Accord de Yitemberg , et ses six articles
« I. Que , suivant les paroles de saint Irenée , l'Eucharistie » consiste en deux choses, l'une terrestre, et l'autre céleste ; » et par conséquent que le corps et le sang de Jésus-Christ » sont vraiment et substantiellement présents, donnés et re-- » çus avec le pain et le vin.
» II. Qu'encore qu'ils rejetassent la transsubstantiation, c»- » ne crussent» pas que le corps de Jésus-Christ fût enferma » localement dans le pain , ou qu'il eût avec le pain aucune » union de longue durée hors l'usage du sacrement , il n^ » falloit pas laisser d'avouer que le pain étoit le corps de Je— )) sus-Christ par une union sacramentelle : c'est-à-dire qu^ » le pain étant présenté, le corps de Jésus-Christ étoit tou^ » ensemble présent et vraiment donné » .
HI. Ils ajoutoient néanmoins : « Que hors de Tusage du sa- » crement, pendant qu'il est gardé dans le ciboire , ou montré » dans les processions , ils croient que ce n'est pas le corps » de Jésus-Christ » .
IV. Ils concluoient en disant : a Que cette institution du » sacrement a sa force dans TÉglise , et ne dépend pas de la » dignité ou indignité du ministre, ni de celui qui reçoit.
» V. Que pour les indignes, qui, selon saint Paul, mangent » vraiment le sacrement, le corps et le sang de Jésus-Christ » leur sont vraiment présentés , et qu'ils les reçoivent vé- » siTARLEMENT , quand les paroles et l'institution de Jésus- » Christ sont gardées.
» Vï. Que néanmoins ils le prennent pour leur jugement, » comme dit le même saint Paul, parce qu'ils abusent du sa- » crement en le Recevant sans pénitence et sans foi ». (Hosp. p. 2. an. 1535. f. 145. In lih. Conc. 729.).
2^. Bacer trompe Lather et élude les termes de Taccord.
Luther n'avoitrien, ce semble, à désirer davantage. Quand on lui accorde que l'Eucharistie consiste en deux choses, l'une céleste , et l'autre terrestre , et que de là on conclut que le corps de Jésus-Christ est substantiellement présent avec le pain (Art. 1.), on montre assez qu'il n'est pas seulement présent à l'esprit et par la foi : mais Luther, qui n'ignoroit pas les subtilités des Sacramentaires , les pousse encore plus avant , et leur fait dire que ceux-là même qui nont pas la foi ne dissent pas de recevoir véritablement le corps de notre Seigneur. (Art. V. et VI.).
On n'avoit garde de les soupçonner de croire que le corps de Jésus-Christ ne nous fût présent que par la foi , puisqu'ils avouoient qu'il éloit présent , et véritablement reçu par ceux qui étoient sans foi et sans pénitence.
Après cet aveu des Sacramentaires, Luther se persuada aisément qu'il n'avoit plus rien à en exiger, et il jugea qu'ils avoient dit tout ce qu'il falloit pour confesser la réalité ; mais il n'avoit pas encore assez compris que ces docteurs ont des î^ecrets particuliers pour tout expliquer. Quelque dîÀtÇi^ vs^^
lui parussent les paroles de Taccord , Bucer savoit^par où en sortir. Il a fait plusieurs écrits , où il explique aux siens en quel sens il a entendu chaque parole de Taccord : là il déclare que c( ceux qui , selon saint Paul , sont coupables du » corps et du sang, ne reçoivent pas seulement le sacrement, » mais en effet la chose même, et qu'ils ne sont pas sans foi; » encore, dit-il, qu'ils n'aient pas cette foi vive qui nous sauve, » ni une véritable dévotion de cœur ». (Bue, declar. Conc. Vit. Id. ap, Hosp, an. 1556. 148, etseq.).
Qui auroit jamais cru que les défenseurs du sens figuré pussent avouer dans la Cène une véritable réception du corps et du sang de notre Seigneur sans avoir la foi qui nous sauve? Quoi donc! une foi qui ne sufût pas pour nous justifier, suffîtelle, selon leurs principes, pour nous communiquer vraiment Jésus-Christ? Toute leur doctrine résiste % ce sentiment de Bucer; et ce ministre lui-même, fût-il cent fois plus subtil, ne peut jamais accorder ce qu'il dit ici avec ses autres maximes. Mais il ne s'agit pas en ce lieu d'examiner les subtilités par lesquelles Bucer se démêle de l'accord qu'il avoit signé à Vitemberg : il me suffit de remarquer ce fait constant , que toutes les Églises d'Allemagne qui défendoient le sens figuré, assemblées en corps par leurs députés , ont accordé par un acte authentique , a que le corps et le sang de Jésus-Christ » sont vraiment et substantiellement présents, donnés et re- » eus dans la Cène avec le pain et le vin ; et que les indignes » qui sont sans foi , ne laissent pas de recevoir ce corps et » ce sang, pourvu qu'ils gardent les paroles de l'institution».
