‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 11 sur 177 · La fécuritc blâmée par Luther · texte numérisé non relu

La fécuritc blâmée par Luther

Avec cette certitude que mettoit Luther, de la rémission des péchés, il ne laissoit pas de dire qu'il y avoit un certain

état dangereux à Tâme, qu'il appelle la sécurité, o Que les » fidèles prennent garde, dit-il (V. disp, 1338. Prop. 44, » 45. 1. T.), à ne venir pas à la sécurité : » et incontinent après : c( Il y a une détestable arrogance et sécurité dans ceux » qui se flattent eux-mêmes, et ne sont pas véritablement » affligés de leurs pécbésqui tiennent encore bien avantdans » leur cœur. » Si Ton joint à ces deux thèses de Luther celle où il disoit, comme on a vu (Ci-dessus n. ix.), qu'à cause de de Tamour-propre on n'est jamais assuré de ne pas commettre plusieurs péchés mortels dans ses meilleures œuvres; de sorte qu'il y fallait toujours craindre la damnation (Prgp. 1518. 48. T. I.); il pouvoit sembler que ce docteur étoit d'accord dans le fond avec les Catholiques, et qu'on ne devroit pas prendre la certitude qu'il pose à la dernière rigueur, comme nous avons fait. Mais il ne s'y faut pas tromper : Luther tient au pied de la lettre ces deux propositions qui paroissent si contraires : On n'est jamais assuré d'être affligé comme il faut de ses péchés ; et , On doit se tenir pour assuré d'en avoir la rémission; d'où suivent ces deux autres propositions qui ne semblent pas moins opposées : la Certitude doit être admise; la sécurité est à craindre. Mais quelle est donc cette certitude, si ce n'est cette sécurité? C'étoit l'endroit inexplicable de la doctrine de Luther, et on n'y trouvoit aucun dénouement.

-1.) Réponse de Lntber par la distinction de deux sortes de péchés.

Pour moi, tout ce que J'ai pu trouver dans ses écrits qui serve à développer ce mystère, c'est la distinction qu'il fait entre les péchés que l'on commet sans le savoit* et ceux que l'-on commet sciemment et contre sa conscience : lapsus contra conscientiam (Luth. Themat. T. 1. f. 490. Conf. Aug. cap. de bon. op. Synt. Gen. S. part. p. SI). Il semble donc que Luther ait voulu dire qu'un chrétien ne peut s'assurer de n'avoir pas les péchés du premier genre ; mais qu'il peut être assuré de n'en avoir pas du second; et si en les commettant il se tenoit assuré de la rémission de ses péchés, il tomberoit dans cette damnable et pernicieuse sécurité que Luther condamne; au lieu qu'en les évitant il se peut tenir pour assuré

de la rémission de toas les autres, et même des plus cachés; ce qui suffit pour la certitude que Luther veut établir.

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