Recueil de Confessions de foi, imprimé à Genève
On a imprimé à Genève, il y a longtemps, un recueil de Confessions de foi (Syntagma. Conf. fîdei. Gen, 4654.), où, avec colle des défenseurs du sens figuré, comme celle de France et des Suisses, sont aussi celles des défenseui's du sens littéral, comme celle d'Ausbourg , et quelques autres ; et ce qu'il y a de plus remarquable , c'est qu'encore que les Confessions qu'on y a ramassées soient si différentes , et se condamnent les unes les autres en plusieure articles de foi , on no laisse pas néanmoins de les proposer, dans la préface de ce recueil , « comme un corps entier de la » saine théologie, et comme des registres authentiques, où il » falloit avoir recours pour connoître la foi ancienne et ^r\m\V\Nvj.. >^
Elles sont dédiées aux rois d'Angleterre, d'Ecosse, deDuneinurck et de Suède , et aux princes' et républiques par qui elles sont suivies. N'importe que ces rois et ces états soient séparés entre eux de communion aussi bien que de croyance. Ceux de Genève ne laissent pas de leur parler comme à des fidèles éclairés dans ces derniers temps , par une grâce singulière de Dieu, de la véritable lumière de son Evangile , et ensuite de leur présenter à tous ces Confessions de foi , comme un monument étemel de la piété extraordinaire de leurs ancêtres.
1 2. Les CaWinistes approuvent les Cnnfessions de foi des Luthériens, du moins comme n*ayant rien de contraire aux points fondamentaui.
C'est qu'en effet ces doctrines sont également adoptées par les Calvinistes, ou absolument comme véritables, ou du moins comme n'ayant rien de contraire au fondement de la foi : et ainsi quand on verra dans cette histoire la doctrine des Confessions de foi, je ne dis pas de France ou des Suisses, et des autres défenseurs du sens figuré , mais encore d'Ausbourg , et des autres qui ont été faites par les Luthériens, on ne la doit pas prendre pour une doctrine étrangère au calvinisme ; mais pour une doctrine que les Calvinistes ont expressément approuvée comme véritable , ou en tout cas épargnée comme innocente , dans les actes les plus authentiques qui se soient faits parmi eux.
i5. Les Confessions de foi des Luthériens.
Je n'en dirai pas autant des Luthériens, qui, au lieu d'être touchés de Tautorité des défenseurs du sens figuré , n'ont que du mépris et de l'aversion pour leurs sentiments. Leurs propres changements les doivent confondre. Quand on ne feroit seulement que lire les titres de leurs Confessions de foi dans ce recueil de Genève, et dans les autres livres de cette nature, où nous les voyons ramassés, on seroit étonné de leur multitude. La première qu'on voit paroître est celle d'Ausbourg , d'où les Luthériens prennent leur nom. On la. verra présenter à Charles V, en 1 530 ; et on verra depuis qu'on y a touché et retouché plusieurs fois. Melancton, qui l'avoit dressée, en tourna encore le sens d'une autre manière, dans l'Apologie qu'il en fit alors , souscrite dé tout le parti : ainsi elle fut changée en sortant des mains de son auteur. Depuis, on n'a cessé de la réformer, et de l'expliquer en différentes manières ; tant ces nouveaux réformateurs avoient de peine à se contenter, et tant ils étoicnt peu stylés à enseigner précisément ce qu'il falioit croire.
DES TAAIATIUNâ. 7
Mais comme si une seule Confession de foi ne suffisoit pas sur les mêmes matières, Luther crut qu il avoit besoin d'expliquer ses sentiments d'une autre façon , et dressa en 4 537, les articles de Smalcalde , pour être présentés au concile que le pape Paul 111 avoit indiqué à Blantoue : les articles furent souscrits par tout le parti , et se trouvent insérés dans le livre que les Luthériens appellent la Concorde (Concord. p. 298. 730).
Cette explication ne* satisfit pas tellement, qu'il ne fallût encore dresser la Confession que Ton appelle Saxonique, qui fut présentée au concile de Trente, en l'an 4551 , et celle de Virtemberg- , qui fut aussi présentée au même concile en 4552.
