XIV. Suite de la même matière
Si tout cela ne démontre pas qu'il a sauvé parmi nous d'autres gens que les enfants décédés avant l'usage de raison Il je ne sais plus ce qu'il y a de démonstratif. Mais voici encora
' Syst. p. 269. — * Ihid. 175. — ' Ibid. — * Lett. xi.
150 TROISIÈME ÀV£RTISSEMEKT
une autre preuve, qui n'est pas moins concluante. « Nous » avouons , dit-il ' , à M. de Meaux , que TÉglise dont Jésus- » Christ parle là » ( dans le passage de saint Matthieu, xvi, oii il dit que Tenfer ne prévaudra point contre TÉglise ) , « est une Eglise confessante, une Églisequi publie la foi ^ une » Église par conséquent extérieure et visible; mais nous » nions que cette Église confessante , et qui publie la foi , soit )) une certaine communion chrétienne, distincte et séparée » de toutes les autres. C'est Fumas de toutes les communions : » qui prêchent un même Jésus-Christ , qui annoncent le i )) même salut, qui donnent les mêmes sacrements en >i » substance , et qui enseignent la même doctrine » ; en sub- i stance encore , et quant aux points fondamentaux , comme il i\ vient de dire ; car s'il vouloit qu'en tout et partout on ensei- 4 gnât jusqu'aux moindres points la même doctrine, il sorti- tt roit visiblement de son système , et ne pourroit plus sauver,^ comme il fait , ni les Nestoriens , ni les Jacobites, ni \eêï Grecs ; et c'est pourquoi il ajoute que l'Église, dont Jésus-js Christ parle ici , « est un corps qui renferme toutes lescom-" » munions, lesquelles retiennentle fondement de lafoi». Or, il nous comprend dans ce corps; il nous met dans cet amas, comme on a vu , et comme il le dit à chaque page de soik livre , et en particulier dans cet endroit , puisque c'est dô nous en particulier et de l'Église romaine qu'il s'agit. C'e&l dans cet amas que sont les élus : le ministre le décide ainsi, par ces paroles : « Dans ce corps visible et externe est ren-, » fermée l'âme de l'Église, les fidèles et les vrais saints' », et un peu plus bas, « quelque sens qu'on donne à cet article » , ^ ( c'est à l'article du Symbole oîi l'on croit l'Église uriiver-jr selle) « et quoique l'on avoue que par là il faut entendre^ » une vraie Église visible , les prétendus Catholiques n'e^ » peuvent tirer aucun avantage ; puisque cette Église visible ^îj » laquelle nous faisons profession de croire , est celle qui est! » répandue da^s toutes les communions véritablement chré-. » tiennes , et dans laquelle est renfermée la partie invisible,! » qui sont les élus et les vrais saints » . Nous sommes, commo'
' Syst. p. 215. —2 Ibîd. p. 21C.
on a TU plusieurs fois , une de ces communions véritablement chrétiennes , c'esl-à-dire , de celles où Ton relient les fondements de la foi; et nous sommes par conséquent une de ces communions où Ton est contraint d'avouer que les saints sont renfermés. Qu'on ne nous objecte donc plus nos idolâtries prétendues comme exclusives du salut. Nous annonçons dans le fond le même salut que les autres qu'on reconnoît pour véritables chrétiens : en Tannonçanf, nous y conduisons , puisque , selon les principes du système , on ne Tannonce pas inutilement et que la parole de Dieu n'est pas stérile. Qu'on ne nous objecte plus que nous retranchons avec la coupe une partie substantielle de l'Eucharistie, Nous avons les sacrements en substance ; et il n'y a aucune raison ni générale ni particulière de nous priver du salut. On ne peut ici se réduire aux enfants qui meurent parmi nous après le Baptême et avant l'âge de raison : car il n'auroit fallu parler , ni de la doctrine, ni de la prédication , puisqu'ils n'y ont aucune part en l'état où ils sont. Les adultes se sauvent donc parmi nous , comme parmi les autres vrais chrétiens qui font une communion et retiennent les fondements; et c'est en vain qu'on ^voudroit tâcher de renfermer le salut dans les enfants.
En effet, dans le même endroit où le ministre semble s'y réduire , sentant bien en sa conscience qu'il n'y a pas moyen de s'en tenir là , il ajoute que s'il y avoit quelques élus entre les adultes, cela étant absolument inconnu ne pouvoit à servir rien ' : comme s*ily avoit sur la terre une communion où l'on connût les élus, ou que l'on sûlqu'il yen a par une autre voie que par celle qui a forcé le ministre à en mettre selon ses principes dans toutes les sociétés où la parole de Dieu est prêchée , c'est-à-dire , par l'efficace et par la fécondité de cette parole.
