‹ Histoire des variations des églises protestantes, suivie des avertissemens aux Protestans, sur les lettres du Ministre JurieuChapitre 8 sur 55 · IX. Mais voici bien plus. Je maintiens à la Réforme · texte numérisé non relu

IX. Mais voici bien plus. Je maintiens à la Réforme

Que loîa ^^ ^ y^^ Jurieu • que les adouoissemens qu'ils pré-

dV'uir juflli- * *

(>) Lttt. z.

8V% LES LETTK£S DE M. JVRIEU. 111

tendent avoir apjiortës à leurs expressions ébepuis fié la Béfor« cent ans, tse sont qu'en paroles , et qu'ils croient ™* ^? l^^ toujours^ dans le fond ^ que Dieu est la vraie cause Dieu aoteur du péch^. M. Jurîeu cite ces paiidles du iivt-e des d"P^ché,M. Variations (*) : « Car enfin , tant qu'on dtera ate lui-même an- » genre humain la liberté de SQU dioix , et qu'on tantconvain- » croira que le libre arbitre subsista avec mm en- f^ ^*'^,.f'"*

^ tner,cpiueii

« tière et inévitable nécessité ^ il sek^a toujours convainc.

n véritable que ni les hommes ni les anges pré-

9» varicateurs n'ont pas pu i^pàs pécher; et qu'ainsi

» les pédiés où ils sont tombés sont une suite

» nécessaire des dispositions où le Créateur les' a

» mis ; et M. Jurieu est de Cent qui kiissent en ^n

» entiet cette inévitâd>le tiécessité C^) ». Yoilk,

en eflèt > mes propres patres ; et on m'avouera

qta'il n'y a aucune réponse & une .preuve si con«-

duante^ que de niet ceV^ e^d&re et inévàaBIè

nécessité de pédier ou de bien feire : mais M. Ju'*

rieu ne la nie pas ) au contraire ^ il la recônnolt ,

comme on va voir, ki M. de Meaux , dit -^ il (?) ,

)i devtoit nous apprelhàre comment la prédéter-

» mination physique des Thomistes subsiste avec

» l'iiiàfffi^nce de lâ volonté. Il noui dèvroit faire

n comprendre comment la grâce efficace par elle^

» même ^ que lui - même défend y n'apporte à la

» volonté antune iiécesMté. Enfin il devroit nous

» expliquer cotàmént les décrets étemels ^ qui im^

» posent une vraie nécessité à tons les événemens ^

» et ùnë nécessité inévitable , ne minent pas la

j» liberté 4. Voilà dohc^ selon ce ministre ^ en

(0 Leit. x,p.'fl. Hitt. des Var. Uu. xiv, n. 9a. — ' C») Jur. Jug, sur Ut Méifu seet, i5, p. 1^9, i3o. -^ (î) Lett, x, p. 76,

112 DEUXIEME ÀYERTIS8EXBNT

vertu des décrets de Dieu^ une vraie et méuiiaUe nécfissité; et cela dans tous les é^énemens, parmi lesquels manifestement les péchés mêmes sont compris* Qu*a dit de pis Luther pour faire Dieu cause du péché y cçmme ce ministre Feira convaincu? ' Est-ce peut-être que Luther a dit que Dieu coutraignoit les honmies à pécher y malgré qu ils en eussent , et qu'ils ne péchoient pas volontairement? Mais on a vu le contraire (0 ; et le ministre lui-même a rapporté les passages ^ oh il dit en termes formels ^ que la nécessité quil admet n est pas une nécessité de contrainte^ mnis une nécessité d'immutabilité (^}. Ainsi y pour faire Dieu auteur du péché ^ Luther n'a dit autre chose^ si ce n est que les hommes y tomboient nécessai^ Tement , quoiqu'on même temps volontairement^ par nne vraie et inévitable nécessité provenue du .décret de Dieu. Or ^ c'est ce que dit encore M. Jui rieu en termes formels : donc par la même raison qu'il a convaincu Lutlier d'impiété ^ il s'en est* convaincu lui-même , .et sa. preuve porte contre lui.

Aussi, pour aller au fond de ses sentimens, nous lui avons démontré , dans le Uvre des Variations ^)y qu'il pose un principe qui ne lui permet pas de décider si c'est Dieu ou l'homme qui est l'auteur du péché. Ce principe , c'est ce qu'il dit dans son Jugement sur les Méthodes, que nous ne savons rien de notre ame, sinon quelle penseii)^ * ^ous ne savons donc pas si elle a , ou si elle n'a

' (•) Gi-d«ssaSy w. 4» — v*) Ltoh, de Ser. arh, «^ (3) Var. Uv. xir, n. 93. -* (4j Jur» Ju£i. sur les Mëth. p, zag, i3o.

' pas

sua LES LETTRES DB V. lU&IEV. tl3

pas la liberté de son choix, s*il est en son pouvoir de choisir ou ne choisir pas une diose plutôt ^*aiia autre : d'oii il conclut en eJfTet, que « c'est » une témérité de définir que la liberté est cela, j» ou n*est pas cela; que, pour être libre , il laut » être en tel ou en tel état; qu'une telle chose, » ou une autre, ruine la liberté ». U pousse donc son ignorance jusqu'à ne pas vouloir sentir, quand ù pèche, s'il pouvoit ne pécher pas : en £aiisant'le philosophe , il est sourd à la voix de la nature , et il étouffe sa consdenoe , qui lui dit , conune à tous les autres hommes, à chaque péché oik il tombe, surtout à ceux oii il tombe délibérément ^ qu'A auroit pu s'empêcha d'y tomber, c'est-àdire , d'y consentir; car c'e^ en cela que consiste le remords : et s'il fait aller son ignoraAce jusqu'à douter si cela est, il ignore donc aussi s'il agit ou s'il n'agit pas dans le mal comme dans le bien avec une nécessité inévitable ; c'est-à-dire, s'il n'est pas poussé à l'un comme à l'autre par une force supérieure et toute «-puissante : ce qui est don* ter finalement si c'est Dieu ou l'homme qui est

* l'auteur du péché ; puisqu'une nécessité contre laquelle il ne peut y avoir en nous aucune résis*^ tance ^ne peut venir que de la nature de la vo«-

* lonté, également déterminée au mal comme au bien , selon les di^ositions où elle est mise par une force majeure , et en un mot par la force de celui qui nous donne l'être.

Yoîtà ce qu'on lui objecte dans le livre des Variations; voilà d'où on a conclu qu'il ne sait encore lui-même si c'est Dieu ou lui qui est au-

BossuET. Avert. aux Prot, i. 8

1X4 JilUXlàMB AVEKTISSEKB.H*

teur de bod pécU : doute qui emporte le mani-

th^mne'y puisque > »'il n'est pas ccmslatit que celui

4^ui péelie a été libre à ne pécher pafi^ il n'est psA

constatft que le pédié ne vienne pas de la nature ^

et qu'il n'y ait pas hors de Thomme un priiicipe

inévitable du mal autant que du bien. Il ne sert

de rien if objecter que dans toute opinion où l'on

reconnaît un pécbtf originel ^ on reconnolt ua

ipéthé inévitable : car, pour ne nous point jeter

ici sur des questions qui ne sont pas de ce sujet ^

il doit dm moins être constant que le péché a dû

Stre trilenuent libre dans son origine , qu'il ait

été au pouvoir de^rhomme de Féviter. On ne

peut donc point douter de la nature de la liberté)

et le ministire, qni en veut douter, doute en mévkè

temps dm. principe , par lequel seul on peut as«

JKirer que Dieu n'est pas celui qui nous pousse au

crime. C'est à quoi il falloit répondre, s'il àvoit

quelque tehose i dire ; mais il se tait , et montit^

qu'il ne sait pas qui est l'auteur du péché, de Dieu

tm de l'homme.

X, Posrr eoltir de «e doute impie, fl voudrait que

Qu'il ap- JQ lui apprisse comment s'accorde le libre attiître,

ment à son ^^ *^ pouvoir de faire ou ne pas feins , avec la

Mcoorsle» -gràoe eftcaoe et les décrets étemels (0. Foible

Ua 'atH^' théologien , qui feiit semblant de ne pas savoir

docteurs ca- coudûen de vérités il nous faut croire , quoique

tholiques, et qous ne sachious pas toujours le moyen de les

iimitient^pas concilier ensemble ! Que diroit-il à un Soçinien

un seul mo- qui lui tiéudroît le mém^ langage qu'il me tient ^

^^^^' et le presseroit en cette sorte? Je voudrois bien

C») lett X.

sut LES LBTTMÈft DE M. JU&IEII. Xlâ

que M. Jurieu nous expliquât comment Tunité d^ Dieu s'accorde atec la Trinité. Entre|*a-t-il aveo hii dans la discussion de cet accord, et s engagera-* t-il à lui expliquer le secret incompréhensible dé rÊC^e diyîn? Ne croiroit-il pas Vavoir vaincu ^ en lui montrant que ces deux choses aont également révâées ; et par conséquent y malgré qu'il en ait, et malgré la petitesse de l'esprit humain qui ne peut les concilier parfaitement , qu'il faut bien que l'infinité immense de l'être de Dieu les cpn-r dlie et les unisse? Mais, sans nous arrêter à ce mystère , qu est*ce en tout et partout que notre foi, «pi'un recueil de vérités saintes, qui surpassent notre intelligence, et que nous aurions, noA pas crues, mais entendues parfaitement et évidem^ ment, si nous pouvions les concilier ensemble par une méthode manifeste? Car par-là nous en ver-» rions, pour ainsi parler, tous les tenans et tous le$ aboutissans ; nous en verrions les dénouemens autant que les nœuds ; et nous aurions en main la def du mystère pour y enti*er austsi avant que nous vpodrions. Mais cela n'est pas ainsi : et quand cela sera , ce ne sera plus cette vie^ mais la future ; ce ne sera plus la foi, mais la vision. Que faut- il faire en attendant, sinoncroire et adorer ce qu'on n'entend pas , unir par la kï ce qu'on ne peut encore unir par l'intelligence, et en un mot^ comme dit saint Paul , rédaire son esprit en cap^ Uviti sous fobéissanee de Jésus^Chrisi (') 7

Ceux'qui ne peuvent s'y résoudre , ne trouvent

(«) //. Cor. X. 5.

