livre fameux qui souleva toute la Bohême et excita tant de
boubles en Angleterre. Voici quelle en étoit la théologie :
■^m Que tout arrive par nécessité ; qu'il a longtemps regimbé
^ contre cette doctrine, à cause qu'elle étoit contraire à la
'•* liberté de Dieu; mais qu'à la fin il avoit fallu céder, et re-
f.-9 eonnoître en même temps que tous les péchés qu'on fait
t • dans le monde sont nécessaires et inévitables ( Lib. m. c.
M 7. 8. 25. p. 56. 82. edit, 1525. ) : que Dieu ne pouvoitpas
v^ empêcher le péché du premier homme, ni le pardonner
f^ > sans la satisfaction de Jésus-Christ ; mais aussi qu'il étoit
^ » impossible que le Fils de Dieu ne s'incarnât pas, ne satisfît
A pas, ne mourût pas : que IMeu à la vérité pouvoit bien faire
» autrement, s'il eût voulu, mais qu'il ne pouvoit pas vouloir
» autrement; qu'il ne pouvoit pas ne point pardonner à
» rhomme: que le péché de l'homme venoit de séduction et
» d'ignorance , et qu'ainsi il avoit fallu par nécessité que la
» sagesse' divine s'incarnât pour le réparer ( Lib, m. c. 24.
» 25. p. 85. etc. ) : que Jésus-Christ ne pouvoit pas sauver
» les démons : que leur péché étoit un péché contre le Saint-
» Esprit ; qu'il eût donc fallu pour les sauver que le Saint-
» Esprit se fût incarné , ce qui étoit absolument impossible ;
w qu'il n'y avoit donc aucun moyen possible pour sauver les
» démons en général : que rien n'étoit possible à Dieu que ce
» qui arrivoit actuellement : que cette puissance qu'on ad-
/f metioit pour les choses qui n'arrivoient çvvs> ^%V\\\\^*\VV\^\wl*-
59â HISTOIBB
» que Dieu ne peut rien produire au dedans de lui qu'il nd' " » le produise nécessairement, ni au dehors qu'il ne le proJ' ^ » duiso aussi nécessairement en son temps : que lorsqol' ^ » Jésus-Christ a dit qu'il pouvoit demander à son Père plo^' * . » de douze légions d'anges , il faut entendre qu'il le pouvoit » s'il eût voulu ; mais reconnoître en même temps qu'il » pouvoit le vouloir (/6id. c. 27. \. \, c. 10. p. 15. /6ïd. c. » 11. p. 18.) : que la puissance de Dieu éloit bornée dans » fond, et qu'elle n'est infinie qu'à cause qu'il n'y a pas m » plus grande puissance ( Ihid. c. 2. ) : en un mot que » monde et tout ce qui existe est d'une absolue nécessité, et^ » que s'il y avoit quelque chose de possible à qui Dieu re-|'-' » fusât l'être, il seroit ou impuissant ou envieux ; que comme » il ne pouvoit refuser l'être à tout ce qui le pouvoit avoir, » aussi ne pouvoit-il rien anéantir (Lî6. m. c. i. IhiA. c.x. » p. 16. ) : qu'if ne faut point demander pourquoi Dieu n'em- » pêche pas le péché, c'est qu'il ne peut pas; ni en géné- » rai pourquoi il fait ou ne fait pas quelque chose, parce qu'il » fait nécessairement tout ce qu'il peut faire ( Lih, m c. 9.)' » qu'il ne laisse pas d'êlre libre, mais comme il est libre à » produire son Fils qu'il produit néanmoins nécessairement » ( Lih, L c. 10. ) : que la liberté qu'on appelle de contra- » diction , par laquelle on peut faire et ne pas faire , est un » terme erroné introduit par les docteurs , et que la pensée » que nous avons que nous sommes libres est une perpétuelle » illusion , semblable à celle d'un enfant qui croit qu'il mar- » che tout seul pendant qu'on le mène: qu'on délibère néan- » moins, qu'on avise à ses affaires, qu'on se damne; mais » que tout cela est inévitable, aussi bien que tout ce qui se, )> fait et ce qui s'omet dans le monde ou par le créateur, ou » par Dieu même { Ibid, 10. 11. ) : que Dieu a tout déter- » miné : qu'il nécessite tant les prédestinés que les réprouvés )) à tout ce qu'il font , et chaque créature particulière à cha- » cune de ses actions; que c'est de là qu'il arrive qu'il y a » des prédestinés et des réprouvés ; qu'ainsi il n'est pas au » pouvoir de Dieu de sauver un seul des réprouvés ( Ibid. i » Jii. c. 9. L 11. 14. l. \u. c . 4. V- ^'a'U se moque de ce qu'on » dit (les sens com\^o^ês eV ^vm^^ ^ ^>\Y$^^^ \î\^\i. \ssi, ^s^:^
sr que ceux qui sont sauvés actuellement ( Lib, m. c. |uMl y a une conséquence nécessaire qu'on pèche , si ines choses sont: que Dieu veut que ces choses soient, le cette conséquence soit bonne , parce qu'autrement ae seroit pas nécessaire ; ainsi qu'il veut qu'on pèche ;
veut le péché à cause du bien qu'il en tire; et qu'enqu il ne plaise pas à Dieu que Pierre pèche , le péché ierre lui plaît : que Dieu approuve qu'on pèche ; qu'il ssite au péché : que l'homme ne peut pas mieux faire
ne fait : que les pécheurs et les damnés ne laissent rêtre obligés à Dieu; et qu'il fait miséricorde aux nés en leur donnant l'être, qui leur est plus utile et désirables que le non être : qu'à la vérité il n'ose pas rer tout à fait cette opinion, ni pousser les hommes à er , en enseignant qu'il est agréable à Dieu qu'il pèt ainsi, et que Dieu leur donne cela comme une mpense : qu'il voit bien que les méchants pourroient dre occasion de cette doctrine de commettre de grands es, et que s'il le peuvent ils le font : mais que si on loint de meilleures raisons à lui dire que celles dont on irt , il demeurera confirmé dans son sentiment sans ire un mot » ( Ibid, 4c. 8. ).
