‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 1 sur 177 · ST01RE · texte numérisé non relu

ST01RE

DES ÉGUSES PROTESTANTES.

DESSEIN DE x'oUVRAGE.

Idée générale de ]a religion protestante et de ses variations : que la découverte eu est utile à la connaissance de la véritable doctrine , et à la réconciliation des esprits : les auteurs dont on se sert dans ct;tte histoire.

1 . Idée générale de la religion protestante, et de cet ouvrage.

Si les Protestants savoient à fond comment s'est formée leur religion , avec combien de variations et avec quelle inconstance leurs Confessions de foi ont été dressées; comment ils se sont séparés premièrement de nous, et puis entre eux; par combien de subtilités, de détours et d'équivoques ils ont tâché de réparer leurs divisions, et de rassembler les membres épars de leur Réforme désunie : cette Réforme, dont ils se vantent, ne les contenteroit guère; et pour dire franchement ce que je pense, elle ne leur inspireroit que du mépris. C'est donc ces variations, ces f' subtilités, ces équivoques, et ces artifices, dont j'entreprends de I faire Thistoire. Mais afin que ce récit leur soit plus utile, il faut [poser quelques principes dont ils ne puissent disconvenir, et que îîa suite d'un récit, quand on y sera engagé, ne permettroit pas de déduire.

k ?. Les variations dans In foi, preuve certaine de fausseté. Celles des t Ariens. Fermeté de l'Eglise catholique.

Lorsque, parmi les chrétiens, on a vu des variations dans \ l'Exposition de la foi , on les a toujours regardées comme une 1 marque de fausseté et d'inconséquence (qu'on me permette ce

mot) dans la Doctrine exposée. La foi parle simplement : le Saint- Esprit répand des lumières pures, et la vérité qu'il enseigne a un langage toujours uniforme. Pour peu qu'on sache l'histoire de l'Eglise , on saura qu'elle a opposé à chaque hérésie des explications propres et précises, qu'elle n'a aussi jamais changées ; et si l'on prend garde aux expressions par lesquelles elle a condamné les hérétiques, on verra qu'elles vont toujours à attaquer l'erreur dans sa source , par la voie la plus courte et la plus droite. C'est pourquoi tout ce qui varie, tout ce qui se charge de termes douteux et enveloppés a toujours paru suspect, et non-seulement frauduleux, mais encore absolument faux, parce qu'il marque un embarras que la vérité ne connoît point. C'a été un des fondements sur lesquels les anciens docteurs ont tant condamné les Ariens, qui faisoient tous les jours paroître des Confessions de foi de nouvelle date , sans pouvoir jamais se fixer. Depuis leur première Confession de foi , qui fut faite par Arius, et présentée par cet hérésiarque à son évéque Alexandre, ils n'ont jamais cessé de varier. C'est ce que saint Hilaire reproche à Constance, protecteur de ces hérétiques ; et pendant que cet empereur assembloit tous les jours de nouveaux conciles pour réformer les Symboles, et dresser de nouvelles Confessions de foi, ce saint évéque lui adresse ces fortes paroles (Lib. contraConst, n. 23. col. i254.): « La même chose vous est arrivée qu'aux ignorants architectes , à » qui leurs propres ouvrages déplaisent toujours : vous ne faites » que bâtir et détruire : au lieu que l'Eglise catholique , dès la » première fois qu'elle s'assembla , fit un édifice immortel , et » donna dans le symbole de Nicée, une si pleine déclaration de » la vérité . que pour condamner éternellement l'arianisme il n'a » jamais fallu que la répéter. »

3. Caractère des hérésies, d^être variables. Passag^e célèbre de Tertullien.

Ce n'a pas seulement été les Ariens qui ont varié de cette sorte : toutes les hérésies, dès l'origine du christianisme, ont eu le même caractère; et longt^nps avant Arius, Tertullien avoit déjà dit (De Prœscr, c. 42.) : a Les hérétiques varient dans leurs règles, » c'est-à-dire y dans leurs Confessions de foi : chacun parmi eux » se croit en droit de changer et de modifier par son propre esprit » ce qu'il a reçu, conune c'est par son propre esprit que l'auteur » de la secte l'a composé : l'hérésie relient toujours sa propre » nature, en ne cessant d'innover; et le progrès de la chose est » semblable à son origine. Ce qui a été permis à Valentin l'est » aussi aux Valentiniens; les Marcionites ont le môme pouvoir

Dk'S VARIATIOXS. 3

w que Marcion ; et les auteurs d'une hérésie n'ont pas plus de » droit d'innover, que leurs sectateurs : tout change dans les » hérésies, et quand on les pénètre à fond, on les trouve dans » leur suite, différentes en beaucoup de points de ce (ju'elles ont » été dans leur naissance. »

4. Ce caractère de rbérésie reconnu dans tous les à,<;e6 de r£<|;liiie.

Ce caractère de l'hérésie a toujours été remarqué par les Catholiques; et deux saints auteurs du huitième siècle (Eth. et Béai. lih. i. cont, Elip,) ont écrit que « l'hérésie en elle-même » est toujours une nouveauté, quelque vieille qu'elle soit; mais » que pour se conserver encore mieux le titre de nouvelle , elle » innove tous les jours, et tous les jours elle change sa doctrine. »

5. Caractère d^immulabilité dans la foi de rK<>;lisc catholique.

Mais pendant que les hérésies toujours variables ne s accordent pas avec elles-mêmes, et introduisent continuellement de nouvelles règles, c'est-à-dire, de nouveaux Symboles; dans l'Eglise, dit Terlullien (De Virg. vel. w. 4 .), la règle de la foi est immuable, et ne se réforme point. C'est que l'Eglise, qui fait profession de ne dire et de n'enseigner que ce qu'elle a reçu, ne varie jamais; et au contraire l'hérésie, qui a commencé par innover, innove toujours, et ne change point de nature.

G. Principe d'instabilité dans les Doctrines nouvelles. Saint Paul, saint Chrysostôme.

De là vient que saipt Chrysostôme traitant ce précepte de l'apôtre: Evitez les 'nouveautés profanes dans vqs discours, u fait cette réflexion (Hom. v. m 2. ad Tim. ) : « Evitez les nou- » veautés dans vos discours; car les choses n'en demeurent pas j» là : une nouveauté en produit une autre ; et on s'égare sans fin » quand on a une fois commencé à s'égarer. »

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