Il6 • DEUXIÈME AVERTISSEMENT

que des écueils dans la doctrine chrétienne , et font autant de naufrages qu^ils décident de qùes* tions : car il y a partout la difficulté ^ à laquelle si on succombe ^ on périt. Et pour venir en particulier à celle où nous sommes , le Socinien éprouve en lui -^ même la liberté de son choix : nulle raisoa ne lui peut ôter cette expérience ; mais ne|>ouvaut accorder ce choix avec la prescience de Dieu y il nie cette prescience ; il succombé -à la difficulté; il se brise contre Técueil, et, comme dit saint Paul , il/ait naufrage dans la foi (0. Le naufrage du Calviniste ) qui, pour soutenir la prescience ou la providence / ôte à Thomme la Ulerté de son choix y et fait Dieu auteur nécessaire de tous les événemens humains , est-il moindre? Point du'tout : l'un et l'autre s'est brisé contre la pierre. Celui qui tient ensemble les deux vérités que les autres commettent ensemble et détruisent Tune par l'autre , qui les concilie le mieux qu'il peut, et sachant bien qu^il n'est pas ici dans le lieu d'entendre y les surmonte par la foi, en attendant qu'il y atteigne par l'intelligence : faudroitil dire à M. Jurieu , s'il étoit théologien , que c'est le seul qui navigue sûrement , et qui seul pourra parvenir à la vérité comme au port? Que igert donc d'alléguer ici la grâce efficace et les Thomistes? Ces docteurs y comme tes autres Catholiques y sont d'accord à ne point mettre dans le choix dé l'homme une inévitable nécessité , mais une liberté entière de faire et ne faire pas. S'ils

CO /. Tim. I. IQ.

8Vm LB8 LETTRES DE H. JURIEV. 11^

ont de la peine à Taccorder avec rimmutabiltté des dëcreU de Dieu , ils ne succombent pourtant pas k la difficulté : ils rament de toutes, leurs force» pour s'empêcher d'être jetés contre Fécneil. M. Jorien , qui , pour tout brouiller lorsqu'il s'agit simplement d'établir la foi , voudroit m'engagei^ k discuter les moyens par lesquels on tacbe de l'exfdiquer y ne vent qu'amuser le monde : et c'est assez qu'on ait vu que ce n'est point par des con-r séquences , mais par un aveu formel , que Luther^ Melancton , Calvin y Bèze et les autre^ Réforma* tenrs ont fait Dieu auteur du péché; que luir même tantôt l'avoue et tantôt le nie ; que dans le fond il est prêt à retomber dans l'errem* dont il semble vouloir excuser la Réforme; qu'il y retombe en effet, sans avoir .pu s'en défendre; et que y semblable à un criminel pressé par des preuves invincibles , il ne peut pas ^den^eurer un seul moment dans la même contenance ^ ni se sou.tenir devant ses accusateurs.

En effet, ne voyez-vous pas comme il vacille? ^I- D'abord il faisoit le fier; et pendant que je l'ac- ^^ u» blTscuso^, il m'accusoit moi-même conune un csdom-" pbémes des nîateur devant le iueement dfe Dieu : mais quand ^«^^«"na-

leurs et de Ia

le Luthérien s'est élevé contre lui , en accusant les Réforme. auteurs dja. calvinisme de /aire Dieu cause du péché, jusqu'à nous pousser lui-même aux crimeç énormes, par une immuable et inévitable néces- * site , il n'a pas eu de réplique , et il a dit : Il est vrai. Le voilà vaincu de son aveu propre^ et il n'a plus songé comme on a vu , qu'à pajUier le crime. Mais il n'a pas été moins fort contre le Lu-

Jl8 DEUXI^MB AVEUTISSEMENT

tliërien , que lé Luthérien Ta été contre lui ; et fl a très-bien convaincu, non-seulement Melancton, mais encore Luther lui-même, de n'avoir pas moins blasphémé que Calvin et les Calvinistes. Entendez ceci , mes chers Frères ; les deux que nous accusons , s'accusent entre eux : nous n'avons plus besoin de parler, et ils se convainquent l'un f autre , sans se laisser aucune évasion. Car le ministre Jurieu croyoit échapper ; et pour pallier le mieux qu'il pouvoit les blasphèmes dé son parti , il les appelle seulement des expressions dures j des manières propres à scandaliser, et dures h digérer. Mais il a lâché le mot contre Luther ; et quoique Luther n'en ait pas dit davantage que Calvin et les Calvinistes, non content de lui attribuer, comme à eux, seulement des expressions dures , M. Jurien est contraint parla vérité ,' à lui attrib^e^ des dogmes aflreux , qui tendent au manichéisme , et renversent toute religion. Que dira- 1- il maintenant? Le fait est constant, de son aveu : la qualité du crime n'est pas moins certaine; et lui-même l'a qualifié d'itflipiété. Il n'y a donc plus qu^à le condamner par sa propre bouche , et dans une cause égale faire tomber sur son parti la même sentence.

Saint Paul écrit à Timothée : O Timothée, gar^ dez le dép6t j en évitant les profanes nouveautés de paroles , et les contradictions de lu science faussement appelée de ce nom (0. Quelle nouveauté plus profane que celle de parler de Dieu comme de celui, qui nous pousse aux crimes énor-

8V1^ LKS tETTBE« DB U, ^V|^1|EU. 119

mes; et qui, en roiaant notre m>re arbitre par ses ^ë€xet«) impose aux démons toomnleaiix hommet, la nécessité de tomber dans tous les péchés qu'ils commettent? D^à la Réforvie na pas enté oes proËines nouveautés dans les paroles^ pnisqu'elte a proféré celles^. Mais saint Paul ne s'arrête pas à condamner seulement lès paroles. Dans les paroles il a regardé le sens ; et il a voulu nous faire entendre que les profanes nonvcautés dans les paroles, marquoient de nouveaux prodiges dans les sentimens : c'est pourquoi il a condamné dans ces paroles profanes la science Jaussemeni nommée JCun si beau nQm. Reconnoissons dcMic dans la Réforme y je di^ dans ses deux partis , et auAaait dans le calvinisme que dans le lulbéranisme, cette iàusse et dangereuse science , qui p pour montrer qu'elle entendoit les plus hauts mjstères de Dieu, a trouvé dans ses décrets immuables la nànè du Ubre arbitre de Thomme , et en mâme temps Ï€x* tinction du renaords de consdenoe. Car si tont , et le pédié même nous arrive par nécessité^ et que nous n'ay ona non plus de pouvoir dMviter le crime que la mort et Les maladies, nous pourôitf bien nons affliger d'être pécheurs comme d'être sourds Qu paralytiques ; maïs nous ne pouvons nous imputer notre pécbé comme une diose ar-* rivée par notre faute f et que nous pouvions éri-» ter ; qlii est précisément en quoi consiste cette douleur qu*on nomme remords de la conscience» Avec elle s^en va .aussi la pénitence : on se peut croire malheureux ^ maïs non pas coupable : on se peut plaindre d'être pécheur , impudique, avare,

120 DEUXIÈME 'ÀYBRTtSSBMEirT

orgueilleux, cpmme on se plaint d'avoir la fièvre : eiiGoi^ peatH)ii qujdquefois reconnoître qu'on a la fièvre par sa fatute, et pour Favoir contractée par des excès qu'on pouvoit éviter : mais si tout et la faute même est inévitable , Tidée de feule s'en va; personne ne frappe sa pokiine, ni ne se repentde son péché en s'accusant soi-même, et en disant , Qu'ai'-je fait (0?La conscience dit à un diacun , Je n'ai rien fait qu'une force supérieure et divine ne m'y srit poussé, et Dieu m'entraîne au péché conune à la peine.

Telle est la fausse science que la Réforme a professée, quand elle a a*u j^ouvoir pénétrerions les mystères de Dieu ; mais voici en même temps ses contradictions. Prenez garde, disoit saint Paul ^ aux contradictions de cette fausse science : c'est que toute fausse science se contredit elle-même. Il en est afinsî arrivé à la Réforme ; et pàree que la science est fausse , elle est tombée dans de visibles contradictions. Elle a fait Dieu cause du pécbé ; elle a eu honte de cette erreur, et a voulu s'en dédii'e; elle a voulu qu'on crût du moins qu elle s'en étoit corrigée ; et s'en dédisant , elle a posé des principes pour y retomber. Elle y retombe en effet* dans le temps qu'elle tâche de s'en excuser ; et ne voulant pas avouer ce que la nature et sa propre conscience lui dictent sur son libre arbitre , elle établit dans tous les maux , même dans celui du péché , la nécessité dont nul que Dieu ne peut être auteur.

