‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 13 sur 177 · Contradiction de la doctrine de Lutker · texte numérisé non relu

Contradiction de la doctrine de Lutker

Ainsi tout ce qu'on nous dit de la certitude qu'on peut avoir sur le péché commis contre la conscience , est inutile. Ce n'est pas aller assez avant que de ne pas reconnoître que ce péché qui se cache , cet orgueil secret , cet amour-propre qui prend tant de formes, et même celle de la vertu, est peut-être le plus grand obstacle de notre conversion, et toujours l'inévitable sujet de ce tremblement continuel , que les catholiques enseignoient après saint Paul. Les mêmes catholiques observoiént que tout ce qu'on leur répondoit sur cette matière, étoit manifestement contradictoire. Luther avoit avancé cette proposition : Personne ne doit répondre au pnHrr qu'il est contrit (Assert, art. damnât, ad. art. 14. T. u.), c'est-à-dire pénitent. Et, comme cette proposition fut trou vée étrange , il la soutint de ces passages : Saitit PavI dit : « Je ne me sens coupable en rien, mais je ne suis pas » pour cela justifié (/.^ Cor. iv. -4. ) » David dit : a Qui con- » noît ses péchés? » (Ps. xviii. 15.) Saint Paul dit : « Celui . w qui s'approuve lui-même n'est pas approuvé; mais celui » que Dieu approuve. » (//. Cor. \. 18). lAVlV\eï tm\v\\iv>\\ v\vï

ces passages, que nul pécheur n'est en état de répondre au prêtre : Je suis vraiment pénitent; et à le prendre à la rigueur et pour une certitude entière, il avoit raison. On n'étoit donc pas assuré absolument, selon lui, qu'on fût pénitent; et néanmoins , selon lui, on étoit absolument assuré que les péchés sont remis : on étoit donc assuré que le pardon est indépendant de la pénitence. Les catholiques n'entendoient rien à ces nouveautés. Voilà, disoient-ils, un prodige dans les mœurs et dans la doctrine ; l'Église ne peut pas souffrir un tel scandale.

^6. Suite des contradictions de Luther.

Mais, disoit Luther (Ibid. ad. Prop. iâ et i4. ), on est assuré de sa foi : et la foi est inséparable de la contrition. On lui répliquoit : Permettez donc au fidèle de répondre de sa contrition , comme de sa foi ; ou, si vous défendez l'un, défende2 l'autre.

Mais, poursuivoit-il, saint Paul a dit : « Examinez- vous » vous-mêmes, si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous- » mêmes. » (//. Cor. xiii. 5). Donc, on sent la foi, conclut Luther ; et on concluoit, au contraire, qu'on ne la sent pas. Si c'est une matière d^èpreuve, si c'est un sujet d'examen, ce n'est donc pas une chose que l'on connoisse par sentiment, ou, comme on parle, par conscience. Ce qu'on appelle la foi, poursuivoit-on, n'en étoit qu'une vaine image, ou une foible répétition de ce que l'on a lu dans les livres, de ce qu'on a entendu dire aux autres fidèles. Pour être assuré d'avoir cette foi vive, qui opère la véritable conversion du cœur, il faudroit être assuré que le péché ne règne plus en nous ; c'est ce que Luther ne peut ni ne me veut garantir, pendant qu'il me garantit ce qui en dépend, c'est-à-dire la rémission des péchés. Voilà toujours la contradiction et le foible inévitable de sa doctrine!

i7. Suite.

Et qu'on n'allègue pas ce que dit s§int Paul : Qui sait ce qui est en l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui e«f en lui? (l. Cor. ii. 11). Il est vrai; nulle autre créature, nihomme,m ange, ne voit en nous cp que nous n'y voyons pas;

mais il ne s'ensuit pas de là que nous-mêmes nous le voyions toujours : autrement comment David auroit-il dit ce que Luther objectoit : Qui connoit ses péchés ? Ces péchés ne sont-ils pas en nous? Et puisqu'il est certain que nous ne les connoissons pas toujours, Thomme sera toujours à luimême une grande énigme; et son propre esprit lui sera toujours le sujet d'une éternelle et impénétrable question. C'est donc une folie manifeste de vouloir qu'on soit assuré du pardon de son péché, si on n'est pas. assuré d'en avoir entièrement retiré son cœur.

i quMI I de la

dispute.

Luther disoit beaucoup mieux au commencement de la dispute ; car voici ses premières thèses sur les indulgences en 1317, et dès l'origine de la querelle : « Nul n'est assuré » de la vérité de sa contrition; et à plus forte raison ne » l'est-il pas de la plénitude du pardin. » (Prop, 1517. Prop, 30. r. 1. /*. 50). Alors il reconnoissoit , par l'inséparable union de la pénitence et du pardon, que l'incertitude de J'un emportoit l'iacertitude de l'autre. Dans la suite il changea, mais de bien en mal ; en retenant l'incertitude de la contrition, il ôta l'incertitude du pardon ; et le pardon ne (iépendoit plus de la pénitence. Yoilà comme Luther se réformoit. Tel fut son progrès, à mesure qu'il s'échauffoit contre l'Église, et qu'il s'enfonçoit dans le schisme. Il s'étudioit en toutes choses à prendre le contre-pied de l'Église, liien loin de s'efforcer, comme nous, à inspirer aux pécheurs la crainte des jugements de Dieu, pour les exciter à la pénitence, Luther en étoit venu à cet excès de dire a que la con- » trition par laquelle on repasse ses ans écoulés dans l'amer- '» tume de son cœur, en pesant la grièveté de ses péchés, » leur difformilé, leur multitude, la béatitude perdue, et la » damnation méritée, ne faisoit que rendre les hommes plus » hypocrites. » (Serm. de Indulgent. ) : comme si c'étoit une hypocrisie au pécheur de commencer à se réveiller de son assoupissement.

