‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 64 sur 177 · La dispute des cérémonies ou des choses indifférentes · texte numérisé non relu

La dispute des cérémonies ou des choses indifférentes

(1549.) D'autres disputes s'allumoient en 'même temps dans le reste du luthéranisme. Celle qui eut pour sujet les cérémonies, ou lès choses indifférentes, fut poussée avec beaucoup d'aigreur. Melancton , soutenu des académies de i Leipsick et de Vitemborg où il étoit tout-puissant, ne vouloit j pas qu'on les rejetât (Sleid. lih. xxi. 565. xxii. 378.). De tonl temps ç'avoit été son opinion , qu'il ne falloit changer que k moins qu'il se pouvoitdansle culte extérieur (Lib, i. ep. 16. ai PMI, Cant. an. 1525.). Ainsi durant Ylnterimïl se rendit fort facile sur ces pratiques indifférentes, et ne croyoit pas, dit-il, que pour un surplis, pour quelques fêtes, ou pour V ordre des leçons (Lib. II. ep. 70. Lib. ii. 56.), il fallut attirer la persécution. On lui fit un crime de cette doctrine , et on décida dans le parti que ces choses indifférentes dévoient être absolument rejetées {Concorda p. 514. 789.); parce que F usage qu'on en faisoit étoit contraire à la liberté des Églises, et enfermoit, disoit-on, une espèce de profession du papisme.

IG. Jalousie et desseins cnchéK d'Illyrie contre Melancton.

Mais Flaccius Illyricus , qui remuoit cette question , avoit un dessein plus caché. Il vouloit perdre Melancton dont il avoit été disciple , mais dont il étoit ensuite tellement devenu jaloux, qu'il ne le pouvoit souffrir. Des raisons particulières l'obligeoient à le pousser plus que jamais : car au lieu que . Melfiincton tâchoit alors d'affoiblir la doctrine de Luther sar J la présence réelle , lllyric et ses amis l'outroient jusqu'à éta- " blir /'ubiquité {Sleid. lôid.). En effet , nous la voyons décidée parla, plupart de» ÉgWseç^ \wV\vfe\www^s ^ ^W's.^VjKfe^'ici^Qnt

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DES VARIATIONS, LIY. YIII. 355

mprimés dans lo livre de la Concorde (fue presiiue toute 'Allemagne luthérienne a reçu.

Nous en parlerons dans la suite : et pour suivre Tordre des temps , il nous faut parler maintenant de la Confession de foi iiu'on appela saxonique, et de celle de Virtcinhen; {Synt. Gen:IL part, p, 48. 98.) : ce n'est point Virtemlxîrç en Saxe, mais la capitale du duché de Yirtemberg.

La confession saxonique et celle de Yiriembcif; : pourquoi faites, et par quels auteurs ?

(1551. 1552.) Elles furent faites toutes deux à peu près dans le même temps, c'est-à-dire, en 155i et 4552, pour être présentées au concile de Trente , où Charles \ vi<;torieux TOttloit que les Protestants comparussent.

La Confession saxonique fut dressée par Mf^lnncton : et nous apprenons de Sleidan (Liv. xxii.), que ce fut par ordre de rélecteur Maurice que TEmpereur avoit mis à la pl.uîe de Jean Fridéric. Tous les docteurs et tons les past(?urs assemblés solennellement à Leipsick Tapprouvèrent d'une commune voix; et il ne devoil rien y avoir de plus autlientique qu'une confession de foi faite par un homme si célèl)r(;, pour être proposée dans un concile général. Aussi fut-elle reçue non-seulement dans toutes les terres de la maison de Saxe «t de plusieurs autres princes , mais encore par les Églises d(î ' lH)méranie et par celle de Strasbourg (Synt, Gen, Jï. part, p. 94 et seq.), comme il paroît par les souscriptions et les déclarations de ces Églises. Brenlius fut Fauteur de la Confession de Yirtemberg (/6îrf.); et c'étoit après Melancton Thomnie Ifiplus célèbre de tout le parti. La Confession de Melanclon fiit appelée par lui-même la répétition de la Confession d'Aus- Wrg. Christophe , duc de Yirtemberg , par l'autorité duquel 'a Confession de Yirtemberg fut publiée , déclare aussi qu'il confirme et ne fait que répéter la Confession d'Auslx^urg. ïais pour ne faire que la répéter, il n'étoit pas besoin d'en Itire nne autre ; et ce terme de répétition fait voir seulement Vi'on avoit honte de produire tant de nouvelles Confessions defoL

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\K ilrticlQ de l'Eucharistie dans la Confession saxonique.

