Le génie de CalTin : il raffine au delà de Luther
Je ne sais si le génie de Calvin se seroit trouvé aussi propre à échauffer les esprits, et à émouvoir les peuples , que le fut celui de Luther : mais après les mouvements excités, il s'éleva en beaucoup de pays, principalement en France, audessus de Luther même, et se fit le chef d'un parti qui ne cède guère à celui des Luthériens.
Par 8011 esprit pénétrant et par ses décisions hardies, il raffina sur tons ceui qui avoient voulu en ce siècle-là faire une Église nouvelle , et donna un nouveau tour à la Réforme prétendue.
s. Deux points principaux de la Réfornue. Calvin raffine sur l'un et sur l'autre.
Elle rouloit principalement sur deux points , sur celui de la justiGcation et sur celui de TEucharistie.
Pour la justification , Calvin s'attacha , autant pour le moins que Luther , à la justice imputative , comme au fondement commun de toute la nouvelle Réforme; et il enrichit cette doctrine de trois articles importants.
<^« Trois choses que Calvin ajoute à la justice imputatÎTe. Et premièrement la certitude du salut.
Premièrement, cette certitude que Luther reconnoissoit seulement pour la justification, fut étendue par Calvin jusqu'au salut éternel ; c'est-à-dire , qu'au lieu que Luther vouloit seulement que le fidèle se tînt assuré d'une certitude infaillible qu'il étoit justifié, Calvin voulut qu'il tînt pour certaine avec sa justification sa prédestination étemelle (Instit, ^h, ni. 2. n. i6et^i, c. Antid. Conc, Trid, insess. vi. cap, 13, 14. Opuscp, 185. ) : de sorte qu'un parfait Calviniste ne peut non plus douter de son salut , qu^un parfait Luthérien de sa justification.
4. Mémorable Confession de foi de rélecteur palatin Frédéric III.
De cette sorte , si un Calviniste faisoit sa particulière Confession de foi , il y mettroit cet article : Je suis assuré de mon salut. Un d'eux l'a fait. Nous avons dans le recueil de Genève la Confession de foi du prince Frédéric III, comte palatin, et électeur de l'Empire (Synt. Gen. IL part, p. 449, 156^). Ce prince, en expliquant son Credo, après avoir dit comme il croit au Père, au Fils et au Saint-Esprit, quand il vient à exposer comme il croit l'Église catholique, dit « qu'il » croit que Dieu ne cesse de la recueillir de tout le genre hu- » main par sa parole et son Saint-Esprit , et qu'il croit qu'il )) en est et sera oternelleiTient un membre vivant. » Il ajoute
qu'il croit que a Dieu apaisé par la satisfaction de Jésus- » Christ ne se souviendra d'aucun de ses péchés , ni de toute » la malice avec laquelle j'aurai , dit-il , à combattre toute » ma vie; mais qu'il me veut donner gratuitement la Justice w de Jésus-Christ, en sorte que je n'aie point a appréhendeiv » LES JUGEMENTS DE DiEU. Enfin je sais très-certainement ^ » poursuit-il, que je serai sauvé, et que je comparoîtrai avec » un visage gai devant le tribunal de Jésus-Christ. » Voilà un bon Calviniste , et voilà les vrais sentiments qu'inspire la doctrine de Calvin, que ce prince avoit embrassée. »
5. Second dogme njouté par CnWin à la justice imputative : Qu*eIIe ne se peut jamais perdre.
De là s'ensuivoit un second dogme, c'est qu'au lieu que Luther demeuroit d'accord que le fidèle justifié pouvoit déchoir de la grâce , ainsi que nous l'avons vu dans la Confession d'Ausbourg, Calvin soutient au contraire que la grâce une fois reçue ne se peut plus perdre : ainsi qui est justifié, et qui reçoit une fois le Saint-Esprit , est justifié , et reçoit le Saint-Esprit pour toujours. C'est pourquoi le Palatin mettoit tout à l'heure parmi les articles de sa foi , qu'il étoit membre vivant et perpétuel de l'Église, C'est ce dogme , qui est appelé l'ihamissibilité de la justice, c'est-à-dire , le dogme oii l'on croit que la justice une fois reçue ne se peut plus perdre. Ce mot est si fort reçu dans cette matière , qu'il faut s'y accoutumer comme à un terme consacré qui abrège l^î discours.
G. Troisième dogme de Calvin : Que le Baptême n'est pas iiécesaire aii
salut.
Il y eut encore un troisième dogme que Calvin établit comme une suite de la justice imputée : c'est que le Baptême ne pouvoit pas être nécessaire à salut, comme le disent les Luthériens.
7. Raisons de Calvin, tirées des principes de Luther, et premièremçnt sur la certitude du salut.
Calvin crut que les Luthériens ne pouvoient rejeter ces dogmes sans renverser leurs propres principes. Ils veulent que le fidèle soit absolumeivl î^^^vvyvî v\ç ç>^ \\v5>V\C\ç,a.tîon dès qu'il la
demande, et qu'il se eonfîe en la bonté divine; parce que, selon eni, ni Finvocation ni la confiance ne peuvent souffrir le moindre doute. Or Tinvocation et la confiance ne regardent pas moins le salut que la justification et la rémission des péchés; car nous demandons notre salut, et nous espérons Tobtenir, autant que nous demandons la rémission des péchés et que nous espérons l'obtenir : nous sommes donc autant assurés de Tuo comme de Tautre.