Autre contradiction
Test encore un grand inconvénient de dire d'un côté que baptême soit par lui-même un signe certain de la grâce , le l'autre que plusieurs de ceux qui le reçoivent sans apter de leur part aucun obstacle à la grâce qu'il leur prête comme sont les petits enfants, n'en reçoivent pourtant ;un effet. Mais en laissant aux Calvinistes le soin de j:onci- • leurs dogmes , je me contente de rapporter ce que je uve dans leurs Confessions de foi.
Raffîneinent de Calvin sur l'autre point de réforme, qui est celui de TEucharistie.
lusqu'ici Calvin s'est élevé au-dessus des Luthériens, en ibant aussi plus bas qu'ils n'avoient fait. Sur le point de ucharistie il s'éleva non-seulement au-dessus d'eux , mais îore au-dessus des Zuingliens ; et par une même sentence lonna le tort aux deux partis qui divisoient depuis si long- (ips toute la nouvelle Réforme.
Traité de Culvln, pour montrer (|u'après quinze ans de dispute, les Luthériens et les Zuin.'^liens ne s'étoient point entendus.
U y avoit quinze ans qu'ils disputoient sur le point de la" 5sence réelle, sans jamais avoir pu convenir, quoi qu'on l pu faire pour les mettre d'accord; lorsque Calvin (Tract, Cœna Domini. Opusc. p. i.), encore assez jeune, décida 'ils ne s'étoient point entendus , et que les chefs des deux rtis avoient tort : Luther, pour avoir trop pressé la présence rporelle ; Zuingle et Œcolampade , pour n'avoir pas assez )rimé que la chose même, c'est-à-dire, le corps et le ig étoicnt joints aux signes; parce qu'il fallovl ïÇiÇ,QW\\Qv\xçi
42. A entendre naturellement les espreisioni rleCalTin, ou doit croire que la réception du eorpti et du .san{>^ est indépendante de la foi.
Secondement, il enseigne que ce corps une fois offert pour nous, nmis est donné dans la Cène pour nottë certifier que nous avons part à son immolation (Cat. Div. 52.), et à la réconciliation qu'elle nous apporte : ce qui, à parler naturellement, . voudroit dire qu'il faut distinguer ce qu'il y a du côté de Dieu d'avec ce qu'il y a de notre côté, et que ce n'est pas' notre foi qui nous rend Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie; mais que Jésus-Christ, présent d'ailleurs comme un sacré gage de l'amour divin, sert de soutien à notre foi. Car, comme , quand nous disons que la Fils s'est' fait homme pour nous certifier qu'il aimoit notre nature , nous reconnoissons son incarnation comme indépendante de notre foi, et tout ensemble comme un moyen qui nous est donné pour la soutenir : aussi enseigner que Jésus-Christ nous donne dans ce mystère son corps et son sang pour nous certifier que nous avons part au sacrifice qu'il en a fait, à vrai dire, c'est reconnoître que ce corps et ce sang nous sont donnés non parce que nous croyons, mais afin que notre foi, excitée par un si digne présent , se tienne plus assurée de I amour divin qui nous cet certifié par un tel gage.
Par là donc il paroît certain que le don du corps et du sang est indépendant de la foi dans le sacrement; et la doctrine de Calvin nous porte encore à cette pensée par un autre endroit.
4r», Que selon les expressions de Calvin le vrai corps doit être dans le sacrement.
Car il dit en troisième lieu , et il répète souvent, que la sainte Cène « est composée de deux choses, ou, qu'il y a deux » choses dans ce sacrement, le pain matériel et le vin que » nous voyons à l'œil, et Jésus-Christ, dont nos âmes sont » intérieurement nourries» (Instit, lih. iv. 17. n. 11. 14. Catech, Dim. 53.).
Nous avons vu ces paroles dans l'accord de Vitemberg (cidessus, liv. IV. n. 23.) : Luther et les Luthériens les avoient Urées d'un fameux pas^îv^e de ?«a\ul Icénée (Lib. iv. adc.
