‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 10 sur 177 · Deux iiiaiiîèrcg du d^kirer la rf'forniatioii de m^lisc · texte numérisé non relu

Deux iiiaiiîèrcg du d^kirer la rf'forniatioii de m^lisc

Il y avoit donc deu\ sortes d'esprits qui demandoient.la réformation : les uns vraiment pacifiques et vrais enfants de l'Eglise , en déploroient les maux sans aigreur, en proposoient avec respect la réformation , dont aussi ils toléroient humblement le délai ; et loin de la vouloir procurer par la rupture, ils regardoient au contraire la rupture comme le comble de tous les maux ; au milieu des abus ils admiroient la divine Providence , qui savoit , selon ses promesses , con- ^rver la foi de l'Eglise : et si on sembloit leur refuser la réformation des mœurs , sans s'aigrir et sans s'emporter, ils s^estimoient assez heureux de ce que rien ne les empéchoit de la faire parfaitement en eux-mêmes. C'étoient là les forts <le l'Eglise , dont nulle tentation ne pouvoit ébranler la foi , Bi les arracher de l'unité. Mais il y avoit outre cela des esprits ^Qperbes , pleins de chagrin et d'aigreur, qui , frappés des ^lésordres qu'ils voyoient régner dans l'Eglise, et principale- 'nent parmi ses ministres, ne croyoient pas que les promes- ^ de son étemelle durée pussent subsister [larmi ces abus : »io lieu que le Fils de Dieu avoit enseiiiné à respecter la cA^ir*» ^* M&ise , malgré les mauvaises œuvres des docteurs et des f^han'siens assis dessus tMatth. xxiii. i, 5.i. Ceux-ci devenus Superbes, et par là devenus foibles, succomboient à la tentation qui porte à haïr la chaire en haine de ceux qui y pré-

Kident,'- et comme si la malice des hommes pouToit anéantir Fœuvre de Dieu , Faversion qu'ils avoient conçue pour les docteurs leur faisoit haïr tout ensemble et la doctrine qu'ils ' cnseignoient , et Tautorité qu'ils avoient reçue de Dieu pour enseigner.

Tels étoient les Albigeois et les Vaudois; tels étoient Jean Viclcf et Jean Hus. L'appât le plus ordinaire dont ils se servoient pour attirer les âmes infirmés dans leurs lacets étoitia haine qu'ils leur inspiroient pour les pasteurs de TEglise: par cet esprit d'aigreur on ne respiroit que la rupture , et il ne faut pas s'étonner si , dans le temps de Luther, où les invectives et l'aigreur contre le clei^é furent portées à la demièrr extrémité, on vit aussi la rupture la plus violente et la plus grande apostasie qu'on eût peut-être jamais vue jusqu'alors dans la clirétienté^^x^

O.^J^ commencements de Luther : ses qualités.

Martin Luther, augustin de profession , docteur et professeur en théologie dans l'université de Yitemberg, donna lo branle à ces mouvements. Les deux partis de ceux qui se sont dits réformés, l'ont également reconnu pour l'auteur de cette nouvelle réformation. Ce n'a pas été seulement les Luthériens ses sectateurs qui lui ont donné à l'envi de grandes louanges. Calvin admire souvent ses vertus, sa magnanimité , sa constance , l'industrie incomparable qu'il a fait paroître contre le pape. C'est la trompette , ou plutôt c'est le tonnerre ; c'est la foudre qui a tiré le monde de sa léthargie : ce n'étoit pas Luther qui parloit , c'étoit Dieii qui foudroyoit par sa bouche (Calv. 2. def. Cont, Vestph, optwc. /. 785, 787, et seq. Resp. cont Pigh, ibid. fol. 137, i4i, etc.).

Il est vrai qu'il eut de la force dans le génie , de la véhémence dans ses discours , une éloquence vive et impétueuse , qui entrainoit les peuples et les ravissoit; une hardiesse extraordinaire quand il se vit soutenu et applaudi avec un air d'autorité qui faisoit trembler devant lui ses disciples : de sorte qu'ils n'osoient le contredire ni dans les grandes choses, ni dans les petites.

