‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 110 sur 130 · Chron. mss · texte numérisé non relu

Chron. mss

2. Cette égliie du XII e siècle avait été bâtie sur le lieu même où, selon la tradition, fut décapitée la première martyre de l'Aquitaine.

Digîtized

choisirent pour abbé François de Marran, prieur claustral, dont ils connaissaient les vertus; l'élu eut pour compétiteur François d'Auberoche, nommé par Henri IV l . Le seigneur de Saint-Germain-Beaupré, d'accord avec Charles de Valois, comte d'Auvergne, voulant faire prévaloir ce dernier contre les religieux qui le repoussaient, envahit le monastère, y exerça les plus coupables violences, pilla le trésor, enleva lés châsses renfermant les reliques apportées de tous les points du monde catholique, et vendit ces admirables chefsd'œuvre auxquels avaient travaillé tant d'habiles artistes de Limoges (1596). Un arrêt du parlement confirma, quatre ans après, l'élection de François de Marran. Le seigneur de Montignac chassa les envahisseurs, mais ses soldats y campèrent trop longtemps en maîtres et y exercèrent de nouveaux ravages. Il fallut que les gouverneurs de la Marche et du Limousin menaçassent de les faire sortir à coups de canon. Encore quelques années, et les sommets les plus élevés des plus hautes montagnes du Limousin ne seront plus couronnés par les constructions grandioses de cet édifice, de cette magnifique église, dont les quatre nefs se joignaient sous une majestueuse coupole, le scepticisme du xvni* -siècle aura accompli son œuvre de destruction, et les pierres auront servi à construire les geôles des cou-

1. L'abbaye de Grandmont, qui mériterait à elle seule d'occuper la vie d'un historien, quand il s'en trouvera un qui veuille consacrer ses études à recueillir ce qui concerne l'église de Limoges, la plus riche de la France en documents précieux, perdit surtout de son importance sous l'administration des abbés commendataires, qui en firent un véritable commerce. François II de Neuville avait été pourvu de cette dignité au mois d'octobre i563. Il mourut en 1596, et fut enterré à Grandmont dans le chœur de l'église. L'ordre de Grandmont fut supprimé en 1789 sur la demande de M?' Louis- Charles d'Argentré, évêque de Limoges. Déjà en 1771, M. de l'Épine, subdélégué de l'intendant de la généralité, avait été charge de faire l'inventaire des meubles et des revenus de l'abbaye, en présence de François-Xavier Mondain de la Maison-Rouge, abbé général de l'ordre. Cet inventaire, qui se trouve dans les manuscrits de l'abbé Legros, mentionne au 3« volume^ de précieux objets d'art.

pables flétris par la loi : Etiam perire ruinœ K Si l'archéologue et les amis des arts veulent admirer les vestiges des splendeurs des bons hommes de Grandmont, ils en trouveront de beaux restes dans un grand nombre d'églises du pays, où la religion les abrite sous ces ailes comme autant de précieux monuments de la piété de nos ancêtres 2 .

La nouvelle de l'abjuration de Henri IV avait été reçue avec autant de joie dans le Bas-Limousin que dans le reste de la province. Brive surtout en était heureuse : Anne-Lévis de Ventadour, lieutenant du roi, s'y était rendu pour présider l'élection de quatre consuls, choisis par seize des notables dans l'église de Sainte-Catherine, dont il n'existe plus rien. Il y avait laissé à son départ un détachement d'arquebusiers commandés par le seigneur de Bort. L'année précédente, on y avait publié la trêve de trois ans accordée par le roi aux derniers ligueurs (avril 1593). A cette occasion toutes les rues furent illuminées. Le comte-duc de Ventadour était encore à Brive, lorsqu'il apprit que les ligueurs menaçaient quelques localités du Bas-Limousin, et s'avançaient vers Ussel, capitale de son duché. En elîet,

1. C'est avec les pierres de l'abbaye de Grandmont qu'a été construite une partie de la maison centrale de Limoges.

2. Les églises du diocèse qui conservent quelques objets d'art venant de Grandmout sont : Ambazac, une châsse, une dalmatique, présent fait à Saint-Etienne de Muret par l'impératrice Mathilde, femme de l'empereur Henri V;—- Saint-Martin Teressus, un retable orné de deux statues;

