‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 95 sur 177 · Troisième confession de foi envoyée en Allemagne · texte numérisé non relu

Troisième confession de foi envoyée en Allemagne

(1357.) A ces deux Confessions de foi dressées par Calvin, dont Tune étoit pour la France, et l'autre fut composée pour s'accommoder avec les Suisses , on en ajouta , pendant qu'il vivoit encore, une troisième en faveur des Protestants d'Allemagne.

fièze et Farel comme députés des Églises reformées de France et de celle de Genève , la portèrent en 4557 à Vormes, où les princes et les États de la Confession d'Ausbourg étoient assemblés. On les vouloit engager à intercéder pour les Calvinistes auprès de Henri II , qui, à l'exemple de François I'"^ son père, n'oublioit rien pour les abattre. Les termes de propre substance ne furent pas oubliés, comme on faisoit volontiers quand on traitoit avec les Suisses. Mais on y ajouta beaucoup d'autres clioses : et je ne sais pour moi comment on peut accorder cette Confession avec la doctrine du sens figuré. Car il y est dit a qu'on reçoit dans la Cène non-seule- » ment les bienfaits de Jésus-Christ, mais sa substance même » et sa propre chair ; que le corps du Fils de Dieu ne nous y » est pas proposé en figure seulement et par signification , » symboliquement ou typiquement, comme un mémorial de » Jésus-Christ absent, maisqu'il est vraiment et certainement » rendu présent ayec les symboles , qui ne sont pas de sim- » pies signes. Et si, disoient-ils, nous ajoutons que la manière » dont ce corps nous est donné est symbolique et sacramen- » telle, ce n'est pas qu'elle soit seulement figurative ; mais D parce que, sous l'espèce des choses visibles. Dieu nous » offre, nous donne, et nous rend présent avec les symboles Y> ce qui nous y est signifié : ce que nous disons, afin qu'il pa- )^ roisse que nous retenons dans la Cène la présence du pro- » pre corps et du propre sang de Jésus-Christ ; et que , s'il » reste quelque dispute, elle ne regarde plus que la manière » {Hosp.ad. 1557./. 252.).

Nous n'avions pas encore ouï dire aux Calvinistes qu'il ne fallût pas regarder la Cène comme un mémorial de Jéstis-Christ absent : nous ne leur avions pas ouï dire, que pour nous donner non ses bienfaits, mais sa substance et sa propre

chair, il nous la rendit vraiment présente sous les espèces; ni qu'il fallût reconnoitre dans la Cène une présence du propre corps et du propre sang ; et si nous ne counoîssions les équivoques de Sacramentaires, nous ne pourrions nous empêcher de les prendre pour des défenseurs aussi zélés de la présence réelle que le sont les Luthériens. A les entendre parler, on pourroit' douter s'il reste quelque dispute entre la doctrine luthérienne et la leur : « S*il reste encore, disent-ils, » quelque dispute, elle ne regarde pas la chose même, mais » la manière de la présence, » de sorte que la présence qu'ils reconnoissent dans la Gène doit être dans le fond aussi réelle et aussi substantielle, que celle qu'y reconnoissent les Luthériens.

Et en effet, dans la suite où ils traitent de la manière de celte présence, ils ne rejettent dans cette manière que ce qu'y rejettent les Luthériens : ils rejettent la manière de s'unir à nous naturel^ ou locale; et personne ne dit que Jésus-Christ nous soit uni à la manière ordinaire et naturelle/ ni qu'il soit dans le sacrement ou dans ses fidèles comme les corps sont dans leur lieu ; car il y est certainement d'une manière plus haute. Ils rejettent Vépanchement de la nature humaine de Jésus-Christ, c'est-à-dire, l'ubiquité que quelques Luthériens rejetoient aussi, et qui n'avoit pas encore si hautement gagné le dessus. Ils rej^ettent un grossier mélange de la substance de Jésus^Christ avec la nôtre, que personne n'adinetloit; car il n'y a rien de moins grossier, ni de plus éloi- !^'né des mélanges vulgaires que l'union du corps de notre Seigneur avec les nôtres, que les Luthériens reconnoissent Hussi bien que les Catholiques. Mais ce qu'ils rejettent sur toutes choses, c'est cette grossière et diabolique transsubstantiation, sans dire aucun mot de la consubstantiation luthérienne, qu'ils ne trouvoient en leur cœur, comme nous verrons, guère moins diabolique, ni moins charnelle. Mais il Ploit bon de n'en point parler, de peur de choquer les Luthériens dont on imploroit le secours. Et enfin ils concluent tout court, eu disant que la présence qu'ils reconnoissent se fait f^'une manière spirituelle, qui est appuyée sur la vertu incom- Féhensible du Saint-Esprit : paroles que les Luthériens

