SIR
U salut dans r Eglise romaine^ selon ce ministre : le fanatisme établi dans la Réforme par les ministres Clavde et Jurieu , selon la doctrine des Quakers : tout le parti protestant exclu du titre d'Eglise par M, Jurieu.
1. Dessein de cet Avertissement. Que de Paveu du ministre on se sauve dans l'Eglise romaine; et que c*est en vain qu'il tâche de révoquer cet aveu.
Une des promesses de TÉglise, et celle qui fait le mieux sentir que la vérité plus puissante que toutes choses est en elle ; c'est qu'elle verra ses ennemis et même ceux qui la calomnient , abattus à ses pieds, Vappeler , malgré qu'ils en aient, lo cité du Seigneur^ la Sion du Saint d' Israël '. Personne , je foserai dire , n'a jamais plus indignement calomnié l'Eglise romaine que le ministre Jurieu ; et néanmoins on va le voir forcé à la reconnoître pour la cité de Dieu , puisqu'il l'avoue pour vraie Eglise qui porte ses élus dans son sein , et dans laquelle on se sauve. Unie de l'avoir dit ; et peut-être. voudroit-il bien ne l'avoir pas fait. Mais nous allons vous montrer , et cela ne nous sera point fort difficile , premièrement, qu'il l'a dit ; secondement, qu'il faut qu'il le dise encore un(; fois , et qu'il justifie l'Eglise romaine de toutes les r^dom-
' Is. X, 14. Apoc. Ln. 9. m. 6.
i i 0 TROISIÈME AVERTISSEMENT
nies qu'il lui fait lui-même, à moins de renverser en même temps tous les principes qu'il pose , et en un mot , tout son système de TEglise. « Je n'ai pas pu négliger , dit-il ' , les » deux accusations que M. Bossuet me fait dans son dernier ■ » livre (c'est le xv» des Variations) de sauver les gens dans )) le socinianisme et dans le papisme. Peut-être , continue-t-* » il , aurois-je pu me passer de répondre sur la première ac-J. » cusation; mais il est fort nécessaire de repousser la seconde; » c'est que, selon le ministre, on peut se sauver dans l'Eglise;; » romaine, et qu'ainsi c'est une grande témérité d'en sortir».^ Vous voyez, mes Frères, comme il s'élève contre cette accusa^ tion : avouer qu'on se sauve dans le papisme , c'est selon lii|j un si grand crime, qu'il trouve plus nécessaire de s'en défe dre, que d'avoir mislesalut parmi les Sociniens : mais, mal ses vaines défaites, vous l'avez vu convaincu sur le dernier che et vous pouvez présumer de là qu'il le sera bientôt sur l'autre^n
II. Que rÉglise romaine est rangée par le ministre parmi les sociétés qa*^ appelle vivantes, et ce que veut dire ce mot. ."
La preuve en est concluante , en présupposant la distinclioiti: que fait le ministre , de l'Eglise considérée selon le corps, eh de l'Eglise considérée selon l'âme. La profession du christia-s nisme suffit pour faire partie du corps de l'Eglise , ( ce qu'ik avance contre M. Claude , qui ne compose le corps de l'Eglise^ que de véritables fidèles, mais pour avoir part à l'àme de.. l'Eglise, il faut être dans la grâce de Dieu \ « L'Eglise, ditl^ » ministre^ , est composée de corps et d'âme : on en con— » vient dans les deux communions : l'âme de l'Eglise est la » foi et la cbarité » .
Pour décider maintenant , selon ce ministre, ce qui donner part à l'âme de l'Eglise , ou , comme il parle en d'autres eii-î droits , ce qui rend les sociétés vivantes , il ne faut qu'en-^ tendre le même ministre dans son Système, a Premièrement » nous distinguons les sectes qui ruinent le fondement, da^, » celles qui le laissent en son entier : et nous disons qae^^ ) celles qui ruinent le fondement sont des sociétés mortes ;ij
' Lett. XI. 81 . — = Var. liv. xv. n 54. — '' Syst. p. 10.
SLR LES LKTTRES DR M. JLRIEC. 111
» des membres du corps de TÉglise à h vérité , mais des » membres sans vie, et qui n'ayant point de vie n'en sau- B roient communiquer à ceux qui vivent au milieu d'elles ^ ». Parla raison opposée, les sociétés où les fondements sont en leur entier , ont la vie et la communiquent ; et voici quelles elles sont selon le ministre : « Nous appelons communions » vivantes les Grecs, les Arméniens , les Cophtes , les Abysisins, les Russes, les Papistes et les Protestants. Toutes » ces sociétés ont forme d'Eglise; elles ont une Confession de B foi , des conducteurs , des sacrements, une discipline : la I parole de Dieu y est reçue, et Dieu y conserve ses vérités
■ fondamentales». Vous voyez qu'il range les Papistes avec les Grecs et les autres , qui , selon lui , ont conservé les vérités fimdamentales , et parmi lesquels pour cette raison il reconnoît qu'on se sauve par la vertu de la parole qui y est prêchée : car c'est là son grand principe , comme vous l'avez déjà vu dans rAverlissement précédent', et comme vous le verrez de plus enplus danslasuite. Yoilàce qu'il appelle les sociétés vivantes.
Il raisonne de la même sorte dans ses Préjugés légitimes \ «L'Eglise universelle s'est divisée en deux grandes parties, » l'Eglise grecque et l'Eglise latine. L'Eglise grecque, avant
■ ce grand schisme , étoit déjà subdivisée en Nestoriens , en
• Eutychiens, en Melchites, et en plusieurs autres sectes.