^t')./cr. viH. 6.

SUR LES LETTRES DE M. JURIEIT. lâl

Voilà Fesprit de bkispkéme au milieu de ceux qui se sont dits des chrétiens réformés ; et le voilà même dans oeur qu'ils appellent les Réibrmateurs. Le Toilà dans Luther^ dans Melancton, dans Calvin, dans Bèze^ dans les deux partis des Protestans y de Faveu de M. Jurieu ; et le voilà dans M. Jurieu lui -même /qui tâdie d*en excuser la ^ Réforme. Qu'elle écoute donc la sentence de la bouche de Dieu : Chassez du camp le blasphé^ moteur et celui qui a rnaudit son Dieu (0 , c'est* a-dire , qui à dit du mal contre lui. Mais qui dit plus de mal contre son Dieu, que ceux qui disent qu*il fait ^ tout le mal? Pou voit-on le maudire da-^ ' vantage? L'Eglise a obéi à la voix de Dieu, et a chassé ces impies , qui aussi bien se séparoient déjà eux-mêmes f selon la prédiction et conti^ le précepte de saint Jùde (?) y ou plutôt de tous , les apôtres, comme saint Jude l'a remarqué. Mais vous, ô troupeau errant, vous les avez mis à votre tête , et vous en avez fait vos Béformateurs. Ha, revenez à vous - mêmes , du moins à la voix de votre ministre, qui vous a montré le blasphème au milieu de vous !

Souvenez - vous maintenant , mes Frères , des XU. outrageantes paroles dont a usé M. Jurieu, en .^«^'-P«]^-

o r .1 gianismc des

m'appelant dédamateur , calomniateur , homme LathérMiis sans honneur et sans foi , devant Dieu et devant ^^^^^ P"" **

,.« ministre Jo»

son juste jugement. .Vous voyez quu avoit tort ; r^^,. et il employoit cependant pour vous tromper, non-seulement les expressions , et les injures les plus atroces, mais' encore ce qu'il y a de plus

(») Leviî. XXIV. 1 4. — C*) EpisU Jud. 1 7, 1 9.

I!)3 DEUXIÈME ÀVE&TISSEXEirT

saint et de plus terrible parmi les hommes. Pour toute réparation de tous ces excès ^ )e vous de-» mande seulement ^ mes Frères , de le bien connot-i* tre^ et de ne j^lus vous laisser émouvoir à ses clameurs y loraqail sa plaint qu'on le calomnie* Mais passons à un autre endroit oh il fait encore la même plainte , et avec une égale injustice. « Il » est faux, dit- il (0, pareillement qu on soît.de* u meure d*accord que les Luthériens soient semi** » Pélagiens. 9 Mais sa propre preuve le réfute. La voici. « Car encore, <^ontinue-t-ily qu'ils don-* » nent à l'homme quelque chose à £iire avant la » grâce y savoir, d'écouter et de se rendre atteu* »'tif; cependant, selon eux, la première grâce est » de Dieu; et c'est cette première grâce qui fait la » conversion ». Aveugle , qui ne voit pas que les semi-Pélagiens n'ont jamais seulement pensé que la première grâce, c'est-à-dire, ce qui est de Dieu, ne fût pas de Dieu ; mais qu'ils étoient semi-- Pélagiens, en ce qu'ils attachoient cette première grâce à quelque chose qui dépendoit purement du libre arbitre de Fhomme, comme à prier, à demander , à désirer du moins son salut, et par* là le commencer tout jeul. M. Jurieu osera - t-il dire que les Luthériens n'en font pas autant? puisqu'en mettant que la grâce fait par elle-même la conversion de l'homme , ils font dépendis cette grâce de l'attention que l'homme prête par luimême à là pai*ole de Dieu. Qu'est'-ce être semi- Pélagien , si cela ne Test? Car être semi-Pélagien n'est pas nier que Dieu n'achève l'ouvrage ; c'est

(0 lett. X. 77. ,

SUR LES LETTRES DE M. iURlEU. 1^3

dire qu'il ne l'achève que parce que rhomme Ta auparavant commencé. La grâce , dit le Luther rien y est inséparablement attachée à la parole^ d*où elle ne manque jamais de sortir avec efficace* A la bonne hfeure. L'homme^ qui se rend attentif à la prédication y aura sans doute la grâce , selon ces principes. Je le veux bien. Mais pourquoi aura* t-41 la grâce ? Parce qull s'est rendu attentif. Je le veux encore. Allons plus avant. Est-ce la grâce qui lui a donné cette attention^ nubien seFestril donnée à lui-même? Cest lui-même ^ dit le Luthérien. U se doit donc à lui - même d avoir la grâce ; c'est à lui-même qu'il doit le commencement de son salut. HoUf dit M. Jurieu (0 ; la grâce prévient et se pi^ésente d'elle-même avant tout acte de la volonté. JUusion. Car quelle est la grâce qui se présente de cette sorte ? C'est la grâce de la doctrine et des promesses y c'est-à-dire , la grâce des Pélagiens anciens et modernes; la grâce que ces hérétiques ^ que les Socîniens > que les Pajonistes, nouveaux hérétiques de la réforme, qui ne reconnoissoient de grâce que dans la prédication , admettoient ; xme grâce extérieure qui frappe l'oreille, et qui n'excite l'ame que par le dehors. Mais, dit-on, le Luthérien va plus avant ; et pourvu qu'on écoute par soi -même cette parole qui est présentée, il en sortira une grâce qui agira dans le cœun Je 4 avoue : mais il £iut auparavant que l'homme vienne de lui-même ; de lui -même se rendre attentif^ c'est commencer son salut sans aucun besoin de la grâce intérieure. Mais dans le commen*

(0 Lea. X. 77.

1^4 DEUXIÈME ÂVERTISSKMKHT

cernent est renfermé le. salut entier, puisque! entraîne néGes$^rement la conversion toute entière : tout cet ouvrage se réduit enfin à une opération purement humaine comme à sa première cause ; et Thomme se glorifie en lui-même et non ' pas en Dieu, ce qui est Terreur la plus mortelle à la piété. Qu on démêle ce nœud , ou qu on cesse d*excuser }es Luthériens du semi-pélagianisme; c^est-à-dire, comme je Tai démontré , du plus dangereux poison que le pélagianisme verse dans le cœur. xilL Mais que nous importe, direz-vous? Ce n'est

M. Juricu * P^ cette question que vous avez à démêler avec poorlesemî- M. Jurieu : et il ne s*agit pas de savoir si les LupeUgianû- thérieus sont devenus demi -Pélainehs, mais si ce

me dei Lu- ,

iÉériens. ministre en est d'accord , comme vous Fen accusez. Hé, je vous prie, que veut-il donc dire par les paroles que vous venez d'entendre ,^« Ils don- » nent à Thomme quelque chose à faire avant » la grâce ; savoir , d'écouter et de se rendre at- » tentif (0 » 7 Si cela est avant la grâce, il n'est donc pas de la grâce ; et le salut commence par quelque diose d'humain.. Qu'y a-t-il de plus demi-pélagien? Mais oh prend- on que l'attention à la parole , lorsqu'elle est aussi sérieuse et aussi sincère qu'il faut^ n'est pas encore mi don de Dieu ? Ceux qui viennent à Jésus - Christ |)our écouter sa parole , ne sont -ils pas de ceux çue son Phre tire W; c'est-à-dire, comme il l'explique lui-même, de ceux à yiii son Pef'e donne d'y venir (3) ? N'est-ce pas là qu'ils commencent

(0 Jiw, Leu. X. — (») Joan. ri. 4^ , 66. — W ihid. 45.

SUR LES LETTRES DE M. JURtEU. lâS

à éure enseignés de Dieu > à écouter la voix du Père, et à apprendre de lui? Ces brebis , qui écoutent si volontiers la voix du pasteur, ne sontelles pas de celles que le pasteur a auparavant rendu dociles y qu'il connoit et qui le suii^ent (') 2 On sait que Fefficace de la parole se fait quelquefois sentir aux profanes^ que la curiosité , ou la coutume ^ ou d'autres semblables moti& j attirent ; mais ce n'est pas la voie commune. Ordinairement de tels auditeurs sont de ceux qui n'ont pas d'oreilles pour entendre W ; ils sont de ces sourds spirituels à qui Jésus -Christ n'a pas encoi^ ouvert Toreille (^)* Les Luthériens veulent-ils promettre à de semblables auditeurs , que la parole sera toujours efficace pour eux? Non, jiins doute : cette promesse n'est que pour ceux qui viennent poussés par la foi et avec une bonne intention. Mais cette foi, mais cette Bonne inten^ tion, à la prendre dès son premier commencement y si ce n'est pas Dieu qui la donne , il n'y a plus de grâce chrétienne , et Jésus -Christ est mort en vain : car c'est tout ôter à la gr&ce , que de lui ôter le commencement de notre sanctiGcation ; puisque même ce commencement n'est pas moins attribué à la grâce dans l'Ecriture , que l'entier accomplissement de notre salut. J'espère, disoit saint Paul (4), que celui qui a corn-mencé en vous ce saint ouvrage y y donnera Vac^ eompUssement Voilà ce qu'il falloit dire aux Lu-

(«> Joan. X. 3, 37. — (0 MaU, xui. 9. — i}) Marc'.Yiu 34, 35. - W Phil I. 6, .

ia6 DEUXIEME AVEATISSEMEJIT

thériens; et aon pas les excuser dans une erreur si bien reconnue ^ et tant de fois condamnée du commun consentement de toute FEglise, ni leur permettre d'attacher la grâce à la volonté que pous avons d'écouter et de nous rendre attentifs aidant la grâce.