' Lett XI.
152 TROisiÈans avertissement
XY . Qu'on ne peut sans trop dUnjustice nous refuser le salut après l'avoir accordé à tant d'autres sectes dont la corruption est avouée.
C'en seroit trop sur cette matière, si elle étoit de moindre importance , et si le ministre à qui nous avons affaire vouloit agir de bonne foi : mais comme il ne cherche qu'à éluder tout ce qu'il a dit de plus clair , il faut l'accabler de preuves. Car, après tout, quelle raison l'auroit empêché de nous sauver avec tous les autres, c'est-à-dire , non-seulement avec les Luthériens , qui font partie des Protestants, mais encore avec ceux qu'on ne met point en ce rang; avec les Grecs , les Jacobites et les Nestoriens , à qui il ne dénie pas qu'il ait accordé le salut? Commençons par ce qui regarde le culte ; car c'est ce qu'on fait passer pour le point le plus essentiel. Ou ne nie pas que les Grecs n'aient avec nous le culte des saints , celui deft reliques et des images , ni que ce culte n'ait passé en dogme constant au second concile de Nicée tenu et approuvé dans l'Église grecque. Les Nestoriens et les Jacobites sont dans les mêmes pratiques : le fait est constant , et personne ne le conteste , ils sont donc déjà idolâtres comme nous et comme les Grecs ; et néanmoins on se sauve parmi eux. Venons à ce qui regarde la personne de Jésus-Christ et son incarnation. Sans disputer maintenant du sentiment des Nestoriens et des Eutychiens, ou demi-Eutychiens et Jacobites , vous avez vu que M. Jurieu les a sauvés* , en présupposant dans la doctrine des Nestoriens , la désunion des personnes, et dans celle des Eutychiens la confusion des natures. Vous avez vu , dis-je , qu'on peut être sauvé en croyant l'humanité absorbée dans la nature divine , et la personne de Jésus-Christ divisée en deux.
Passons à la doctrine de la grâce et de la prédestination. Vous sauvez les Luthériens, encore que, de l'aveu de M. Ju- f rieu, ils soient demi-Pélagiens, etqu'ils attachent la conversion deThomme à des actes purement humains où la grâce n'a aucune part. Vous en avez vu les passages dans le second J avertissement.
' Ci-dessus, u. 2,
SIB LUS LETTUES DE 51. JlUIIil. 155
Vous avez vu , dans le même endroit , que les mêmes Lu-
Ihëriens nient que les bonnes œuvres soient nécessaires au
salut, et quMls avouent qu'on se peut sauver sans exercer les
vertus et sans aimer Dieu ; ce qui va à Textinction de la piété,
et n'empêche pas néanmoins qu'ils ne parviennent au salut.
Disons un mot des sacrements. Ce seroit une cruauté , selon
le ministre ', de chasser de TÉglise et d'exclure du salut ceux
qui admettent d'autres sacrements que le Baptême et la Gène ;
et loin de nous en exclure pour y avoir ajouté la confirmation,
PExtrême-onclion et les autres, il n'en exclut même pas les
chrétiens d'Ethiopie , à qui il fait recevoir la Circoncision à
litre de sacrement, encore que saint Paul ait dit : Si vous
recevez la circoncision^ Jésus-Christ ne vous servira de rien^.
Tout cela est objecté dans les Variations \ et tout cela a passé
sans contradiction.