(1517, 1518, 1519.) Il faudroit ici raconter les commen-

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céments de la querelle de 1517, s'ils n'étoient connus de tout le monde. Mais qui ne sait la publication des Indulgences de Léon X, et la jalousie des Augustins contre les Jacobins qu'on leur avoit préférés en cette occasion? Qui ne sait que Luther, docteur augustin , choisi pour maintenir l'honneur de son ordre , attaqua premièrement les abus que plusieurs faisoient des indulgences, et les excès qu'on en prêchoit? Mais il étoit trop ardent pour se renfermer dans ces bornes : des abus, il passa bientôt à la chose même. Il avançoit par degrés, et encore qu'il allât toujours diminuant les indulgences, et les réduisant presque à rien par la manière de les expliquer; dans le fond, il faisoit semblant d'être d'accord avec ses adversaires , puisque , lorsqu'il mit ses propositions par écrit, il y en eut une couchée en ces termes : Si quelqu'un nie la vérité des indulgences du pape, qu'il soit anathème (Prop. 1517, 71. T. i. Viteb.).

Cependant une matière le menoit à l'autre. Gomme celle de la justification et de l'efficace des sacrements touchoit de près à celle des indulgences , Luther se jeta sur ces deux articles ; et cette dispute devint bientôt la plus importante.

7. Fondement de la réforme de Luther : ce que c*est que sa justice imputative, et la justification par la foi.

La justification , c'est la grâce qui, nous remettant nos péchés , nous rend en même temps agréables à Dieu. On avoit cru jusqu'alors que ce qui faisoit cet effet devoit à la vérité venir de Dieu, mais enfin devoit être en nous; et que pour être justifié, c'est-à-dire de pécheur être fait juste , il falloit avoir en soi la justice ; comme pour être savant et vertueux , il faut avoir en soi la science et la vertu. Mais Luther n'avoit pas suivi une idée si simple. Il vouloit que ce qui nous justifie et'ce qui nous rend agréables aux yeux de Dieu , ne fût rien en nous, mais que nous fussions justifiés parce que Dieu nous imputoit la justice de Jésus-Christ, comme si elle eût été la nôtre propre , et parce qu'en effet nous pouvions nous l'approprier par la foi.

H. La foi spéciale de Luther, et la certitude de la justification.

Mais le secret de celle foi justifiante avoit encore quelque

chose de bien particulier : c'est qu'elle ne consistoit pas à croire en général au Sauveur, à ses mystères et à ses promesses; mais à croire très-certainement, chacun dans son cœur, que tous nos péchés nous étoient remis. On étoit justifié, disoit sans cesse Luther, dès qu'on croyoit l'être avec certitude : et la certitude qu'il exigeoit n'étoit'pas seulement cette certitude morale , qui , fondée sur des motifs raisonnables exclut l'agitation et le trouble ; mais une certitude absolue , une certitude infaillible , oiîi le pécheur devoit croire qu'il étoit . justifié, de la même foi dont il croit que Jésus-Christ est venn monde (Luth, T. i. Vit. Prop. 1518. /. 52. Serm. de Indulg, f. 61. Act. ap. Légat. Apost. /. 211. Luth, ad Frider. f. 222.) Sans cette certitude il n'y avoit point de justification pour le fidèle ; car il ne pou voit, lui disoit-on, ni invoquer Dieu, ni se confier en lui seul, tant qu'il avoit le moindre doute, non-seulement de la bonté divine en général , mais encore de la bonté particulière par laquelle Dieu imputoit à chacun de nous la justice de Jésus-Christ; et c'est ce qui s'appeloit la foi spéciale.