> L'Eglise latine s'est aussi partagée en Papistes, Vaudois, IIus-
* sites, Taborites, Luthériens, Calvinistes, Anabaptistes, di-
> visés eux-mêmes en plusieurs branches. C'est une erreur de
■ s'imaginer que toutes ces différentes parties aient absolu- » ment rompu avec Jésus-Christ, en rompant lesunes avec les
■ autres ». Je ne m'arrêterai pas à l'ignorance de votre ministre , qui , en comptant les Melchites parmi les sectes de rOrient, les oppose aux Nestoriens et aux Eutychiens, sans songer que le nom de Melchites, qui veut dire Royalistes, est celui que les Eutychiens donnèrent aux Orthodoxes , à cause que les empereurs qui étoient Catholiques , autorisoient la sainte doctrine parleurs édits , et au contraire proscrivoient les Eutychiens : ce qui fait voir en passant que ce n'est pas
' Syst. p. 147. — ' ï Avertissem. n. -'i.'». — " Préj. légî:. I. part. p. G.
il 2 SUR LES LETTRES DE M. JURIEU.
d'aujourd'hui que les hérétiques , qui n'ont pas pour eux les j puissances, tâchent de tirer avantage de ce que l'Eglise cathoîique en est protégée. Mais, laissant à parlcetle remarque, \ arrêtons-nous à cette parole du ministre : Il ne fautpas croire ^ que toutes ces sectes , (ce sont celles qu'il vient de nommer ^^ parmi lesquelles il nous range, ) en rompant entre elles atentl rompu absolument avec Jésus-Christ, Nous avons observé ail-':! leurs* que qui ne rompt pas avec Jésus- Christ , ne rompt ^ pas , pour ainsi parler , avec le salut et avec la vie , et qu'aussi pour cette raison le ministre a compté ces sociétés parmi les -, sociétés vivante* , sans s'émouvoir de l'objection qu'on leur" fait de renverser le fondement par des conséquences quils ntenl; ce que le ministre pousse si loin , qu'il ose bien dire\^ (( que les Eutychiensrenversoient le fondement, c'est-à-dire, » l'incarnation du Verbe , en supposant que le Verbe s'étoîi » fait chair non par voie d'assomption , mais par voie de' » changement , comme l'air se fait eau , et l'eau se fait air;i » en supposant que la nature humaine étoit absorbée danslaf^ » nature divine , et entièrement confondue. Si tel a été leur), » sentiment , continue-t-il , ils ruinoient le mystère de^ » l'Incarnation ; maisc'étoit seulement par conséquence -.cari » d'ailleurs ils reconnoissoient en Jésus-Christ divinité et hu- • » manité, et ils avouoient que le Verbe avoitpris chairréelle- » ment et de fait». Cette doctrine du ministre sur l'Incarnation paroîtra étrange aux théologiens ; mais ce qu'il dit de Nestoriusne l'est pas moins : « SiNestorius a cru qu'il y a dans )) Jésus-Christ deux personnes , aussibienque deux natures, » son hérésie étoit notoire; cependant elle ne détruisoitlTn- » carnation que par conséquence : car cet hérésiarque confes- » soit un rédempteur, Dieu béni éternellement avec le Père»: d'où il conclut , a qu'il est aisé que Dieu se conserve des élus » dans ces sortes de sectes, parce qu'il y a dans ces commu- » nions mille et mille gens qui ne vont point jusqu'aux consé- » quences, et d'autres qui y allantles rejettent formellement». Je ne veux point disputer avec le ministre sur la doctrine deNestorius et d'Eulychès, ni s'il est permis à des gens sages
• Vav. liv. XV. n. 55. - ' Svst. 155.
il5
d'en croire plutôt des auteurs modernes, qui viennent les excuser après douze cents ans , que les Pores qui ont vt^cu avec eux et les ont ouïs, et que les conciles d'KpIièse et de Clialcédoine , où leur cause a été jugée. Mais qu'en supposant lear erreur telle qu'on vient de la rapporter , on sVn puisse contenter jusqu'à les sauver de détruire tormellement l'incarnation ; c'est ce qu'aucun Catholique , aucun Luthérien y «cnn Calviniste n'avoit osé dire. Les termes m^mos v résisient puisque rincarnation n'étant autre chose que deux natores unies en la même personne divine , pour peu que l'on livise la personne, ou que l'on confonde les natures, le nom nême d'Incarnation ne subsiste plus. On sauve néanmoins ces hérétiques ; on sauve, dis-je , les Nestoriens , ou les Eutfchiens , bien qu'on avoue qu'ils renversent le mystère de llncamation ; c'est-à-dire, bien qu'on avoue qu'ils renversent le fondement de la rédemption du ^^enre humain. On traite aussi favorablement ceux qui font naître le Fils de Dieu dans le temps, et seulement un peu avant la création du monde'. Si ceux-là conservent le fond de la Trinité , il ne faut plus s'étonner qu'on fasse aussi conserver le fond de l'Incarnation à ceux qui divisent la personne de Jésus-Christ, ou lui ôtent ses deux natures en les absorbant l'une dans l'autre, comme parle M. Jurieu. Tout est permis à ce prix : le mystère de la piété est anéanti ; la théologie n'est que dans les ■ots? et les hérétiques les plus pervers sont orthodoxes. Mais hissons cela : ce dont nous avons ici besoin , c'est de ce principe du ministre ; qu'il ne faut point imi)uter lesconséquentesà qui les nie. Sur ce principe il a dit et il a du dire que TÉglise romaine éloit comprise parmi les sociétés vivantes, puisque, selon lui, elle ne renverse aucun des fondements de lafoi, et que si on lui impute de les renverser |>ar des consécpienees , on doit répondre pour elhî, ou quelle n\v entre pas , ou (jtt>i/e les nie; ce qui en eiïet est très-véritable : de sorte qoe , pour parler avec le ministre , il est aisé à Dieu de s*ij WMerver des élus.
' L Âvert. Il C et suiv.
ili TROISIÈME ÀYERTiSSEMENT
III. Deux raisons dout se sert le ministre , pour montrer qu*il n*a pas pa dire qu'on se sauvât dans la counnuniun de TEglise romaine.