Pour la présence réelle, on n'a plus besoin d'en parler ; etil y a trop longtemps qu'on est convenu, en faveur des Lathériens, que cette doctrine, qui nous rangeoit autrefois aunombre des anthropophages, est devenue innocente et sans venin. L'ubiquité, doctrine insensée et monstrueuse, s'il en fotjamais, del'aveude vos ministres, où l'on fait Jésus-Christ, entant qu'homme, aussi immenseque Jésus-Christ en tant (|(ie Weu, est tolérée dans les Luthériens avec la présence réelle ; qnoiqu'au fond cette doctrine emporte avec elle l'eutychianisme tout pur, et l'humanité absorbée dans la nature divine: mais cela même est déjà passé aux Jacobi(es,aveclout le reste. Pour peu qu'il y eût de bonne foi, il ne faudroil plus disputer de la transsubstantiation , puisqu'il n'y a presque plus deProlestfinls qui ne la reconnoissent parmi les Grecs, et qin' les savants la trouvent si claire dans les liturgies des Nestoriens et des Eutychiens, qu'il n'y a pas moyen de le nier : mais da moins, à quelque excès que Ton porte l'impudence, on ne niera pas parmi eux, non plus que parmi les Grecs, uikj oblation et un sacrifice dans la célébration de rEucliaristi(\ et un sacrifice offert à Dieu pour les morts comme pour les vivants, et pour les péchés des uns et des autres. Tout cela
' Syat. p. 539. 548. — ' Gai. V. 2. — ' Var. liv. xv
154 TROISIÈME àVERTISSEMKNT
passe, et on se sauve avec tout cela ; avec le cuite des saints et ridolâtrie des reliques et des images ; avec un sacriûce propitiatoire pour les vivants et les morts , puisque c'est pour les péchés des uns et des autres , aVec la présence réelle et toutes ses suites ; et ce qui est bien plus étrange , avec l'ubiquité des Luthériens , avec lenestorianisme , Teutychianisme, le semi-pélagianisme. Et qu'est-ce qui ne passe point avec ces monstres d'erreurs ? Ce ne sont pointseulement les enfants que le ministre a voulu sauver dans toutes ces sectes en vertu de leur Baptême ; ce sont les adultes qui y vivent de bonne foi, et ne songent seulement pas à en sortir : autrement il retomberoit dans la cruauté qu'il rejette, de damner tant de chrétiens qui lui paroissentde bonne foi. Ouvrant la porte du cieljà tant d'hérétiques, quel front eût-il fallu avoir pour nous en exclure?
Mais le grand principe du ministre l'oblige encore plus à nous recevoir. Car, comme on a vu souvent, ce qui l'oblige à sauver tant de sectes, et des sectes si corrompueç de son aveu propre, c'est la fécondité, qui selon lui est inséparable de la parole de Dieu, quoiqu'impurement prêchée. Or, la parole de Dieu se prêche parmi nous autant et plus sans difficulté , que parmi les Jacobites et les Grecs. Dieu seroit cruel, selon le ministre, si cette parole n'étoit prêchée que pour rendre les hommes plus inexcusables ; et c'est de là qu'il conclut qu'elle a son effet entier dans toutes ces sectes, et quelle y sauve quelqu'un. C'est pousser la haine trop avant et trop au delà de toutes les bornes, que de nous faire les seuls pour qui Dieu puisse être cruel ; les seuls qui , en retenant les fondements du salut, et les prêchant si solidement, ne puissions sauver personne ; les seuls à qui il faille imputer les conséquences que nous nions. Avoir un Pape à sa tête pour maintenir l'unité et le bon ordre, même en tempérant sa puissance par l'autorité des canons, est-ce un crime si détestable, qu'il vaille mieux nier la grâce, rejeter la nécessité des bonnes œuvres, diviser la personne de Jésus-Christ, absorber son humanité dans sa nature divine, et tout cela en termes formels ? Ce seroit une cruauté et une absurdité tout ensemh]e,qn'm\ front humain ne pourroit soutenir.
SLR LES LETTRES DE M. JURiEU. ioo
XYl. Que ce u'esi que par politique qu^on a cessé dans la Réforme de nous recevoir au salut , et M. Jurieu nous a lui-même découvert ce secret da parti.
Après cela, si on nous demande d'où vient donc que les Protestants sont si difficiles envers nous, et que M. Jurieu , qui nous admet au salut, fait semblant de s'en repentir ; la raison en est bien aisée ; et ce ministre nous apprend luimême que c'est une fausse politique. C'est ce qu'il a dit clairement à la fin de la préface de son Système. Ce Système, qui met tantde sectes dans l'Eglise universelle , et les admet aa salut, selon lui est un dénouement des plus grandes difficultés qu'on puisse faire à la Réforme ; et ce ministre dédare que si onn*a pas encore beaucoup appuyé là dessus, c'est l'effet de la politique du parti ; c'est, en un mot, qu'on a vu qa'ii seroit facile d'attirer les Protestants qui aiment la paix, dans la communion de l'Eglise, si une fois on leuravouoit qu'on s'y pût sauver. Il n'y a personne qui ne fût bien aise d'assurer son salut par ce moyen ; et voilà bien certainement tate politique dont se plaint M. Jurieu, et qui a empêché jusqu'ici qu'on n'appuyât beaucoup sur son système.