A tout cela il faut joindre les explications de l'Eglise de Virtenoberg, où la Réforme avbit pris naissance ; et les autres, que celte histoire fera paroitre en leur rang , principalement celle du livre de la Concorde, dans V abrégé des articles, et encore dans le même livre, les explications répétées (Conc. p. 570. 778.;, qui sont tout autant de Confessions de foi , publiées antbentiquement dans le parti , embrassées par des Eglises , combattues par d*autres, dans des points très-importants : et ces Eglises ne laissent pas de faire semblant de composer un seul corps , à cause que par politique , elles dissimulent leurs dissentions sur l'ubiquité et sur les autre» matières.
4 4. Gonfessiout de foi des dpfnnsears du sens figuré, ou du second parti des Protestants.
L'autre parti des Protestants n'a pas été moins fécond en Confessions de foi. En même temps que celle d'Àusboui^ fut présentée à Charles V, ceux qui ne voulurent pas en convenir, lui présentèrent la leur, qui fut publiée sous le nom de quatre villes de rempire, dont celle de Strasbourg étoit la première.
£Ue satis6t si peu les défenseurs du sens figuré , que chacun voulut faire la siemae : nous en verrons quatre ou cinq de la façon des Suisses. Mais si les ministres Zuingiiens avoient leurs pensées, les autres avoient aussi les leurs ; et c'est^ce qui a produit la Confession de France et de Genève. On voit à peu près dans le même temps deux Confessions de foi sous le nom de l'Eglise anglicane, et autant sous le nom de l'Eglise d'Ecosse. L'Electeur Palatin Frédéric 111, voulut faire la sienne en paiticulier ; et celle-ci a trouvé sa place avec les autres dans le recueil de Genève. Ceux des Pays-Bas se. sont tenus à pas une de celles qu'on avoit faites devant eux , et nous avons une Confession de Toi bclgique, approuvée au synode de DordriH!ht. Pourquoi leai
8 PRKFACE
Calvinistes polonais n'auroient-ils pas eu la leur? En effet , encore qu'ils eussent souscrit la dernière Confession des Zuinglieiis , on voit quMls ne laissent pas d'en publier encore une autre an synode de Czenger : outre cela, s'étant assemblés avec les Vaudoîs et les Luthériens à Sendomir, ils convinrent d'une nouvelle manière d'expliqner l'article de l'Eucharistie , sans qu'aucun d'eux se départit de ses sentiments.
'15. ^utres actes authentiques. Que ces variations prouvent la foiblesso de l.-i reii{pou protestante.
Je ne parle pas de la Confession de foi des Bohémiens, qui vouloient contenter les deux partis de la nouvelle Réforme. Je ne parle pas des traités d'accord qui furent faits entre les Eglises avec tant de variétés et tant d'équivoques : ils paroîtront en leur lieu , avec les décisions des synodes nationaux , et d'autres Confessions de foi faites en différentes conjonctures. Estnil possible, ô grand Dieu , que sur les marnes matières , et sur les mêmes questions on ait eu besoin de* tant d'actes multipliés , de tant de décisions et de Confessions de foi si différentes? Encore ne puis-je pas me vanter de les savoir toutes , et j'en sais que je n'ai pu trouver. L'Eglise catholique n'en eut jamais qu'une à opposer à chaque hérésie : mais les Eglises de la nouvelle Réforme , qui en ont produit un si grand nombre , chose étrange et néanmoins véritable ! n'en sont pas encore contentes ; et on verra dans cette histoire , qu'il n'a pas tenu à nos Calvinistes qu'ils n'en aient fait de nouvelles, qui aient supprimé ou réformé toutes les autres.
On est étonné de ces variations. On le sera beaucoup davantage quand on verra le détail et la manière dont des actes si authentiques ont été dressés.
On s'est joué, je le dis sans exagérer, du nom de Confession de foi ; et rien n'a été moins sérieux, dans la nouvelle Réforme , que ce qu'il y a de plus sérieux dans la religion.
4('. Les Protestants ont eu honte de tant de Gonfrssions de foi. Vains (Prétextes dont ils ont tuché de se couvrir.