A la vérité , il est honteux à la Réforme de ne sauver les enfants de TÉglise Catholique qu'avec les Nestoriens et les Eutychiens, et avec tant d'autres sectes réprouvées; cela, dis-je, est honteux à la Réforme : car pour nous notre témoignage vient de plus haut ; et quand tous les Protestants 'conspireroient à nous damner, notre salut n'en seroit pas moins assuré. C'est à eux qu'il est avantageux de nous mettre aa rang des vrais fidèles, quoique ce soit avec ceux envers qui' il ne faudroit pas être si facile ; et dans la haine que M. Jurieai a contre nous , c'est une espèce de miracle qu'il ait pu èiré forcé à cetaveu. Voici comme il s'en défend, et voici en même temps comme il en est convaincu. « On accuse , dit-il * ^ » M. Jurieu d'avoir franchi lepas, et d'avoir avoué rondemeni » qu'on peut se sauver dans l'Eglise romaine. En quelendr » a-t-il donc franchi ce pas ? N'a-t-il pas dit partout que le » pisme est un abominable paganisme , et que l'idolâtrie » est aussi grossière qu'elle étoit autrefois à Athènes » ? Ta dit, je le confesse : il passe outre; et après avoir exagé nos idolâtries avec l'aigreur dont il a coutume d'accompa-; gner ses paroles, il continue en cette sorte :« N'a-t-il pas dit,, » ce ministre qu'on accuse de reconnoître qu'on peut se sau- » ver dans l'Eglise romaine , qu'elle étoit cette Babylone de » laquelle on étoit obligé de sortir sur peine d'éternelle dam- » nation , par le commandement de Dieu : Sortez de Baby— » lone , mon peuple » ? Il a dit tout cela , et il a poussé ces calomnies au dernier excès. Mais avec tout cela Dieu est 1(9 maître : Dieu force les ennemis de la vérité et les calomnia* teurs de son Eglise , à dire plus qu'ils ne veulent : et tout eh] calomniant l'Eglise romaine de la manière qu'on voit, il fai qu'il vienne aux pieds de cette Eglise avouer qu'on se sauvi dans sa communion , et que les enfants de Dieu sont dant son sein.
' Lctt. XI. 1). 8.
SUR LES LETTRES DS M. JURiEU. lio
IV. Qae Tidolâtrie attribuée par le ministre à TÉglise runmine, selon lui,
u*empcche pas qu'on ne s*y sauve.
Les deux raisons qu'il allègue pour se défendre de cet aveu, WBt, premièrement, que TEglise romaine, selon lui, est idolâtre ; et secondement, qu'elle est TEglise antichrétienne. Finir commencer par ridolâlrie, voici les paroles du ministre: iL'Eglise, dit-il ', dans le cinq, le six, le sept et le huitième luëcle, adoptâtes divinités d'un second ordre, en mettant
• les saints et les martyrs sur les autels destinés à Dieu seul ; telle adora des reliques ; elle se fît des images qu'elle plaça idaos les temples, et devant lesquelles elle se prosterna. iCétoit pourtant la même Eglise, mais devenue malade, linGrme, ulcéreuse; vivante pourtant, parce que lalumière » de l'Evangile et les vérités du christianisme demeuroient « cachées , mais non étouffés sous cet amas de superstitions ». Toilà donc en propres tei^mes l'Eglise vivante , malgré ses idolâtries envers les saints, envers leurs reliques, et même envers leurs images. Il n'y a point ici d'équivoque : ce que h ministre appelle Église vivante, c'est l'Eglise où sont ceux qoi vivent, c'est-à-dire, les vrais fidèles ; ceux qui partici- ,pent à l'Eglise, non-seulement seion son corps, c'est-à-dire,
Klon la profession extérieure de sa foi ; mais encore selon Mm âme , c'est-à-dire, selon la foi et la charité, comme on »TO. Si donc l'Eglise est vivante malgré les idolâtries dont on l'accuse , ces idolâtries n'empêchent pas que la foi et la ekarité ne s'y trouvent, ni par conséquent qu'on ne s'y sauve.
Y. Tains emportements du ministre qui n'oppose que des injures aux passages tirés de ses livres dont on T accable.
! Xavois produit ce passage dans l'Histoire des Variations ^ ; oaisle ministre le passe sous silence, et se contente de s'éerier en cette sorte : « Quelle hardiesse faut-il avoir pour
• avancer qu'un auteur qui dit tout cela » , c'est-à-dire , qui dit entre autres choses que l'Eglise romaine est idolâtre , «afranchi le pas, et avoué rondement qu'on peut se sauver
' Préj. légit.I. part. ch. i. p. 5. — - Var. liv. xv. n. 54.
11G TR0161ÈMK AVliRTlSSKMENT
» dans TÉglise romaine ? Il faut avoir un front semblable à » celui du sieur Bossuet * ». Il est en colère ; vous le voyez : mais cela n'est rien en comparaison de ce qui paroît dans la suite , lorsqu'il dit « que bien des gens mettent ce prélat an » nombre des hypocrites qui connoissent la vérité » , et qui la., trahissent sans doute, en parlant contre leur conscience ; cej qu'il répète encore en d'autres endroits. Que lui servent cet^J emportements et tous ces airs de dédain qui lui conviennentsi peu ? II voudroit bien avoir avec moi une dispute d'injures,^ ou que je perdisse le temps à répondre aux siennes ; mais co^; n'est pas de quoi il s'agit. Puisqu'il se vante de répondre à, l'accusation que je lui fait de nous sauver malgré nos idolftr , tries prétendues, il faudroit répondre aux passages dont j^la soutiens ; et c'est un aveu de sa foiblesse de ne mettre quoL des injures à la place d'une défense légitime.
VI. Saint Léon, qnoiqae fort avant engagé dans ridolâtrie, 8*esC saa?é^
selon le ministre. ^
fe
Mais il va être poussé bien plus avant. Selon lui, du tempti de saint Léon l'idolâtrie étoit assez grande dans l'Eglise poor^ en faire une Eglise antichrétienne, et faire de saint Léon-V l'Antéchrist même ; et néanmoins le ministre écrit ces paro^ les dans la treizième lettre de cette année ^ :« Pendant que y> l'Antéchrist fut petit, il ne ruina pas l'essence de l'Eglise. » Léon ( car il n'est plus saint , et M. Jurieu l'a dégradé , ) » Léon donc, et quelques-uns de ses successeurs furent » d'honnêtes gens , autant que l'honnêteté et la piété sont » compatibles avec une ambition excessive. U est certaia » aussi que de son temps l'Eglise se trouva engagée fort » AVANT DANS l' IDOLATRIE du culte dcs créatuTCS, qui est un des » caractères de l'antichrislianisme ; et bien que ces maux ne; )) fussent pas encore extrêmes, et ne fussent pas tels qu'ils. » DAMNASSENT la persounc de Léon, qui d'ailleurs avoit dejl » bonnes qualités , c'étoit pourtant assez pour faire les com- \ >j mencements de ranlichristianismc ». Vous voyez donci qu'on n'est point damné, quoiqu'on soit non-seulement ido- ]
' Lelt.xi. - 2 Ibid. xiii.de 1689. p. î>8.
