Exécution d'Anne de Boulen
On avoit cru son crédit ébranlé par la chute d'Anne. En effet, il avoit reçu d'abord des défenses de voir le Roi ; mais il sut bientôt se rétablir aux dépens de sa bienfaitrice, et par la cassation de son mariage. La malheureuse espéra en vain de fléchir le Roi, en avouant tout ce qu'il vouloit. Cet aven ne lui sauva que le feu. Henri lui fit couper la tête (Ibid, 277.). Le jour de l'exécution elle se consola, sur ce qu'elle avoit ouï dire que V exécuteur étoit fort habile ; et d'ailleurs^ ajouta-l-elle (Ibid, 279.), fai le cou assez petit. Au même temps, dit le témoin de sa mort, elle y a porté la main, et s'est mise à rire de tout son cœur, soit par l'ostentation d'une intrépidité outrée, soit que la tête lui eût tourné aux approches ûe la mort: et il semble, quoi qu'il en soit, que Dieu vouloit, quelque affreuse que fût la fin de cette princesse, qu'elle tînt autant du ridicule que du tragique.
24. Définkion de Henri sur la foi. Il confirme celle de FË^lise sur le sacrement de Pénitence.
Il est temps de raconter les définitions de foi que Henri iil en Angleterre, comme chef souverain de l'Église. Voici, dan{ les articles qu'il dressa lui-même, la confirmation de la doctrine catholique. On y trouve Vabsolution du prêtre comn2(
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nonce à Fanité de la foi et des sentiments, tant recommandée à TEglise par Jésus-Christ et par ses apôtres. Quand une E^ise ainsi cantonnée se donne son roi pour son chef, elle se foit en matière de religion un principe d'unité que Jésus- Christ et FEYangile n'ont pas établi : elle change TEglise en corps politique , et donne lieu à ériger autant d'Eglises séparées qu'il se peut former d'Etats. Cette idée de réformation et d'Eglise est née dans l'esprit de Henri YIII et de ses flattears; et jamais les chrétiens ne l'avoient connue.
69. si en cela TEglise anglicane suiToit l'ancienne Eglise, comme le prétend M. Burncl.
On nous dit que « tous les conciles provinciaux de l'an- » cienne Eglise fournissoient l'exemple d'une semblable pra- » tique, ayant condamné les hérésies et réformé les abus » {Ibid. Préf. ). Mais cela, c'est visiblement donner le change. 11 est bien vrai que les conciles provinciaux ont dû condamner d'abord les hérésies qui s'élevoient dans leur pays ; car, pour y remédier , eût-il fallu attendre que le mal gagnât, et que toute l'Eglise en fût avertie? Aussi n'est-ce pas là notre question. Ce qu'il falloit nous faire voir c'est que ces Eglises se regardassent comme un corps entier, à la manière qu'on le fit en Angleterre ; et qu'on y réformât la doctrine , sans prendre pour règle ce qu'on croyoit unanimement dans tout le corps de l'Eglise. C'est de quoi on ne produira jamais aucun exemple. Lorsque les Pères d'Afrique condamnèrent l'hérésie naissante de Célestius et de Pelage , ils posèrent pour fondement la défense d'entendre l'Ecriture sainte «autrement » que toute l'Eglise catholique répandue par toute la terre ne » Favoit toujours entendue » (Conc, Milev. cap, 2. ConciL Lahb, T. ii. col, 1538. ). Alexandre d'Alexandrie posa le ni(^me fondement contre Arius, lorsqu'il dit en le condamnant : « Nous ne connoissons qu'une seule Eglise catholique et apos- » tolique, qui, ne pouvant être renversée par toute la puis- » sance du monde, détruit toute impiété et toute hérésie. » En encore : « Nous croyons dans tous ces articles ce qu'il a » plu à TEglise apostolique » (Ep, Alexand, Epist, Alex, ad Alexanâ. Constantinop. Conc. Lahb, T. ii. col, 22. et Theod.
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Hiêt. Eeel. l. i. e. 3. ). C'est ainsi que les évéques et les conciles particuliers condamnoient les hérésies par un premier jugement, en se conformant à la foi commune de tout le corps. On y envoyoit ces décrets à toutes les Églises ; etc'étoit de cette unité qu'ils tiroient leur dernière force.
70. si l'Eglife an||;UcaDe eut raison de croire qu'il étoii trop difficile en nos jours de consulter la foi de toute rEgli«e.
Mais on dit que le remède du concile universel, aisé sous TEmpire romain lorsque les Eglises avoient un souverain commun , est devenu trop difticile , depuis que la chrétienté * est partagée en tant d'Etats {Burn. ibid. ) : autre illusion. Car premièrement le consentement des Eglises peut se déclarer par d'autres voies que par des conciles universels : témoin dans saint Cyprien la condamnation de Novatien ; témoin celle de Paul de Samosate , dont on a écrit qu'il avoit été condamné par le concile et le jugement de tous les évéques du monde ( Episl. Alex, ad Alex. Constantin. ) , parce que tous avoient consenti au concile tenu contre lui à Antioche; témoin eniin les Pélagiens , et tant d'autres hérésies , qui sans concile universel ont été sufQsamment condamnées par l'autorité réunie du Pape et de tous les évéques. Lorsque les besoins de l'Eglise ont demandé qu'on assemblât un concile universel, le Saint- Esprit en a bien trouvé les moyens ; et tant de conciles qui se sont tenus depuis la chute de l'Empire romain , ont bien fait voir que pour assembler les pasteurs, quand il a fallu, on n' avoit pas besoin de son secours. C'est qu'il y a dans l'Eglise catholique un principe d'unité indépendant des rois de la terre. Le nier, c'est faire l'Eglise leur captive, et rendre défectueux le céleste gouvernement institué par Jésus- Christ. Mais les Protestants d'Angleterre n'ont pas voulu reconnoître cette unité , à cause que le saint Siège en est dans l'extérieur le principal et ordinaire lien ; et ils ont mieux aimé , même en matière de religion , avoir leurs rois pour leurs chefs , que de reconnoitre dans la chaire de saint Pierre un principe établi de Dieu pour l'unité chrétienne.