G. Selon Luther/ ou est assuré de sa justification sans Tétre de sa pénitence.

ïl s'élevoit ici une nouvelle difficulté , savoir si pour être assuré de sa justification , il falloit l'être en même temps de la sincérité de sa pénitence. C'est ce qui d'abord venoit dans l'esprit à tout le monde; et puisque Dieu ne promettoit de justifier que les pénitents, si l'on étoit assuré de sa justification , il sembloit qu'il le falloit être en même temps de la sincérité de sa pénitence. Mais cette dernière certitude étoit l'aversion de Luther; et loin qu'on fût assuré de la sincérité de sa pénitence ^ « on n'étoit pas même assuré , disoit-il » (Luth. T. I. Prop. 1518. Prop. 48.), de ne pas commettre » plusieurs péchés mortels dans ses meilleures œuvres, à cause » du vice très-caché de la vaine gloire ou de l'amour-propre.»

Luther poussoit encore la chose plus loin , car il avoit inventé cette distinction entre les œuvres des hommes et celles de Dieu, a que les œuvres des hommes , quand elles seroient » toujours belles en apparence , et sembleroient bonnes pro- :^

» bablement, éloient des péchés mortels; et qu'au contraire » les œuvres de Dieu, quand elles seroîent toujours laides, » et qu'elles paroîtroient m^vaises, sont d'un mérite éternel » (Prop, Heidls. an. 1518. Ihid, Prop. 5. 4. 7. 11.). » Ebloui de son antithèse et de ce jeu de paroles , Luther s'imagine avoir trouvé la vraie différence entre les œuvres de Dieu et relies des hommes, sans considérer seulement que les bonnes œuvres des hommes sont en même temps des œuvres de Dieu , puisqu'il les produit en nous par sa grâce ; ce qui , selon Luther même , leur devoit nécessairement donner un immortel mérite : mais c'est ce qu'il vouloit éviter, puisqu'il concluoit au contraire (Ibid,) « que toutes les œuvres » des justes seroient des péchés mortels , s'ils n'appréhen- » doient qu'elles n'en fussent; et qu'on ne pouvoit éviter » la présomption , ni avoir une véritable espérance, si on ne » craignoit la damnation dans chaque œuvre qu'on faisoit. » Sans doute la pénitence ne compatit pas avec des péchés mortels actuellement commis : car on ne peut ni être vraiment repentant de quelques péchés mortels sans l'être de tous, ni l'être de ceux qu'on fait pendant qu'on les fait. Si donc on n'est jamais assuré de ne pas faire à chaque bonne œuvre plusieurs péchés mortels : si au contraire on doit craindre d'en faire toujours, on n'est jamais assuré d'être vraiment pénitent; et si on étoit assuré de l'être, on n'auroit pas à craindre la damnation, comme Luther le prescrit; à moins de croire en même temps que Dieu contre sa promesse condamneroit à l'enfer un cœur pénitent. Et cependant s'il arrivoit qu'un pécheur doutât de sa justification, à cause de son indisposition particulière dont il n'étoit pas assuré , Luther lui disoit qu'à la vérité il n'étoit pas assuré de sa bonne disposition, et ne savoil pas, par exemple, s'il étoit vraiment pénitent, vraiment contrit, vraiment affligé de ses péchés; mais qu'il n'en étoit pas moins assuré de son entière justification , parce qu'elle ne dépendoit d'aucune bonne disposition de sa part. C'est pourquoi ce nouveau docteur disoit au pécheur : « Croyez fermement que vous êtes absous , et dès- » là vous l'êtes , quoi qu'il puisse être de votre contrition » (Serm. de Indug. T. \. f, 59.) ; » comme s'il eût dit : Vous

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n'avez pas besoin de vous mettre en peine si vous êtes pénitent ou non. Tout consiste, disoit-il toiijours, à croire sana hésiter que vous êtes absous (Prop. 1518. Ibid.) : d'où il concluoit (Serm. de Indulgent.) quil n*importoit pas que le prêtre vous baptisât ou vous donnât l'absolution sérieusement, ou en se moquant; parce que dans les sacrements il n'y avoit qu'une chose à craindre , qui étoit de ne croire pas assez fortement que tous vos crimes vous étoient pardonnes , dès que vous aviez pu gagner sur vous de le croire.

