Erreur de Zuin;^le sur le péché originel
Pour enseigner de pareilles extravagances, il faut n'avoir aucune idée ni de la justice chrétienne, ni de la corruption de la nature. Zuingle aussi ne connoissoit pas le péché originel. Dans cette Confession de foi adressée à François !•', et dans quatre ou cinq traités qu'il a faiU; exprès, pour prouver contre les Anabaptistes le baptême des petits enfants, et expliquer l'effet du Baptême dans ce bas âge , il n'y parle seulement pas du péché originel effacé , qui est pourtant , de l'aven de tous les chrétiens, le principal fruit de leur Baptême. D en avoit usé de même dans tous ses autres ouvrages ; et lorsqu'on lui objectoit cette omission d'un effet si considérable, il montre qu'il l'a fait exprès, parce que dans son sentiment aucun péché n'est ôté par le Baptême (Declar. de pecc. orig.). Il pousse encore plus avant sa témérité, puisqu'il ôte nettement le péché originel, en disant que « ce n'est pas un péché, )) mais un malheur, un vice, une maladie ; et qu'il n'y ariei » de plus foible, ni de plus éloigné de l'Ecriture, que de dire » que le péché originel soit non-soulement une maladis, » mais encore un crime. » Conformément à ces principes, il décide que les hommes naissent à la vérité portés au pédà par leur amour-propre, mais non pas pécheurs ; si ce n'est improprement et en prenant la peine du péché pour le péché même ; et celte inclination au péché, qui ne peut' pas être un péché, fait, selon lui, tout le^'mal de notre
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pne. Il est vrai que dans la suite du discours, il reconnoît i tous les hommes périroient sans la grâce du Médiateur, ce que cette inclination au péché ne manqueroit pas de duire le péché avec le temps, si elle n'étoit arrêtée; et c'est ce sens qn'il trouve que les hommes sont damnés par la :e du péché originel ; force qui consiste, comme on vient de r, non point à faire des hommes vraiment pécheurs, lime toutes les Eglises chrétiennes Pont décidé contre âge, mais à les faire seulement enclins au péché par la desse des sens et de Tamour-propre ; ce que les Pélagiens es Païens mêmes n'auroient pas nié.
^a décision de Zuingle sur le remède de ce mal n'est pas Ins étrange ; car il veut qu'il soit ôté indifféremment dans s les hommes par Is^ mort de Jésus - Christ , indépeniment du Baptême ; en sorte qu'à présent le péché oriel ne damne personne , pas même les enfants des païens ; encore qu'à leur égard il n'ose pas mettre leur salut dans même certitude que celui des chrétiens et de leurs ents, il ne laisse pas de dire que, comme les autres, tant ils sont incapables de la loi, ils sont dans Vétat d'innocence, iguant ce passage de saint Paul : Où il n'y a point de loi, n'y a point de prévarication (Rom. iv. 15). a Or est-il, Dursuit ce nouveau docteur, que les enfants sont foibles, lds expérience et ignorants de la loi, et ne sont pas moins ins loi, que saint Paul lorsqu'il disoit : Je vivois autrefois ins loi (Ibid. vu. 9.). Gomme donc il n'y a point de loi our eux, il n'y a point aussi de trangression de la loi , ni ar conséquent de damnation. Saint Paul dit qu'il a vécu jns loi ; mais il n'y a aucun âge où l'on soit plus dans cet tat que dans l'enfance. Par conséquent on doit dire avec lintPaul , que sans la loi le péché étoit mort (Ibid. 8. ) en ttx. » C'est ainsi que disputoient les Pélagiens contre l'É- ;e. Et encore que, comme on a dit, Zuingle parle ici avec is d'assurance des enfants des chrétiens que des autres, il laisse pas en effet de parler de tous les enfants sans leption. On voit où porte sa preuve ; et assurément , deis Julien , il n'y a point de plus parfait pélagien que
Ingle.