Mais y mes Frères ^ je ne craindrai point de vous le dire : on ne connoit point parmi vous cette exactitude qu il faut garder dans les dogmes ; et si M. Jurieu prend soin de convaincre les Lu-^ thériens de leur erreur ^ cest pour leur faine valoir la facilité qu*on a de les tolérer* Voici , en eSeiy comme il leur parle : « Il semble , dit-* » il (0 ) que les Pit>testans de la Confession d*Aus^ » bourg aient passé à Topinion directement op-^ » posée à cette Confession ^ et fassent dépendre » l'efficace de la grâce de la volonté humaine ^ »^ et du bon usage du libre arbitre. Cest ainsi ^ M dit-*il À Scultei i?) ^ que vous avez dit souvent » vous-même y que Dieu convertit .les hommes^ 9 quand eux-mêmes ils prêtent Foreille * atten- » tive et i^spectuense à la parole. Donc la oon-* » version dépend de cette attention précédente , » qui ne dépend que du libre arbitre^ et précède » toute grâce convertissante et excitante. Vous » ajoutez y poursuit-il , que lorsqu'on ne se met » pas en devoir de convertir et réparer Thomme , » Dieu le laisse aller par les voies criminelles^ » Donc y conclut M. Jurieu , devant que Dieu re'«^ » tire rhomme du péché ^ il doit lui- même , et

(0 Jur. Cons, de Pac, p. 1 16. — (*) Ibid.

SUR LES LETTRES DE M. lURIEU. 12^

• par ses propres forces , se mettre ea devoir de s» se convertir. Vous poursuivez^ continue -t- il 9 parlant toujours au doctetu* Scultet^ et vous 9 dites que Dieu veut donner à tous les adultes » (à tous ceux qui sont arrivés à Tâge de raison) » la contrition et la foi vive , à condition qu'au- 9 paravant ils se mettront en devoir de convertir 9 Hiomme. Donc, encore un coup^ conclut votre 9 ministre , rkonune doit se préparer par le bon 9 usage de ses propres forces à la contritjon et à . 9 rififusioo de la foi vive. Je ne puis assez mVton-

• ner ^ contttiuje M. Jnrieu, comment et par quelle > destinée vous vous êtes si éloignés de Luther s votre auteur^ qui a haï le pâagianisme et le

• demi-pélagianisme, jusquà se rendre suspect 9 du manichéisme , et d*avoir entièrement renm versé la liberté d. Cest ce qui m*étonne aussi hien que lui , et qu'on soit passé de Texti^émité de Dier le libre arbitre , dont Luther est plus que suspect ^ comme on a vu (quoique M. Jurieu' veuille bien employer ici un si doux terme ) jusqu à cdle de iaire dépendre , avec les Pélagiens et semi-Pélagiens, le salut de Thomme de ses pro* près Sorces*

Mais votre ministre pouimiit encore : « Calixte , xiY. » dit -il (0, un des plus célèbres de vos théolo- ^^^ ^^ 9 giens, dit dans son abrégé de la théologie, qu'il ^'ji.^juricu. » refite aux hommes dbb forces i^mntesvzuemt et Passage de 9 de volonté , et des connoissances naturelles ^ ^^'^^^* 9 dont, s'ils usent bien, s'ils ont soin de leur sa* » lut, et qu'ils y travaillent autant qu'ils peuvent,

(0 Jur. ihid. p. i iS.

ff

128 DEUXIÈME ÀVERTISSEVENT

» Dieu pourvoira à leur salut par des moyens qui » les conduiroDt à une plus grande perfection , » c'est-à-^lire, à celle qui est appuyée sur la ré- » vélation. H parle , poursuit le ministre ^ de ceux » qui n^ont pas seulement ouï parler de Jésus- » Christ ni du christianisme : ceux-là, par leur » propre mouvement , peuvent bien user 4es forces » de la volonté et des connoissances naturelles, » prendre soin de leur salut et y travailler a . Y oilà, sans doute ^ le semi-pélagianisme tout pur dans les Luthériens. M. Jurieu a raison de s'en étonner. « Quel changement y ô bon Dieu ! dit-il; comment » peut- on passer à cette opinion , de celle où on » reconnoissoit le libre arbitre tellement esclave » ou de Satan ou de Dieu , qu'il ne pouvoit pas » même commencer un ouvrage tendant au salut » sans Dieu et sa grâce » ? C'est-à-dire, comme on voit y en d'autres termes : comment peut - on passer du manichéisme ou dû stoïcisme , qui détruisent le libre arbitre , au demi-pélagianisme , qui lui attribue le salut en le lui faisant commencer, et l'attachant tout entier à ce commencement? C'est de quoi les Luthériens sont coupables. M. Jurieu ne les en a pas accusés seulement , quoique depuis il l'ait voulu nier ; mais encore il les en a convaincus : et si on ajoute à ces preuves celles .que j'ai rapportées du livre de la Concorde (0, qui contient , non les sentimens des particuliers , mais les décisions de tout le parti , il n'y aura rien à désirer pour la conviction.

CO F'ar* Uv. viii, n. 5a et suiv.

Le

StU LES LETTRES DE K. JUKIEU. 12Q

Le premier parti deNla Réforme est tombe dans ^V. cette effroyable variation. Mais il ne faut pas que '. J*^*^ les Calvinistes y c est-à-dire ^ le second parti ^ se tonte la Révante d'en être innocent ; puisque , comme nous ^'^'■■^ ^"'* .

if j*-^ .1 » -^ !• ^ . m » le «cmi-pcla-

lavons dit, us ne s étudient à convaincre les Lu- giani»mede« thériens de leur erreur , que pour leur faire va- Luthcricn» , loir Foffre qu'on leur fait de la tolérer^ Ainsi, ce ^^ conaentJ^ que les Luthériens font par erreur, les Calvinistes menidesCal* le font par consentement, en leur offrant la com- viuwtef. munion , en les admettant à la table et au nom* bre des enfans de Dieu, malgré Fin jure qu'ils font à sa grâce. Ce qui fait dire décisi\ement à M. Ju« rieu, contre les maximes de sa secte et contre les siennes propres que le serai -pél^ianisme ne damne-pas (0. Quel intérêt, mes chers Frères ^ prend-on parmi vous aux semi-Pélagiens ennemis de la grâce de Jésus-Christ? Que peut-il y avoix: de commun entre ceux qui donnent tout au libre arbitre, et ceux qui lui ôteiit tout ? Et d'où vient que votre ministne en est venu jusqu'à dire , (|ue. le semi-pélagianisme ne damne pas? Ne voyezvous pas plus cl^ir que le jour, que c'est qu'on sacrifie tout aux Luthériens ? La docti^ine de la grâce chrétienne, autrefois si fondamentale parmi vous , cesse de l'être -, et il ne tient qu'aux Luthériens de vous faire changer; autant qu'ils voudi*ont , les maximes qu'on croyoit les plus sûres parmi vous.

En effet , ce même M. Jurieu , qui , dans sa hui-» XYI. tième et dans sa dixième lettre, s'emporte si vio- ^i^J^'^J* 1/

(>. Syst. /<V. Il, ch, 3 , p* a49> ^^^' ^^^* ^ Var,Lyuj^ n. 5g.

BossuET. Aven, aux Prot. i.

l3o DKUXlÈilfE ATEKTISSEMEKT

Juri«a siir le ieminent contre moi de ce q\ie je range le seml- B«mi - pé a- pi^feorianisme parmi les erreurs mortelles, en a dit que e^Ét «ne beaucoup plus que moi , quand il a parlé naturel- **»!!" **^ lemcnt , puisqu'il a dit ces paroles : ce On a beau ce tt*eii eit ^ f^ire, on fie. rendra jamais les vrais chrétiens PMvnt. Ti Pélagienset semi-Pélagiens ». Et encore : « Il n n'y a que deux articles généraux que le peuple » doit bien savoir , et sur lesquels tout le reste s» doit être bâti : le premier, que Dieu est le prinn ctpe et la cause de tout notre bien. Gela est » d'une nécessité absolue pour servir de fonde- » ment au service de Dieu , à la prière et à Fac- » tion de grâces (0 » : ce qui arrache jusqu'aux moindres fibres de la doctrine de Pelage , comme incompatible avec 1« salut et avec le fondement de là piété. Il dit encore en un autre endroit, et éiOks sa Consultation , qui est son dernier ouvrage : te Qu^ est nécessaire en toutes manières de bien n enseigner au peuple qu'on ne doit point toléto ver l'hérésie pélagienne dans FEglise ; que Dieu 3> est la cause de tout le Uen qui est en nous , en t^ quelque manière que ce soit; que le libre ar- » bitre de l'homme , en tout ce qui regarde les » choses divines et les œuvres par lesquelles nous » obtenons le salut, est tout- à- fait mort; que » dans l'œuvre de la conversion Dieu est la cause M du commencement, du milieu et de la fin (^} », Tout cela c'est , ou les rameaux , ou la racine , ou les fibres du pélagianisme, qu'il ne faut pas suppolder. Mais le seiiii^pélagianisme est exclus par-

(0 Lett. VIII , ;>. 6i . X, 7. — (») 7iir. ConsuU p. aSa.