Je lui ai fait cette objection dans le livre des Variations ' , et il n'a eu rien à répliquer : mais nous pouvons maintenant entrer plus avant dans ce secret de la Réforme. Il est certain qu'au commencement on n'y osoit dire qu'il n'y eût point de salut dans la communion romaine ; au contraire, on faisoit semblant de ne pas vouloir absolument y renoncer. Les deux partis de la Réforme, c'est-à-dire, tant les Zuingliens que eeux de la Confession d'Âusbourg, se soumettoient au concile que le Papeassembleroit ^ Nous avons vu qu'on mettoitau nombre des saints les plus zélés défenseurs de l'Eglise et de la croyance romaine , un saint Bernard, un saint Bonaventure, on saint François; et Luther reconn'oissoit en termes magnifiques le salut et la sainteté dans cette Eglise \
Je ne parle point des autres auteurs dont les discours vont
' Var. lit. XV. ii. 51. — ' Ibid. ni. 50. 59. CO. CI. 62. Piicf. Conf. Aug. Concluff. Conf. Argent. — ' Ibid. m. 60.
au même but. Si dans la suite on a usé de plus de réserve , c'est Tappréhension qu'on a eue de rendre la Réforme moins nécessaire au salut et de faire voir, si on se sauvoit dans la communion romaine, qu'il valoit mieux s'y tenir, que d'aller risquer ailleurs son éternité. On sait ce qui se passa dans la conversion de Henri IV. Quand il pressoit ses théologiens , ils lui avouoientde bonne foi, pour la plupart, qu'avec eux rétatétoitplus parfait; mais qu'avec nous, il suffisoit pour le salut. Ce prince ne trouva jamais aucun Catholique qui lui en dît autant delà prétendue Réforme où ilétoit. De là donc il concluoit qu'il faudroit être insensé pour ne pas aller au plus sûr ; et Dieu se servoit de l'aveu de ses ministres pour faire entrer ses lumières dans le grand cœur de ce prince. La chose éloit publique dans la Cour : les vieux seigneurs, qui le savoient de leurs pères, nous l'ont raconté souvent ; et si on ne veut pas nous croire, on en peut croire M. de Sully , qui tout zélé Huguenot qu'il étoit , non-seulement déclare au roi, qu'il tient infaillible qu'on se sauve étant Catholique, mais nomme encore à ce prince cinq des priQcipaux ministres qui ne s'éloignoient pas de ce sentiment *. Cependant un si grand exemple et la conversion d'un si grand roi, fit peur aux docteurs de la Réforme, et ils n'osoient presque plus dire qu'on se sauvât parmi nous. M. Jurieu lui-même avoit peine à se déclarer dans ses Préjugés légitimes. Nous avons vu * le passage oii il dit , « qu'il ne veut point définir )) quelles sont les sectes où Dieu peut avoir des élus , et où il » n'en peut avoir : Tendroit , poursuit-il, est trop délicat et » trop périlleux ». Il le dit pourtant dans la suite, comme on a vu : mais la politique du parti le faisoit encore un peu hésiter alors : et ce n'est que dans son Système de l'Eglise qu'il blâme ouvertement cette politique.
Demandez-lui maintenant ce qu'il y avoit de si délicat et de si périlleux dans ce système : éloit-ce de sauver les Grecs , les Russes, les Jacobites, les Nestoriens? Craignoit-il que ses Protestants n'allassent en Orient rechercher le patriarche de Constantinople , ou celui des Nestoriens? Et qui ne voit au
' Mém. de Sully, ch. 38. — * Ci dessus, n. 10.
SLR LES LETTRES DE M. JlKIEl'. 157
coiilraire que ce qu'il craignoit, c'étoil de faciliter le passage lie la Uéforme vers nous? Il n'en faut pas davantage pour TOUS convaincre que, puisqu'à la fin il s'est élevé au dessus de la politique du parti, c'étoit nous qu'il vouloit sauver ; et ce n'étoit pas les enfants qu'il avoit en vue : ce ne sont point les enfants qu'il faut empêcher d'aller chercher leur salut dans ane autre communion : les adultes seuls étoient l'objet de la politique qu'il avoit enfin méprisée en nous recevant au salut. S'il semble s'en repentir et révoquer son aveu , c'est que la politique qu'il avoit blâmée reprend le dessus dans son esprit; et en deux mots, mes chers Frères, il craint d'en avoir trop dit , et que pour assurer votre salut, vous ne le cherchiez à la fin où lui-même il vous le montre.
XYII. Combien est important TaTeu du ministre, et qu'il rend
les Protestants inexcusables.