SIJH LKS LETTRES DE M. JLRIEU. 117
lâtre , mais eucore fort avant engagé dans l'idolâtrie du culte des créatures. Si on n'est pas du nombre des saints , et qu'il (aille rayer saint Léon de ce catalogue, on est au moins du nombre des honnêtes gens ; et le mal de Tidolâtrie n'est pas si extrême qu'on en perde le salut.
Poussons encore. On a démontré dans le livre des Variations et ailleurs ' , par les paroles expresses de saint Jean , que la bêle et TAntechrist ont blasphémé et idolâtré dès leur naissance , et pendant toute retendue des iâGO jours de leur dorée. Le ministre a voulu le dissimuler , pour n'être point obligé de reconnoître ces attentats , du temps et dans la personne de saint Léon , de saint Simplice , de saint Gélase , et des autres saints pontifes du cinquième siècle ; mais à la lin W a fallu trancher le mot. « II est certain que dès ce temps » commencèrent tous les caractère^ de la bête. Dès le temps B de Léon, les Gentils ou Païens commencèrent à fouler FEu gliseaux pieds ; car le paganisme, qui estle culte des créa- » tures, y entra. Dès lors on commença à blasphéméï* contre n Dieu et ses saints ; car ôter à Dieu son véritable culte pour » en faire part aux saints, c'est blasphémer contre Dieu ' ». Voilà donc le blasphème et Tidolâtrie antichrétienne établie sous saint Léon. Il n'en étoit pas exempt, puiqu'il éloit luimême l'Antéchrist: et en effet, il est constant qu'il n'honora pas moins les reliques, et ne demanda pas moins le secours de la prière des saints, que tous les autres. Voilà donc nonîîeulement un idolâtre, mais encore le chef de l'idolâtrie antichrétienne dans le nombre des élus ; et l'idolâtrie n'empêche pas le salut.
Vfl. l/idulàlrie, selon le ministre , nVmpt*che pas d'être saint. Preuve par ridoiàtrie attribuée aux Pères du quatrième siècle.
Mais est-il possible, direz-vous, que notre ministre ait dit ces choses, lui qui avoue à l'auteur des Variations que l'idolâtrie, un si grand blasphème contre Dieu, n'a point d'excuse et quon n a jamais cru ni pensé qu'on piU sauver un idolâtre
' Apoc. XI. XII. 6. 14. XIII. 5. 6. Vur liv. \in. n. 21. Apocal. Avcrtiil aux Protest. n. 27. 28. — ' Lett. \ni. p. î»0. c. 2. - ' Loti, vi p :\2.
il8 TROISIÈME AVERTISSEMENT
SOUS prétexte de sa bonne foi ' ? N'est-il pas vrai qu'il a écrit ces paroles ? Je Tavoue : il les a écrites dans Tonzième lettre; mais néanmoins dans la treizième il a excusé saint Léon quoiqu'idolâtre et chef de Tidolâtrie. Bien plus, on lui a fait voir que sur le sujet de Thonneurdes saints, saint Léon n'en avoit dit ni plus ni moins que saint Basile , que saint Ghrysostôme, que saint Ambroise, que saint Augustin , que saint Grégoire de Nazianze , et tous les autres Pères du quatrième siècle, qui, selon lui, ne sont pas seulement d'honnêtes gens, comme saint Léon , mais encore des saints. Le fait a passé pour constant, et voici les paroles du ministre ' : « Cent » ans avant saint Léon Tadoration des saints et des reliques n étoit inconnue. Quinze ou vingt ans après, on commença » à en voir quelques vestiges dans les écrits des Pères; mais » ce ne fut rien de considérable avant la fin du quatrième » siècle » . Laissons-lui arranger à sa fantaisie toute cette histoire ; et en ne prenant que ce qu'il nous donne, posons pour principe certain , que ce qu'il apelle idolâtrie , et adoration des reliques, étoit devenu considérable sur la fin du quatrième siècle où ces grands hommes fleurissoient. Non-seulement ils souffroient, mais encore ils enseignoient cette idolâtrie : ils prêchoient les miracles dont le démon, dit le ministre, fascinoit les yeux des hommes pour l'autoriser : et il est certain , dit M. Jurieu * , que ce fut un esprit trompeur qui abu^sa saint Ambroise, et qui lui découvrit ces reliques, (ce furent celles de saint Gervais et de saint Protais ^) pour en faire des idoles. Voilà donc non-seulement un adorateur de l'idole , mais celui qui l'érigé dans la maison de Dieu, et que le diable abuse pour le faire servir d'organe à l'impiété, au nombre des saints. Saint Augustin entre en part de ce crime, puisqu'il le rapporte, qu'il le loue, qu'il le consacre. Voilà donc des saints idolâtres ; et l'idolâtrie, loin d'être un crime qui damne, n'empêche même plus qu'on soit saint.
' Lett. XI. p. 82. - ' Ace. des Proph. p. 106 — ^ Apocal. Avertiss. aux Protest. n. 30.
SUR LES LETTRES DE M. JL'RIEI . 110
YIII. Cette obj<H:tion méprisée, et le fait cuufirmé parie miiiistre.
Le ministre a prévu cette objection , et voici comme il se la fait à lui-même ' : «Vous avouez que l'invocation des saints » a plus de douze cents ans sur la tête : cela ne vous fait-il » point de peine , et comment pouvez-vous croire que Dieu » ait laissé reposer son Église sur Tidolàtrie depuis tant de » siècles »? Il n'y a personne qui ne frémît à une semblable objection , et ne crût qu'il n'y a de salut qu'à nier le fait ; mais le ministre accorde tout , et sans s'étonner: « Nous ré- » pondons , dit-il , que nous ne savons point respecter l'an- » tiquité sans vérité. Nous ne sommes point étonnés de voir » une si vieille idolâtrie dans l'Église, parce que cela nous » a été formellement prédit : il faut que ï'idolàlrie régne dans j) rËglise chrétienne 1260 ans )>. Voilà donc l'état de l'Église dès le quatrième siècle. Dans le siècle de saint Basile, de saint Ambroise et de saint Chrysostôme V idolâtrie régnoit; TEglise se reposoitswr l'idolâtrie ; on se sauvoit néanmoins ; on parvenoit à la sainteté dans cette Eglise où régnoit l'idolàtrie , et qui se reposoit dessus. 11 ne finit donc plus alléguer ridolàlrie de TÉglise pour montrer qu'on ne s'y sauve pas.