SUE LES LETTRES DK V. JUEIEU. l3l

là. Oar dir»4xm qu^il faut laisser avaler au peuple la moitié ci un poison si mortel? S^il faut que le peuple sache que le libi^ arbitre est mort dans toutes les oeuvres qui ont rapport au dalut ^ il es): donc mort pour écouter et se rendre utilement attentif à la parole comme à tout le reiste. S^il faut y encore un coup, que le peuple sache que Dieu est fauteur du commencement, comme dû «ùlieu et de la fin ; que reste-t-il aux semi-Péla-^ 'pttiSy qui sont d^ailleurs convaincus d'attribuer i f homme tout le salut y en lui attribuant ce conimencément auquel est attaché toute la suite? Ainsi, selon M. Jurieu/ le semi-pélagianisme eât intolérable.

Ilefit vrai pourtant tju'il dit ailleurs, et le répète par deux fois, que le semi-^pélagianisme ne danme pas (>) : il est vrai qu*il s'échaufie dans ses lettres jusqu'à Temportement, pour soutenir une dbctnne favoinble à cette hérésie (^). S'il a cru sauver ses contradictions , en disant comme il > fiût, qpe ces semi-Pélâgiens, qu'il sauve dans la Confession d'Ausbourg et ailleurs, pendant qu'ils sont semi'Pélagiens dans l'esprit, sont disciples de 30ÙU Augustin dans le cœur (3) ; il ne connott ^ère ce que c'est ni que l'esprit ni que 'le cœur. Car par oft est-ce que le poison d'une mauvaise doctrine passe dans le cœur, si ce n'est psyr l'esprit? Cest donc par l'esprit qu'il faut commencer à empêcher le poison d'entrer , et ne pas tolérer

(«) Jur. SysU p. a49> *53. Var. Uv, Tiii , n. Sg : /iV. xir, ». 83, 84- — (• Leur, tiîi et x.— P) Jur. Jug, sur lu JffM-p. ii4-

l32 DEUXIÈME AVERTISSEMENT

une doctrine (jui portera la mort dans le cœur aussitôt qu'elle y arrivera, xvn. Msàs le ministre s'entend encore moins lui-

£traDge parole du mi- niénie , lorsqu en posant comme un fondement ^

nistrcJorico, que Thérésie pâagienne ne doit pas être toléi ée 2orter'"à*îa P^"^i 1^^ fidèles^ il ne laisse pas de décider que pélAgienne. dans les exhortations il Jiiut nécessairement par^ d^Tdo^L ^^^^^ pélagienne (0 ; parole insensée s'il en fut ne :qaelle en jamais^ sur laquelle il n ose aussi dire un seul motp est la cause, quoiqu'on la lui ait objectée dans l'Histoire de» Yariations (^). Mais qu'il y réponde du moins maintenant y et qu'il nous explique, s'il peut , ce que c'est que parler à la pélagienne. Est-ce presser vivement l'obligation et la pratique des bonnes œuvres? Cest la gloire du christianisme et celle de Jésus- Christ, qu'il ne faut pas transporter à Pelage et à ses disciples. Ou bien est-ce qu'il ne faut prêcher que la justice des œuvres, et l'obligation de les faire, sans parler de la grâce par laquelle on les fait? C'est établir la justice phaiisaïque , tant réprouvée par saint Paul (^). On ne sait donc ce que veut dire ce téméraire docteur^ qui non content de conseiller de prêcher à lapé-lagjienne, ajoute encore qu'il le faut nécessaire^ ment; comme s'il n'y avoit point d'autre âioyea d exciter les hommes à la vertu , que de flatter leur présomption. Tout cela ne s'accorde pas : mais sachez que JDieu n'aveugle votre ministre jusqu'à peimettre qu'il tombe dans de si visibles et si surprenantes contradictions, qu'afin que

(0 Jugy sur les Méu sect, 1 5, ^. 1 3 1 . — («) f^ar, Uy, xiv, i». 93. Ihid. n» 33 , S4> ^* ^^) Rom* m, iT» rai, z.

Sun LES LETTRES DÉ M. lUEIEV. l33

TOUS entendies qu'on ne peut parler conséquem* ment parmi vous. Pouf être bon Calviniste^ il faut concilier trop de choses opposées. Le ealvinisme voudrok une chose ; te luthéranisme ^ qu'il faut contenter , en fait dire une autre : on tourne à tout vent de doctrine ; et il n'y a point de sable â mouvant.

Quant à ce que pour récriminer, M. Jurieu noui ^^™; objecte que nos MoUnistes soHt demUPélagiens ( " ), „i^^"^ae et que l'Eglise romaine tolhre un pélagianisme tout M. Jurîeusur jmrettouicrud W : pour ce qui regarde les Moli- '^' ^^lôi^ nistes, s'il en avoit seulement ouvert les livres, il au- nie contre roit appris qu'ils reconnoissent pour tous'Ies élus ^'^8^ '^ une préférence gratuite <le la divine miséricorde: une grâce toujours prévenante, toujours nécessaire pour toutes les œuvres de piété; et dans tous ceux qui les pratiquent, une conduite spéciale qui les 7 conduit. C'est ce qu'on ne trouverai jamais dans les semi-Pélagiens. Que si on passe plus avant, et qu'on fasse précéder la grâce par quelque acte purement humain, à quoi on l'attache^ je ne crainçlrois point d'être contredit par aucun Catholique , en assurant que ce seroit de soi une erreur mortelle qui ôteroit le fondement de l'humilité^ et que l'Eglise ne toléreroit jamais , après avoir décidé tant de fois , et encore en dernier lieu dans le concile de Trente , que tout le bien, |usqu*aux premières dispositions de la conversion du pécheur, vient d'une grâce excitante. et pré- \fenante , qui n* est précédée par aucun mérite (3) ; et avoit ensuite prononcé : « Si quelqu'un dit

(«) IxU, ▼m , ;^. 6i . — C») LeU^ % , p. 77. — O iSm*.ti, cap. 5.

x34 BEXIXikXB A^BRTISSBMSIVT

yp qu'on peut croire, espérer , aimer et £iirepé-« » nkf pce sans la grâce provenante du Sainl-Es-> » piit y et que cette ^râce est nëceasaûrè pour » £sdre plus facilement le bien , comme si on pouf 9 voit le faire, quoique plus difficilement^ sans.ce » secours; quHl soit anathéme (0 ». Voilà comme TEglise romaine tolère un pélagianisme tout pur et foui crud» pendant qu'elle en arrache |usqtt'aux moindres fibres, en attribuant à la grâce )u&« qu'aux, moindre^ commencemens du salut : et on ne veut pas revenir de calomnies si atrocea ei ett-> semble si manifestes !

Tout ce que dit M» Jurien pour soutenir celle* ci I c'est ifu'on donne à l'homme le pcut^oir de ré^ sister à la grdee (?), Sî c'est là être Pâagien , il y a ) long-temps que les. Luthériens le smA^ puis-* qu'ils enseignent dans la Coofeasion d'ÂudM>urg^ qu'on peut résister à la grâee , jusqu'à la perdre entièrement apràs TiSKVotr reçue (^).

Saint Aufpustin est aussi du nombre des Pelagiens f puisqu'il répèf e si souvent , même contre ces hérétiques : que la grâce vient de Dieu ; mais qu'il appartient à la volonté d'y conaentir, ou de n y consentir pas (4). Mais ce n'est pas ici le Uea de traiter cette question ; et nous en dirons da*vantage , si le ministre entreprend un jour de nous prouver ce paradoxe tnout yusqu'à présent , qu'on ait condamné les Péla^eos pour avoir dit qu'on peut réâster à la grâce ^ ou qu'on y résiste

(*) Cou. 3,3. — (») LeU. tiii, p, 6i. — (}) Conf, Au£m art, 1 1. yan, Utf, 111 y II. 37.*-^ W Dû spir. etUtt. a 33. 1». $7 ei 5S: Ioim. x». 4oL I iS.

SUR LES LETTRES DE M. JUEIEU. l3S

$ouvent y jusqu à en rendre les inspirations itiKt*^ tiles ; quand même on diroit avec cela , que Dieu ^ dont les atti*aits sont infinis , a des moyens sûi^ pour pi^évenir et ponr empêcher cette rëastance. Qu on me montre ^ encore un coup^ que les con*dles qui ont condamne les Pélagiens, ou saint Augustin , ou quelque autre auteur ^ quel qu il soit , les aient condamnes pour cela> ou qu'on ait mis ce sentiment parmi leurs erreiirs : c'est ce que j'oserai bien assurer qu on ne montrera ja«mais, et qu on ne tentera même pas de le montrer. Ainsi ce pëlagianisme tout pur et tout crud, que M. Jurieu impute à TEgUse romaine ^ n'est assu«rément que dans sa tête.

