‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 108 sur 130 · Reg. consulaires · texte numérisé non relu

Reg. consulaires

la condition qu'il n'entrerait qu'avec quarante chevaux. Au contraire, quand il vint à Limoges, les consuls, ceux de Saint-Junien et de Solignac, pressentant qu'ils auraient besoin de l'appui de l'autorité royale pour le maintien de l'ordre, s'empressèrent de venir lui offrir leur dévouement et leurs hommages.

Cependant le parti de la Ligue, s'il comptait encore dans ses rangs quelques grands personnages, n'avait guère plus de force que celle de l'intrigue; son fanatisme tombait devant la froide raison des populations qu'on égare souvent, mais qui se fatiguent môme du désordre. A Limoges, où le catholicisme n'avait fait qu'une place bien étroite à la croyance ennemie de ses dogmes, on désirait la conversion de Henri IV : on faisait des processions pour l'obtenir. On en faisait autant à Saint-Léonard, où les consuls installaient solennellement dans sa grotte un ermite qui, comme au moyen âge, devait prier pour le monde, faire pénitence de ses erreurs ou de ses crimes. Le peuple aimait à venir entendre psalmodier la prière dans cette tombe anticipée, s'agenouillant devant l'homme à la longue barbe, aux cheveux blancs, vêtu de deuil, qui donnait ses prières et ses mortifications au prix de quelques provisions que lui apportaient de saintes filles. Cet homme, qui acceptait ainsi l'aumône et la solitude, était un gentilhomme nommé Mathieu de La Firge. Au fond de cette grotte, où coulait une . source limpide, où il entendait le bruit de la ville et celui des passants qui se recommandaient à ses prières, il se consolait d'avoir renoncé à ses titres de noblesse que lui conservait le peuple, l'appelant toujours le seigneur de Noblac. On sait que les consuls de Limoges avaient aussi « l'intendance des reclus ». À Mont-Jauvy, la grotte de l'ermite était toujours pourvue : la vie s'y continuait dans la mort. Quand le matin le passant avait vu un cadavre gisant sur

la roche nue, on courait avertir les consuls qui devaient chercher un remplaçant, un initié à la pénitence. À Tintérieur de la ville, près du couvent des Carmes, dans un caveau éclairé par une étroite ouverture, creusé dans de vieilles substructions qui, sous les Romains, avaient supporté les murailles d'un cirque, vivait aussi une pauvre femme, habillée d'un sac de toile blanche, toujours priant ou dormant de lassitude sur la dalle froide où la mort devait la saisir. A la descente de Pierre-Buffière, sur le penchant de la colline au pied de laquelle murmure le torrent, le voyageur s'arrêtait souvent pour donner un morceau de pain ou son vêtement à Termite qui logeait sous Thumide rocher. Ces hommes et ces femmes, entrés vivants dans la tombe, semblaient heureux d'expier jusque dans la mort les fautes d'une société qui voulait vivre en paix. Qu'on ne s'étonne pas si le Limousin, attaché aux pieuses pratiques

du moyen âge, voulait avoir un roi catholique.

La conversion de Henri IV, à laquelle, avait travaillé, par l'explication des dogmes catholiques, Pierre Benoît l , chanoine de Limoges, comme autrefois saint Waast à celle de Clovis, fit espérer au clergé et aux fidèles du Limousin de voir renaître bientôt les beaux jours du catholicisme. 11 y eut en efFet, comme toujours après les révolutions violentes, une certaine réaction dans toutes les consciences. Les consuls et les habitants de Saint-Léonard, la ville aimée des pèlerins', célébrée par tarit de pieuses légendes, commencèrent la construction d'un couvent pour les religieux cordeliers (1594). Le général Verdier, en sa qualité de premier consul, en posa la première pierre 2 . L'évêque de La Mar-

thonie, le fougueux partisan de la Ligue, vint, Tannée sui-

1. Benoit (Pierre), archidiacre de Limoges, fut désigné pour instruire Henri IV. Il mourut en 1595.

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