‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 14 sur 130 · Nadaud, Mém. t t. II, p · texte numérisé non relu

Nadaud, Mém. t t. II, p

la Souterraine, Saint-Vicq, Jeannaillac, la Vauguyon, dont on voit encore les belles ruines, près du lit encaissé de la Tordouôre 4 , et d'autres moins importants. Pour que le pays pût retrouver sa sécurité, il fallait reprendre ces positions.

Les communes et la bourgeoisie de Limoges fournirent leur contingent en hommes et en argent à Bertrand Duguesclin et à Louis de Sancerre, sous lesquels servaient avec une rare distinction plusieurs chevaliers du pays, Ollivier Blanchard, messire Arnoul, et Jean du Luc, qui ne venait que d'abandonner le parti de l'Angleterre *, Bernard de Lubersac, le seigneur de Laurière de la famille de Pompadour, et ceux de Saint-Julien. Quelques débris de l'armée ennemie, qui tentaient de traverser le pays pour gagner le Poitou, furent taillés en pièces. Gauthier de Passac, sénéchal de la province, vint aussi à Limoges, quelque temps après, demander de nouveaux secours, pour achever la déroute des ennemis, et surtout pour les chasser de Château Chervix. Les bourgeois, le clergé, malgré sa pauvreté, et les principales localités étaient disposés à fournir au roi un fouage d'un liane par feu; mais il n'en fut pas ainsi de la population de Limoges. Les consuls avaient jugé de la fortune des habitants d'après la leur : il leur fallut, pour faire la perception de l'impôt, murer les portes du Saint-Esprit, de Pissevache, de Baxlagiers,

\. M. l'abbé Arbellot, savant archéologue, parle ainsi de ces ruines : « C'est un vaste quadrilatère dont les angles sont fortifiés par des tours de forme ronde. Les fossés sont comblés ; le pout-levis et la herse ont disparu. La porte d'entrée est flanquée, comme à Chàlusset, de deux tours latérales ; une autre tour à gauche sert de cage d'escalier. Dans une des salle?, la muraille conserve encore les traces d'une peinture à fresque, et de cette iuscriptiou en caractères romains du XVI e siècle : vive... cadet de chamriGNY. (Guide du voyageur tn Limousin.)

2. La maison du Luc était fort ancienne : elle possédait en 1200 une partie de la seigneurie d'Authefort.

de Vieille-Monnaie et de Mirebœuf, par lesquelles pouvaient sortir les mécontents, qui aimaient mieux abandonner leurs maisons, encore en partie en ruines, que de livrer leurs dernières ressources.

La fortune de la France s'était relevée sous Charles V, qui mourut au milieu de son triomphe, ne laissant à l'Angleterre que quelques places, dont les capitaines anglogascons faisaient plutôt des repaires de brigandage que des places de guerre (1380). Mais le patriotisme avait encore à parfaire son œuvre; il fallait encore du courage et de l'argent, pour faire tomber du haut des rochers, des flancs des collines tous les petits châteaux, où se tenaient de petits détachements, moins désireux de combattre que de piller. Duguesclin, qui n'eut pas le bonheur de mourir sur un champ de bataille, n'avait pas jugé ces positions dignes de lui. Malheureusement la minorité de Charles VI, la rapacité de ses oncles, qui se croyaient le droit de piller le trésor du Restaurateur de la France, d'abaisser la justice du roi au niveau de leur ambition, la complicité de quelques grands personnages de la noblesse, tout contribua à relever la fortune de l'Angleterre. Le patriotisme ne se trouvait plus que dans quelques villes où la démocratie avait à cœur l'indépendance nationale, et où les princes n'osaient venir chercher ni gloire, ni argent.

Dans la seconde année du nouveau règne, continuant sans ambition personnelle sa glorieuse carrière militaire, le maréchal de Sancerre vint assiéger la Souterraine, occupée par Jean d'Albret avec une troupe d'Anglais. Les con- * suis de Limoges lui fournirent des vivres, des machines de siège, des armes et des ouvriers. Ils réunirent ensuite les hommes les plus aguerris des paroisses voisines, qui coururent à l'attaque de cette place, contre laquelle les habitants des campagnes, déplorant le ravage de leurs champs,

les marchands, la perte de leurs marchandises, élevaient des cris de haine et de vengeance. La garnison capitula, mais on ne put l'empêcher d'aller exercer ailleurs ses brigandages. Saint-Léonard était menacé de tomber en son pouvoir; mais la bourgeoisie et les consuls surent se défendre au moyen de quelques troupes qui leur vinrent en aide. Le maréchal de Sancerre parvint, dans le môme temps, à chasser l'ennemi de Rochechouart, de Jumillac, du Breuil, de Lavauguyon 1 et de Saint-Vicq. Malgré ces succès, les Anglo-Gascons se divisaient en plusieurs bandes et se réunissaient pour de nouvelles entreprises. Tout château, toutes vieilles masures, restes des guerres féodales, leur servaient de places fortes : ils s'y retranchaient et y entassaient leur butin. Eymoutiers, qu'ils occupèrent quelque temps et qui ne leur offrait plus que des ruines, ne fut mis en état de défense qu'après leur départ, quand le roi Charles VI eut fait reconstruire la ville , dont l'enceinte eut alors neuf cents pas de circuit, et pour défense cinq grosses tours, quatre portes flanquées de tourelles et des remparts entourés de larges fossés 2 .

Toutes les petites villes cherchaient à la même époque à se mettre à l'abri de nouvelles attaques. Les consuls de Limoges rétablissaient leurs fortifications, remettaient en vigueur leurs franchises, leurs privilèges octroyés ou reconnus, par les rois d'Angleterre ou par les rois de France, lorsque de nouvelles bandes d'aventuriers, commandées par des capitaines gascons ou normands, vinrent ravager les environs. Perrot-le-Béarnais, le principal chef de ces chevaliers-bandits, maître de Châlusset, principal centre

1. Ce château, situé dans la commune de Maisonnais, canton de Saint- Mathieu, n'offre plus que des ruines très-pittoresques. La porte d'entrée semble avoir eu pour modèle celle de Châlusset, flanquée de deux tours. On croit qu'il fut détruit par les ordres de Richelieu.

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