mi par là qu'il ressent une horreur secrète des blass qu'il profère: mais il y est entraîné par l'esprit d'ort de singularité auquel il s'est livré lui-même; et il ne etenir sa plume emportée. Voilà un extrait fidèle de asphèmes : ils se réduisent à deux chefs , à faire un lominé par la nécessité , et , ce qui en est une suite , lu auteur et approbateur de tous les crimes , c'est-àm Dieu que les athées aurolent raison de nier : de [ue la religion d'un si grand réformateur est pire que sme.
voit en même temps combien de ses dogmes ont été par Luther. Pour Calvin et les Calvinistes , on le verra 1 suite; et en ce sens ce n'est pas en vain qu'ils auront é cet impie parmi leurs prédécesseurs.
'IS f. U imite la fausse piété des Yandois.
milieu de tous ces blasphèmes, il affectoit d'imiter la
fausse piété des Vaudois, en attribuant Teffet des sacrements ^ au mérite des personnes : a en disant que les clefs n'opèrent , k« » que dans ceux qui sont saints, et que ceux qui n'imitent pas i ^ » Jésus-Christ n'en peuvent avoir la puissance : que cette - i\ » puissance pour cela n'est pas perdue dans l'Église : qu'elle ^ v subsiste dans des personnes humbles et inconnues: que les f » laïques peuvent consacrer et administrer les sacrements » {Lib. IV. c. 10. 14. 23. 25. 32. ) : que c'est un grand y» crime aux ecclésiastiques de posséder des biens temporels ; » un grand crime aux princes de leur en avoir donné , et de » ne pas employer leur autorité à les en priver d {Ibid, 17. 18. 19. 24. ). Me permettra- t-on de le dire ? Voilà dans un Anglais le premier modèle de la Rétormation anglicane et de la déprédation des Églises. On dira que nous combattons pour nos biens : non : nous découvrons la malignité des esprits outrés, qui sont, comme on voit, capables de tous excès.
'155. Qu^on n*a point cfllomnié la doctrine de Yi clef au concile de Constance.
M. de la Roque prétend qu'on a calomnié Yiclef dans le concile de Constance ( Hist. de l'Eue, ) , et qu'on lui a imputé des propositions qu'il ne croyoit pas; entre autre celleci : Dieu est obligé d*ohéir au diable ( Conct Const. Sess. 8. prop. 6. Conc. Labb. t. xii. col. 46. ). Mais si nous trouvons tant de blasphèmes dans un seul ouvrage qui nous reste de Yiclef, on peut bien croire qu'il y en avoit beaucoup d'autres dans ses livres qu'on avoit alors en si grand nombre: et en particulier celui-ci est une suite manifeste de la doctrine qu'on vient de voir; puisque Dieu, qui en toutes choses agissoit par nécessité , étoit entraîné par la volonté du diable à faire certaines choses lorsqu'il y falloit nécessairement concourir.
-150. Pernicieuse doctrine de Yiclef sur les rois.
On ne trouve non plus dans le Trialogue la proposition imputée à Yiclef : Qu'un roi cessoit d'être roi pour un péché mortel (Ibid. prop. 15.). Il y avoit assez d'autres livres de Yiclef oii elle se pouvoUtrowN^t. ^w ^\M, w^ivis avons une confé-
rence entre les Catholiques de Bohême et les Galixtins en Iprésence du roi George Pogiebrac, où Hilaire, doyen de PrajBue, soutient à Roquesane, chef des Galixtins, que Yiclef avoit ^6<5rit en termes exprès : a Qu'une vieille pouvoit être roi et 7» pape, si elle étoit meilleure et plus vertueuse que le pape 'T* et que le roi ; qu'alors la vieille diroit au roi : Levez-vous : je ai» SUIS plus DIGNE que vous d'être assise sur le trône » (Disp. '^Mim Rokys. apud Canis, ant. Lect, t, m. //, part. p. ÀIA,). ^Oimme Roquesane répondoit qiîe ce n' étoit pas la pensée ;^^e Viclef, le même Hilaire s'offrit à faire voir à toute l'asseml'Uée ces propositions, et encore celle-ci : Que celui qui étoit i^ a» par sa vertu le plus digne de louanges, était aussi le plus -» digne en dignité ; et que la plus sainte vieille devoit être ^ aise dans le plus saint office » (Ibid, 500.). Roquesane de- < ^ jneura muet : et le fait passa pour constant.