IX. Réponse de M. Jurieu « qui se détruit par elie-méme. État du culte
des saints dans le quatrième siècle.
Quelqu'un me dira peut-être : J'ai trouvé dans M. Jurieu la résolution de cette difiicullé. « L'Evoque de Meaux, dil-iP, » répète la vaine déclamation lirt'e de ce qu'en accusant » le culte de l'Église romaine d'idolâtrie , cette accusation n tombe nécessairement sur les saint Ambroise et les saint » Augustin , les saint Jérôme, les saint Grégoire de Na- » zianze, et sur tous les chrétiens de ces siècles, qui ont vé- » nérc les reliques et invoqué les saints ». Liidéclamation est pressante sans doute; mais voyons si le ministre, qui la méprise , osera du moins nier le fait qu'on y avance sur le sentiment des Pères du quatrième siècle. Point du tout. Voici ?a réponse : Nous avons répondu à cela bien des fois. C'en est assez pour tromper les ignorants; il ne faut que leur dire qu'or '
' Apor. Avoîl. sur lesPiopli. H. ?/)..!ur. T-ctt. \Mi. delà l.aïui p. 131 — - Lelt. \v. au comm. p. .'î7.">.
120 TROISIÈME AVEKT1SS£jHENT
y a répondu. Mais qu'avez-vous répondu? Que dans ces siècles il n'y avoit point de superstitions des reliques, ou d'invocation des saints? Non. « Nous avons répondu, dit-il, que dans ces » siècles la superstition des reliques et de l'invocation des » saints n'étoit pas encore montée au degré de Fidolâtrie où » elle est arrivée depuis, et que Dieu a toléré quelques sortes de » superstitions dans ces grands hommes, qui d'ailleurs ont ren- » du tant de services à l'Église ». Quelle misère de gaucher toujours , et de n'oser jamais parler franchement dans une matière de religion ! Cette superstition des reliques^ cette invocation des saints, qui étoit alors et qui selon vous étoit pratiquée par les saint Augustin , par les saint Ambroise , par les saint Basile et les autres, étoit-ce une idolâtrie, ou n'en étoit-ce pas une ? Si c'en étoit une, ils sont damnés : si ce n'en étoit pas une nous sommes absous. Ou peut-être c'en étoit une, mais non encore dans le degré qu'il falloit pour damner les hommes : et il y a une idolâtrie, c'est-à-dire, un transport du culte divin à la créature qui ne damne pas, et qu'on peut si bien compenser par d*autres services, que Dieu n'y prendra pas garde ; comme s'il pouvoit y avoir un service agréable à Dieu dans ceux qui rendent le culte divin à la créature* Qui jamais ouït parler d'un égarement semblable ? Mais encore que manquoit-il à l'idolâtrie de saint Augustin et de saint Ambroise ? à celle qui selon vous régnoit alors , et sur laquelle on se reposoit? Que votre ministre ne vous dise pas que cette idolâtrie n'étoil pas publique? car qu'importe premièrement quelle poit publique? Est-ce que l'idolâtrie qui se feroit en particulier no damneroil pas? Michas cesse-il d'être idolâtre, à cause que ridole qu'il servoit étoit dans sa maison ' ? L'Ephod , dont lu maison de Gédéon se lit une idole , mérita-t-elle moins ce nom, parce qu'elle ne fut pas posée dans un temple , et que selon les apparences ce faux culte prit commencement dans une famille particulière? Quelle erreur donc de vouloir excuser les Pères et les chrétiens du quatrième et cinquième siècle, sous prétexte qu'ils n'idolâtroient qu'en particulier? Mais d'ailleurs , quelle illusion d'oser nous dire que l'idolâtrio uYloit pas publique , pendant qu'on nous avoue qu'elle étoit
' Jiid. \VI. \.
Tégnanie*1 pendant qu'on la reconnoît dans les sermons de ces Pères, qui sans doute étoîent publics et se faisoient dans les tglises et dans rassemblée des fidèles, et faisoient alors, (omme maintenant et toujours, une partie essentielle du culte irio ; et non— seulement dans leurs sermons , mais encore ans leurs liturgies, dans les Églises où ils servoient Dieu , fais les oratoires des martyrs, et jusque sur les autels, où Inra reliques étoient déposées par honneur comme dans le iesle plus saint du temple de Dieu ? a Qu'on mette , disoit ■int àmbroise , ces « triomphantes victimes dans le lieu où iJésos-Christestrhostie ». (( Les fidèles, dit saint Jérôme, 1 regardent les tombeaux des saints martyrs comme des «ntels de Jésus-Christ ». a Nous honorons leurs reliques, lit saint Augustin , jusqu'à les placer sur la sublimité du diiin autel ». Voilà , ce me semble , pour ne pas appuyer Tautel et sur le sacrifice dont il ne s'agit pas ici; voilà r les saints et fiour leurs reliques une vénération assez uée y assez publique, assez solennelle : et ceux qui, non lents de la leur rendre, la prêchent avec tant de force, ne
ntpas d'être saints.
Et qu'on ne nous dise pas que les saints n'avoient point
n d'oratoires , ni de chapelles : car on demeure d'accord
ils en avoient au quatrième et cinquième siècle ' ; et en-
qu'on ose dire que la sainte Vierge n^en avoit pas dans
deux siècles , c'est une ignorance grossière ; puisque le
iled'Ephèse, comme il paroîtpar ses actes, fut assemblé
450, dans une Eglise appelée Marie^, du nom de la sainte
e, qui sans doute ne fut pas construite alors pour y le.
le concile.
Qu'on ne dise pas que ces Pères n'employoient point envers D les mérites des saints; car, au contraire , on convient Ke'est par là que l'on commença, a Dans le coinenccment, AM. Jurieu *, les prières s'adressoient au Dieu des marl\rs, ptr rapport aux mérites et aux souffrances des martyrs »>.
Lett. XV. de la 1 auii. p. 123. Ace. des Proph. cli. 14. etc. Var. iini. n. 23. elsuiv. - ' Jur. ibid. — •* Coiu*. Ephes. Acl. 1. ctr. I.uM). p.eoI. i45 et seq. - * Kelt. x\ p. 123.