En efîet, pour commencer par la saxonique, Tarticle de TEucharistie y fut expliqué en des termes bien différents de ceux dont on s'étoit servi à Ausbourg. Car pour ne rien dire du long discours de quatre ou cinq pages que Melanctou substitue aux deux ou trois lignes du dixième article d'Aus- ^ bourg, où cette matière est décidée, voici ce qu'il y avoit 1 d'essentiel : « Il faut , disoit-il (Cap, de Cœna Synt, Geti. II. i » part, p, 72.), apprendre aux hommes que les sacremente- » sont des actions instituées de Dieu , et que les choses ne » sont sacrements que dans le temps de Tusage ainsi établi ; » mais que dans Tusage établi de cette communion, Jésus- » Christ est véritablement et substantiellement présent, vrai » ment donné à ceux qui reçoivent le corps et le sang de » Jésus-Christ; par où Jésus-Christ témoigne qu'il est en; » eux, et les fait ses membres. »

11). changement que fit Melancton dans la Confession saxonique, aux articles de celle d*Ansbourg et de Smalcalde.

Melancton évite de mettre ce qu il avoit mis à Ausbours, « que le corps et le sang sont vraiment donnés avec le pain » et le vin, » et encore plus ce que Luther avoit ajouté à Smalcalde, « que le pain et le vin sont le vrai corps et le » vrai sang de Jésus-Christ, qui ne sont pas seulement dou- » nés et reçus par les chrétiens pieux, mais encore parles )) impies. » Ces importantes paroles, que Luther avoit choisies avec tant de soin pour expliquer sa doctrine, quoique signées par Melancton à Smalcalde, comme on a vu, furent retranchées par Melancton même de sa Confession saxonique. Il semble qu'il ne vouloit plus que le corps de Jésus-Christ fût pris par la bouche avec le pain , ni qu'il fût reçu substantiellement par les impies, encore qu'il ne niât pas une présence substantielle où Jésus-Christ vînt à ses fidèles, non-seulement par sa vertu et par son esprit, mais encore en sa propre chair et en sa propre substance , détaché néanmoins du pain ci du vin •. car il falloit que l'Eucharistie produisît encore cette nouveavUô, e\ i\\\c , sç\ç>w\^^\^^J^<iKNR, ^>\^ul

tieillard Siméon, Jésus-('hrist y fût dans les deriiicrs sièclef m butte aux contradictions (Luc ii. 54.), comme sa diviniti^ et son incarnation Tavoient été dans les premiers.

SO. L*article de l'Eucharistie dans la Confession de Virtemberg.

Voilà comme oh répétoit la Confession d'Ausbourg et la lidoctrine de Luther dans la Confession saxonique. La confeslion de Virtemberg ne sYloigne pas moins de celle d'Ausbourg, ni des articles de Smalcalde. Elle dit que le vrai corps Et le vrai sang distribués daiis l'Eucharistie, et rejette ceux qui fcent que le pain et le vin sont des signes du corps et du sang ^ Jésus-Christ absent (Conf. Virtemb. cap. de Euch. ibid. i p. 115. ). Elle ajoute « qu'il est au pouvoir de Dieu d'anéantir ■ » la substance du pain, ou de la changer en son corps; mais » que Dieu n'use pas de ce pouvoir dans la Cène, et que le ► vrai pain demeure avec la vraie présence du corps. » Elle teblit manifestement la concomitance, en décidant « qu'en- P core que Jésus-Christ soit distribué tout entier tant dans le M pain que dans le vin de l'Eucharistie, l'usage des deux par* \^ ties ne laisse pas de devoir être universel. » AinsLelle nous [accorde deux choses; l'une que la transsubstaïitiation est pos- *ible, et l'autre que concomitance est certaine : mais encore Qu'elle défende la réalité jusqu'à admettre la concomitance , ^lle ne laisse pas d'expliquer cette parole. Ceci est mon corps, |>ar celle d'Ézéchiel qui dit. Celle-là est Jérusalem, en montrant la représentation de cette ville.

ai. La confusion où Ton tombe quand on s'abandonne à ses propres pensées.

C'est ainsi que tout se confond , lorsqu'on sort du droit sentier pour suivre ses propres idées. Comme les défenseurs du sens figuré reçoivent quelque impression du sens littéral, ainsi les défenseurs du sens littéral sont quelquefois éblouis par les trompeuses subtilités du sens figuré. Au reste il ne s'agit pas ici de savoir si , à force de raffiner sur des expressions différentes de tant de Confessions de foi, on trouvera quelque moyen violent do les réduire à un sens conlbrme. Il me suffit de faire ohsnrver combien de peine ont <^wci à^^ ^^-

tenter de leurs propres Confessions de foi ceux qui ont quitti la foi de TÉglise.

Les autres articles de ces Confessions de foi ne sont pd moins remarquables que celui de FEucharistie. '

22. Dieu ne feiït pas le péché. Article mieux expliqué dans la Confoi sion saxoiiique, qu'on n'avoit fait dans celle d'Ausbourg.

La Confession saxonique reconnoît que « la volonté est H » bre.; que Dieu ne veut point le péché, ni ne l'approuve, d » n'y coopère : mais que la libre volonté des hommes et dei )) diables est cause de leur péché et de leur chute (P. 53.). i Il faut louer Melancton d'avoir ici corrigé Luther, et de s'étn corrigé lui-même plus clairement qu'il n'avoit fait dans ta Confession d'Ausbourg.

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