Cette prodigieuse multituite de Confessions de foi a effrayé ceux qui les ont faites : on verra les pitoyables raisons par lesquelles ils ont tâché de s'en excuser : mais je ne puis m'empêcher ici de rapporter celles qui sont proposées dans la préface du recueil de Genève [Synt Conf. Prœf.) ; parce qu'elles sont générales , et regardent également toutes les Eglises qui se disent Réformées.
La première raison qu'on allègue pour établir la nécessité de
multiplier ces Confessions, c'est que plusieui's articles de foi ayant été attaqués , il a fallu opposer plusieurs Confessions à ce grand nombre d*erreurs : j'en conviens , et en même temps , par uno raison contraire, je démontre l'absurdité de toutes ces Confessions de foi des Protestants ; puisque toutes , comme il paroît par la seule lecture des titres, regardent précisément les mêmes articles, de sorte que c'étoit le cas de dire avec saint Atbanase ( Athan. de Syn. et Ep. ad Afr. ) : « Pourquoi un nouveau concile , de nou- » velles confessions, un nouveau symbole? Quelle nouvelle ques- » tion s'étoit élevée? »
Une autre excuse qu'on apporte, c'est que tout le monde, comme dit l'apôtre, doit rendre raison de sa foi; do sorte que les Eglises répandues en divers lieux ont dû déclarer leur croyance par un témoignage public : comme si toutes les Eglises du monde, dans quelque éloignement qu'elles soient, ne pouvoient pas convenir dans le même témoignage , quand elles ont la même croyance, et qu'on n'ait pas vu en effet, dès l'origine du christianisme, un semblable consentement dans les Eglises. Où est-ce que Ton ne montrera que les Eglises d'Orient aient eu dans l'antiquité une confession différente de celle d'Occident? Le symbole de Nicée ne leur a-t-il pas servi également de témoignage contre tous les Ariens? la définition de Chalcédoine, 'contre tous les Eutychiens? les huit chapitres de Carthage , contre tous les Pélagiens? 6t ainsi du reste.
Mais, disent les Protestants, y avoit-il une des Eglises réformées qui pût faire la loi à toutes les autres? Non sans doute : toutes ces nouvelles Eglises sous prétexte d'éloigner la domination , se sont même privées de l'ordre , et n'ont pas pu conserver le principe d'unité. Mais enfin, si la vérité les dominoit toutes, comme elles s*en glorifient, il ne falloit autre chose pour les unir dans une même Confession de foi, sinon que toutes entrassent dans le sentiment de celle à qui Dieu auroit fait la grûco d'exposer la première la vérité.
Enfin nous lisons encore dans la Préface do Genève , que si la Réforme n'avoit produit qu'une seule Confession de foi, on auroit pris ce consentement pour un concert étudié; au lieu qu'un consentement entre tant d'Eglises et de Confessions de foi , sans concert, est l'œuvre du Saint-Esprit. Ce concert en effet seroit merveilleux : mais par malheur la merveille du consentement manque à ces Confessions de foi; et cotte histoire fera paroître quMl n'y eut jamais, dans une matière si sérieuse, une si étrange inconstance.
i7. Les Protestants de? dciii partis tentent Tninemeiit de se réunir sous une seule et uniforme Confession de foi.
On s'est aperçu d'un si. grand mal dans la Réforme, et on a , vainement tenté d'y remédier. Tout le second parti des Protestants a tenu une assemblée générale, pour dresser une commune Confession de foi. Mais nous verrons par les actes (Liv. xii.) qu'autant qu'on trouvoit d'inconvénient à n'en avoir point, autant fut»il impossible d'en convenir.
Les Luthériens, qui paroissent plus unis daus la Ck)nfession d'Ausbourg , n'ont pas été moins embarrassés de ses éditions différentes, et n'y ont pas pu trouver un meilleur remède (liv. m. VIII.)
iS. Combien ces variétés dégénèrent de Pancienno simplicité du christianisme.