123 TROISIÈMB AVERTISSEMENT
Qu'on ne dise pas que du moins TÉglise n'avoit pas i avertie de la prétendue erreur de ce culte : car elle Tavoit^ par Vigilance , que saint Jérôme mit en poudre dès sa naî sance ; et toute TÉglise d'alors prit tellement le parti de saint , que depuis on n'entend pas seulement parler de Yij lance ni de son erreur.
Voilà donc en tout et partout la prétendue idolâtrie de c temps là dans le même état où elle a été depuis : et qaaa tout cela ne seroit pas, se prosterner devant les relique et demander des prières aux martyrs; les appeler des rempai et des forteresses, ce que M. Jurieu appelle le culte des Ma^ zims après son auteur Joseph Mède ' ; en quelque sorte qa*< le fasse en particulier ou en public, dans TEglise, dans ] cimetières, ou dans les maisons; c'est toujours une idolàtrfj selon les ministres, toujours par conséquent un crime daH nable ; et quand cette idolâtrie ne seroit pas assez formée! quatrième siècle , elle l'étoit au cinquième, et sous saint Léd que néanmoins on n'ose damner non plus que ses prochal successeurs. Votre ministre prononce lui- même a que le f4 » culte des saints et la doctrine des seconds intercesseurs éri » si bien formée dans les paroles de Théodoret en Tan 450 *i qu'il y en avoit assez pour constituer dès lors l'Église anticht tienne , et assez d'adhérence à cette erreur dans saint Lb pour en faire un antechrist formé , sauvé toutefois ; et va encore insensiblement la seconde défense de voire ministi entièrement renversée. Car, peut-il dire qu'on ne peut trou^ son salut dans une Église antichrétienne, puisque selon on est sauvé, non-seulement étant sectateur de TAntechri mais encore étant l'Antéchrist même ? Qui jamais ouït pi 1er d'un semblable excès, et que faut-il davantage pourapii quer à un auteur ce mot de saint Paul , que sa folie est cdl nue à tous ? Mais allons encore plus avant , et voyons coimi le ministre a établi par principes le salut uni avec l'antichii tianisme. l
' Ace. des Proph. I. part. ch. 15, etc. Lett. xix.de la 1 ann. p. 16.1 Apoc. Avert. aux Prot. n. 9.8. Var. Vw. \iii. ii. 23 et suiv. — ^ Ace. p. 12. 21. 22.
SUR LES LETTRES DE M. JURIKII. Ï^Ty
Pissage exprès da ministre, où il dit qu'on se peut sauver dans les Eglises les plas corrompoes , et jusque dans celle de rAnteclirist.
n est vrai qu'il a semblé donner pour règle qu'on ne peut pas iiaaverdans TÉglise antichrétienne : ce qui est très-vrai dans 1 fond; parce que, comme dit le minisire , il n'y a point de BmuDion entre Christ etBélial.Maiscequi en soiestindubiiHe, dans les principes du ministre ne peut ôtre qu'une vaine ■gération, que cet auteur réfute lui-même par le discours que
E": a Je ne veux point délinir quelles sont les sectes où Dieu ut avoir des élus, et oii il n'en peut avoir : l'endroit est ip délicat et trop périlleux. Mais ce que je puis asiver, c'est que Dieu peut se conserver des élus dans les lonmunions et dans les sectes très-corrompucs : ce qui jOt clair ; parce qu'il s'en est conservé dans le règne même [ie l'Anto/christ et dans celle de toutes les religions , qui , |an8 avoir renoncé aux principes de la religion , est pourri la plus antichrétienne. Saint Paul nous dit expresséiaent que l'Antéchrist doit être assis dans le temple de Dieu, K€st-à-dire, dans une I^glise qui sera chrétienne, et qui aura fissez de reste du véritîible christianisme pour conserver le iiom d'Église et de temple de Dieu. Ces cent quarante-qua- |tre mille de l'Apocalypse sont représentés être dans l'era- ^yire de l'Antéchrist, comme les Israélites étoient dans [FEgypte , où les poteaux de leurs maisons furent marqués fiinque l'ange destructeur ne les touchât point' ». Voilà, |ie semble, des élus en assez grand nombre, et assez bien [aésdans l'Église de l'Antéchrist, c'est-à-dire, selon le dans la romaine , sans que son antichristianisme les empêche. Mais achevons le passage, puisque nous y som- « Les Églises de l'Orient et du Midi sont assurément dans fMe grande décadence »». Sans doute , selon les principes ministre , puisqu'on y voit bien assurément tout le culte itdes images et des saints , qu'on nous impute a idolâtrie. «lÉglise des Abyssins n'est pas trop pure » , puisque outre
' Atis à tous le* clirél. a>ant l'ace, p. i8. 'iW. Pn'j. Ii'git. 1. pari. (kl.p 10.
\ ^4 TROISIÈME AVERTISSEMKNT
ces idolâtries, on y suit les erreurs de Dioscore, et on déteste la sainte doctrine du concile de Ghalcédoine. « Cepen » dant , poursuit le ministre , il n'y a pas lieu de douter qu » Dieu iie s'y conserve un résidu selon Téleclion de la grâce » car jamais la parole n'est prêchée en un pays , que Dieu n » lui donne efficace à l'égard de quelques-uns >». Voilà tou jours son grand principe , qui est la fécondité de la paroi de Dieu partout où elle est prêchée.
Mais afin que cette parole ait cette fécondité et cette efficace, il ne faut pas s'imaginer qu'elle doive être prêchée dan sa pureté ; puisque, comme on voit, ces Eglises ne sont guèn pures. Il n'y a point d'Eglise moins pure que celle de l'Ante christ ; et néanmoins on y trouve cent quarante -quatre milh élus. Votre ministre a écrit ces choses ; vous les voyez , voua les lisez de vos propres yeux; et toutefois, mes chers Frères, L se tient si assuré de vous faire croire tout ce qu'il voudra , qu'il ose nier qu'il les ait écrites , et il se fait fort de vow persuader que jamais il n'a songé à mettre des élus parmi nous , ni à confesser qu'on se sauve dans notre communion, parce que c'est la communion de l'Antéchrist.