Non, direz-vous, cet inconvénient n'est pas à craindre , puisqu'après tout, en avouant qu'on peut se sauver dans la communion romaine, il y met des restrictions qui font trembler, et n'ouvre aux Catholiques la voie du salut que par une espèce de miracle. Mais, mes Frères, tout cela est vain; et malgréles restrictions odieuses et excessives de votre ministre, l'avantage que nous remportons de son aveu est grand en toutes manières. Premièrement, parce qu'il s'ensuit que l'accusation d'idohUrie et celle d'antichrislianisme est tout à fait nulle ; puisque ces deux choses ïnanifeslemeut sont incompatibles avec le salut, et que le ministre n'a pu le nier que parla contradiction qu'on a remarquée entre ses principes ; marque évidente et inévitable de leur fausseté.
Secondement, tout le monde ne donnera pas dans les idées de M. Jurieu où il faut composer TÉglisc catholicpic de tant de sectesennemiesqui poussent le schisme et la division jusqu'à s'excommunier mutuclleinent, ei jusqu'aux épées tirées, comme parle ce ministre'. C'est détruire le christianisme, que de donner cette foiblo idée de l'unité chrétienne, c'est ôter au royaume de Jésus-Christ le caractère de paix q»ii le
Pr^j. p. 4.
rend éternel, et lui donner le caractère du royaume de Satan , prêt à tomber, selon la parole du Fils de Dieu , parce qu'il est divisé en lui-même '. Si donc on ouvre une fois les yeux à la vérité, si on voit qu'il n'est pas possible de nous refuser le titre de vraie Église oh Ton peut trouver le salut que nous cherchons tous , ceux qui le cherchent véritablement ne tar- ^ derontpasà pousser leurs réflexions plus loin. Ils reconnoî- 'i tront les avantages plus éclatants que le soleil de TÉglise i catholique romaine au dessus de toutes les autres sociétés î qui s'attribuent le titre d'Église. Ils y verront l'antiquité, la 'f succession , la fermeté à demeurer dans le même état, sans -i qu'on puisse lui marquer par aucun fait positif, ni la date du ! commencement d'aucun de ses dogmes , ni aucun acte où elle j renonce à ses anciens maîtres. Ils y verront, la chaire de saint i Pierre , où les chrétiens de tous les temps ont fait gloire de i conserver Tunité; dans cette chaire une éminenle et inviolable j autorité , et l'incompatibilité avec toutes les erreurs qui ont ] toutes été foudroyées de ce haut siège. Ils y verront en un î mot tous les avantages de la catholicité , qui forcent ses ennemis , au milieu de leurs calomnies , à lui rendre témoignage : ce qui fera confessera tous les gens de bon sens (ju'on devoit d'autant moins la quitter, qu'à la fin il faut avouer, qu'on y trouve la vie éternelle ; et il paroîtra évident, que comme on est sorti de son sein , c'est à ce sein maternel qu'il faut retourner de tous les coins de la terre pour as- ] surerson salut. j
En eflet, en troisième lieu, les difficultés qu*on s'imagine i aie trouver parmi nous, ne sont point fondées en raison, mais dans la haine la plus aveugle qu'on puisse jamais imaginer ; puisque même on a osé dire qu'on se sauveroit plus aisément parmi les Ariens % quoiqu'ils nient la divinité du Fils de Dieu. Voilà ce qu'a dit votre ministre où vous voyez clairement que c'est la haine seule qui le fait parler; et rien ne le prouve mieux que la raison dont il se sert pour donner la préférence aux Ariens : car c'est, dit-il, que parmi eux on ne nie que cet article fondamental, c'est-à-dire, la divinité de Jésus-Christ, el que parmi les Catholiques romains on en nie plusieurs. Mais
' Mitth. Ml. 2.). 25. — - Pivj. lôj?. I. part. c. i. Syst. p. 223. ynr. XV, t7'2.
SUR LES LETTRES DE M. iURIEl. 151)
VOUS venez de le voir forcé d'avouer que nous n'en nions aucun : et s'il dit que nous les nions par conséquence, outre qu'il a justifié ceux qui rejettent les conséquences qu'on leur impute , toujours nous serions en meilleur état que les Ariens , qui nient directement le fondement de la foi avec la divinité de Jésus-Christ. Or , constamment et selon les propres principes de M. Jurieu, ceux qui nient directement le fondement du salut, sont en pire état que ceux qui ne le nient qa^ndirectement et par des conséquences qu'ils rejettent. Nous sommes de ce dernier nombre selon lui ; par conséquent, sans aucun doute et selon lui-même, préférables aux Ariens, au dessous desquels il nous met : c'est donc manifestement la haine qui le fait parler, et non la raison. D'où, premièrement, je confirme, quoi qu'il dise, qu'il ne cherche qu'à diminuer l'impiété de ceux qui nient la divinité de Jésus-Christ; et je conclus, secondement, que tous les obstacles qu'on cherche avec tant d'aigreur au salut des Catholiques , sans en avoir aucune raison , ne servent qu'à foire voir dans leurs adversaires une aversion injuste et insupportable.
