‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 65 sur 177 · La coopération du libre arbitre · texte numérisé non relu

La coopération du libre arbitre

Nous avons déjà remarqué qu'il n'avoit reconnu à Ausboin| l'exercice du libre arbitre que dans les actions de la vie cifile, et que depuis il Tavoit étendu même aux actions chrétiennes. C'est ce qu'il commence à nous découvrir plus clairemeul dans la Confession saxonique ( Cap. de rem, pccc, de lib. c etc. Synt, Gen. IL part, p. 54. 60, 61. etc.) : car après aYoir expliqué la nature du libre arbitre et le choix de la volonté, et avoir aussi expliqué qu'elle ne suffit pas seule pour les œuvres que nous appelons surnaturelles , il repète par deux foif que la volonté, après avoir seçu le Saint-Esprit, ne demem pas oisive, c'est-à-dire, qu'elle n'est pas sans action; ce qui semble lui donner, comme fait aussi le concile de Trente, une action libre sous la conduite du Saint-Esprit qui la meut intérieurement.

24. Doctrine de Melancton sur la coopération du libre arbitre. Demi-pélaginnisnie.

Et ce que Melancton nous donne à entendre dans cette Confession de foi, il l'explique plus clairement dans ses lettres; car il en vient jusqu'à rcconnoître dans les œuvres sumatoreOes la volonté humaine, selon l'expression de Técole, eopaiûe un agent partial, agens ^[wiTUaVi V.Vâfc«w. eç. 240.);

'est-à-dire que l'homme agit avec Dieu, et que des deux il e fait un agent total. C'est ainsi qu'il s'en étoit expliqué dans a conférence de Ratisbonne en 15i1. Kt encore qu'il sentir lien que cette manière de s'expliquer déplairoit aux siens, il le laissa pas de passer outre, à cause, dit-il, que la chose est Uritable. Voilà comme il revenoit des excès que Luther lui voit appris, encore que Luther y eût persisté jusqu'à la fin. his il s'explique plus amplement sur cette matière dans une ptlre écrite à Calvin. « J'avois, dit-il (Ep. Mel. inter. ep. Calv, p. 584. ), un ami qui en résonnant sur la prédestination, croyoit également ces deux choses, et que tout arrive parmi les hommes comme l'ordonne la Providence, et qu'il ^y a néanmoins de la contingence. Il avouoit cependfint qu'il * ne pouvoit pas concilier ces choses. Pour moi (|ui tiens, poursuit-il, que Dieu n'est pas la cause du péché, et ne veut pas le péché je reconnois cette contingence dans l'infirmité » de notre jugement, afin que les ignorants confessent que David » est tombé, de lui-même et par sa propre volonté dans le j)éché; * qu'il pouvoit conserver le Saint-Esprit qu'il avoit en lui, et » que dans ce combat il faut reconnoître quelque action de la » volonté. » Ce qu'il confirme par un passage de saint Basile, [^ il dit : Ayez seulement la volonté,. et Dieu vient à vous. Par oàMelancton sembloit insinuer, non-seulement que la volonté 3^it, mais qu'elle commence ; ce que saint Basile rejette en d'autres endroits, et ce qu'il ne me paroît pas que Melancton ait jamais assez rejeté, puisque même nous avons vu qu'il avoit coulé un mot dans la Confession d'Ausbourg, oh il sembloit insinuer que le grand mal est de dire , non que la volonté puisse commencer, mais qu'elle puisse achever par elle-même l'œuvre de Dieu ( Cow/". Aug.art, xvni. Ci-dessus. Uv.m. n. 19. 20.).

^f L'exercice du libre arbitre clairement reconnu par Melancton dans les opérations de la Grâce.

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il reconnoissoit l'exercice du libre arbitre dans les opérations de la Grâce ; puisqu'il tTpooît si clairement que David pouvoit conserver le Saint- Esprit quand il le perdit, comme il pouvoit le perdre quand

il le conserva : mais encore que ce fût là sou sentiment, il n'osa le déclarer nettement dans la Confession saxonique trop heureux de le pouvoir insinuer doucement par ces paro les, la volonté n'est pas oisive, ni sans action.

C'est que Luther avoit tellement foudroyé le libre arbitre, t et avoit laissé dans sa secte une telle aversion pour son exercice, que Melancton n'osoit dire qu'en tremblant ce qu'i en croyoit, et que ses propres Confessions de foi étoient amr biguës.

2(3 Sa doctrine condamnée par ses confrèreit.

Mais toutes ses précautions ne le sauvèrent pas de la censure. Illyric et ses sectateurs ne lui purent souffrir ce petit mot qu'il avoit mis dans la Confession saxonique, que la voJ. lonté nétoii pas oisive, ni sans action. Il condamnèrent cette expression dans deux assemblées synodales, avec le passagi f de saint Basile dont nous avons vu que Melancton se servoit. s

Cette condamnation est insérée dans le livre de la Concorde ee (P. 5. 82. 680.). Tout Thoniieur qu'on fait à Melancton, c'est de ne le pas nommer, et de condamner ses e.xpressions sous le nom général de nouveaux auteurs, ou sous le nom des papistes et des scolasliques. Mais qui considérera avec quel soin on a choisi les expressions de Melancton pour les con- . damner, verra bien que c'est à lui qu'on en vouloit, et les Luthériens de bonne foi en sont d'accord.

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