— Saint-Georges-les- Landes, reliquaire en cristal sur un pied ciselé; — Chateauponsac, reliquaire en vermeil du XIII e siècle; — Saint-Junien, le maitre-autel, avec bas-relief en marbre blanc représentant les disciples d'Emmaùs; — Batledent, reliquaire en cuivre doré et émaillé; — Sainl- Sylvestre, reliquaire d'argeut doré du XIII e siècle, renfermant des reliques de saint Junieu et de saint Àmand ; buste en argent de saint Étienne de Muret, dont le cardinal des Brissonnet avait fait présent à Grandmont en 1494 ;

— Mailiac, un bras d'argent doré orné de pierreries, renfermant des reliques; — Les Billanges, reliquaire représentant saint Étienne de Muret; — Saint-Sulpice-les-FeuiÛeiy reliquaire en cuivre doré avec une statuette de s&iat Sébastien, un autre représentant un ange. (V. Annales archéologiques, publiée» par Didron.)

ceux-ci, conduits par Gaspard -le-Loup, seigneur de Montfan ! , sommèrent les habitants de leur payer une forte contribution, les menaçant, en cas de refus, de prendre la ville d'assaut et de la livrer au pillage. Les citoyens barricadèrent leurs portes, coururent aux armes, pendant que Charles de Rochcfort *, Jacques de Senneterre, seigneur de Saint-Victour, l'italien Gilbert de Visconti, Gabriel de Veilhan 3 , le capitaine Rofû, organisaient d'autres moyens de défense. Les ligueurs se retirèrent, craignant l'arrivée du duc de Ventadour.

Le seigneur de Chamberet, nommé à peu près dans le même temps lieutenant général du Limousin, leur opposa partout une vigoureuse défense. Pour les attaquer dans le château de Gimel, il vint à Brive, où les consuls et les notables lui fournirent des hommes et de l'argent. Après quatre mois de résistance, il força la place à capituler 4 (1594). Mais, au mois de novembre de l'année suivante, les capitaines Marseis et Roselly vinrent attacher le pétard aux portes de la petite ville de Corrèze, à peu de distance de Tuile. Après s'en être emparés, le même soir, par une nuit obscure, ils coururent surprendre encore le château de Gimel, s'y établirent, et pendant assez longtemps y entassèrent leur butin, y convertirent en canons les cloches de Corrèze qu'ils avaient emportées. Desprès Montpezat accourut aussi du Périgord, qui n'avait pas été compris dans •jl trêve accordée à la Guyenne par le maréchal de Matignon, parcourut la partie du pays située entre la Vezère et

1. Gentilhomme ordinaire de la chambre. Il avait épousé Charlotte de Beaufort-Cauiihac.

2. Seigneur de Saint-Angel, de Ghambon, de Bellegarde et autres lieux.

3. Chevalier des ordres du roi, capitaine d'une compagnie de cinquante hommes d'armes.

4. Les consuls de Brive étaient : Pierre de Barrier, Jean de Clédier, Pierre Soulhac et Jean Duriou; deux bourgeois et deux nobles, ce qui n'était pas ordinaire dans les villes qui jouissaient des droits de commune*

la Dordogne. Bouchard d'Aubeterre, le baron de Beynat et quelques autres se mirent à sa poursuite.

Après de longues marches à travers les vallées marécageuses, les collines boisées ou couvertes de bruyères, Bouchard rangea ses troupes en bataille devant l'hôpital Saint- Jean, près de Turenne, attendant l'ennemi qui se tenait dans les environs de Veyrac. Puis, apprenant que les ligueurs allaient se diriger sur Cornil pour se réunir à Beauregard et Rastignac, il s'y porta à marche forcée. Mais la place où venait d'entrer Montpezat était protégée par deux châteaux forts. On ne pouvait arriver à l'un d'eux que par un sentier étroit et rapide qui se cachait aux flancs de la colline. Cependant Théminc, un des chefs de l'armée royale, parvint à s'en approcher et commença l'attaque. Trois fois repoussé, il eut un cheval tué sous lui; mais ensuite, soutenu par la cavalerie, il s'élança avec tant d'ardeur sur les ligueurs que ceux-ci reculèrent jusqu'aux portes du château, d'où Montpezat, voyant le danger de sa position, venait de sortir secrètement en se glissant avec les siens derrière les bois de la colline. L'attaque du premier château continua. Le lendemain, d'Aubeterre, qui s'était mis à la poursuite des fuyards et leur avait enlevé un canon, reparut devant la place. Les lieutenants des assiégés, La Morélie et Lavergne, affaiblis par plusieurs engagements partiels, désespérant de se maintenir plus longtemps dans leur poste, consentirent à capituler. La garnison, forte de cinq cents combattants, resta à la discrétion des assiégeants. L'autre château se rendit le lendemain. Les ligueurs avaient perdu quatre cents chevaux et leurs bagages, parmi lesquels on trouva une cassette qui contenait la relation du voyage fait en Espagne par Montpezat quelque temps auparavant, par l'ordre du duc de Mayenne, pour demander des secours à Philippe II.

