‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 84 sur 177 · Calvin parle peu conscquemmenU · texte numérisé non relu

Calvin parle peu conscquemmenU

Je sais bien qu'en disant des choses si fortes sur le corps^^ donné aux impies aussi véritablement qu'aux saints , Calvin^ n'a pas laissé de distinguer entre donner et recevoir, et qu'aux même lieu oii il dit que la chair de Jésus-Christ étoit aussé^ véritablement donnée aux indignes qu'aux élus, il dit auss^^ qu'elle n'étoit reçue que des élus seuls (Instit, lib. iv. c. 17 — n. 35. ) : mais il abuse des mots. Car s'il veut dire que Jésus- Christ n'est pas reçu parles indignes au même sens que sainte Jean a dit dans son Évangile : Il est venu chez soi, et les sien^ ne Vont pas reçu (Joan. i. 11.) , c'est-à-dire , ils n'y ont pas cru ; il a raison. Mais comme ceux qui n'ont pas reçu Jésus-- Christ de cette sorte n'ont pas empêché par leur infidélité qu'il ne soit aussi véritablement venu à eux qu'aux autres, ni que le Verbe fait chair pour habiter au milieu de nous (Ibid. 14.), eu égard à sa présence personnelle, n'ait été reçu vraiment au milieu du monde , je dis même au milieu du monde qui J'a méconnu et crucifié ; ainsi pour pîtrler consêqueminentf il faut dire que celle ^^xoVe *. Ceci esi mou c.ot\\s, \ve le

rend pas moins présent* aux indi{:i;ncs ({ui sont coupables do ^n corps et de son sang, qu'aux tidèlos qui s'en approchent îivecfoi; et qu'à regarder simplement la présence corporelle, '1 est reçu également des uns et des autres.

55. Gahrin oiplique comme nous cette parole : La chair ne sort de rien.

Je remarquerai encore ici une parole de Calvin , qui nous

'Met à couvert d'un reproche que lui et les siens ne cessent

^6 nous faire. ^Combien de fois nous objectent-ils ces paroles

^e notre Seigneur : La chair ne sert de rien? ( Joan. vi. 64. )

^t cependant Calvin les explique ainsi : « La chair ne sert de

^^ ïien toute seule ; mais elle sert avec l'esprit » ( Dilue, exp.

^fmsc. 8.59.). C'est justement ce que nous disons ; et ce qu'on

^ oit conclure de cette parole , ce n'est pas que Jésus-Christ

^^^ aous donne la propre substance de sa chair indépendani-

•Ment de notre foi ; car il donne, selon Calvin même, aux in-

^ lignes ; mais c'est qu'il ne sert de recevoir sa chair, si on ne

■ îi reçoit avec son esprit.

Que si on ne reçoit pas toujours son esprit avec sa chair,

^e n'est pas qu'il n'y soit toujours ; car Jésus-Christ vient à

tious plein d'esprit et de grâce; mais c'est que, pour recevoir

l'esprit qu'il apporte, H lui faut ouvrir le nôtre par une

foi vive.

!^\ Expression de Calvin, aueles indignes ne reçoivent selon nous que 1p cadnvre de Jésns-Glirist.

Ce n'est donc pas un corps sans âme, comme parle Calvin, un cadavre que nous faisons recevoir aux indignes, quand ils reçoivent la sainte chair de Jésus-Christ, sans en profiter, comme ce n'est pas un cadavre et un corps sans âme et sans esprit , que Jésus-Christ leur donne , seh)n Calvin même ( Inst. IV. XVII. n. 33. Ep, ad Mart. Schal. p. 247.). C'est déjà une vaine exagération d'appeler cadavre un corps qu'on sait être animé ; car Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus ; la vie est en lui, et non-seulement la vie qui fait vivre le corps, mais encore la vie qui fait vivre Tâme. Partout où Josus- Christ vient , il y vient avec la grâce et la vie. 11 portoit avec lui et en lui toute sa vertu à l'égard de la troupe qui le prcssoit; mais cette vertu ne sortit qu'en faveur de celle qui le lou-

cha avec la foi. Ainsi , quand Jésus-Xlhrist se donne aux indignes , il vient à eux avec la même vertu et le même esprit qifil déploie sur les fidèles; mais cet esprit et cette vertu n'agissent que sur ceux qui croient; et Calvin doit dire , sur tous ces points, les mêmes choses que nous, s'il veut parler conséquemment. j

Page 1