Une objection si pressante , proposée au livre xv« des Variations, est demeurée sans réplique. Vous y voyez d'un côté la haine la plus excessive et la plus aveugle qu'on puisse imaginer ; et d'autre part, malgré cette haine, l'aveu le plus authentique et le plus formel, qu'on peut se sauver parmi nous. Dieu ne vous donne pas en vain ce téjnoignage ; Dieu ne permet pas en vain que ce Caïphe prophétise; trompé et trompeur en tant d'endroits , il est forcé à dire cette vérité , pour aider les foibles , pour ramener les gens de bonne foi , et à la Gn rendre les autres autant inexcusables qu'ils sont endurcis.
Enfin , si l'aveu que fait le ministre , qu'on peut se sauver parmi nous et dans l'Eglise romaine , n'étoit pas pour elle d'une extrême conséquence, ce' ministre, après l'avoir fait si solennellement et tant de fois dans ses Préjugés légitimes , dans son Système, et ailleurs, comme on a vu, neferoit pas tant d'efforts dans sa lettre onzième, pour nous cacher un aveu si constant, ou plutôt pour se «lédire s'il pousoit. Mais
il se tourmente en vain : et de peur que vous ne croyiez que ce ministre n'en est venu là que parce qu'il Fa bien voulu , ou qu'il en pourroit revenir s'il lui plaisoit, il est bon de considérer par quelle force invincible il y a été entraîné. L'histoire en est courte , et je veux bien répéter ici en abrégé , ce qui en est expliqué un peu plus au long, mais encore trèsbrièvement au quinzième livre des Variations \
XV m. Par quelle raison le minisire a été forcé à cet aveu , |et qu'on n'en
peut plus revenir.
Tout est fondé sur la question : Où étoit l'Eglise avant la Réforme? La chimère d'Eglise invisible ayant été vainement tentée, et à la fin étant reconnue pour insuffisante, il a fallu avouer, non-seulement que l'Eglise étoit toujours, mais^ encore qu'elle étoit toujours visible et visiblement subsistante dans une immortelle société de pasteurs et de peuple. C'est cet aveu qu'on a démontré autant nécessaire qu'important dans les écrits des ministres Claude et Jurieu, qui après tout n'étoit qu'une suite des principes déjà avoués dans la Réforme. La question est donc toujours revenue : où y avoit-il dans le monde une Eglise semblable à celle des Prolestants avant la Réformation Prétendue? Là, après avoir vainement cherché par toute la terre une Eglise qui eût la même foi que celle qui se disoit réformée , il a fallu enfin avouer qu'on n'en reconnoissoit aucune de cette sorte dans quelque partie que ce fût de Tunivers, et ajouter que l'Eglise subsistoit visiblement dans ce corps de pasteurs etde peuple, qu'on appeloit l'Eglise romaine, où les Prétendus Réformateurs et tous ceux qui les ont suivis avoientélé élevés et avoienl reçu le Baptême. On pouvoit donc se sauver dans cette communion; les élus de Dieu y étoient. Quoiqu'on la dît idolâtre, quoiqu'on la dît antichrétienne, ce qui est le comble des maux, des impiétés et des erreurs parmi les chrétiens; il a j fallu en même temps lui donner la gloire de porter les en- ■ fants de Dieu , sans qu'elle eût perdu sa fécondité par tous les crimes et par toutes les erreurs qu'on lui imputoit. La
' Var. liv. xv. n. 33 et suiv.
(|aeslion étant ainsi résolue du commun aveu de la Réforme, une autre question s'élève naturellement. Si on pouvoit se sauver dans la communion romaine avant la Réforme, qui empêche qu'on ne s'y sauve depuis? N'y avoit-il pas, quand on s'y sauvoit, la même messe, les mêmes prières, le même culte , qu'on y veut regarder aujourd'hui comme un obstacle au salut? On s'y sauvoit néanmoins : d'où viendroit donc aujourd'hui qu'on nepourroit s'y sauver?