Les dernières années de la guerre contre les ligueurs avaient porté le trouble et laissé bien des misères dans le pays. La disette s'y lit sentir par suite de l'abandon de la culture des champs. Dans plus de vingt paroisses, au centre du Bas-Limousin, les habitants avaient été tués ou dispersés. La peste y exerça aussi de grands ravages. Les campagnes appauvries se soulevèrent contre une surtaxe d'impôt, appelé impôt de la Pancarte. Les mécontents, ramassis de paysans fournis par les paroisses de Dournazac, de Saint- Pardoux, de Ladignac, de Champsac, de Saint-Priest et autres lieux, pillèrent et brûlèrent les propriétés des nobles. Après toutes les révolutions violentes qui changent les mœurs et les habitudes d'une société et qui ne réussissent qu'en excitant de coupables aspirations, il reste toujours dans les masses, parmi ceux qu'on a soulevés par de trompeuses promesses, des mécontents prêts à tout entreprendre contre ceux-là mêmes qui les ont entraînés au désordre. L'indignation populaire se traduisit par la révolte des Croquants, ainsi nommés de Croc, village du Limousin. Une garnison de deux mille hommes, qui occupait le château de Châlus, tua un des capitaines qui la commandait, appelé Pierre Descbamps, natif de la basse ville, homme hardi, riche et ambitieux. Mais les Croquants reparurent bientôt, au nombre de quatre mille, reprirent la place, rançonnèrent le capitaine Labarre, lui laissèrent, ainsi qu'à ses troupes, la vie sauve, mais pillèrent le château et se firent donner six mille écus.

Les bourgeois, les nobles et les prêtres fuyaient devant ces bandes de paysans armés; les petites villes fermaient leurs portes pour laisser passer le torrent; l'incendie dévorait les châteaux qui avaient été pillés. On ne put arrêter cette révolte que par la force des armes, avec l'aide de M. de Chamberet en Limousin, M. de Bourdcille en Périgord, et

M. de Malicorne en Poitou. Henri IV montra à cette occasion la plus grande modération. Il écrivait à M. de Bourdeille : « Je désire, s'il est possible, que ce remuement et désordre se compose par la douceur et que lesdits soulevés se reconnoissent et posent les armes *. » Puis, dans une autre lettre au même : a J'ai eu advis du sieur de Chamberet d'une grande soulévation de peuple, qui s'est faite en Limousin, sous prétexte des excessives impositions et des excès et violences qu'ils souffrent ordinairement des gens de guerre. Je ne doute point qu'ils n'aient sur ce quelque sujet à se plaindre, mais la forme qu'ils y tiennent est pleine de désobéissance et d'une périlleuse conséquence... J'ai résolu de depescher par de là le sieur de Boissize, avec charge d'ouir les plaintes et y pourvoir, et leur otfrir de ma part toute douceur et grâce. Mais par ce qu'il pourroit être que cela ne les arrêteroit pas, j'écris au sieur de Chamberet, mon lieutenant général, de se mettre en campagne avec ce qu'il pourra assembler de forces, pour en ce cas les rompre et désarmer *. » Le baron de Chamberet, si ardent à poursuivre les ligueurs, si fidèle au parti de Henri IV, se mit à la poursuite des pillards; il les chassa de Couzeix, et quelques jours après (24 juin 1594) rencontra la plus forte des bandes, au nombre de quatre mille, au lieu des Pousses 3 , et la mit en déroute. Quinze cents y furent tués et un grand nombre blessés. Le baron de Salaignac, qui eut après lui le gouvernement de la province, poursuivit d'autres bandes dans le Bas-Limousin, rétablit l'ordre partout et fut reçu à Tulle comme un libérateur. M. de Noailles contribua aussi de sa personne à protéger cette ville contre les révoltés. Henri IV lui en témoigna sa reconnaissance, et, après avoir

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