2*2. Erreur de Zuingle sur le Baptême
Mais eDCore les Pélagiens avouoient-ils que le Baptême pouvoit du moins donner la grâce de remettre les péchés aux adultes. Zuingle, plus téméraire, ne cesse de répéter ce qu'on a déjà rapporté de lui , « que le Baptême n'ôte aucun » péché et ne donne pas la grâce. C'est, dit-il, le sang de » Jésus-Christ qui remet les péchés ; ce n'est donc pas le » Baptême. »
On peut voir ici un exemple du zèle mal entendu qu'a eu la Réforme pour la gloire de Jésus-Christ. Il est plus clair que le jour, qu'attribuer la rémission des péchés au Baptême, qui est le moyen établi par Jésus-Christ pour les ôter, ce n'est non plus faire tort à Jésus-Christ, que c'est faire tort à un peintre d'attribuer le beau coloris et les beaux traits de son tableau au pinceau dont il se sert. La Réforme porte ses vains raisonnements jusqu'à cet excès de croire glorifier Jésus-Christ, en ôtant la force aux instruments qu'il emploie. Et pour continuer jusqu'au bout une illusion si grossière, lorsqu'on objecte à Zuingle cent passages de TÉcriture, oi^ il est dit que le Baptême nous sauve et qu'il nous remet nos péchés, il croit satisfaire à tout en répondant que dans ce» passages le Baptême est pris pour le sang de Jésus-Christ dont il est le signe.
25* Zuingle «^accoutume à forcer en tout ]*Écriture sainte. Son méprii pour Tantiquité est la source de son erreur.
Ces explications licencieuses font trouver tout ce qu'on veut dans l'Ecriture. Il ne faut pas s'étonner si Zuingle y trouve que l'Eucharistie n'est pas le corps , mais le signe du corps, quoique Jésus-Christ ait dit : Ceci est mon corps; puisqu'il y a bien trouvé que le Baptême ne donne pas en effet la rémission des péchés , mais nous la figure déjà donnée ; quoique l'Ecriture ait dit cent fois , non pas qu'il nous la figure , mais qu'il nous la donne. Il ne faut pas s'étonner si le même auteur, pour détruire la réalité qui l'incommodoit, a éludé la force de ces paroles : Ceci est mon corps; puisque, pour détruire le péché originel dont il étoit choqué, il a bien éhidé relles-ri : Tous ont péché en un seul; et en-
core : Par un seul pltisieurs sont faits pécheurs (Rom. t. 12. 19.). Ce qu'il y a ici de plus étrange, c'est la confiance de cet auteur à soutenir ses nouvelles interprétations contre le péché originel, avec un mépris manifeste de toute l'antiquité. « Nous avons vu les anciens, dit-il, enseigner une autre doc- » trine sur le péché originel : mais on s'aperçoit aisément » en les lisant combien est obscur et embarrassé , pour ne » pas dire tout à fait humain plutôt que divin , tout ce qu'ils « en disent. Pour moi il y a déjà longtemps que je n'ai pas le » loisir de les consulter. » C'était en 1526 qu'il composa ce traité ; et déjà il y avoit plusieurs années qu'il n'avoit pas le loisir de consulter les anciens ni de recourir aux sources. Cependant il réformoit l'Eglise. Pourquoi non , diront nos Réformés? Et qu'avait-il affaire des anciens, puisqu'il avoit l'Ecriture? Mais au contraire , c'est ici un exemple du peu de sûreté qu'il y a dans la recherche des Ecritures, lorsqu'on prétend les entendre sans avoir recours à l'antiquité. Par une telle manière d'entendre les Ecritures, Zuingle a trouvé qu'il n'y avoit point de péché originel, c'est-à-dire qu'il n'y avoit point de rédemption, et que le scandale de la croix étoit inutile ; et il a poussé si loin cette pensée , qu'il a mis avec les saints ceux qui n'avoient en effet, quoi qu'il ait pu dire , ancune part avec Jésus-Christ. Voilà comme on réforme l'Eglise , lorsqu'on entreprend de la réformer sans se mettre en peine du sentiment des siècles passés ; et selon cette nouvelle méthode on en viendroit aisément à une réformation semblable à celle des Sociniens.
2^. Quel étoit Œcolampade.
Tels étoient les chefs de la nouvelle Réforme , gens d'esprit, à la vérité, et qui n'étoient pas sans littérature; mais hardis , téméraires dans leurs décisions , et enflés de leur vain savoir ; qui se plaisoient dans des opinions extraordinaires et particulières , et par là croyoient s'élever non-seulement au-dessus des hommes de leur siècle, mais encore au-dessus de l'antiquité la plus sainte. Œcolampade, l'autre défenseur du sens figuré parmi les Suisses, étoit tout ensemble plus modéré et plus savant ; et si Zuingle dans sa véhé-