XI. Autre passage où il met le peuple saint dans Babylone jusqu*au joui de sa chute , et le prouve par TApocalypse.
Ce qu'ildit dans le Système de l'Eglise est encore plus fort, puisqu'il entreprend d'y prouver par l'Apocalypse, « quel'É- » glise peut être dans Babylone , et queBabylone peutentrei ») dans l'Eglise '. 11 est vrai , poursuit-il, nous soutenons , el V. nous avons raison de soutenir que l'Eglise romaine est la » Babylone spirituelle dépeinte dans l'Apocalypse; mais Dieu » dit de cette Babylone : Sortez de Babylone, mon peuple,. » de peur que participant à ses péchés , vous ne participiale » à ses peines »>. Voilà donc encore une fois le peuple de Dieu dans Babylone; et cela jusqu'au moment oii ses crimes son! montés si haut, qu'elle n'a plus à attendre que la dernier*^ sentence , et qu'il n'y a plus aucun délai à son supplice.
Entreprenez sa défense, imaginez tout ce qu'il peut dire ;
* Sysl. liv. I. ch. I. p. 144. 145. Var. liv. xv. n. 56.
Stll LFS LKTTHliS DE M. JURIËU. 125
et lui-même au même moment il le réfutera. Vous pourriez croire que ce peuple, qui est renfermé dans Babylone jusqu'à ce moment fatal , n'est appelé le peuple de Dieu que selon la prédestination éternelle. Mais , non , dit M. Jurieu * , a il » ne faut pas dire que le peuple de Dieu sorte de Babylone , 9 comme les chrétiens sortent du milieu des Païens , quand » ceux-ci se convertissent ; car Dieu n'appelle point son peu- » pie des gens en état de damnation ; et si le peuple de Dieu » renfermé dans Babylone étoit lui-même un peuple Babylo- » nien , Dieu ne le pourroit plus appeler son peuple. Il est » plus clair que le jour que Dieu dans ces paroles : Sortez de B Babylone, mon peuple , fait allusion au retour du peuple ) Juif de la captivité de Babylone; et pendant que les Juifs » furent dans Babylone , ils ne cessèrent pas d'être Juifs , et » le peuple de Dieu ». Vous le voyez , mes chers Frères : il ne dit pas seulement, mais il prouve , par tous les principes dont on convient dans la Réforme , que le vrai peuple de Dieu, le peuple justifié, le peuple saint et séparé des méchants par la grâce qu'il a reçue, se trouve dans sa Babylone, qui est l'Eglise romaine, jusqu'au moment de sa chute : et cet homme ose dire encore qu'il n'a jamais enseigné qu'on se sauvât parmi nous.
Xfl. Illusion du ministre qui répond qu'il n*a sauvé dans TÉglise romaine
que les enfants baptisés.
Mais, dit-il, ceux qui s'y sauvent ce sont les enfants; car il avoue dans sa lettre , qu'il dit bien « que dans l'Église ro- » maine il y a une infmité d'âmes sanctifiées par la vertu du » christianisme ; mais qu'il a ajouté, que ces âmes sont cel- » les des enfants qui ont été baptisés au nom de Jésus-Christ, » et qui, étant morts avant l'âge de raison , n'ont pris aucune » part aux abominations du papisme ' » . Ce qu'il répète encore une fois en ces termes : à Nous ne reconnoissons d'élus » dans l'Eglise romaine qu'entre les enfants qui ne sauroient » prendre part à ses idolâtries^». Sans doute, c'est aux enfants qui n'ont pas atteint l'âge de raison que s'adresse cette
• Jur. ihid. —Mur. Lett. il. p. 80. — * Ibid.
parole : Sortez de Babylone , mon peuple : ils entendront à merveille que Babylone c'est TEglise romaine ; que c'est celle-là d'où il faut sortir, et qu'il faut passer en Hollande pour se joindre au peuple de Dieu. Les enfants entendent cela avant l'usage de la raison , et ils sont le peuple de Dieu à qui s'adresse cette voix du ciel. Qu'on espère de vous faire croire de telles absurdités ! Mais si vous n'avez pas oublié ce que votre docteur vient de vous dire , ceux qui se sauvent dans la communion romaine, c'est-à-dire, dans la Babylone spirituelle , ont été comparés aux Juifs qui étoient dans la Babylone temporelle ou en Egypte , qui sans doute étoient des adultes, et non pas de petits enfants avant l'âge de raison. On attribuoit tout à l'heure le salut de ce grand nombre d'élus , qui se trouve dans Babylone et sous le règne de l'Antéchrist, à l'efficace de la parole, qui n'est jamais prêchée inutilement *. Est-ce que ces enfants écouteront cette parole, et qu'à la faveur des vérités qu'elle contient , ils sauront bien se* séparer de la corruption? Pour qui veut-on vous faire passer , et dans quel rang met-on ceux qu'on espère de contenter par de tels moyens? Il n'y a donc rien à répondre à des passages si clairs : les plus sourds les entendent, les plus ignorants en sont frappés; et il ne vous reste que le seul refuge oh l'on se jette ordinairement quand on n'en peut plus ; c'est de dire ce que tous les jours nous entendons de votre bouche : Nous ne saurions vous répondre; mais notre ministre , s'il étoitici, vous répondroit bien. Quelle réponse pour des gens à qui tout est clair , et qui croient pouvoir décider seuls au dessus de tous les docteurs et de tous les synodes ! Mais encore , ce misérable refuge vous est-il fermé à cette fois. Il n'est pas question de dire que votre ministre répondra quand on lui objectera ces passages tirés de ses livres : on les lui a objectés dans l'histoire des Variations' : vous les trouverez dans ce livre xv, qu'il reconnoît avoir lu , et auquelll s'est engagé de répondre, du moins pour les endroits qui le touchent. H ne dit mot néanmoins de ceux-ci ; et ces témoignages qu'il a portés contre lui-même lui ferment la bouche.
• Voy ci-dessus, n. 10. — - Var. liv. xv. ii. 56.
XIII Suite des paissages da ministre, où il reconnoît dans T Eglise romaine
d'autres élus que les enfants.