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res. c, Si.)^ où il est dît qoe FEucbaristie étoit compoiée ne chosecéleste et d'une chose terrestre ; c'est-à-dire, comme Texpliquoient, tant de la substance du fmin que de celle corps. Les Catholiques contestoient cette explication ; et, as entrer ici dans cette dispute contre les Luthériens, si tte explication leur sembloit contraire à la traussubstantiam catholique, elle ruinoit visiblement la figure zuinglienne, étabiissoit du moins la consubstantiation de Luther : car en Baot qu'on trouve dans le sacrement , c'est-à-dire , dans le jne même , la chose terrestre avec la c^este , c'est-à-<lire , ilon le sens des Luthériens, le pain matériel avec le propre irpsde Jésus-Christ, c'est mettre manifestement les deux sul»ances ensemble ; et de dire que le sacrement soitcom|»08é du lin qui est devant nos yeux , et de Jésus-Christ , qui est au Iu8 haut des cieux à la droite de son Père, ce seroit une exression tout à fait extravagante. Il faut donc dire que les 3UX substances se trouvent en effet dans le sacrement, et ae le signe y est conjoint avec la chose.
>• Aatre expression do Calvin, que le corpii est sous le sif^ne du pnin. eorome le Saint-Esprit sous la colombe.
C'est à quoi tend encore celte expression , que nous trouons dans Calvin , « que sous le signe du pain nous prenons le corps, et sous le signe du vin nous prenons le sang distinctement l'un de l'autre , afin que nous jouissions de Jésus-Christ tout entier » {Instit. iv. c. il, n. 16. 17.). El ^ qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que Calvin dit que ' corps de Jésus-Christ est sous le pain , comme le Sainl-Es- ^it est sous la colombe (Dilue, exp. sanaî doct. Opusc. p. 839.); B qui marque nécessairement une présence substantielle, ersonne ne doutant que le Saint-Esprit ne fût subslantiellelent présent sous la forme de la colombe , comme Dieu étoil toujours d'une façon particulière lorsqu'il apparaissoit ons quelque figure.
Les paroles dont il se sert sont précises : « Nous ne pré- ' tendons pas, dit-il (Ibid. p. 8^4.), qu'on reçoive un corps symbolique, comme ce n'est pas un esprit symbolique qui a paru dans le baptême de notre Seipnowt *. \e ^vû\.->L'f\iX^w
» fut alors vraiment et substantiellement présent; mais il s< » rendit présent par un symbole visible , et il fut vu dans h » baptême de Jésus-Christ, parce qu'il apparut véritablemen » sous le symbole et sous la forme extérieure de la colombe* t Si le corps de Jésus-Christ nous est atissi présent sous h pain que le Saint-Esprit fut présent sous la forme de la colombe, je ne sais plus ce que Fou peut désirer pour une présence réelle et substantielle. Et Calvin dit toutes ces choses dans un ouvrage où il se propose d'expliquer plus clairement 'que jamais comme on reçoit Jésus-Christ; puisqu'il le dil après avoir longtemps disputé sur cette matière avec les Lathériens, dans un livre qui a pour titre : Claire eoDposition de la manière dont on participe au corps de notre Seigneur.
^5. Autre expression de Calvin, qui fait Jéiua-Ghrist présent sous le pain, comme Dieu Tétoittlans l'arche.
Dans ce même livre il dit encore que Jésus-Christ est présent dans le sacrement « comme Dieu étoit présent dans » Tarche, où il se rendoit , dit-il , véritablement présent, el » non-seulement en figure, mais en propre substance. »
Ainsi, quand on veut parler très-clairement et très-simplement de ce mystère , ou emploie naturellement ces expressions qui mènent Tesprit à la présence réelle.
4G. Calvin dit qu'il ne dispute que de la manière, et qu'il met la chose autant que pous.
Et c'est pourquoi, en quatrième lieu, Calvin dit en cet endroit et partout ailleurs, qu'il ne dispute point de la chose, mais seulement de la manière. « Je ne dispute point, dit-il » (Dilue, eœp. sanœ doct. Opusc, p. 111. et seq. 839. » 844. etc.) , de la présence ni de la manducation substan- » tielle, mais de la manière de Tune et de Tautre. » Il répèle cent et cent fois qu'il convient de la chose , et ne dispute que de la façon. Tous ses disciples parlent de même , et encore à présent nos Réformés se fâchent quand nous leur disons que le corps de Jésus-Christ, selon leur croyance , n'est pas aussi subslautiellement avec eux, qu'il l'est avec nous selon la nôtre : ce qui montre que l'esprit du christianisme est de mettre Jésus-Chrisl dans Yl»\wi\vmÇi\\^ ^wm^^ésent qu'il se
)ut , et que sa parole nous conduit naturellement à ce qu'il a de plus substantiel.
