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Commune de Saint-Maurice-les-Brousses

conquis son beau royaume de France, se mit à l'œuvre pour rétablir dans les provinces l'ordre si profondément troublé, pour y relever l'industrie, le commerce, et surtout l'agriculture. Le Limousin profita de ces premiers efforts et des généreuses intentions d'un ministre dévoué qui faisait appel à tous les hommes intelligents. Le vicomte de Châteauneuf, un des premiers à l'œuvre, au grand étonnement des habitants de Limoges, fit descendre par la Vienne les bois de ses immenses forêts. C'est là l'origine du bois de flottage. Des fabriques de papier furent établies sur les cours d'eau les plus limpides; la vente des draps fabriqués à Limoges s'étendit au loin. L'art rivalisait avec l'industrie; les églises retrouvaient d'habiles artistes qui peignaient leurs vitraux de dessins richement coloriés l . Le baron de Salaignac, nommé lieutenant général de madame d'Angoulême, venait rétablir l'ordre à Limoges et y faire oublier tous les ressentiments que la guerre y avait laissés. Il fit rentrer dans la ville et remit en possession de leurs propriétés tous ceux que les fureurs de la Ligue avaient relégués dans les faubourgs de Manigne et de Boucherie; les ligueurs euxmêmes exilés furent rappelés, les consuls, décorés de leurs chaperons, reçurent les exilés à l'entrée de la ville, les conduisirent, au milieu de la foule qui pleurait de joie, à Saint-Martial, où fut chanté un Te Deum en l'honneur de cette réconciliation.

Le duc d'Épernon, nommé gouverneur de la province l'année suivante (1597), fit son entrée à Limoges le 8 juin,

accompagné du baron de Salaignac, des consuls et du pré-

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sident Martin, commandant huit cents hommes de la milice

i. Limoges avait alors d'habiles peintres sur verre, parmi lesquels ou citait surtout Raymond, Rochambaud, Sylvestre Pontiet qui répara les vitraux de l'abbatiale de Saint-Martial. (L'abbé Texier ; Études sur les émaiiieurs.) Voir à la fin les Émaiiieurs de Limoges,

bourgeoise. Il passa sous plusieurs arcs de triomphe as r sista sur la place des Baucs à un spectacle composé en son honneur. Le peuple, qui applaudissait son nouveau maître , ne prévoyait pas que cet ambitieux préparait à la France de nouveaux jours d'orage. Henri IV, qui savait de quelles difficultés serait entouré son délégué, engagea tous ses partisans à faciliter sa mission; il écrivit à Gui de Lubersac, un des plus dévoués, de le recevoir avec honneur, de reconnaître son autorité K ,

L'apaisement ne se faisait pas facilement dans les es* prits : comme toujours, vainqueurs et vaincus conservaient encore des haines et des ambitions., Les anciens complices des folies de la Ligue rêvaient encore la suprématie politique du catholicisme. L'évéqwe. de Ja Marihonie travaillait dans ce sens. Inspirés par lui, les nota* bles de Limoges, considérant : a que le collège était sans conduite et sans discipline, de manière que la jeunesse était débordée ; » et croyant, d'autre part, « qu'il était impossible de trouver régents qui fussent plus zéjés, h l'honneur de Dieu et à l'instruction de la jeunesse que les pères jésuites, » résolurent de leur conGer le collège. Les bourgeois s'imposèrent à cette opeasion des cotisations volontaires *. L'influeuce de cet ordre célèbre, né d'une foi ardente à combattre l'hérésie, se fit bientôt sentir.

