il n'a pas pardonné à la sirène dont les chants avaient fasciné la Grèce, à cette fraîche et brillante poésie qui avait insj)iré sa religion. Il l'a couronnée de fleurs, mais il l'a chassée parce qu'elle avait abaissé l'idéal religieux de la conscience. Platon a bien admis l'humanisme, mais il l'a spiritualisé et transformé. Ce
1 Voir sur ce sujet le livre intéressant d'Ackerraann, Das Christliche m Platu. Hambourg, 1835.