On sera fatigué sans doute en voyant ces variations, et tant de fausses subtilités de la nouvelle Réforme ; tant de chicanes sur les mots; tant de divers accommodements ; tant d'équivoques et d'explications forcées sur lesquelles on les a fondées. Est-ce là , dirat-on souvent, la religion chrétienne, que les Païens ont admirée comme si simple , si nette et si précise en ses dogmes? Christith nam religionem absolutam etsimplicem? Non certainement, ce ne l'est pas. Ammian Marcelin avoit raison, quand il disoit que (]onstance,'par tous ses conciles et tous ses symboles, étoit éloigné de cette admirable simplicité , et qu'il avoit aifoibli toute la vigueur de la foi , par la crainte perpétuelle qu'il avoit de s'être trompé dans ses sentiments. (Ammian. Marcel. j lib. xxi.)
VJ. Pourquoi il faudra beaucoup parler dans cette Histoire de ceux que les Protestants appellent les Réformateurs.
Encore que mon intention §oit ici de représenter les Confessions de foi , et les autres actes publics où paroissent les variations, non pas des particuliers, mais des Eglises entières de la nouvelle Réforme ; je ne pourrai m'empècher de parler en même temps des chefs de parti qui ont dressé ces Confessions , ou qui ont donné lieu à ces changements. Ainsi, Luther, Melancton., Carlostad, Zuingle, Bucer, OEcolami)ade , Calvin, et les autres, paroîtront souvent sur les rangs : mais je n*en dirai rien qui ne soit tiré le plus souvent de leurs propres écrits, et toujours d'auteurs non suspects : de sorte qu'il n'y aura dans tout ce récit aucun fait qui ne soit constant , et utile à faire entendre les variations dont j'écris l'histoire.
20. Pièces de cette histoire, d'où tirées. Pourquoi il n'y a point d'histoire plus certaine ni plus authentiiiue que celle-ci.
Pour ce qui regarde les actes publics des Protestants, outre leurs Confessions de foi et leurs Catéchismes, qui sont entre les mains de tout le monde, j'en ai trouvé quelques-uns dans. le recueil de Genève; d'autres dans le livre appelé Concorde, imprimé par les Luthériens en 1 654 ; d'autres dans le résultat des synodes nationaux de nos prétendus Réformés, que j'ai vus en forme authentique dans la bibliothèque du Roi ; d'autres dans l'Histoire Sacramentaire, imprimée à Zurich, en 4 602, par Hospinien, auteur zuingh'en, ou enfin par d'autres auteurs protestants : en un mot je ne dirai rien qui ne soit authentique et incontestable. Au reste, pour le fond des choses, on sait bien de quel avis je suis : car assurément je suis Catholique aussi soumis qu'aucun autre aux décisions de l'Eglise, et tellement disposé, que personne ne craint davantage de préférer son sentiment particuHer au sentiment universel. Après cela, d'aller faire le neutre et l'indifférent, à cause que j'écris une histoire, ou de dissimuler ce que je suis, quand tout le monde le sait et que j'en fais gloire, ce seroit faire au lecteur une illusion trop grossière : mais avec cet aveu sincère, je maintiens aux Protestants qu'ils ne peuvent me refuser leur croyance, et qu'ils ne liront jamais nulle histoire, quelle qu'elle soit, plus indubitable que celle-ci; puisque, dans ce que j'ai à dire contre leurs Eglises et leurs auteurs, je n'en raconterai rien qui ne soit prouvé clairement par leurs propres témoignages.
S^l. Quelques objections qu'on peut faire contre cet ouvrage.
Je n'ai pas épargné ma peine à les transcrire ; et le lecteur se plaindra peut-être que je n'aie pas assez ménagé la sienne. D'autres trouveront mauvais que je me sois quelquefois attaché à des choses qui leur paraîtront méprisables. Mais outre que ceux qui sont accoutumés à traiter les matières de la reUgion savent bien que dans un sujet de cette importance et de cette délicatesse presque tout, jusqu'aux moindres mots, est essentiel; il a fallu (tunsidérer, non ce que les choses sont en elles-mêmes, mais ce qu'elles ont été, ou sont encore dans l'esprit de ceux à qui j'ai atîaire; et après tout on verra bien que celte histoire est d'un genre tout particulier; qu'elle a dû ï>aroître avec toutes ses preuves, et munie, pour ainsi dire, de tous côtés; et qu'il a fallu hasarder de la rendre moins di\ crtissantc. poiu' la rendre plus con- Naincante et plus utile.