47. GaWin met une préseuce du corps iueffçble et Diiraculcuse.
De là vient qu'en cinquième lieu Calvin met une présence )ul à fait miraculeuse et divine. Il n'est pas comme les baisses qui se fâchent quand on leur dit qu'il y a du miracle [ans la Gène : lui au contraire se fâche quand on dit qu'il n'y în a point. Il ne cesse de répéter ( /ns^tï. iv. 17. 32.) que le mystère de l'Eucharistie passe les sens ; que c'est un ouvrage ^compréhensible de la puissance divine , et un secret impénétrable à l'esprit humain; que les paroles lui manquent pour exprimer ses pensées, et que ses pensées, quoique beaucoup ui-dessus de ses expressions, n'égalent pas la hauteur de ce. nystère ineffable : De sorte, dit-il, quil expérimente plutôt ce (ue c'est que cette union , qu'il ne l'entend : ce qui montre [u'il en ressent ou qu'il croit en ressentir les effets, mais que a cause le passe. C'est aussi ce qui lui fait mettre dans la Confession de foi (Art, 36.), « que ce mystère surmonte en
> sa hautesse la mesure de notre sens , et tout ordre de na-
> ture ; et que pour ce qu'il est céleste, il ne peut être appré-
> hendé (c'est-à-dire compris,) que par foi. » Et s'efforçant l'expliquer dans le Catéchisme comment il se peut faire que ^ésus- Christ nou>s fasse participants de sa propre substance, vu /ue son corps est au ciel, et nous sur la terre, il répond « que » cela se fait par la vertu incompréhensible de son esprit ,
' lequel conjoint bien les choses séparées par distance de lieu » (Dim, 53.).
4H. Réflexion sur ces paroles de Calvin.
Un philosophe comprendroit bien que la vertu divine n'est ►as bornée par les lieux : les moins capables entendent comnent on se peut unir par l'esprit et par la pensée à ce qu'il a de plus éloigné, et Calvin nous menant par ses expressions
une union plus miraculeuse, ou il ne dit rien , ou il exclut union par la seule foi.
0. GhIviu admet une picscnce qui et>t propre et particulière à la Gène.
Aussi voyons-nous en sixième lieu qu'il met dans l'Euclia-
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ristie une participation qui ne se trouve ni au Baptême , ni dans la prédication ; puisqu'il dit dans le Catéchisme «qu'en- » core qiie Jésus-Christ nous y soit vraiment communiqué, i> toutefois ce n'est qu'en partie et non pleinement » (Dim. 52.) ; ce qui montre qu'il nous est donné dans la Cène aatrement que par la foi ; puisque la foi se trouvant aussi vive et aussi parfaite dans la prédication et dans le Baptême, il nous y seroit donné aussi pleinement que dans l'Eucharistie.
50, Suite des expregsion« de Calvin.
Ce qu'il ajoute pour expliquer cette plénitude est encon plus forl ; car c'est là qu'il dit ce qui a déjà été rapporté; qm «Jésus -Christ nous donne son corps et son sang pouf non >» certifier que nous en recevons le fruit. » Voilà donc cetl plénitude que nous recevons dans l'Eucharistie, et non n Baptême ou dans la prédication ; d'où il s'ensuit que la seul foi ne nous donne pas le corps et le sang de notre Seigneur mais que ce corps et ce sang nous étant donnés d'une mi nière spéciale dans l'Eucharistie, nous certifient^ c'est-à-dir< nous donnent une foi certaine que nous avons part au sacri lice où ils ont été immolés.