Pendant une procession de l'octave de la Fête-Dieu, le bruit courut que quelques huguenots venaient de profaner

1. Lettre du 23 avril 1597. Gui de Lubersac mourut l'année suivante.

2. Le 27 novembre 1599, la prise de possession eut lieu, en vertu d'un contrat passé entre les consuls et le P. Sollier. La charte d'approbation donnée à Rome, le 25 mars 1G00, par le P. Claude Aquaviva, prévôt général de la compagnie de Jésus, est dans les mains de M. Nivet^Fontaubert. Qu'il me soit permis d'offrir l'expression de ma gratitude à ce véritable et savant appréciateur des beaux-arts, pour la bienveillance qu'il voulut bien me témoigner en me facilitant quelques recherches durant le séjour que je iis à Limoges au mois d'octobre 1871.

clans l'église cïes Jacobins une hostie consacrée. Un prédicateur de Saint-Martial signala ce scandale à la foule. Une enquête eut lieu. Le gardien des reliques du couvent des Jacobins en accusa deux vieillards protestants qui furent arrêtés, mais leur innocence fut reconnue, et leur accusateur condamné au fouet. Les protestants pouvaient craindre de nouvelles persécutions, mais l'arrivée de M. de Châteâuneuf les rassura. Le peuple et les consuls vinrent recevoir le nouveau lieutenant général aux portes de la ville. Le ciergé au contraire, ne dissimulant pas son dédain pour ce chef qui appartenait à la religion réformée, n'était point venu lui offrir ses félicitations dans le palais du Breuil.

A la fin du xvi e siècle, l'autorité politique n'était pas moins ébranlée que l'aiitorité religieuse. Les temps de troubles laissent toujours à la société le despotisme qui a triomphé, ou ia liberté conquise; mais l'un et l'autre ne s'imposent pas en un jour. Le peuple avait été trop associé aux luttes des partis, pour ne pas vouloir en retirer quelque profit. Quand on voulut procéder, à Limoges, à la nomination de nouveaux consuls, une grande partie des habitants demandèrent à y concourir (1600). Henri IV, consulté par le duc d'Épernon, ordonna de procéder à l'élection comme par le passé. Alors les habitants, qui se rapprochaient des protestants dans le but de faire prévaloir leurs candidats, achetèrent des suffrages, introduisirent ainsi un grand nombre d'artisans dans la Maison de ville, et disposèrent de la majorité. Le parti des réformés pouvait cependant se montrer satisfait et ne pas s'associer à des compétitions illégales : on ne lui déniait plus la libre pratique de son culte, qu'il célébrait dans un temple situé près de la Croix de Mandonaud, sur le chemin de Beaupeyrat.

Henri IV, pour l'exécution de ses projets contre la mai-

son d'Autriche, avait pu s'entourer de la noblesse de province, dont une partie, aux temps des guerres civiles, était sortie de ses manoirs pour chercher fortune dans les factions. Le Limousin lui fournit son contingent de gentilshommes dévoués et de joyeux chevaliers. Celui qui prit le plus de part aux aventures galantes de la cour fut le chevalier de Noailles, heureux, si Ton en croit Henri IV, des faveurs de Marguerite de Bourbon, femme de François deClèves 1 .

Un nouveau règne a toujours besoin d'argent : de nouveaux impôts furent demandés au Limousin. Mais le peuple n'aime pas à donner ce que la guerre lui a laissé : de là des mécontentements, des révoltes. Pendant que le roi se trouvait à Poitiers, les habitants du Dorât insurgés refusèrent d'ouvrir leurs portes à la compagnie de Vendôme, qui devait y tenir garnison. Le dur. de la Roche-Posay vint les châtier. Le roi, irrité, voulait faire détruire la ville, qui ne fut sauvée que par les prières de son lieutenant et du maréchal de Schomberg (1602) 2 . Lambert, chevalier du guet d'Orléans, venait d'arriver à Limoges avec les archers du grand prévôt, porteur d'une commission du roi, qui l'autorisait à percevoir un impôt d'un sou par livre; mais au moment où il donnait connaissance de sa mission, il fut assailli à coups de pierres par une foule de femmes qui le poursuivirent jusqu'à son logis. Le lendemain, les mêmes femmes, suivies d'une foule de gens du peuple, reparurent dans les

1. « Le chevalier de Noailles, dit Tallemant des Réaux, avait un jour placé ces vers sur le lit de cette princesse :

« Nul bien, nul heur ne me contente, Absent de ma divinité. »

« Le roi de Navarre écrivit au-dessous :

« N'appelles pas ainsi ma tante, Elle aime trop l'humanité. »

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