‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 8 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

DEPUIS L*AN 1517, jusqu'à LAN 1520.

SOMMAIRE. — Le commencement des disputes de Luther. Ses agitations. Ses soumissions envers l'Eglise et envers le Pape. L^ fondements de sa réforme dans la justice imputée ; ses propositions inouies; sa condamnation. Ses emportements, ses menaces furieuses, ses vaines prophéties, et les miracles dont il se vante. La papauté devoit tomber tout à coup sans violence. 11 promet de ne point permettre de prendre les armes pour son Evangile.

4. La r^foimation de TE^'j^lisc étoit désirée depuis plusieurs siècl» 9.

n y avoit plusieurs siècles qu'on désiroit Ik réformation de la discipline ecclésiastique : « Qui me donnera , disoit saint » Bernard {Bern. Epist, 257. ad Eugen, Papam; nunc 238. » n. 6. ) , que je voie, avant que de mourir, TEglise de Dieu » comme elle étoit dans les premiers jours? » Si ce saint homme a eu quelque chose, à regretter en mourant , ça été de n'avoir pas vu un changement si heureux. Il a gémi toute sa vie des maux de TEglise. Il n'a cessé d'en avertir les peuples, le clergé, les évêques, les papes mêmes. Il ne craignoit pas d'en avertir aussi les religieux qui s'en affligeoient avec lui dans leur solitude , et louoient d'autant plus la bonté divine de les y avoir attirés, que la corruption étoit plus grande dans le monde. Les désordres s'éloient encore augmentés depuis. L'Eglise romaine, la mère des Eglises, qui durant neuf siècles entiers, en observant la première avec une exactitude exemplaire la discipline ecclésiastique , la maintenoit de toute sa force par tout l'univers , n'étoit pas exempte de mal ; et dès le temps du concile de Vienne , un grand évêque chargé par le Pape de préparer les matières qui dévoient y être traitées, mit pour fondement de l'ouvrage de cette sainte assemblée , qu'il falloit réformer l'Eglise dans le chef et dans les membres (Guill. Durand. Episc. Mimât. Speculator dictus; Tract, de modo Gen. Conc. celeb. tit. 4. part.

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1, lit. i. part. 3. erus. pari. 35. etc.). Le grand schisiue, arrivé un peu après , mit plus que jamais cette parole à la bouche, non-seulement des docteurs particuliers, d'un Gerson , d'un Pierre d'Ailly, des autres grands hommes de ce temps-là, mais encore des conciles; et tout en est plein dans le concile de Pise et dans le concile de Constance. On sait ce qui arriva dans le concile de Bâle, où la réformation fut malheureusement éludée , et TEglise replongée dans de nouvelles divisions. Le cardinal Julien représentoit à Eugène IV les désordres du clergé, principalement de celui d'Allemagne. «Ces désordres, lui disoit-il (Epist. i. Julian. Card. ad » Eug..vf. inter Op. Mn. Silv. p. 66.), excitent la haine du » peuple contre tout l'ordre ecclésiastique; et si on ne le » corrige , on doit craindre que les laïques ne se jettent sur » le clergé, à la manière xles Hussites , comme ils nous en » menacent hautement. » Si on ne réformoit promptement le clergé d'Allemagne , il prédisoit qu'après l'hérésie de Bohême , et quand elle serait éteinte, 'il s'en élèverait bientôt une aw/re encore plus dangereuse; car on dira, poursuivoit-il (Ibid. p. 67. ) , « que le clergé est incorrigible , et ne veut » point apporter de remède à ses désordres. On se jettera sur )) nous , continuoit ce grand cardinal , quand on n'aura plus » aucune espérance de notre correction. Les esprits des hom- » mes sont en attente de ce qu'on fera, et ils semblent devoir » bientôt enfanter quelque chose de tragique. Le venin qu'ils » ont contre nous se déclare : bientôt ils croiront faire à Dieu » un sacrifice agréable , en maltraitant ou en dépouillant les » ecclésiastiques comme des gens odieux à Dieu et aux hom- » mes , et plongés dans la dernière extrémité du mal. Le peu » qui reste de dévotion envers l'ordre sacré achèvera de se » perdre. On rejettera la faute de tous ces désordres sur la » Cour de Rome , qu'on regardera comme la cause de tous » les maux. » {Epist. 1 . Julian. Card. çd Eug. iv. inter Op. jEn. Silv. p. 66.) , parce qu'elle aura négligé d'y apporter le remède nécessaire. Il le prenoit dans la suite d'un ton plus haut: «Je vois, disoit-il, que la coignée est à la racine, » l'arbre penche ; et au lieu de le soutenir pendant qu'on le » pourroit encore, nous le. précipitons à terre. » 11 voit une

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DES VARIATIONS, LIT. ï. 19

prompte désolation dans le clergé d'Allemagne (Ibid. p. 76).

Les biens temporels dont on voudra le priver, lui paroissent ç^l comme l'endroit par où le mal commencera : « Les corps , ^J » dit-il, périront avec les âmes. Dieu nous ôte la vue de nos ,1 » périls, comme il a coutume de faire à ceux qu'il veut pu- / » nir : le feu est allumé devant nous, et nous y courons. »

/ 2. La réfonnatioii qif on désiroit ne regardoit que la discipline , et non

pas la foi.

I C'est ainsi que , dans le quinzième siècle , ce cardinal le [ plus grand homme de son temps , en déploroit les maux et I en prévoyoit la suite funeste : par où il semble avoir prédit ceux que Luther alloit apporter à toute la chrétienté , en commençant par l'Allemagne; et il ne s'est pas trompé, lorsqu'il a cru que la réformation méprisée , et la haine redouk blée contre le clergé , alloit enfanter une secte plus redoutable à l'Eglise que celle des Bohémiens. Elle est venue cette . secte sous la conduite de Luther ; et en prenant le titre de Réforme , elle s'est vantée d'avoir accompli les vœux de toute la chrétienté , puisque la réformalion étoit désirée par les docteurs et par les prélats catholiques. Ainsi , pour autoriser cette réformation prétendue , on a ramassé avec soin ce que les auteurs ecclésiastiques ont dit contre les désordres et du peuple et du clergé même. Mais c'est une illusion manifeste; puisque, de tant de passages qu'on allègue, il n'y en a pas un seul où ces docteurs aient seulement songé à changer la foi de l'Eglise ; à corriger son culte qui consistoit principalement dans le sacrifice de l'autel; à renverser l'autorité de ses prélats, et principalement celle .du pape qui étoit le but où tendoit toute cette nouvelle réformation , dont Luther étoit l'architecte.

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