22. Ou*il y a des choses qu il a fallu reprendre de plus haut, comme l'Histoire aes Yaudois, des Albigeois^ de Jean Viclef, et de Jean Hus-
Quoique mon dessein me renferme dans l'histoire des Protestants, j'ai cru en certains endroits devoir remonter plus haut (Lib. XI.); et ^'a été lorsqu'on a vu les Vaudois et les Hussites se réunir avec les Calvinistes et les Luthériens : il a donc fallu, en ces endroits, faire connoître l'origine et les sentiments de ces sectes, en.nuMitrer la descendance, les distinguer d'avec celles avec qui (m. a voulu les confondre, découvrir le manichéisme de Pierre de Blniis et des Albigeois; et montrer comment les Vaudois sont sortis d'eux; raconter les impiétés et les blasphèmes de Vi- ; clef, dont Jean Hu^ et ses disciples ont pris naissance; en un mot ^"révéler la honte de .tous ces sectaires à ceux qui se glorifient de /r te avoir pour prédécesseurs.
■SS. Pourquoi on suit Tordre des temps snns distinrlMU des matières.
Quant à la méthode de cet ouvrage, on y verra marcher les disputes et les décisions dans l'ordre qu'elles ont paru, sans distmction des matières, parce que les temps mêmes m'invitoient à suivre cet ordre. Il est certain que par ce moyen les variations des Protestants et l'état de leurs églises sera mieux marqué. On verra aussi plus clairement, en mettant ensemble sous les yeux les circonstances des lieux et des temps, ce qui pourra servir à la conviction ou à la défense de ceux dont il s'agit.
24. Toute In matière de l'E^îlise tnitén ensendile. Etat pr«»s(Mit de cette fameuse dispute, et à quels termes elle est réduite par les ministres (.laude et Jurieu.
Il n'y a qu'une controverse dont je fais l'histoire à part; et c'est celle qui regarde l'Église {Liv. xv.) : matière si importante, et qui seule pourroit emporter la décision de tout le procès, si elle n'étoit aussi embrouillée dans les écrits des Protestants, qu'elle est claire et intelligible en elle-même. Pour lui rendre sa netteté et sa simplicité naturelle, j'ai recueilli dans le dernier livre tout ce que j'ai eu à raconter sur cette matière, afin qu'ayant une fois bien envisagé la difficulté, le lecteur puisse apercevoir pourquoi les nouvelles Églises se sont senties obligées à tourner successivement do tant de côtés ce qui dans le fond ne ppuvoit jamais avoir qu'une même face. Car enfin tout se réduit à montrer où étoit l'Église avant la Réforme, Naturellement on la doit faire visible, selon la commune idée de tous les chrétiens, et on étoit allé là dans les premières Confessions de foi, comme on le verra dans celles d'Ans-
DES TARIATIOKS. 13
^Urg et de Strasbourg, qui sont dans chaque parti des Protes- ^ts les deux premières. On s'obligeoit, par ce moyen, à montrer dans sa croyance, non pas des particuliers répandus deçà et delà, et encore les uns sur un point, et les autres sur un autre; mais des corps d'Église, c'est-à-dire, des corps composés de pasteurs et de peuples : et on a longtemps amusé le monde en disant, qu'à la vérité l'Église n'étoit pas toujours dans l'éclat; mais qu'il y avoit dii moins, dans tous les temps, quelque petite assemblée où la vérité se faisoit entendre. A la fin, comme on a bien vu qu'on n'en pouvoit marquer, ni petite ni grande, ni obscure, ni éclatante, qui fût de la croyance protestante ; le refuge d'Église invisible s'est présenté très à-propos, et la dispute a roulé longtemps sur cette question. De nos jours on a reconnu plus clairement que l'Église réduite à un état invisible étoit une chimère inconciliablo avec le plan de l'Écriture et la commune notion des chrétiens, et on a abandonné ce mauvais poste. Les Protestants ont été contraints à chercher leur succession jusque dans l'Église romaine. Deux fameux ministres de France ont travaillé à l'envi à sauver les inconvénients de ce système, pour parler dans le style du temps : on entend bien que ces deux