51, Iji commun i(m des indignes, combien réeUe, selon Calvin
Enfin ce qui échappe à Calvin en parlant même des ind^ gnes, fait voir combien il faut croire dans ce sacrement qd présence miraculeuse indépendante de la foi : car encor que ce qu'il inculque le plus soit que les indignes n'ayantpi la foi, Jésus-Christ est prêt de venir à eux, mais n'y vientpi en effet; néanmoins la force de la vérité lui fait dire , «qa » est véritablement offert et donné à tous ceux qui sontasâ » à la sainte table, encore qu'il ne soit reçu avec fruit quedfi » seuls fidèles » {Inst. iv. 17. iO. Opusc. de Cœna DomifÀ 1540.), qui est la même façon de parler dont nous nouss^i vons.
Ainsi, pour entendre la vérité du mystère que Jésus-Chrii opère dans l'Eucharistie , il faut croire que son propre corpi y est véritablement offertet donné, même aux indignes, elqu^ en est même reçu, quoiqu'il n'en soit pas reçu avec frvit
ce qui ne peut être vrai y s'il n'est vrai aussi que ce qu'on nous donne dans ce sacrement est ]e propre corps du Fils de Dieu indépendamment de la foi.
52. Suite des expressions de Calvin sur la communion des indignes.
Calvin le confirme en un autre endroit oii il écrit ces mots : « C'est en ceci que consiste l'intégrité du sacrement , que le » monde entier ne peut violer ; que la chair et le sang de » Jésus-Christ sont donnés aussi véritablement aux indignes » qu'aux fidèles et aux élus » (Instit, ibid. n. 33.). D'où il s'ensuit que ce qu'on leur donne est la chair et le sang du Fils de Dieu indépendamment de la foi ; puisqu'il est certain, selon Calvin , qu'ils n'ont pas la foi , ou du moins qu'ils ne l'exercent pas en cet état.
Ainsi les Catholiques ont raison de dire que ce qui fait que le don sacré que nous recevons dans l'Eucharistie est le corps et le sang de Jésus-Christ, ce n'est pas la foi que nous avons à la parole , mais la parole elle seule par son efficace toutepuissante : de sorte que la foi n'ajoute rien à la vérité du corps et du sang; mais la foi fait seulement que ce corps et ce sang nous profilent ; et il n'y a rien de plus véritable que ce mot de saint Augustin , que l'Eucharistie n'est pas moins le corps de notre Seigneur pour Judas que pour les autres apôtres (Aug. Serm. xi. de verb. Dom. nunc serm. lxxï. n. 17. tom. V. col. 391.).
ho» Comparaison de Oalvin, qui appuie la vérité du corps reçu par li*s indignes.
La comparaison dont se sert Calvin dans le même lieu appuie encore plus la réalité : car après avoir dit du corps et du sang ce qu'on vient d'entendre, quils ne sont pas moins donnés aux indignes quaux dignes, il ajoute qu'il en est comme « de la pluie qui, tombant sur un rocher, s'écoule sans le pé- » nétrer. Ainsi , dit-il {Inst. lib. iv. c. 17. n. 53. II. Def. » Opusc, p. 781.), les impies repoussent la grâce de Dieu, et » l'empêchent de pénétrer au dedans d'eux-mêmes. » Kcmarquez qu'il parle ici du corps cl du sang, qui par conséquent doivent être donnés aux indignos aussi réellement que
la pluie tombe sur un rocher. Quant à ]a substance de l^ pluie, elle ne tombe pas moins sur les rochers et sur les ïieixt stériles que sur ceux où elle fructifie ; et ainsi , selon cette comparaison , Jésus-Christ ne doit pas être moins substantiellement présent aux endurcis qu'aux fidèles qui reçoivent son sacrement , quoiqu'il ne fructifie que dans les derniers. Le même Calvin nous dit encore avec saint Augustin, que les indignes qui participent à son sacrement sont ces importuns . qui le pTessent dans TÉvangile ; et que les fidèles qui le reçoivent dignement sont la femme pieuse qui le touche (Dilue, exp. Opusc. p. 848.). A ne regarder que le corps , tous le touchent également ; mais on a raison de dire que ceux qui le touchent avec foi sont les seuls qui le touchent véritablement, parce que seuls ils le touchent avec fn|it. Peut-on par- — 1er de cette sorte sans reconnoître que Jésus-Christ est pré- sent très-réellement aux uns et aux autres , et que cette ^ parole : Ceci est mon corps, a toujours infailliblement l'effet^:* qu'elle énonce ?