Dire qu'elle eût ajouté depuis dans le concile de Trente de nouveaux articles de foi; quand cela seroit, ce ne seroit rien : car il étoit bien constant qu'on n'avoit pas de nouveau ajouté la messe , ni tout ce que la Réforme vouloit appeler idolâtrie ; cl tout cela y étoit, pendant qu'il faut confei=ser qu'on s'y saQvoit : pourquoi donc encore un coup ne pourroit-on maintenant que s'y damner?
Alléjiuer ici l'ignorance , et la faire servir d'excuse aux bonnes intentions de ceux qui vivoient fivant la grande lumière de la Réforme , c'est, premièrement, une fausseté manifeste; puisque la Réforme prétend fjue dans le fond la même lumière a précédé dans les Hussiles, dans les Viciéfiles, dans lej Yaudois, dans les Albigeois, dans Déranger, dans les autres : et c'est, secondement , une vaine excuse pour des abus qu'on taxe d'idolâtrie manifeste ; étant chose avouée parmi les chrétiens , comme elle l'est encore toutnourellcment parle ministre Jurieu, qu'on n'a jamais cru ni pensé qu'on put sauver un idolâtre, sous prétexte d'ignorance ou de bonne foi. Ainsi excuser nos pères sur leur ignorance ' , c'éloit détruire entièrement l'accusation d'idolâtrie, ôter tout le fondement de la Réforme et toute excuse du schisme. Il falloit donc ou damner nos pères , et ne laisser durant tant de siècles aucune ressource au christianisme ,ou nous sauver avec eux : et l'argument ne souffroit aucune réplique. Ajoutez à tout cela les Luthériens , que toute la Réforme sauve avec la présence réelle , avec le monstre de l'ubiquité , avec le semi-pélagianisme, ennemi de la grâce de Jésus-Christ, avec l'erreuroii l'on nie la nécessité des bonnes
' L«tt. XI. 1». HO.
142 TROISIÈME AVERTISSEMKNT
œuvres. Faites la comparaison de ces dogmes qu'on veut tolérer, avec ceux qu'on veut trouver intolérables; ajoutez rambiguïté des articles fondamentaux, énigme indissoluble à la Réforme : voilà par où M. Jurieu s'est trouvé forcé à Faveu que nous avons vu , et dont il est maintenant si embarrassé.
XIX. Importance de la dispute sur Particle de TEglise : il force M. Jurieu
à reconnaître l'Église infaillible.
Je ne m'étonne donc pas si les ministres , et en général tous les Protestants, évitent autant qu'ils peuvent la question de l'Eglise , comme l'écueil où ils se brisent. Ils parlent tous et toujours de celte question , comme si elle n'étoit pas du fond de la religion : c'est , disent-ils , une dispute étrangère, et une cbicane où on les jette. Mais il faudroit donc effacer cet article du Symbole , Je crois l'Eglise universelle : c'est de cet article qu'il s'agit dans la question de l'Eglise; si on l'entend bien ou mal , ou , pour mieux dire , si on l'entend , ou si on ne l'entend pas. Il s'agit donc du fond de la foi et d'un article principal du christianisme ; et il n'y a pas moyen de le nier. Bien plus , il ne s'agit pas seulement ici d'un des articles principaux , mais d'un article dont la décision entraîne celle de tous les autres. Car considérons où il nous mène , et commençons par considérer où il a conduit M. Jurieu. Je ne parle plus de la conséquence qu'il a tirée malgré lui et forcé par la vérité, qu'on peut se sauver parmi nous : en voici d'autres aussi importantes et aussi certaines. S'il y a toujours une Eglise où l'on se sauve , et que cette Eglise soit toujours visible , ce doit être en vertu de quelque promese divine , et d'une assistance particulière qui ne la quitte jamais : car la raison nous enseigne, l'Ecriture décide, Texpérience confirme, qu'un ouvrage humain se dissiperoit de lui-même '. Les ministres passent condamnation , et ils avouent que l'Église subsiste visiblement dans ses pasteurs et dans son peuple, en vertu de cette promesse , Je suis avec vous; de celle-ci , Les portes d'enfer ne prévaudront point , et des autres de cette nature. Mais l'Église ne peut subsister sans la profession de la vérité :
* Act. V. .1.") «t seq.