ministres sont messieurs Claude et Jurieu. On ne pouvoit apporter ni plus d'esprit, ni plus d'étude, ni plus de subtilité et d'adresse, ni en un mot plus de tout ce qu'il falloit pour se bien défendre r on ne pouvoit non plus faire meilleure contenance, ni renvoyer leurs adversaires d'un air plus fier et plus dédaigneux avec les petits esprits, et avec les missionnaires tant méprisés par les ministres: toutefois la difficulté qu'on vouloit faire parottre si légère, à la fin s'est trouvée si grande, qu'elle a mis la division dans le parti. Il a enfin fallu reconnoître publiquement qu'on trouvoit dans l'Église romaine, comme dans les autres églises, avec la suite essentielle du vrai christianisme, même le salut éternel ; secret que la politique du parti avoit tenu si caché depuis longtemps. Au reste, on nous a donné tant d'avantage , il a fallu se jeter dans des excès si visibles, on a si fort oublié et les anciennes maximes do la Réforme et ses propres Confessions do foi, que je n'ai pu m'empôcher de raconter ce changement dans toute sa suite. Que si je me suis attaché à tracer ici avec soin le plan de ces deux ministres, et à faire bien connaître l'état où ils ont mis la question; c'est do bonne foi que j'ai trouvé dans leurs écrits, avec les tours les plus adroits, toute l'érudition et toutes les subtilités que j'avois pu remarquer dans tous les auteurs que je connois, soit Luthériens ou Calvinistes: et si parmi les Protestants on s'avisoit de les dédire, sous prétexte des absurdités où on les
verroit poussés, et qu'on voulût se réfugier -de nouveau, ou dans i'ÉgUse invisible, ou dans les autres retraites également abandonnées; ce seroit, comme le désordre d une armée vaincue, qui consternée par sa déroute voudroit rentrer dans les forts qu'elle n'aiiroit pu défendre, au hasard de s'y voir bientôt forcée encore une fois; ou comme l'inquiétude d'un malade, qui après s'être longtemps inutilement tourné et retourné dans son lit, pour y trouver une place plus conmiode, reviendroit à celle qu'il auroit quittée, où peu après il sentiroit qu'il n'est pas mieux.
25. Quelles plaintes les Protestants pourront f'iire, *it combien -vaines.
Je ne crains ici qu'une chose; c'est, s'il m'est permis de le dire, de faire trop voir à nos frères le foible de leur Réforme. 11 y un aura parmi eux qui s'aigriront contre nous, plutôt que de se calmer, en voyant dans leur religion un tort si visible ; quoique , hélas I je ne songe point à leur imputer le malheur de leur naissance , et que je les plaigne encore plus que je ne lesblâme. Mais ils ne laisseront pas de s'élever contre nous. Que de récriminations préparera-t-on contre l'Eglise, et que de reproches peutêtre contre moi-même , sur la nature de cet ouvrage ? Combien de nos adversaires me diront, quoique sans sujet, que je suis sorti de mon caractère et de mes maximes , en abandonnant la modéraration qu'ils ont eux-mêmes louée , et en tournant les disputes de religion à des accusations personnelles et particulières? Mais assurément ils auront tort. Si ce récit rend le procédé de la Réforme odieux, les bons esprits verront bien qu'en cela ce n'est pas moi, mais la chose même qui parle. Il ne s'agit de rien moins que de faits personnels, dans un discours où je me propose d'exposer, sur les matières de la foi , les actes les plus authentiques de la religion protestante. Que si on trouve dans leurs auteurs , qu'on nous vante comme des hommes extraordinaircment envoyés i)our faire renaître le christianisme au seizième siècle, une conduite directement opposée à un tel dessein ; et qu'on voie en général , dans le parti qu'ils ont formé, tous les caractères contraires à un christianisme renaissant : les Protestants apprendront dans cet endroit de l'histoire à ne point déshonorer Dieu et sa providence , en lui attribuant un choix spécial qui seroit visiblement mauvais.