Mais VOUS trouverez dans ce même livre de quoi le confondre plus démonstrativement. Le ministre propose deux voies dont Dieu se sert. pour sauver son peuple au milieu de la corruption de Babylone : la première est la voie de tolérance , parce qu'»7 supporte les erreurs et les superstitions en ceux qui y vivent de bonne foi, et qui d'ailleurs ont beaucoup de fiété et de charité ' ; la seconde, est la voie de séparation, parce qu'il éclaire ceux qu'il veut sauver , jusqu'à leur faire séparer la doctrine divine des additions humaines '. C'est ainsi dit-il , qu'on se sauve dans le règne même de V Antéchrist. Or, constamment ce n'est pas ainsi que Dieu veut sauver les en- &nts : ni il ne supporte leurs erreurs , ni il ne leur donne de discernement. Ce n'est donc pas eux qu'on entend parce peuple sauvé dans Babylone : ce sont les adultes : ce sont , disje, ceux-là qui, selon les principes de votre ministre, sont sauvés dans l'Eglise romaine , non-seulement en rejetant ses prétendues erreurs, mais encore en les croyant de bonne foi.
Vous ne croyiez pas, mes chers Frères, qu'on en pût venir parmi vous dans la conjoncture présente jusqu'à nous donner cet avantage; mais Dieu l'a voulu ainsi : Dieu, qui a soin de votre salut, a voulu vous donner ce témoignage par la bouche d'un ministre, d'ailleurs si implacable envers nous; et il n'a pu s'en défendre. Car il a déclaré formellement que la voie de la tolérance pour les erreurs regarde ceux qui y vivent de bonne foi ; et ce qu'il n'a dit qu'en passant dans ses Préjugés légitimes % il l'explique à fond dans son Système, o£[ il parle ainsi * : « Pour ce qui est des sectes qui ren- » versent le fondement par additions , sans l'ôter pourtant », (vous entendez bien que c'est de nous et de nos semblables qu'il veut parler ) « il est certain qu'on n'y peut communier » sans péché; et afin de pouvoir espérer de Dieu quelque » tolérance , il faut premièrement qu'on y soit engagé par la » naissance; 2° Qu'on ne puisse communier avec aucune au-
' Jur. lîv. XV. n. 57. — ^ Préj. I. part. ch. i. p. 17. — * Préj. ibid. — ♦ Syst. liv. I. p. 158. 159. 164. 174. 175. 195. !25y.
») tre société plus pure. C'est pourquoi il n'eût pas été permis » de communier tantôt avec les Vaudois, et tantôt avec les » prétendus Catholiques ; 3° Qu'on y communie de bonne » foi , croyant qu'elle a conservé l'essence des sacrements , » et qu'elle n'oblige à rien contre la conscience ». Vous voyez donc clairement que ceux qui se sauvent dans ces communions impures, où néanmoins les fondements subsistent toujours , ce sont ceux qui y vivent de bonne foi et qui croient qu'on n*y oblige à rien qui blesse la conscience, « Car , pour- » suit-il , si on croit que cette société oblige à quelque chose » contre la conscience, on pèche mortellement quand on » participe à ses sacrements ; c'est pourquoi il ne vous est » pas permis de communier alternativement avec les pré- » tendus Catholiques et avec les Réformés ; parce qu'étant » dans les sentiments des Réformés , nous sommes persuadés » que le papisme nous oblige dans sa communion à bien des » choses contre la conscience , comme , dit- il , à adorer le » sacrement » : Par où l'on voit manifestement qu'il a compris l'Eglise romaine avec celles où l'on peut se sauver, en y vivant de bonne foi : c'est-à-dire, en participant sincèrement à sa doctrine et à son culte ; et c'est pourquoi il n'oblige à péché mortel, que ceux quicommunieroient , ou adoreroienl avec nous , sans croire de bonne foi notre doctrine.
On voit par là le pas important qu'il a fait au delà de M. Claude et du commun de sa secte. M. Claude, avant la Réforme , ne sauvoit parmi nous que ceux qui n'étoient pas de bonne foi, en demeurant dans le sein de notre Eglise sans y croire : M. jurieu, qui a bien vu combien il étoit absurde de ne sauver que les hypocrites, a été forcé de passer outre, et d'accorder le salut plutôt à la bonne foi qu'à la tromperie. Il est vrai qu'il semble y mettre deux conditions : l'une , qu'on soit engagé à une communion par la naissance ; Tau tre, qu'on ne puisse communier avec une société plus pure. Mais il tempère lui-même la première condition, en disant que ceux qui passent de bonne foi et par persuasion , dans les sectes qui ne ruinent ni ne renversent le fondement,, au nombre desquels il nous met, comme on a vu, nesontpas en autre état qve ceux qui y sont nés : et pour Fautre condition, qui
est celle de ne pas pouvoir communier avec une société plus pure, il est fort commode pour cela; puisqu'on disant qu*il faut rompre avec les conciles qui détruisent les fondements de la religion, soit en les niant, soit en les renversant, il y oppose la condition, n on est en état de pouvoir le faire ' . Les questions qu'il propose ensuite, vous feront encore mieux connoître ses intentions. « Il semble, dit-il ^? que si Tidée de TEglise » renferme généralement toutes les sectes, on puisse sans 9 scrupule passer de Tune àTautre; être tantôt Grec, tantôt » Latin, tantôt Réformé, tantôt Papiste, tantôt Calvinistes » tantôt Luthérien ». Telle est la question qu'il propose, oi!i Ton voit qu'il met également les Latins et les Grecs , les Papistes et les Prétendus Réformés: et il répond premièrement^ qu'il n'est pas permis de passer d'une communion à une autre pour faire profession de croire ce qu'on ne croit pas ; ce qui est très-assuré : mais, secondement, il ajoute qu'on y peut passer, comme on vient de voir, sans risque de son salât, a en changeant de sentiment, lorsqu'on passe dans les 9 sectes qui ne ruinent ni ne renversent le fondement * ». Lorsque pour répondre à ce passage il dit qu'il faut entendre sa proposition des sectes qui ne renversent en aucune sorte le fondement de la religion , ni en le niant, ni en y mêlant des erreurs mortelles , telles que sont les idolâtries qu'il flous impute * : il est battu premièrement par tous les endroits oii il a sauvé ; non-seulement les Grecs aussi idolâtres que nous , mais encore les Nestoriens et les Eulychiens , qui joignent d'autres erreurs à ces prétendues idolâtries ; et secondement par toutes les preuves par lesquelles on a démontré qu'il met des idolâtres reconnus pour tels par luimême , non-seulement au nombre des sauvés, mais encore au rang des plus grands saints.