SLR LES LKTTRES DE M. Jl'RIFX. 1 to
c'est pourquoi M. Jurieu avoue, après M, Claude, que TÉglise , à qui Jésus-Christ promet une éternelle durée , est une Eglise confessante , une Église qui publie la foi , et par conséquent qui a pour cela une assistance particulière : on en a vu les passages * ; et ces deux ministres l'avouent en termes formels . Il est vrai que c'est avec restriction ; car ils confessent que Jésus-Christ assiste l'Église visible, quoique non pas juqu'au point de ne la laisser tomber en aucune erreur , du moins jusqu'au point de ne la laisser tomber en aucune erreur capitale. C'est pourquoi M. Jurieu demeure d'accord que « l'Église universelle est infaillible jusqu'à un certain » degré , c'est-à-dire , jusqu'à ces bornes qui divisent les vé- » rites fondamentales de celles qui ne le sont ^ » . C'est déjà un attentat manifeste de donner des restrictions à lapromesse do Jésus-Christ qui est absolue, et trois raisons s'y opposent, tirées Vone ducôté de Dieu , l'autre du côté des dogmes qu'il révèle, et la troisième du côté des promesses mêmes. Du côté de Dieu , il est tout-puissant ; il sauve en peu , comme en beaucoup , ainsi que dit l'Écriture ^ ; et il ne lui est pas plus difficile de garantir de toute erreur , que de quelque erreur , ni de conserver tous les dogmes, que de conserver seulement les principaux , en laissant périr cependant ceux qui en sont des accessoires et des dépendances. Il les conserve donc tous dans son Église ; d'autant plus qu'à considérer les dogmes mêmes, Jésus-Christ qui nous les a révélés , ou par lui-même ou par ses apôtres, n'est pas un maître curieux qui enseigne des dogmes inutiles et dont la croyance soit indifférente ; au contraire, c'est de lui qu'il est écrit dans Isaïe , Je suis le Seigneur qui Renseigne des choses utiles, et qui te conduis dans la voieoiâ tu dois marcher'. Il n'adonc rien enseigné qui ne soit utile et nécessaire à sa manière : si quelqu'un de ses dogmes ne l'est pas à tous et toujours, il l'est toujours au général, et il l'est aux particuliers en certains cas , autrement iln'auroit pas du le révéler; et par la môme raison qu'il a dû le révélera son Eglise , il a dû aussi l'y conserver par l'as-^
' Var. liv. xv. u. 34 et suiv. — ' Sysl. p. 2 J6. Var. Ilv. w. n. j(j. — ^ l.Heg. XIV. G. - * Is. XLVîii. 17.
sislance perpétuelle de son Saint-Esprit. C'est pourquoi , et c'est la troisième raison , c'est pourquoi , dis-je , les promesses de cette assistance n'ont point de restriction ; car Jésus-Christ n'en apporte aucune , quand il dit, Je suis avec vous ; et quand il dit, Les portes d'enfer ne prévaudront point. Il ne dit pas , Je suis avec vous dans certains articles, et je vous abandonne dans les autres ; il ne dit pas, L'enfer prévaudra dans quelques points et dans les autres je rendrai ses efforts inutiles : il dit, sans restriction , tenfer ne prévaudra pas. Il n'y a point là d'exception , ni aucun endroit de sa ^ doctrine que Jésus- Christ veuille abandonner au démon ou h l'erreur : au contraire il a dit que l'Esprit qu'il enverroit à ses apôtres leur enseigneroit non pas quelque vérité , mais toute vérité ' : ce qui devoit durer éternellement, à cause que cet Esprit ne devoit pas seulement être en eux, mais encore y demeurer^, et que Jésus-Christ les avoit choisis, non-seulement pour porter rfu/rwiï, mais encore, afin que le fruit qu'ils porteroient demeurât^ : et , comme dit Isaïe * , afin que V esprit qui étoit en eux , et la parole qu'il leur mettroit à la bouche passât de génération en génération , de la bouche du père à celle du fils, et à celle du petit- fils , et ainsi à toute éternité. Ces promesses n'ont point d'exceptions ou de restrictions, et on n'y en peut rapporter que d'arbitraires qu'on tire de son cœuret de son esprit particulier; ce qui est la peste de la piété. Que le Seigneur juge donc entre nous et nos Frères ; ou plutôt qu'il prévienne son jugement, qui seroit terrible , en leur inspirant la docilité pour les jugements de l'Eglise à qui Jésus- Christ a tout promis. Mais , sans les pousser plus loin qu'ils ne veulent , ce qu'ils nous donnent suffit pour les tirer de tous leurs doutes; et vous en serez convaincus en lisant lo XV® livre de l'Histoire des Variations: car je ne veux ici répéter ni soutenir que ce que M. Jurieu en a attaqué dans ses réponses.
« Joan. XVI. 13. — 3 ijjid ^,y jg j7 3 ,i,|j ^^ j^ , ^^