Mais peut-être qu'il vouloit dire que ces sentiment? de

craints ne sursoient pas, et qu'il y falloit Joindre la fui el Famoar de Dieu. J'avoue qu'il s'explique ainsi dans la suite {Adver, exerc. Antich, BulL T. ii. f, 93. Ad Prop, 6. Disp. 1535. Prop. 16. 17. ibid,); mais contre ses propres principes; car il vouloit, au contraire (et nous verrons dans la suite que c'est un des fondements de sa doctrine) , que la rémission des péchés précédât l'amour ; et il abusoit pour cela de la parabole des deux débiteurs de l'Évangile, dont le Sauveur avoit dit : Celui à qui on remet la plus grande dette aime aussi avec plus d'ardeur (Luc. vu. 42, 45) : d'oii Luther et ses disciples concluoient qu'on n'aimoit qu'après que la dette, c'est-à-dire les péchés étoient remis. Telle étoit la grande indulgence que prêchoit Luther, et qu'il opposoit à celles que les Jacobins publioient, et que Léon X avoit données. Sans s'exciter à la crainte, sans avoir besoin de l'amour, pour être justifié de tous ses péchés, il ne falloit que croire, sans hésiter, qu'ils étoient tous pardonnes ; et dans le moment l'affaire étoit faite. Jl

49. Étrange dji^trine de Luther Kur la guerre contre le Turc.

Parmi les singularités qu'il avançoit tous les jours, il y en eut une qui étonna tout le monde chrétien. Pendant que l'Allemagne, menacée par les armes formidables du Turc, étoit,toute en mouvement pour lui résister, Luther établissoit ce principe : Qu'il falloit vouloir, non-seulement ce que Dieu veut que nous voulions , mais absolument tout ce que Dieu veut : d'où il concluoit que combattre contre le Turc , c étoit résister à la volonté de Dieu qui nous vouloit visiter (Prop. 15. 98 f. 56).

20. Humiltté apparente de Luther, et sa soumission envers le Pape.

Au milieu de tant de hardies proppsitions , il n'y avoit à l'extérieur rien de plus humble que Luther. Homme timide et retiré, « il avoit, disoit-il {Resol. de Pot. Papœ. Prœfat. )) T.i.f. 310. Prœf. oper. ihid. 2.), été traîné par force » dans le public, et jeté dans ces troubles plutôt par hasard » que de dessein. Son style ifavoit rien d'uniforme : il éloil » même grossier en quelques endroits, el il écrivoil cxprô^

de (^tte manière. Loin de se promettre l'immortalité de i> son nom et de ses écrits , il ne Tavoit jamais recherchée. » Au surplus , il attendoit avec respect le jugement de FÉglise, jusqu'à déclarer en termes exprès , que a s'il ne s'en tenoit » à sa détermination , il consentoit d'être traité comme héré- » tique » {Cont. Prier, T. 1. /", 177.). Enfin tout ce qu'il disoit étoit plein de soumission non-seulemçnt envers le concile , mais encore envers le saiut-siége et envers le Pape : car le Pape , ému des clameurs qu'excitoit dans toute l'Église la nouveauté de sa doctrine , en avoit pris connoissance ; et ce fut alors que Luther parut le plus respectueux. « Je ne » suis pas, disoit-il (Protest: Luth, T, i, f, 195.), assez témé- » raire pour préférer mon opinion particulière à celle de » tous les autres. » Et pour le Pape , voici ce qu'il lui écrit le dimanche de la Trinité en 1518 : « Donnez la vie ou la » mort , appelez ou rappelez , approuvez ou réprouvez comme » il vous plaira , j'écouterai votre voix comme celle de Jésus- » Christ même » (Epist, ad Léon, x. ibid,). Tous ses discours furent pleins de semblables protestations durant environ trois ans. Bien plus, il s'en rapportoit à la décision des universités de Baie, de Ffibourg et de Louvain {Act, ap. Légat, ibid, f, 208.). Un peu après il y ajouta celle de Paris : et il n'y avoit dans l'Église aucun tribunal qu'il ne voulût reconnoître.

2t. Baisons dont il appuyoit cette soumission.

Il sembloit même qu'il parloit de bonne foi sur l'autorité du saint-siége. Car les raisons dont il appuyoit son attachement pour ce grand siège étoient en effet les plus capables de toucher un cœur chrétien. Dans un livre qu'il écrivit contre Silvestre de Prière , jacobin , il alléguoit en premier lieu ces paroles de Jésus-Christ : Tu es Pierre ; et celles-ci : Pais mes brebis, « Tout le monde confesse , dit-il ( Cont, » Prier, T. 1, p. 173, 188.), que l'autorité du Pape Tient de » ces passages. » Là même , après avoir dit « que la foi de » tout le monde se doit conformer à celle que professe l'Église » romaine , » il continue en cette sorte : « Je rends grâces à » Jésus-Christ de ce qu'il conserve sur la terre cette Eiïlisv

» unique par un gran*d miracle , et qui seul peut montrer » que notre foi est véritable ; en sorte qu'elle ne s'est jamais » éloignée de la vraie foi par aucun décret. » Après même que dans Tardeur de la dispute ces bons principes" se furent un peu ébranlés , « le consentement de tous les fidèles le re- » tenoit dans la révérence de l'autorité du Pape. Est-il pos- » sible, disoit-il (Disp, Ltps. T. 1. ^ 25i.), que Jésus- )» Christ ne soit pas avec ce grand nombre de Chrétiens?» Ainsi il condamnoit « les Bohémiens qui s'étoient séparés » de notre communion , et protestoit qu'il ne lui arriveroit » jamais de tomber dans un semblable schisme. »

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