Si ces expressions peuvent s'accorder avec le sens figuré, on ne sait plus désormais ce que les mots signifient , et nous trouverons tout en toutes choses. Des hommes qui ont accoutumé leur esprit à tourner en cette sorte le langage humain, feront dire ce qu'il leur plaira et à l'Écriture et aux Pères ; et il ne faut pas s'étonner de tant de violentes interprétations qu'ils donnent aux passages les plus clairs.
25. Sentimoiit de Gnhin sur le? équivoques en matière de foi.
Savoir maintenant si Bucer avoit un dessein formel d'amuserJe monde par des équivoques affectées, ou si quelque idé<^
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ronfuse de réalité lui fit croire qu il pouvoit de bunnc foi souscrire à des expressions si évidemment contraires au sens figuré; j'en laisse le jugement aux Protestants. Ce qui est certain , c'est que Calvin son ami , et en quelque façon son disciple, quand il vouloit exprimer une obscurité blâmable dans une profession de foi , disoit qu^7 ny avoit rien de si embarrassé, de si obscur, de si ambigu, de si tortueux dans Bucer ■ même (Ep. Calv. p. 50.).
Ces artificieuses ambiguités étoient tellement de Tesprit de la nouvelle Réforme , que Melancton même , c'est-à-dire le plus sincère de tous les hommes par son naturel, et celui qui avoit le plus condamné les équivoques dans les matières do foi, s'y laissa entraîner contre son inclination. Nous trouvons une lettre de lui en 1541, où il écrit que rien n'étoit plus indigne de l'Église , « que d'user d'équivoques dans les Confes- » sions de foi , et de dresser des articles qui eussent besoin » d'autres articles pour les expliquer; que c'étoit en appa- » rence faire la paix, et en effet exciter la guerre (Lib. \ . ep. w 25. 1341.); que c'étoit enfin à l'exemple du faux concile de ^> Sirmic et des Ariens, mêler la vérité avec l'erreur » (Ibid. fp. 76.). Il avoit raison ; et néanmoins dans le même temps , lorsqu'on tenoit la première assemblée de Ratisbonne pour concilier la religion catholique avec la protestante, Melancton H Bucer (ce ne sont pas les Catholiques qui l'écrivent; c'est Calvin qui étoit présent , et intime confident de l'un et àf^ Tautre) « Melancton, dis-je, et Bucer composoient sur la tran^- » substantiation des formules de foi équivoques et trompeuses, » pour voir s'ils pourroient contenter leurs adversaires en ne » leur donnant rien » {Ep. Calv, p. 38.).
Calvin étoit le premier à condamner ces obscurités affectées et ces honteuses dissimulations. « Vous blâmez, dit-il ^ (£p. p. 50.), et avec raison, les obscurités de Bucer. Il faut ^' parler avec liberté , disoit-il en un autre endroit ; il n'est ^ pas permis d'embarrasser par des paroles obscures ou ** équivoques ce qui demande la lumière.... Ceux qui veulent ^ ici tenir le milieu abandonnent la défense de la vérité » . Et à l'égard de ces pièges dont nous venons de parler , que JJucer et MeUncton fendoicnl ânns leurs (Wscovw^ ^\tvV\%\\^ *\x»^
On convint que Taccord n'auroit de lieu qu'étant approuv(i [ par les Églises. Bucer et les siens doutèrent si peu de Fap- 1 prbbation de leur parti , qu'aussitôt après l'accord signé ils ^ firent la Cène avec Luther en signe de paix perpétuelle. Les .- Luthériens ont toujours loué cet accord. Les Sacramentaires y ont recours comme à un traité authentique qui avoit réuni tous les Protestants. Hospinien prétend que les Suisses, du moins une partie de ce corps, et Calvin même, l'ont approuvé j An. 1536. 1537. 58.). On en trouve en effet Tapprobation i expresse parmi les lettres de Calvin ( Calv, ep. p, 324.) : de ' sorte que cet accord doit avoir rang parmi les actes publics de la nouvelle Réforme, puisqu'il contient les sentiments de ] toute l'Allemagne protestante , et presque de la Réforme tout entière.
2S. Ceux de Zurich se moquent des équivoques de Bucer.