'lu. Inconvénient de cette doctrine.

Les Catholiques trouvoient un terrible inconvénient dans cette doctrine. C'est que le fidèle étant obligé de se tenir assuré de sa justification , sans l'être de sa pénitence, il s'en- Suivoit qu'il devoit croire qu'il seroit justifié devant Dieu, quand même il. ne seroit pas vraiment pénitent et vraiment contrit : ce qui ouvroit le chemin à l'impénitence.

Il est néanmoins très-véritable, car il ne faut rien dissimuler, que Luther n'.excluoit pas de la justification , une sincère pénitence, c'est-à-dire l'horreur de son péché et la volonté de bien faire ; en un mot, la conversion du cœur ; et il trouvoit absurde, aussi bien que nous, qu'on pût être justifié sans pénitence et sans contrition. Il ne paroissoit sur ce point nulle différence entre lui et les Catholiques ; si ce n'est que les Catholiques appeloient ces actes des dispositions h la justification du pécheur, et que Luther croyoit bien mieux rencontrer en les appelant seulement des conditions nécessaires. Mais cette subtile distinction* au fond ne le tiroit pas d'embarras : car enfin de quelque sorte qu'on nommât ces actes, qu'ils fussent ou condition , ou disposition et préparation nécessaire à la rémission des péchés ; quoi qu'il en soit, on est d'accord qu'il les faut avoir pour l'obtenir : ainsi la question revenoit toujours, comment Luther pouvoitdire que le pécheur devoit croire très-certainement qu'il étoit absous, quoi qu'il en fût de sa contrition; c'est-à-dire quoi qu'il en fût de sa pénitence : comme si être pénitent ou non, étojl une chose indifférente à la rémission des péchés.

1 1. Si Ton peut être assuré de sa foi, «ans Tétre de ta pénitence.

Cétoit donc la difficulté du nouveau dogme, ou, comme on parle à présent, du nouveau système de Luther : comment, sans être assuré et sans pouvoir Tetre, qu'on fût vraiment pénitent, et vraiment converti, on ne laissoit pas d'être assuré d'avoir le pardon entier de ses péchés? Mais c'éloit assez, disoit Luther, d'être assuré de sa foi. Nouvelle difficulté, d'être assuré de sa foi, sans l'être de sa pénitence, que la foi, selon Luther, produit toujours. Mais, répond-il (Ass. artic. damnai. T, ii. ad.Prop, 14), le fidèle peut dire Je crois, et par là sa foi lui devient sensible; comme si le même fidèle ne disoit pas de la même sorte : Je me repens^ et qu'il ti'eùt pas le même moyen de s'assurer de sa repentance. Que si l'on répond enfin que le doute lui reste toujours, il se repent comme il faut, j'en dis autant de la foi; et tout aboutit à conclure que le pécheur se tient assuré de sa justification, sans pouYoir être assuré d'avoir accompli comme il faut la condition que Dieu exigeoit de lui pour l'obtenir.

C'étoit encore ici un nouvel abîme. Quoique la foi, selon Luther, ne disposât pas à la justification (car il ne pouvoit souffrir ces dispositions) , c'en étoit la condition nécessaire et Tunique moyen que nous eussions pour nous approprier Jésus-Christ et sa justice. Si donc, après tout refîort que fait le pécheur de se bien mettre dans l'esprit que ses péchés lui sont remis par la foi , il venoit à dire en lui-même : Qui me dira, foible et imparfait comme je suis , si j'ai cette vraie foi qui change le cœur? C'est une tentation , selon Luther. Il faut croire que tous nos péchés nous sont remis par la foi , sans s'inquiéter si cette foi est telle que Dieu la demande, et même sans y penser : car y penser seulement, c'est faire dépendre la grâce et la justification d'une chose qui peut être en nous; ce que la gratuité, pour ainsi parler, de la justification, selon lui, ne soufl'roit pas.

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