Mais voici une autre objection gue )e Faccuse XIX. a avoir faite aux Luthériens : « U n'est pas po^ ,^;!"f ^^ » sible, liîurdit-ilCOy de dissimuler votre doctrine sorkméces- ^ » SOT la nécessité des bonnes œuvras »• 11 est vrai, "^ de» bonil faut renoncer au christianisme pour di^muler ^^i^^^ J^ l'erreur des Luthériens , lorsqu il& ont osé con* en même damner cette proposition : Les tonnes œupres sont ^^* ^^ nécessaires au salui. Nous en avons pourtant rap- Jorieo. porté la condamnation faite par le consentement unanime des Luthériens dans l'assemblée dé Votv mes, en iSS*] (^)« Le ministre avoue qu'il ne peut dissimuler cette doctrine des Luthériens; et il semble montrer, par ces paroles, qu'il en a l'horreur qu'elle mérite : mais cependant il entre en traité avec eux ; et pour ne point les mdure de la société de l'Eglise , il est contraint de tolâ*er

(>) Comnlt, de pac. p. 943. — (*) Far. Uv, V, n. la : /<V. vit, n. 108 ; ZiV. Yiu, n. 3a.

l36 DEUXIÈME AVERTISSEMENT

une erreur si préjudiciable à la piété. Que dira-tjl? Quoi? peut^tre que les Luthériens ont depuis changé d'avis? Mais au contraire , il rapporte , avec une espèce d horreur , ce passage de Scultet lui-même , où il dit ^ « qu'il n'est pas permis de don- » ner une obole des richesses bien acquises , pour » obtenir le pardon de ses péchés » ; et encore , ce que rhabitude et Fexercice des vertus n'est pas '» absokiment nécessaire aux justifiés pour le sa- » lut ; que ce n'est pas même ^ ni dans le cours , » ni à la fin de leur vie , une condition sans la- » quelle ils ne l'obtiendront pas; que Dieu n'exige » pas d'eux les oeuvres de charité , comme des » conditions sans lesquelles il n'y a point de » salut ». Voilà des blasphèmes; puisque , poursuit M. Jurieu (0, « si ni l'habitude^ ni l'exer- » cice des vertus n'est nécessaire, pas même à .3) rhem*e de la mort y un homme pourroit être » sauvé ^ quand il n'auroit fait ni daps tout le » cours de sa vie, ni même à la mort, aucun » acte d'amour de Dieu ».^ Ces impiétés , que votre ministre déteste avec raison dans les Luthériens d'aujourd'hui y viennent du fond de leur doctrine, et sont des suites inévitables du dogme de la justice par imputation ; car par -là on est mené à dire que la justice que Dieu même fait en nous par Finfusion et par l'exercice des vertus , et même de la charité, est la justice des œuvre$ réprouvée nar l'apôtre ; de soite que la grâce de la justification précède la charité même; d'autant plus que, selon les principes de la secte , iji n'est

i*) Consuit. depac. p. 344*

SUR LES LETTRES DE M. lURIEU. i3'J

pas possible d'aimer Dieu ,- qu'après s'être parfaitement réconcilie avec liii ; d'où il s'ensuit que le pëdieur est justifié sans avoir la moindre étincelle de l'amour de Dieu : ce qui est une suite affreuse de la justice par imputation ^ et ce qu'aussi nous avons vu établi en conséquence de cette doctrine dès l'origine du luthéranisme (0.

Je ne puis ici m'empécher. de me réjouir avec ^x.. M. Jurieu , de ce qu'il semble vouloir corriger ce , oire camauvais ^idroit du système protestant : mais en ministre, qui même temps il fait deux fautes capitales : l'une "*^* ^'^^*' de tolérer dans les Luthériens cette insupporta- d'avoir nié Me doctrine ; ce qui le fait consentir au crime de dan»3on Cala soutenir; l'autre , de l'impiÂer par une insigne ^ buîêati^ calomnie à l'Eglise romaine et à moi-même. A d'aimerDiea. mon égard y void ce qu'il dit dans la vingtième lettre de cette année (î^). « L'evêque-de Meaux, » qui fait profession pourtant de n être pas de s» la doctrine desnouVeaux Casuistes, établit dans V son Catéchisme , que la contrition imparfaite, •» c'est-à-dire , celle qui naît seulement de la » crainte de Fenfer , suffit pôiir obtenir la remis- » àon des péchés ». Il ne faut plus s'étonner tle rien y après les hardis mensonges qu'on a vus dans les discoui*s de ce ministre : mais il est pourtant bien étrange de me faire dire une chose , quand je dis tout le contraire , en termes exprèsl Voici l'endroit qu'il produit de mon Catéchisme (^) : ce Ceux qui n'ont pas cette contrition parfaite , » ne peuvent-ils pas espérer la rémission des pé- » diés 3» ? A qiUoi on répond : « Us le peuvent

(«) Far. Uu. ï,n,'jet suiu. ^ (»1 Jur. Lett, xx , i54. — (') Caléch. de Hfeanx^ inst- sur la PéniU dçn* le 9 . Cal^ch, Leç. a ^ f?. « 8 1 .

l38 DEUXlsaS ÂTSaTISSEMENT

31 par la vertu du sacrement, pourvu qu'ils y » apportent les dispositions nécessaires ». Il &udroit donc examiner quelles étoient ces disposi*^ tions que fappelois nécessaires. Mais, sans en prendre la peine , le ministre croit avoir droit de décider de son chef sur mes sentimens ; « et ^ dit-il , » ces dispositions ne sont autre chose que la peur » de Tenfer : ainsi , conclut-il ^ un scélérat, qui, » à la fin de sa vie , se confessera avec la crainte » de la mort étemelle, pourra éti*e sauvé, sans ' » jamais avoir fait aucun acte d'amour de Dieu ; 3» c est à quoi se réchiit la morale sévère de notre 9 convertisseur »•

U croit avoir triomphé, quand il me donne ce

titre que je voudi^ois avoir mérité : mais pour le

confondre , il n y a qu'à lire la suite du paîssage

qu'il produit* Car en expliquant ces dispositions

nécessaires , que le ministre a interprétées de la

seule crainte de l'enfer, je dis, selon le concile

de Trente , « que ces di^ositions , nécessaires

» pour obtenir le pardon de ses péchés, sont^

» premièrement^ de considérer la justice de Dieu^

» et s'en laisser effrayer ; secondement^ de croire

» que le pécheur est justifié; c'est-à-dire, remis

» en grâce par les mérites de Jésus-Christ , et es-

» pérer en son nom le pardon de nos péchés ; et

» enfin ^ de commencer à l'aimer comme la source

» de toute justice, c'est-à-dire, comme celui qui

» justifie le pécheur gratuitement et par une pure

» bonté (0 ». U faut donc nécessairement ^^ du

moins commencer à aimer Dieu \ et cela par le

motif le plus propre à la grâce de la conversion,

CO Catéeh, ât Meaux, ihiâ.

SUR LES LETTRES DE M. JUBIEU* iSg

en raimant comme celui qui justifie le pécheur par une pure et gratuite miséricorde. Ainsi , ma-* nifestement , pour avoir la rémission des pécbés, à Ton n'a pas la comriiiott parfaite en chariié, qui d*abord . réconcilie le pécheur, il faut du moins commencer à aimer Dieu à cause de sa boDtë gratuite; et par cet amour commencéi^ ^ préparer le chemin à Vamour parfait qui coa* somme en nous la justice , et qui même seroît capaUe de nous justifier avec le vœu du sacrer ment, quand on ne Tauroit pas actuellement leço. Loin de me contenter de la seule crainte de ïe%der , inexpliqué pourquoi la craiikte ne suffit pas seule : enpeudemotsÀM vérité, comme il iâUoit. à des enfans , mais de la manière qui me paroissott la plus propre à s*insinuer dans ces tendres esprits; à quoi j*a|oute expressément qi^'il iaut apprendre plus clairement à ceux qui sont pfaM aranoéSy que ce qu*il fiiut faire dans le sacrement de pénitence, « pour t , assurer sojk salut » autant qu'on y est tenu , c est de désirer vrai- » ment d*asmer Dieu, et s'y exoter de toutes » SES roiioEs(>) »; où, non content du désir de Famour de Dieu, qui ne peut être sans un amour ^é)à commencé I je demande . encore qu'on s^excite de toutes ses forces à exercer cet amour. Votre ii^èle ministre a su^rimé toutes ces paifoles de mon Catéchisme, non -seulement pour prendre de là occasion de me calomnier , lui qui m'impute sans raisoh tant de calomnies, mais encore de peur que vous ne voyiez les saintes dis-

{*) CéOéeh. de Jlfeaux , Leç, ^.

f4o DEUXIÈME AVE*RTISSEHEirT

positions que nous proposent les Pères de Trente, c'est-à-diiie , toute l'Eglise catholique, pour obtenir le pardon de nos péchés.