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» sont du nombre de ceux qui reçoivent en tout la Confes- » sion d'Ausbourg, rilêine dans l'article de la Cène » (Ep. p. 324. ) , et ajoute que la reine d'Angleterre, (c'étoit la reine § Elisabeth) quoiqu'elle approuve la Confession d'Ausbourg, rejette les façons de parler charnelles d'Heshusius, et des autres qui ne pouvoient supporter ni Calvin, ni Pierre Martyr, ni Melanclon même , qu'ils accusoient de relâchement sur le sujet de la Cène.

i03. PareiUe dissimulation dans Télecteiir Frédéric III.

On voit la même conduite dans la Confession de foi de Télecteur Frédéric III , comte Palatin , rapportée- dans le Recueil de Genève : Confession toute calvlnienne et ennemie, s'il en fut jamais , de la présence réelle , puisque ce prince y déclare que Jésus-Christ n'est danç la Cène « en aucune sorte, » ni visible ni invisible, ni incompréhensible, ni compréhen- » sible ; mais seulement dans le ciel » (Synt. Gen. IL part, p. 141. 142.). Et toutefois son fils et son successeur, Jean Casimir, dans la préface qu'il met à la tête de cette Confession, dit expressément que son père « ne s'est jamais départi » de la Confession d'Ausbourg, ni même de l'Apologie qui y » fut jointe : » c'est celle de Melancton, que nous avons vue si précise pour la présence réelle; et si on ne vouloit pas eh croire Je fils, le père même dans le corps de sa Confession , déclare la même chose dans les mêmes termes.

-10^. Ménagement de GaWin sur Tarticle x de la Confession d'Ausbourg.

C'étoit donc une mode assez établie , même parmi les Calvinistes, d'approuver purement et simplement la Confession d'Ausbourg, quand il s'agissoit de TAlleniagne ; ou par un certain respect pour Luther, auteur de toute la Réformation prétendue; ou parce qu'en Allemagne la seule Confession d'Ausbourg avoil été tolérée par les États de l'Empire : et hors de l'Empire même, elle avoit une si grande autorité , que Calvin et les Calvinistes n'osoient dire qu'ils s'en éloignoient, qu'avec beaucoup d'égards et de précautions; puisque même dans l'exception qu'ils faisoient souvent du seul article de la Cène, ils se saiwo'veivV ^Uvlot ^ar les éditions diverses

st les divers sens de cet article, qu'ils ne le rejetoient absolument (Ep. p. 319. //. Def. ult. Adm. ad Vest,).

En effet, Calvin, qui traite si mal la Confession d'Ausbourg quand il parle confidemment avec les siens, garde un respect apparent pour elle partout ailleurs, même à Tégard de Tarlicle de la Cène, en disant qu'il le reçoit en l'expliquant sainement, et comme Melancton, auteur de la Confession, Tentendoit luimême (Ibid.). Mais il n'y a rien de plus vain que cette défaite ; parce qu'encore que Melancton tînt la plume lorsqu'on dressa cette Confession de foi , il y exposoit, non pas sa doctrine particulière, mais celle de Luther et de tout le parti, dont il étoit l'interprète et comme le secrétaire, ainsi qu'il le déclare souvent.

Et quand, dans un acte public , on pourroit s'en rapporter tout à faitau sentiment particulier de celui qui l'a rédigé, il faudroit toujours regarder, non pas ce que Melancton a pensé depuis, mais ce .que Melancton pensoit alors avec tous ceux de sa secte ; n'y ayant aucun sujet de douter qu'il n'ait tâché d'expliquer naturellement ce qu'ils croyoient tous ; d'autant plus que nous avons vu qu'en ce temps il rejetoit le sens figuré d'aussi bonne foi que Luther; et qu'encore que dans la. suite il ait biaisé en plusieurs manières , jamais il ne l'a ouvertement approuvé.

Il n'y a donc point de bonne foi à se rapporter au sens de Melancton dans cette matière ; et on voit bien que Calvin , quoiqu'il se vante partout de dire ses sentiments sans aucune dissimulation , a voulu flatter les Luthériens.

Au reste, cette flatterie parut si grossière, qu'à la fin on en eut honte dans le parti ; et c'est pourquoi on y résolut , dans les actes que nous avons vus , et notamment au colloque de Poissy, d'excepter l'article de la Cène; mais celui-là seul, sans se mettre en peine, en approuvant les autres, de l'atteinte que donnoit cette approbation à la propre Confession de foi qu'on venoit de présenter à Charles IX.

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