Bucer eût bien voulu le faire agréer à ceux de Zurich. Il leur alla tenir dans leur assemblée de grands et vagues discours, et leur présenta ensuite un long écrit (Hosp. p. 2. /. 150. et seq.). C'est dans de telles longueurs que se cachent les équivoques; et à expliquer simplement la foi , on n'a besoin que de peu de paroles. Mais il eut beau déployer toutes ses subtilités , il ne put faire digérer aux Suisses sa présence substantielle , ni sa communion des indignes ; ils voulurent toujours expliquer leur pensée telle qu'elle étoit , en termes simples, et dire, comme Zuingle, qu il n'y avoit point de présence physique ou naturelle, ni substantielle , mais une présence par la foi , une présence par le Saint-Esprit ; se réservant la liberté de parler de ce mystère comme ils trouveroient le plus convenable , et toujours le plus simplement et le plus intelligiblement qu'il se pourroit. C'est ce qu'ils écrivirent à Luther ; et Luther qui , à peine revenu d'une dangereuse maladie et fatigué peut-être de tant de disputes, ne vouloit alors que du repos , renvoya de son côté l'affaire à Bucer {Hosp. p. 2. f. 157.), avec lequel il croyoit être d'accord.
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99. Les Zuiiiglienf ne yeulent point entendre parler de niiraclei, ni de Toute-Puissance dnns TKacbaristie.
Mais comme il avoit mis dans sa lettre, qu'en convenant de la présence, il falloit abandonner la manière à la Toute-Puissance divine , ceux de Zurich , étonnés qu'on leur parlât de la Toute-Puissance dans une action où ils n'avoient rien conçu de miraculeux, non plus que leur maître Zuingle, s'en plaignirent à Bucer, qui se tourmenta beaucoup pour les satist feire : mais plus il leur disoit qu'il y avoit quelque chose [ d'incompréhensible dans la manière dont Jésus-Christ se don- I noità nous dans la Gène, plus les Suisses lui répétoient au contraire que rien n'étoit plus aisé. Une figure dans cette parole, Ceci est mon corps, la méditation de la mort de notre Seigneur, et l'opépation du Saint-Esprit dans les cœurs, n'avoient aucune difficulté , et ils n'y vouloient point d'autres miracles. C'est en effet comme parleroient les Sacramentaires, s'ils vouloient parler naturellement. Les Pères, à la mérité , ne parloient pas de cette sorte, eux qui ne trouvoient point d'exemple trop haut pour amener les esprits à la croyance de ce mystère , et y employoient la Création , l'Incamatiou de notre Seigneur , sa naissance miraculeuse , tous les miracles de l'ancien et du nouveau Testament, le changement merveilleux d'eau en sang, et d'eau en vin , persuadés qu'ils étoient que le miracle qu'ils reconnoissoientdans l'Eucharistie n'étoit pas moins un ouvrage de Toute-Puissance , et ne cédoit rien aux merveilles les plus incompréhensibles de la main de Dieu. C'est ainsi qu'il falloit parler dans la doctrine de la présence réelle ; et Luther avoit retenu avec cette foi les mêmes expressions. Par une raison contraire , les Suisses trouvoient tout facile , et aimoienl mieux tourner en figure les paroles de notre Seigneur que d'appeler sa Toute-Puissance pour les rendre véritables : comme si la manière la plus simple d'entendre l'Écriture sainte éloit toujours celle où la raison a le moins de peine , ou que les miracles coûtassent quelque chose au Fils de Dieu , quand il nous veut donner un témoignage de son amonr.
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avait donné les mains : la ville de Strasbourg s'étoit Aéc]a^rée avec son docteur pour la Confession d'Ausbourg : la politique étoit contente , c'est ce qui pi:essoit ; et pour la doctrine , on verroit après.
55. I^ouvelle manière d^expliquer les paroles de rinstitation.
Il faut pourtant avouer que Luther y alloit de meilleure foi. Il vouloit parler nettement sur la matière de TEucharistie : et voici comme il coucha l'article vi , du sacrement de Tautel : <( Sur le sacrement de l'autel , dit-il (Conc. p. 550.), non» » croyons que le pain et le vin sont le vrai corps et le vrai » sang de notre Seigneur ; et qu'ils ne sont pas seulement ! » donnés et reçus par les chrétiens qui sont pieux , mais en- )) core par ceux qui sont impies. » Ces derniers mots sont les mêmes que nous avons vus dans l'accord de Vitemberg; sinon, qu'au lieu du terme d'indignes , il se sert de celui à'impies, •. qui est plus fort , et qui éloigne encore davantage l'idée de la foi.
Il faut aussi remarquer que Luther ne dit rien dans cet ar- ] ticle contre la présence hors de l'usage, ni contre l'union du- | rable, mais seulement que le pain étoit le vrai corps, sans ] déterminer quand il l'étoit, ni combien de temps. \
5C. Si le pain peut être le corps.