Mais la plus^coupable infidélité de cet écrivain, et celle où il vous fait voir qu'il n a plus aucun égard à la bonne foi, a été celle de mefeire dire dans ce même Catéchisme, qu'on pouvoiC*étre sauvé sans avoir jamais fait aucun acte tPamour de Dieu, A' Dieu rie plaise que j'instruise si mal le peuple quele Saint-Esprit a commis à ma con-' dtiite , et que je donne aux eiifans ce poison nK>rte!," au lieu du lait que je leur dois. Voici quelle est ma doctrine dans la leçon où )e traite expressément cette matière. Ty^'enseigne très -^ soigneusement , entre autres dioses. « Que celui qui manque, à i» aiÀier Dieu, manque à la principale bBLiOATton )» dé la loi de Jé^us^Christ , qui est une loi d'amour , » et à la PRINCIPALE OBLIGATION de la créature m<* » sonnable, qui est de reconnottre Dieu comme » son premier principe, c'est-à-dire, la première » cause de son êtrte , et comme sa fin dernière , i) c'est-à-dire^ celle à laquelle on doit i*apporter » toutes ses actionfs et toute éb, vie : en sorte » qu'étant difficile de déterminer les circonstan- » ces particulières où il y a une obligation spé- » ciale de donner à Dieu des marques de son » amour, nous en devons telleiiient multiplier À les actes , que nous ne soyons p^ condamné^ » pour avoir manqué à un exercice si iiéces- » s AIRE (0 ». On seroit donc condamné, si on y manquoit , faute d'avoir satisfait à la principale

(»} a. Caih. tV. part. Lee, 5.

sua LES LETTRES DE M. JURIEU. I^I

de ces obligations , et comme chrétien, et même comme homme : et voilà comme j'ai dit qu on peut être sauvé sans aimer Dieu.

Le ministre ne rougit pas de me Fimputer, pendant que je m'étudie à établir précisément le contraire. Mais ce nest pas là son plus grand crime : Texcès de son aveuglement, c'est qu*en m'accusant faussement d'une erreur si opposée à l'amour de Dieu, il en convainc les Luthériens; et en même temps il \^s supporte : de sorte que tout le zèle qu'il a pour la charité et pour l'Evangile, c'est qu'il condamne sévèrement dans le^ Catholiques , à qui il l'impute par calomnie , ce qu il trouve effectivement et ce qu'il tolère dans les Luthériens.

Mais, de peur qu'il ne s'imagine que ce qu'il xxi. trouve dans mon Catéchisme soit ma doctrine Calomnie particulière,' je veux bien lui déclarer que s'il «c, qu'on ao^ s'est trouvé des auteurs parmi nous qui aient ctueaunBide ôté l'obligation d'aimer Dieu par un acte spé- ^^^ ^}^ cial, ou qui aient voulu la réduire à quatre ou Dieu , pencinq actes dans la vie , les papes , les évéques ^*"* qu'elle

, ^ 1 r 1 ^1 ^ 1 '• » , ccnaureccux

«t les facultés de théologie s y sont opposés par ^^i^ ^ient. de sévères censures : témoin , ces propositions censurées à Rome par les papes Alexandre VU et Innocent XI (0 , avec l'applaudissement de tout l'ordre épiscopal et de toute l'Eglise catholique : « L'on n'est tenu de former en aucun » temps de la vie des actes de foi, d'espérance » et de charité , en vertu des préceptes qui ap- » partiennent à ces vertus ip). Nous n'osons pas

(0 Pfop, damn, ab, Alex, th. a4. Sept, i665. et ab Inn. zi, 9 Mort, 1679. ^-C*} Prop. i. Aiex, yiu

14^ DEUXIÈME ▲YBUTISSElCEnT

30 décider si c est pédier mortellement que de ne a» former qu'nne seule fois en sa vie un acte d*a- 9 monr de Dieu. Il est probable que le précepte » de Famour de Dieu n oblige pas, même à la » rigueur y tous les cinq ans; illi'oblige que lors- » qu'il est nécessaire pour être justifié et que nous > n*en avons point d'autre moyen (') ». On fait voir, en condamnant ces propositions autant absurdes qulmpies , que le précepte de Tamour de Dieu obliger les chrétiens, et ne les oblige pas pour une fois ni dans un certain temps seulement, mais continuellement et toujours , à la ma*^ nière qu'on vient d'expliquer, xxn. Il seroit aisé de vous faire voir que de sem-

'ta ^^* blables propositions ont été souvent condamnées blesdu crime par les papes, par les évêques et par les univerqa'ils nous gi^^g^ ^ ^'en étoit ici le lieu. Ecoutez-moi donc^ mes diers Frères , et ne vous laissez point séduire par ces paroles de mensonge : lés Catholiques tolèrent toutes les mauvaises doctrines , et jusqu'à celle qui nie la nécessité d*aimer Dieu. Vous voyez par ces censures comme on les tolère : ^ mais, 6 Dieu, vous êtes juste ! ceux qui nous accusent faussement de les tolérer , livrés à Fesprit d'erreur en punition de leurs calomnies, sont euxmêmes coupables du crime qu'ils dous imposent, puisqu'ils tolèrent ces erreurs dans les Luthériens, parmi lesquels ils sont forcés de les reconnottre d'une manière plus insupportable qu*elles ne se sont jamais trouvées dans aucuns auteurs, xxra. (j'gg^ ^ quQÎ les pousse, malgré qu ils en aient,

(«) Innoe. ii. prop. 5,6, 7.

STTK LB« LETTRES DE M. JURIE0. l^i

cette malheureuse compensation de dogmes qu'ils ^^ à^erne cessent de négocier avec ceux de la Confession J^é^entre^ d*Ausbourg par toutes sortes de moyens. Votre Luthériens ministre s*est ofiênsé d*une manière terrible , de* ** ^ ^^'" ce que j*ai ose lui reprocher ce commerce infême. ^aîM foi du « Je n'ai pu, dit-il (0, lire sans pitié ces paroles "»aw^« «F* » de M. de Meaux : Après toutes ces vigoureuses récrimina- » récriminations que font les Calvinistes aux Lu- tions calom- » thériens , on croiroit que le ministre Jurieu va ""^'"^ 9 conclure à détester dans les Luthériens tant M d'abominables excès, tant de visibles contradic- » tions, un aveuglement si manifeste. Point du » tout; il n*accuse les Luthériens de tant d'énor- » mes erreurs , que pour en venir à la paix... Nous n vous passons tous les prodiges de votre doctrine ; 9 nous vous passons votre monstraeuse ubiquité; » nous vous passons votre demi - pélagianisme ; » nous vous passons ce dogme aÔreux qui veut que ^ les bonnes œuvres ne soient pas nécessaires au » salut : passe^nous donc aussi les décrets ^soit lus, la grâce irrésistible , la certitude du salut , » etc. W ». Je reconnois mes paroles, il les a fidèlement rapportées; et « voilà, poursuit -il (3), » ce que j'appelle faire le comédien et le déda- » mateur sans jugement et sans foi. Il n*est point » vrai qu'on reconnoisse dans les Luthériens des 9 dogmes énormes, des prodiges de doctrine, n d^abominaUes excès ». Prêtez l'oreille, mes Frères. L'ubiqtdté, constamment enseignée par lès Luthériens, n'est plus un monstre de doctrine :

(») Lett. X, p. 77. — W ^«r. MJU. mu itV. Z2y,/i. 8.— (3)/ifr. XffO. X, ibid.

l44 DEUXIEME ÀVËRTISSEUEITT. .

laissons celui -là qui trouvera sa place ailleurs. L'erreur d'attribuer àThomme le commencement, et par-là tout l'ouvrage de son salut ^ celle de dire .que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires au salut y et qu'en effet on est sauvé sans les vertus , sans leur exercice et. sans celui de l'amour de Dieu y n'est pas un dogme énorme, ni un abominable excès : tout cela est supportable ; car il a la marque du luthéranisme, qui rend tout sacré' et inviolable. Retenez bien, mes Frères, ce que dit ici votre ministre ; mais écoutez comme il continue (0 : « C'est être comédien^, encore une fois, » que d'appeler ainsi des erreurs humaines »« Bemarquez encore : toutes ces erreurs des Luthériens ne sont p^us que des erreurs humaines, c'està-dire, très-supportables, « auprès desquelles les » erreurs des Molinîstes , et celles des défenseurs » de la souveraine autorité papale , sont de vrais » monstres, que M. Bossuet tolère pourtant dans ^ son Eglise, quoiqu'il fasse profession de ne pas » les croire. Je n'offre point la tolérance aux Lu- » thériensy pour les abominables dogmes, que » l'amour de Dieu n'est pas nécessaire pour être » sauvé ». Rompez. donc avec eux, puisque vous venez de les convaincre de cette erreur. Mais , après ce petit mot d'interruption , reprenons les paroles du ministre. « Je n'offre point, pour- » suit-il , la tolérance aux Luthériens , pour les » abominables dogmes , que la fornication n'est » point un péché mortel ; que la sodomie et les )» autres impuretés contre nature, ne sont que

» des

«VE tB8 LIETTABS DE X. XURIEU. ï^i

3 dès péchés véniels ; qu'on peut tuer un ennemi 9 pour un étn, à plus forte raison pour mettre » son bonneur en sûretés Ce sont là des abominar » tions que M. Bossuet tolère dans son EgUse ». Quoi! mes Frères , sous les yeux de Dieu oser dire qu^aucun » auteur catholique ait pu tenir pour péchés véniels les itnpui'etés quou vient d'entendre ! JTen rougir pour votre ministre. 11 n'en nommera jamais un seul, Que s'il y a quelque malheureux qui ait enseigné dans, quelques cas métaphysiques-, qu'on peut s'opposer à la vio* lenoe jusqu'à tuer uû voleur qui veut vous ravie un écu ^ son opinioti est réprouvée par les cenr 3ures dont on a parlé ; et on n'eu souffre les au* teurs dans l'Eglise , que parce qu'ils sont soumis è ses décrets.