7i. Tonte* sortes de nouveautés s^intmdiiisoient en Angleterre, malgré les ri^eurs de Henri VIII, et pourquoi ?
Les six articles publiés de Tautorité du Roi et du Parlement tinrent lieu de loi durant tout le règne de Henri VIII. Mais que peuvent sur les consciences des décrets de religion, qui, tirant leur force de Tautorité royale à qui Dieu n'a rien commis de semblable , n'ont rien que de politique ? Encore que Henri YIII les soutint par des supplices innombrables, et qu'il fît mourir cruellement non-seulement les Catholiques qui détestoient sa suprématie , mais encore les Luthériens et les Zuingliens qui attaquoient aussi les autres articles de sa foi; toutes sortes d'erreurs se couloient insensiblement dans l'Angleterre , et les peuples ne surent plus à quoi se tenir, quand il virent qu'on avoit méprisé la chaire de saint Pierre, d'où l'on savoit que la foi étoit venue en cette grande île ; soit qu'on voulût regarder la conversion de ses anciens habitants sous le pape saint Eleuthère, soit qu'on s'arrêtât à celle des Anglais qui fut procurée par le pape saint Grégoire.
Tout l'état de l'Eglise anglicane, tout l'ordre de la discipline, toute la disposition de la hiérarchie dans ce royaume, et enfin la mission aussi bien que la consécration de ses ^vêques , venoit si certainement de ce grand pape et de la chaire de saint Pierre, ou des évêques qui la regardoient comme le chef de leur communion , que les Anglais ne pou- 'oient renoncer à cette sainte puissance , sans afîoiblir parmi eux l'origine même du christianisme , et toute l'autorité des anciennes traditions.
'S. On raisonna en Angleterre sur de faux principes, lorsqu'on y rejeta la primauté du Pape.
Lorsqu'on voulut affoiblir en Angleterre l'autorité du saint Siège , on remarqua « que saint Grégoire avoit refusé le titre ) d'évêque universel à peu près dans le même temps qu'il » travailloit à la conversion de l'Angleterre : et ainsi, con- ) cluoient Cranmer et ses associés , lorsque nos ancêtres re- » curent la foi , l'autorité du Siège de Rome étoit dans une > louabU modération » (Bum, /. part. L ii. p. 204.).
nut lui-même que c*étoit pour avoir nié la présence corporel^ de Jésus-Christ dans V Eucharistie (P. 425.). On voit par-là C? * quoi on faisoit consister alors la principale partie de laRc*^ formation d'Edouard YI, et je suis bien aise de le faire r^ marquer ici, parce que tout cela sera changé sôus Elisabeth-
4Ut. Fausse réponse de Cranmer devant ses juges.
(1556.) Lorsqu'il s'agit de décerner dans les formes dLu supplice (de Cranmer, ses juges furent composés de commissaires du PafVe et de commissaires de Philippe et de Marie ; car la Reine avoit alors épousé Philippe II, roi d'Espagne. L'accusation roula sur les mariages et les hérésies de Cranmer. M. Bumet nous apprend que la Reine lui pardonna le crime d'Etat pour lequel il avoit déjà été condamné dans le Parlement. Il avoua les faits qu'on lui imputoit sur sa doctrine et ses mariages, « et remontra seulement qu'il n'avoit jamais » forcé personne de signer ses sentiments (//. part, liv, n. y* p. 496.). »
^02. Cranmer condamné selon ses principes.
A entendre un discours si plein de douceur, on pourroil croire que Cranmer n'avoit jamais condamné personne pour la doctrine. Mais pour ne point ici parler de l'emprisonnement de Gardiner, évêque deWinchestre, de celui de Donner, cvêque de Londres {Ibid. liv. i. p. 53. 54.), ni d'autres choses semblables , l'archevêque avoit souscrit sous Henri au jugement où Lambert et ensuite Anne Askew furent condamnés à mort pour avoir nié la présence réelle (/. part, liv, ii. p, 346. Liv, m. p. 467.) ; et sous Edouard à celui de Jeanne de Kent, et à celui de George de Pare brûk's pour leurs hérésies (//. part, liv, I. p, 169. 171.). Bien plus, Edouard porté à la clémence refusoit de signer l'arrêt de mort de Jeanne de Kent, et il n'y fut déterminé que, par Tautorilé de Cranmer ( Ibid, p, no.). Si donc on le condamna pour cause d'hérésie^ il en avoit lui-même très-souvent donné l'exemple.
pas juste que M. Burnet, sous le titre insinuant d'historien , décide ainsi des antiquités ; ni que f ra-Paolo qu'il a imité acquière le droit de faire croire tout ce qu'il voudra de notre religion , à cause que sous un froc il cachoit un cœur caTviniste , et qu'il travailloit sourdement à décréditer la messe qu^il disoit tous les jours.