Au reste , cette expression , que le pain était le vrai corps, jusque-là n'avoit été insérée par Luther dans aucun acte public. Les termes ordinaires dont il se servoit, c'est que le corps et le sang étoient donnés sous le pain et sous le vin (Conc. p. 580.) : c'est ainsi qu'il s'explique dans son petit catéchisme. Dans le grand il ajoute un mot , et dit : que le corfs nou^ est donné dans le pain et sous le pain (Ibid. 555.). Je^n'ai pas pu démêler encore dans quel temps ont été faits ces demi catéchismes ; mais il est certain que les Luthériens les reconnaissent comme des actes authentiques de leur religion. Aux deux particules en bisous, la Confession d'Ausbourg ajoute avec; et c'est la phase ordinaire des vrais Luthériens, que te corp.9 et le sang sont reçus dans , sous et avec le pain et le vin;
mais on n'avoit dit encore , dans aucun acte public de tout le parti , que le pain et le vin fussent le vrai corps et le vrai gang de notre Seigneur. Luther tranche ici le mot ; et il fallut que Melancton, avec toute la répugnance qu'il avoit à unir le pain avec le corps , passât même jusqu'à souscrire que le pain étoit le vrai corps.
37. Luther ne peut éviter les équivoques des Sacramentaires qui éludent tout.
Les Luthériens nous assurent , dans leur livre de la Concorde {Ibid. p. 730.), que Luther fut porté à cette expression par les subtilités des Sacramentaires , qui trouvoient moyen d'accommoder à leur présence morale ce que Luther disoit de plus fort et de plus précis pour la présence réelle et substantielle ; par où , en passant , on voit encore une fois qu'il ne faut pas s'étonner si les défenseurs du sens flguré trouvent moyen de tirer à eux les saints Pères ; puisque Luther même, vivant et parlant , lui qui connoissoit leurs subtilités , et qui entreprenoit de les combattre, avoit peine à trouver des termes qu'ils ne fissent venir à leur sens avec leurs interprétations. Fatigué de leurs subtilités , il voulut chercher quelques expressions qu'ils ne pussent. plus détourner, et il dressa Tarticle de Smalcalde en la forme que nous avons vue.
En eifet, comme nous l'avons déjà remarqué {Ci-dessus, liv. n. n. 3, 31.), si le vrai corps de Jésus-Christ, selon l'opinion des Sacramentaires, n'est reçu que par le moyen de la foi vive, on ne peut pas dire avec Luther, que les impies le reçoivent; et tant qu'on soutiendra que le pain n'est le corps ' (le Jésus-Christ qu'en figure, assurément on ne dira pas avec l'article de Smalcalde , que le pain est le vrai corps de Jésus- Christ : ainsi Luther par cette expression excluoit le sens figuré, et toutes les interprétations des Sacramentaires. Mais il lie s'aperçut pas qu'il n'excluoit pas moins sa propre doctrine, puisque nous avons fait voir que le pain ne peut ê(re le vrai corps , qu'il ne le devienne par ce changement véritable et substantiel que Luther ne veut point admettre.
Ainsi quand Luther et les Luthériens, après avoir tourné en tant de diverses façons l'article de la présence réelle, tâchent
enfin de Texpliquer si précisément , que les équivoques Sacramentaires demeurent tout à fait bannies , on les insensiblement tomber dans des expressions qui n'ont au sens^elon leurs principes, et ne peuvent se soutenir que ( la doctrine catholique.
38. Eaiportement de Luther contre le Pape dans les articles de Smalc
Luther s'explique à Smalcalde très-durement contn Pape , dont , comme nous avons vu , on n'avoit fait n mention dans les article^ de foi de la Confession d'Âusboi ni dans F Apologie ; et il met parmi les articles dont il n veut jamais relâcher (Art, iv,p. 312.) : « que le Pape n'est » de droit divin : que la puissance qu'il a usurpée est pl( » d'arrogance et de blasphème : que tout ce qu'il a fait et » encore en vertu-de cette puissance est diabolique : que. y) glîse peut et doit subsister sans avoir un chef : que qu » le Pape auroit avoué qu'il n'est pas de droit divin , n » qu'on l'a établi seulement pour entretenir plus comme » ment l'unité des chrétiens contre les sectaires , il n'arri » roit jamais rien de bon d'une telle autorité ; et que le m » leur moyen de gouverner et de conserver FÉglise , c'est » tous les évêques, quoiqu' inégaux dans les dons , demeur » pareils dans leur ministère sous un seul chef, qui est Jés » Christ ; qu'enfin le Pape est le vrai Anteclirist. »