• Mais voyons s'il en est ainsi de l'échange qu'on n^ocie avec les Luthériens. Le ministre se-tou]> mente en vain pour s'en excuser : c'est lui-mémè ^i parle en ces termes au docteur Scûltet dans sa Gon^tation pour la, paix entre les Prolestans» « Le derqier argument, dit-il, qm persuade une n mutuelle tolérance, c'est que les Réformés n^e » demandent rien qu'ils n*ofirent. Nous deman- » dons la tolérance pour notre dogme que vous

• appelez particularisme » , c'est-*à-dire pour la certitude du salut , et les autres de cette nature dont nous avons tant parlé, a On ne doit point la » toléruttoe, mais le consentement, à la vérité : » mai3 , supposé que le particularisme soit une » erreur, nous vous offrons la tolérance pour des 3» erreurs bien plus importantes ». Là il fait un

BossuKT. Avert» aux ProU u lo

long dtfnoiDfarGliiteiit des ^rraus des L«dh^êns qtt^im vient de j^r : il eit Umê. prêt k caminmiier atec««iK<{iî fel easei^étit ; on plaiàt^ «ti tant {pxSm Uà «K^ il y ooauiiiÉûe «n efEeit^liii et tous «Gcix db ^A f>«rtî ^ pdisi^'d& «ifrent k cobuDiii* nio» aux iMh^iMtt bi^^ ots enrewirs^ etîls ont InMiVé k inojnMiy «n CiiftMit Mnblaat de tes re^ fêter ^ <le ^*e)i vetkâtt «n laiia oMij^aldei; ^ pQi^« ^^ f totisetiterit»

^ Hpi^s oela y 6m41 «^obr de fea oonscience ^Nmt nier 'qa'én «it )irôf>6|é <ee hofti«uit éduâDge de *dogAie«? Le vdilà «eift Mfine^ formete dans les écrits de totue mitikàre ; et fe pnMic pe«it v^îr à jpré« BefRt^i est te eotAridien^ qm «À le déelâMateur^ l}ai est ThtmifMe sans }iige«i!^t ^ SMS foi ; de moi qui lui reproche ce lâche traité ^ ou tle lui «({ixil^ fiât. Mais )e«e m^étiMiiie pas «cpi^d feu ait imite ; ter y stprH tout ^ ^i irous a peumis 4e lu^gociei* k la face de tout Tuni^fM «de lels aocomMode^ tnens , ^ «d'acheter la eommunio n des LuthâiîenB fi«x d^^p^em ^è la ^^ftoe de Jésu&^CSHrist, et des iyrécejptes le^ {#iKMcrés<ie t%vaiiigile?Q«i vous t y dis^e y d<mAé te pouvoir de recewir % la sainte tfiibte tes esnenns <ie la grâoe , *qm en attaibuent tes piH»kiers àsms au fibre arbitre ^ at les ennemis de ees samts préceptes ^ ^i >nient 4(u^ii soit nécessaire de les prsftiquer :paiir se san?er? On voit 4>ien tjae la isainlte tabte ne vons est de rien ; et %L vous *vous en dre^ies tes dispensateurs véritailles y vous ne «rabàndonnetiez pas à des gens que vous avec convaincus de tant d erreui^s capitales. Mais encore, par quels moyens prétendes-

SV% LES LBTTRK8 DB X. lUAIEU. t^f

YOiif pànreair à cette union tant désirée atec ie^ Luthériens? Par Tautoritâ des priàcas. Selon voi» ce tieva àttx jprinoes à dëterçoiuer les artioleft do&t on pourra convenir^ et ceu^ qu'on pourra du moitiA tolérer ('). M. Juiéfu ne ^te pfistdu moim qo*it n'ait $ùt la proposition ^e rendre les prinoes et- liants coAseiUars souverains arbiti^çs des peints qu'(m ppurra concilier , ^et de la manière de k fiiire ( oe qui est remettre ei^tre leurs mains Tcasen^ iiel de la refigion. Et pottnpu)i leur donner tout cepoavâr? « Parce que ^ dit-ril (^O > toute la R^ » forme sVst faite par leur aatorittf ». Vous nm m*en croyez pas, quand )e vous le dis ^ mais votre miniatre Tavoiie t à oe coup il a raison. On â vu^ dans touliie l'Histoire 'des Variaj&>nsy qqe la &df foime est Foeavre des princes et des magistrats' ; <^est pur <eupc que les ministres se sont 'établis \ tfeti pai* eux qu'ils ont chassrf les aaaG^eUB pjfiteurs^ aussi bieA que les anciens dogmes; .i^>rès: de^^ gnmds eugagemenS) il est tr<^* târdpou^ en te^ %enir ^ eiraôcerd des religio^'dnît itre Touvxa^^ de ceux par qui elles se sont formées. Mais il ya encore «ne autre iraisou de leur soumettre tout ; « parce que^ ajoute If . Jurieu^ lès ecdésiastiquei -» sont toujours trop attachés à leiUB sentiinens »« Ce6t poiiriiptoi il feut appeler les poUtù/ues, qui ftppateiQinent fei^nt m^Eeur marché de la rdi^f gion. lugez-en voos-mém^; mes Frères t qu'esta ce qu*une religion çù' la politique domine , «t domine jusqu'à un excès si honteux 7 CTeSt ana

(0 Consuii de paoCf cap, zii, p, 960 et seg, Var* AdâîU au iitf* Tir, II. ^ — (*) CoMuk. ibid. P^r, iUd,

l48 I^IBUXIÈKE JkTBRTISSEMEirT

princes et aux politiques ({ue votre mimstre permet de dëtenuiner de la doctrine , et de prescrire, les conditions sous lesquelles on donnera le sacrement de notre Seigneur^ Les théologiens commenceront parjurer qu'ils se soumettront à Tac-^ eord des religions qu'auront fait les princes (0. C'est la loi que leur impose M« Juriéu , sans quoi il ne voit point d'union à espérer : les pasteurs prêcheront ce que les princes auront ordonné, et distribueront la Gène à leur malidement» Mais qui les a préposés pour cela ? Est-ce aux princes que Jésus ^ Christ a dit : Faites ceci, et, jfe serai avec vous jusqu'à la consommation des siècles ? Ou bien est - ce sur la confession et la foi des princes qu'il a fondé son Eglise , et qu'il lui a promis une étemelle stabilité contre l'enfer? Les Luthériens se tiennent plus fermes , je l'avoue, et ne .semblent pas disposés à entrer dans ces honteux accommodemens. lies ministres calvinistes ent toujours fait toutes les avances ; et celle que fait ici M. Juriéu ne dégénère pas de toutes les autres.

Le ministre n*a osé toucher tous ces endroits : je vois bien qu'il a rougi pour la Réforme , où Ton négocie de tels traités à la vue de tout l'univers. Mais , direz-vous , qui l'en avoue 7 Ce seroit à vous à le savoir. Mais non. Quand la politique du parti fit résoudre qu'on recevroit les Luthériens à la Gène y et que le synode de Charenton en eut fait la décision , il fallut bien y passer. Il sn seroit de même en cette occasion* On voua (0 Cqm^. ihiâ. V». ikâ.

aOA LES ftETTABS DE V. lUEIBC* ^4$

dira, éternellement qu'on vous laisse la liberté 4e |ager de tout , et même de vos synodes ; mais on sait bien qu*on ne manque pas de yoos mj^ner où Ton vent sous ce prétexte*

Vous pouvez voir maintenant combien est yain ^^T^le discours de M. Judeu, lorsqu*en tant d*endroits J^^^ ^ê de ses lettres il tâche de vous faire accroire que penvent plu» les erreurs des Luthériens ne font rien contre ^^ ^^ ]*• vous. Elles font si bien contre vous ^ qu'elles vous Lathérieni convainquent de tolérer Tanéantissement de la ne ^^ ^''^ grâce , celui de la charité et des bonnes ceuvres^ chemtpai. et toutes les autres impiétés que le ministre Ju* rieu a reprochées aux Luthériens. Je ne m'étonne donc pas s'3: ne veut plus mainjtenant les en avoir convaincus : c'est visiblement qu'il rougit d'avoir par-là convaincu toute la Réforme d'une impiété manifeste. Toute la Réforme est convaincue d'avoir commencé par le blasphème ^ en faisant Dieu auteur du péché, et en niant le libre arbitre. Le Calviniste persiste dans cette impiété : que si le luthéranisme s'en corrige, c'est pour aller à Tinir piété opposée ; et de Texcès de nier le libre arbitre à Texoès de lui donner tout. Le calvinisme à la vérité n'enseigne pas une erreur si préjudiciable au salut ; mais il l'approuve dans les Luthériens.^ assez pour les recevoir au nombre des enfans de Dieu. U approuve de la même sorte d'autres grossières et insupportables erreurs, et même celle d'avoir rejeté la nécessité des bonnes œuvres pour obtenir le salut. Ainsi les Luthériens sèment ces erreurs ; les Calvinistes mardient après pour les recueillir; et ce que ceux-là font par erreur, les

autres y connue on a vu ^ le font par consentelnent )

et voilà en troU lùots VéUi présent de la ftéforme.

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